Voici un autre témoignage, celui de Daniel Meurois-Givaudan. Bien sûr, c'est aussi un fantasme et une projection, une "mythification". Mais accordez-moi de pouvoir témoigner que Daniel est bien plus fidèle à la
réalité de Marie-Madeleine que ne l'est Jean-Yves Leloup. Et même sans cela, pesez les deux textes (et d'autres) à l'aune de votre propre ressenti et
faites-vous votre propre avis...
Chaque fois qu'on fantasme sur quelqu'un, on lui refuse une part de vie correspondante.
merci de m'avoir lue,
Magdalene
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"Peut-être Myriam donnait-elle à certains la sensation d'être arrogante... Probablement. Il n'est pas impossible, d'ailleurs, qu'elle l'ait été dans sa jeunesse car je l'ai si souvent entendue manier les mots avec une telle promptitude que je ne peux douter d'un temps où elle a dû se servir de l'ironie et de la moquerie comme d'une arme.
C'est incontestablement cette vivacité de tempérament qui a contribué à la marginaliser très tôt dans une société où l'homme, le mâle, entendait bien rester le maître incontesté. Ce qui est certain - et le film du passé ne laisse aucun doute sur ce point - c'est qu'elle n'a jamais été la prostituée qu'en ont fait les Évangiles canoniques.
Marie-Madeleine était ce que l'on appelle aujourd'hui une "femme libérée". Pour ne pas succomber sous le poids du totalitarisme, elle dut apprendre à affirmer sa personnalité et son autonomie.
Les premières images que je conserve d'elle et qui relatent les débuts de son rapprochement avec Jésus me l'ont fait apparaître, au-delà de sa vivacité, comme un être très souffrant. Une souffrance dûe incontestablement à sa lutte continuelle contre l'opinion publique. Toutefois, le fait d'avoir été invitée dans l'entourage immédiat du Maître l'a très vite transformée. Sa liberté douloureuse et parfois agressive s'est alors métamorphosée en un souffle beaucoup plus paisible et plus sûr de lui-même. Myriam a appris à ne plus vivre dans la révolte face à l'ordre du monde, mais au coeur de ses défis personnels. Cette transmutation, qui a été le fruit d'un travail constant sur elle-même, a sans doute constitué un des éléments déterminants qui l'ont menée à cette forme de Réalisation transparaissant dans son Évangile. La suite de sa vie l'a conduite à polariser dans le sens de l'ascension toutes les forces vives qui l'habitaient.
Ce qui est remarquable dans le personnage de Marie-Madeleine, tel que j'ai pu l'approcher, c'est de voir sa capacité à incarner ce qui lui a été enseigné. Elle a très vite su marier ce que l'on appelle classiquement l'horizontal et le vertical, n'hésitant pas à manifester publiquement des comportements très humains parallèlement à des attitudes transcendantes. On pouvait aussi bien la voir en train de pleurer, de rire aux éclats, d'embrasser quelqu'un en l'étreignant très physiquement qu'en pleine prière et irradiant une paix aussi puissante et communicative que le plus extraordinaire des parfums.
Il était difficile d'imaginer un être plus vivant qu'elle et, qui plus est, évoluant simultanément avec appétit sur plusieurs mondes. Évidemment, certaines de ses déclarations et de ses attitudes en ont scandalisé plus d'un jusqu'à la fin de sa vie, mais il en va souvent de même pour ceux qui contribuent à la réforme des consciences. Ils restent imprévisibles et aucun moule ne les contient.
À travers deux mille ans d'histoire religieuse chrétienne, on a toujours eu tendance à figer les représentations que l'on se faisait des grandes figures spirituelles dans un seul et même "récipient", celui du mystique imperturbable dans sa foi ou du pécheur illuminé et repenti. Cela a contribué à fabriquer de véritables caricatures de "ce à quoi on devrait normalement ressembler" lorsque l'âme accomplit un pas en avant vers sa libération.
C'est ainsi, entre autres, que s'est constitué au fil des siècles - n'ayons pas peur des mots - une véritable mythologie chrétienne. La vérité est cependant bien différente. Il y a cent mille façons de traduire la présence de l'Esprit en soi et non pas une seule, relativement insipide et pétrifiée par les modèles que reproduisent les images pieuses de nos catéchismes d'antan.
Ceux que l'on a appelé traditionnellement les saints n'étaient pas nécessairement des ascètes ni des personnes manifestant une constante égalité d'humeur et presque sans personnalité. Ils n'étaient pas non plus omniscients, ni obligatoirement perdus en quasi permanence dans des prières éthérées, à genoux, les deux yeux levés vers le ciel et l'auréole suspendue au-dessus de la tête. Ils ont été bien plus des hommes et des femmes "de terrain" qu'on ne se l'imagine. Marie-Madeleine était de cette trempe-là, de cette famille d'âmes qui ont pour mission de bâtir de leurs mains cet "impossible" par lequel nous grandissons à notre tour.
Les images que j'ai pu ramener du passé m'ont toujours montré que Marie-Madeleine ne voyait pas d'opposition fondamentale entre la chair et l'esprit. Elle affirmait que l'un et l'autre racontaient la même grande histoire d'amour à leur façon. Elle-même répandait, d'ailleurs, une certaine forme de sensualité au sens noble du terme. Elle n'avait pas peur de son corps qu'elle voyait comme le prolongement de son âme, ivre des plus vastes horizons. En ce même temps qu'enthousiaste par rapport aux beautés de ce monde, elle pouvait se montrer, presque sans transition, extraordinairement intériorisée, discrète, secrète et grave. C'est probablement à cause de ces multiples facettes que je l'ai souvent vue en irriter certains qui ne la voyaient que comme une provocation vivante et continuelle, inconciliable avec les profondeurs de l'Esprit.
Lorsque l'on considère le peu de place qui est accordé à Marie-Madeleine dans les Évangiles canoniques, on peut se demander comment celle-ci est devenue un personnage de premier plan. Tout se passe, en fait, comme si au fil des siècles, un égrégore n'avait fait que grossir autour d'elle, nourri par l'impact réel qu'elle a laissé sur son temps. Et tout se déroule aussi comme si cet égrégore-là arrivait à maturité aujourd'hui, semblable à un fruit désireux d'offrir enfin son suc.
En fait, Myriam de Magdala incarne un symbole que notre société actuelle est seulement capable, maintenant, de commencer à considérer dans toute son ampleur. Pour pouvoir porter un tel regard sur elle et le véritable vécu qui fut le sien, il est incontestable qu'il faut savoir passer au-delà des dogmes, donc des idées reçues et élaborées par deux mille ans d'histoire religieuse.
Myriam n'était pas, quant à elle, un être religieux. C'était une femme spirituelle, au sens plein du terme. Elle était cosmique, dirais-je, dans ce que la notion de cosmos sous-entend de matériel comme d'immatériel et d'imprévisible aussi.
http://www.atelier-empreinte.fr/levangi ... p-343.html
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