Magdalene a écrit:
Une chose qui m'intrigue énormément, à propos de l'évangile selon Thomas,
c'est le passage concernant Jacques le Juste, au logion 12:
"Jésus dit: d’où que vous veniez, vous irez vers Jacques le Juste
pour qui le ciel et la terre ont été faits."
C'est absolument la philosophie originelle du Chemin de Compostelle!
D'où que l'on habite, on va vers Jacques (Santiago) et le mot de
Compostelle reprend symboliquement le Ciel (stella) et la Terre (compo).
Alors quoi ? Un évangile remanié "après" que le pélerinage ait été élaboré
ou un pélerinage élaboré à partir de ce logion ? La question est posée...
Et quand on sait le travail de "lessivage" intérieur que représente ce pélerinage
on peut y voir à peu près tout ce que Jésus a préconisé dans son enseignement:
pauvreté, rien sur soi, mettre ses vêtements (conditionnements) à ses pieds,
quitter sa famille, devenir pélerins...
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Bonjour, Magdalene, heureuse de te revoir parmi nous.
La légende de fondation du pèlerinage de Santiago de Compostella est des plus intéressantes :
Nous sommes en 813. Un ermite nommé Pelayo s’étonne de voir une étoile apparaître au dessus d’une colline proche. Il en informe l’évêque d’Iria, Théodomiro, qui ordonne des fouilles et met à jour un tombeau de marbre. On se "souvient" alors que l’apôtre saint Jacques avait évangélisé la terre espagnole et que, revenu à Jérusalem, il fut décapité sur l’ordre de Hérode Agrippa. Deux de ses disciples, Athanase et Théodore, recueillirent son corps et le transportèrent sur une barque ; d’aucuns la diront sans mât ni rame et poussée par le seul souffle de l’Esprit Saint. Ils abordèrent enfin sur la plage d’Iria Flavia, aujourd’hui plage du Padron, et débarquèrent le sarcophage. Une méchante reine nommée Lupa, la Louve, régnait alors sur la contrée ; lorsqu’ils sollicitèrent d’elle un lieu de sépulture pour l’apôtre, elle leur commanda d’atteler à leur charrette sa meilleure paire de boeufs. La meilleure ? Qu’étaient les autres ? Il s’agissait de taureaux sauvages et indomptables ! Un signe de croix les calma cependant et ils transportèrent le cercueil... au milieu du palais de la royale furie. Comme ses boeufs, devant le prodige, elle se laissa convertir et, sur l’emplacement de sa demeure, les deux disciples édifièrent une tombe de marbre.
Hormis le nom de l’évêque Théodomiro et son rôle dans le lancement de ce qui deviendra le plus grand pèlerinage chrétien d’occident, rien dans cette légende n’est historique ; tout a valeur de symbole. Il semble, étrangement, que se mêlent deux couches mythiques, l’une liée au cycle romanesque chrétien de Hérode et de Pilate, l’autre beaucoup plus archaïque.
L’ermite se nomme Pelayo, autant dire Pélage : étrange ermite dont le nom signifie le marin, pelasgos en grec ; mais s’il observe une étoile à l’ouest, donc à son coucher, on pourrait penser qu’il s’agit d’un coucher héliaque et qu’il réactualise ses données astronomiques pour naviguer aux étoiles.
Il retrouve ainsi le tombeau d’un "Jacques" édifié sur l’indication des taureaux d’une reine Louve. En une seule phrase, nous venons de nommer trois constellations qui encadrent Orion. Si nous prononçons Iacchos au lieu de Jacques, il s’agit du nom grec de l’étoile du Cocher que nous appelons plutôt Capella. Mais tout est grec dans cette affaire, depuis Pelayo/Pelasgos jusqu’à Théodore (Porteur de Dieu) et Athanase (Sans mort/Ressuscité). Et, plus anciennement encore, le Cocher était désigné comme la Chèvre (c’est le sens de Capella) et ses chevreaux. Le Taureau touche à la constellation du Cocher. Viennent ensuite Orion, sous-entendu dans la légende, et Sirius, la reine Lupa. Tout cet ensemble se trouvait à l’ouest les soirs de printemps, où "Pelayo" pouvait les observer à son aise plusieurs jours de suite avant leur coucher. Révérence gardée pour l’apôtre Jacques, il se pourrait qu’on lui fît jouer le rôle caprin de la parèdre du Bouquetin de l’âge d’or.
Dès la prise en mains du pèlerinage par les Bénédictins peu après l’an mil, le tombeau de « saint Jacques » vit accourir les foules. Le 25 juillet, date de sa fête, Capella/Iacchos se lève aux environs de minuit ; à l’aube, Orion surgit dans les feux solaires tandis que le Capricorne se couche ; à midi, les deux chiens, Sirius et Procyon, culminent ; au couchant, le Corbeau frise l’horizon ouest, suivi de peu par la petite constellation de la Faucille. Nous avons toute la thématique astronomique qui entoure le mythe de Faunus Silvanus, un dieu patron des confréries d'artisans à Rome.
Or le pèlerinage de Compostelle sera, selon le joli mot de Charpentier, "l'université des manuels", des bâtisseurs médiévaux ancêtres du compagnonnage.
Le lien que tu établis avec ce logion est très juste et d'autant plus intéressant.