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Salut Daffy !
Il y a longtemps que je n'ai pas eu de vos nouvelles et je m'inquiète un peu. Qu'est-ce que vous devenez ?
Compte tenu des menaces que vous aviez proférées à mon endroit le vendredi 8 juillet (« Si j'étais celui qui se cache derrière le pseudonyme de Luc Farin-Gélis, je me ferais énormément de soucis... A très très bientôt M. "Crétin-Gélis" ! »), j'espérais vous voir à Limoux lors de ma séance de dédicaces à la maison de la presse le vendredi 5 août. Mais vous n'êtes pas venu. Je me suis dit que vous aviez dû avoir un empêchement. Alors je me suis arrangé pour vous faciliter les choses : j'ai cumulé deux séances les vendredi 2 et samedi 3 septembre, respectivement à la maison de la presse de Limoux et à la journée du livre de Rennes-le-Château. J'ai attendu, attendu, vous n'êtes jamais venu. C'est ballot ! On aurait pu s'expliquer.
Par exemple, plutôt que j'aille tout seul au pech d'en Couty vérifier vos affirmations (péremptoires et gratuites, comme à l'accoutumée) concernant votre soi-disant découverte de l'emplacement du trésor des Wisigoths, nous aurions pu y aller ensemble et je vous aurais expliqué que vous vous trompiez (comme d'habitude).
Car si le trésor des Wisigoths a peut-être été caché dans le département de l'Aude, ce n'est certainement pas par l'orifice que vous avez déterminé que se sont engagés ceux qui l'ont dissimulé. On ne peut pénétrer à plus de trois mètres de profondeur dans ce conduit naturel, dans lequel il est impossible de s'accroupir afin de continuer la progression par un boyau encore plus étroit (50 cm de haut et 30 cm de large) qui court au niveau du sol et qui va en se rétrécissant.
Et ne venez pas me dire que depuis le XVIIe siècle ou même depuis mille cinq cents ans la terre a eu le temps de trembler et de combler partiellement cette galerie souterraine ou que les parois se sont rapprochées car il est évident, pour quelqu'un qui n'a pas l'esprit obtus, que rien n'a bougé depuis belle lurette. A l'origine, il s'agit d'une faille qui a été progressivement agrandie et polie par l'érosion mécanique et chimique d'un cours d'eau souterrain pour, finalement, s'assécher et se fossiliser. Mais cela a pris des dizaines voire des centaines de milliers d'années. En revanche, je veux bien croire que des tremblements de terre ont facilité la cassure de la roche à l'extérieur, comme on le voit en bordure de l'orifice, sans toutefois affecter le sous-sol.
Mon ami César, mon alter ego (voir mon livre), avant de mourir, a eu le temps de m'enseigner quelques rudiments de spéléologie. J'en ai donc profité pour m'engager dans cette cavité et en ramener quelques photographies que je tiens à votre disposition mon cher Daffy.
Pour celui qui voudrait s'y aventurer seul et la tête la première, il faut savoir qu'il n'y a pas de risque majeur à condition de prévoir un minimum de matériels, en l'occurence un ou deux mousquetons et une échelle souple de spéléologie ou une simple corde à noeuds (fixée à une branche d'arbre proche ou à une plaquette vissée dans le spit que j'ai installé à l'entrée de la cavité), qui permettent de descendre la pente de la roche (45°) progressivement en se maintenant aux barreaux. Pour la remontée il s'agit de procéder à l'inverse toujours à la force des bras. Mais, honnêtement, c'est vraiment pour le plaisir de la découverte car, en fait, « circulez, il n'y a rien à voir ».
Après cela, et sachant que cette galerie fossile a plusieurs milliers d'années, comment admettre vos théories farfelues mon pauvre Daffy ?
Allez ! Par acquis de conscience et pour vous accorder le bénéfice du doute, j'ai fait l'effort de visiter une cavité située en contrebas à une vingtaine de mètres de celle-ci.
Cette deuxième galerie souterraine (qui mesure le plus souvent 60 cm de large sur 40 cm de haut) que j'ai explorée sur une trentaine de mètres est bien plus intéressante d'un point de vue spéléologique mais, là encore, aucune possibilité d'y stocker l'incommensurable trésor des Wisigoths malgré les trois salles successives rencontrées dont la plus grande fait un peu moins de vingt mètres cube. Et cette galerie, comme la précédente, n'a jamais eu à pâtir des tremblements de terre. En outre j'y ai trouvé une concrétion blanchâtre qui prouve l'ancienneté de ce boyau fossile. Au cas où vous seriez intéressé j’ai également réalisé quelques photos.
La conclusion, mon pauvre Daffy, c'est que vous et votre cohorte de pro-Daffos (notamment ceux qui se permettaient d'affirmer, à votre exemple, que nous, les iconoclastes, nous allions voir ce que nous allions voir), vous vous êtes encore ridiculisés sur toute la ligne.
Allez, je ne vous en veux pas, et même, pour vous détendre, je vous propose une devinette, vous, le grand théologien : « Je suis trois. Mais, que l'on parle de moi ou de chacun des trois, on parle toujours de moi. Qui suis-je ? »
Je te laisse réfléchir là-dessus Daffy. Si tu trouves, fais-moi cygne... mon canard.
Alias Luc Farin-Gélis
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