Bonjour,
Je pense comme Ludmila qu’un habitant de Nazareth n'a rien à voir avec un Nazaréen. Tout d'abord, un Nazaréen, Nazoraios, est un mot dont la formation, pareille à celle de Pharisaios, désigne un sectataire.
Les sectataires du Baptiste se sont appelés jusqu'à ce jour nazoréens ou nazaréens, sans avoirs rien à faire avec Nazareth. Deuxièmement, cette secte existait bien; elle était constituée de Pharisiens excessivement pieux, comme le rappelle Epiphane (v. 403), et elle était antérieure à Jésus et au christianisme. Troisièmement, le mot semble dériver (Wells, Did Jésus Exist? v. bibl.) de l'hébreu NSR, « observer », dont il serait le substantif.
Cette racine NSR se retrouve d'ailleurs dans plusieurs langues sémitiques, dont l'araméen et l'arabe, où elle forme des mots de sens identique. En araméen, par exemple, le Nazaréen se dirait Nazari, et le Nazaréthain, Nazeri. Selon certains auteurs, les Nazaréens seraient des descendants des anciens Nazirites, secte des « consacrés », à laquelle appartenait Samson (à la mère duquel un ange annonce que son fils sera consacré à Dieu dès avant sa naissance (Juges, XIII ; 7).
Rappelons à cet égard les travaux de Lohmeyer {Galilàa und Jérusalem, v. bibl.), cités par Wells, selon lesquels Jacques, demi-frère de Jésus, et Jean auraient été des Nazaréens.
Quelle est la parole des prophètes? Elle est introuvable, même Daniel-Rops en convient (Jésus en son temps, p. 124, v. bibl.). On se demande à quoi donc Matthieu peut bien faire allusion, dans sa croyance que les prophètes ont annoncé qu'un chef d'Israël naîtrait à Nazareth, obscur hameau dont aucun texte antérieur à Jésus ne mentionne même l'existence. Or, il semble que ce soit au passage d'Isaïe (XI; 1) où le prophète annonce un «rameau du tronc de Jessé ».
« Rameau », avec les sens annexes de « rejeton » et de « germe », s'écrit aussi NSR, mais avec une accentuation totalement différente, qui donne la prononciation Nisr, et non plus Nàzàri.
C'est en ce sens que Jérémie (XXXIII; 15) utilise aussi ce mot à propos du «rejeton issu de David », de même que Zacharie (VI ; 12), quand il parle de « celui dont le nom sera germe ». Ce sont là des expressions de l'attente messianique que Matthieu reprend donc à son compte, et de travers.
De travers, car Matthieu, c'est-à-dire son copiste grec, croit que Nàzari, Nazaréen, est quelqu'un de Nazareth. Ce qui donne l'aune de la méconnaissance des réalités juives qui affectait les copistes évangéliques, et aussi la mesure des fabrications ultérieures destinées à donner quelque cohérence aux récits. Car ils vont ensuite inventer un épisode où Jésus est chassé de Nazareth...
Ce malentendu-là est patent et a été dénoncé par de nombreux auteurs, dont certains, vont jusqu'à douter que Nazareth ait existé au temps de Jésus. Mais il a peut-être été aggravé par une confusion avec le lac de Génésareth, au nord duquel se trouvait Capharnaùm, la ville de Jésus en Galilée. Génésareth, Gennasar en araméen, se décompose, en effet, dans cette langue en ganna nawr, « belle vue ». Bref, le lac de Tibériade, nom latin, était le « lac Bellevue ».
Mais on peut, faute des documents originels, s'interroger sur les fabrications auxquelles, faute de connaissances, un copiste grec aurait pu se livrer en lisant dans un manuscrit sans doute en mauvais état que Jésus était tantôt un Nàzàri, tantôt un Gennàzeri ...
Cordialement à tous
Thy
