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Monsieur l'extra-terrestre,
Sans doute ne suis-je pour vous qu'un sauvage de la pire espèce, un de ces barbares qui désorganisent l'harmonie de l'univers. Mon apparence, déjà, ne plaide guère en ma faveur, je le reconnais : combien dois-je vous paraître monstrueux, avec ma peau tellement nue que je suis obligé de mettre des vêtements pour la couvrir ! Et puis surtout j'appartiens à une singulière engeance, la plus désarmée qui soit, et pourtant la plus acharnée à s'auto-détruire... Oh non, je ne prétends nullement être meilleur que mes semblables; comme eux, je suis indocile, orgueilleux, susceptible, égoïste - mais j'ai aussi des qualités, la volonté, le courage, le désintéressement, la générosité, et peut-être au fond que nous avons plus de points communs que vous ne le soupçonnez, à commencer par celui-ci : nous sommes issus du même Créateur - et, avouez-le, c'est un peu comme si nous étions de lointains parents.
J'ai, à la campagne, une petite maison autour de laquelle poussent à l'envie l'ortie et le roncier sauvage; elle est ouverte à tous, sans distinction d'âge, de sexe ni de race, qu'ils viennent du ciel... ou de l'enfer. Et si un jour vous décidez enfin de venir poser près de chez moi votre vaisseau spatial couronné par la grâce du soleil couchant d'un halo de lumière rouge-orangée, je vous ferais entendre les musiques enchanteresses de Bach, de Mozart et de Tangerine Dream, je vous ferais goûter aux plats que je cuisine avec les légumes de mon potager, je vous lirais du Baudelaire et du James Joyce au coin de l'âtre.
Mais je rêve... Pourquoi voudriez-vous rendre visite à une planète où les droits des hommes sont constamment bafoués par eux-mêmes, où les gens empoisonnent l'eau qu'ils boivent et polluent l'air qu'ils respirent, où l'on crucifie les saints qui veulent nous sauver ?
Comment s'étonner alors que depuis des lustres je guette en vain, au sein de la voûte étoilée, un signe tangible de votre présence, puisque tant que durera une telle inconscience de notre part, jamais vous n'aurez le bon sens de venir fouler nos orties et nos ronciers sauvages...
Un terrestre pas toujours extra
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