Avant propos : Le pseudonyme (scabreux et lourdingue) choisi par l'intervenant est donné en l'honneur de Bobby Lapointe, mort il y a 35 ans (29/06/72), également pour d'évidentes raisons de responsabilités, les aventures narrées ci-dessous étant de pure fiction, il se peut toutefois que des lecteurs se reconnaissent sous les noms donnés aux acteurs et s'en trouvent blessés, ce serait pure coïncidence, mais pour éviter le procès d'intention, l'auteur a choisi volontairement le pire des pseudonymes…
"En 1968 aux frontières de la cornichonnerie et du génie, Bobby invente le système bi-binaire, système de numération qui préfigure une voie que suivra l'évolution de l'informatique. Ce système sera publié en 1970 dans le livre Les Cerveaux non humains, introduction à l'Informatique (S.G.P.P.), de Jean-Claude Quiniou, Jean-Marc Font, Gérard Verroust, Philippe et Claudine Marenco."
La Colline sans vous, au joli mois de juillet.
Martine de Cheval
Seule et éplorée.
à
Son amie
Partie bien loin.
Ma bien chère abfente,
Si Mme l'Archiducheffe de Националь n'avoit imprudemment donné votre adreffe sur la Machine, jamais je n'aurais pu vous joindre, êtes-vous bien meffante avec votre amie, pour rompre ainsi nos liens. Que vous ai-je fait pour que vous vous éloignassiez ?
Qu'importe, je vous tiens et continuerai à vous donner des nouvelles de notre colline, que vous le vouliez ou non. Loin des yeux, loin du cœur ? Non, loin du lit !
Vous n'êtes pas sans ignorer que Monsieur de la Verdad s'apprête à publier son deuxième opuscule, tout notre landerneau en est retourné, nous n'y parlons que de cela et nous le commentons avant même d'avoir la moindre information de son contenu. Tout cela est charmant, nous papotons, nous supposons, nous imaginons, nous préjugeons, nous conjecturons, nous échafaudons, nous augurons, nous grossedondons (non, non, nous vous taquinons)… et, je ne vous le tonds pas, nous rêvons !
On chuchote, en catimini, que Monsieur de Verdad y règle quelques comptes… lui, réputé si pondéré.
Hier encore à petites mâtines, chez le charcutier, j'en parlois avec Mme Hood, vous savez sa position, quand on est en commerce… mais la gourmande, entre la mortadelle et l'andouille de Vire n'a pu tenir sa langue dévote, et elle m'a, par le menu, tout dit de ce qui s'est dit ce lundi de 7llet lorsque Monsieur de Verdad réunissait ses partisans.
Cette affaire de date miraculeuse, supposément visible selon l'endroit où l'on se place, n'est pas oubliée, chacun bien sûr est momentanément en attente de la sortie du livret de Mr de la Verdad, et chacun fourbit ses armes. Mais l'on s'attend à une mise au point vengereffe du Chevalier du Doc pour 9bre. Vous dirais-je que j'attends les vendanges avec impatience. Cette année, avec ce temps orageux le vin devrait être corsé...
Un pet de tramontane et le feu repartira… Quelle âme assez puissante, maintenant qu'Adonis est parti au paradis des bannis, pourrait éteindre les braises ainsi ravivées ? J'en tremble d'effroi ! Et ne comptons pas sur le Cardinal pour calmer son monde !
Surtout que l'on m'a entretenu d'un nouveau procédé servant à débroussailler les vieilles croûtes un peu sales… ces toiles qui trainent dans les chapelles sombres. L'archiducheffe qui s'y entend un peu dans ces techniques, selon son propos, devrait se voir estomaquer par les œuvres mises en branle par Monsieur de la Verdad ! Je vous demande quelques jours, chère âme, et vous en dit plus...
Pour l'instant Monsieur de Brissac s'emploie à ferrailler avec l'Archiducheffe, c'est à fleuret moucheté, sans acrimonie, tant apaisé qu'il semble parfois aux obfervateurs que nous sommes, que l'Archiducheffe cherche chichement à ne pas choir dans le chomeil… comme ce gentilhomme... d'accord avec personne mais ami de tous !
Cet échange est courtois, et nul ne semble plus vouloir y mettre la tempefte, et c'est bien ainsi, le trouble a assez duré. De plus Monsieur de Brissac semble fatigué des échanges avec l'Archiducheffe et n'honorre plus ses questions…
Ainsi, redis-je, le Pirate des Cabarets ne s'y mêle plus, et même le Guillocheur de Cette, gravement mis en cause par l'Archiducheffe pour une illustration posée sur la Machine, s'en est retourné à ses pérégrinations montagnardes, et à la préparation d'un livre, que l'on dit tout aussi révélateur ! C'est Monsieur de Brissac qui se chargera également de l'estampillage.
Nous pourrons marquer ce jour d'une bière blanche !
J'en aurai des choses à éventer dès ces publications sur les éventaires. On annonce encore un livre étonnant, confirmant toutes les folles hypothèses sur cette pluye d'or… et même le Chevalier du Doc, d'ordinaire si calme, circonspect, tellement calme, tellement rconspect, a donné un avis qui ne laisse plus le moindre efpaffe (pff...) à la moindre infertitude : On va voir ce que l'on verra, menffionne-t-il depuis l'Evêché ! J'ajoute (un peu méchamment, je l'avoue, il nous a habitué à moins de clarté...) cela changera !
Il est vrai que les lauriers très récents dont a été couvert le Chevalier du Doc lors du conclave de Limoux, donnent plus encore de densité à son commentaire édifiant sur cette révélation tardive… pour des raisons que vous imaginez facilement. Mais l'affaire est tant importante que même les auteurs imposent le silence… à moins que le Cardinal y soit pour une raison ?
Mes sources, pour cette publication, me demandent un peu de temps… je leur accordois fort volontiers, et ne vous en dirois pas plus tantôt, graffieuse curieuse. Simplement vous annonce-je un livre dessiné au début de cette affaire que l'on réédite… en couleur ! L'Archiducheffe le trouve tout chou !
En attendant, les plus féroces oppositions aux dires du Chevalier du Doc viennent de l'Archiducheffe, allez comprendre !
On m'a fait part du décès d'un des plus anciens de cette affaire, descendant de Général et de roi culotté, il me haïssait et m'envoyait force libelles assassins, mais ses mots doux me manquent… Qu'il repose en paix.
Bientôt d'autres aventures écrites de notre Colline.
Votre petite cochonne,
Ne proteftez pas, vous adorez le porc, c'est le Marquis qui me l'a dit.
Ne vous déplaise,
Martine de Cheval, billetière.
Ce poft-scriptum pour vous informer, charmante Elvire, de la sortie, déjà effective, de la nouvelle fiction de mon sieur le Fupérieur de La Chaise-Dieu, ouvrage qui fait trembler le Faint Fiège, c'est vrai qu'avec ses messies à foison et ses tombeaux multiples, le Frère La Chaise est bien hérétique.
Aussi un livre arrivé de la perfide Albion, les bruits les plus fols courent sur ce book ! A vous rendre fèvre ! Un des plus grands tabellions du royaume nous donne aussi un livret estampé à grand tapage chez un éditeur de la capitale, je vous en dirais plus…
Quand aux manuscrits clandestins, il faudra bien qu'on en parle un jour… non ?
