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MessagePosté: Dim Oct 25, 2009 7:33 pm 
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Le mythe directeur se laisse déchiffrer par de petites coïncidences significatives égrenées tout au long. Partant pour l’Egypte, Napoléon embarque sur un vaisseau nommé l’Orient ; lorsqu’il revient à Paris le 16 octobre 1799, il loge rue de la Victoire. La bataille d’Austerlitz s’engage au soleil levant. Le premier intersigne des revers lors du mariage avec Marie Louise est l’incendie de l’hôtel où le prince de Schwarzenberg donne un bal en l’honneur de la nouvelle impératrice qui ne sera sauvée que de justesse. Les contemporains voient là comme un rappel du feu d’artifice incendiaire lors du mariage de Marie-Antoinette. Son seul fils, le roi de Rome, naît par les pieds et semble mort lorsque les médecins parviennent à l’extraire ; il sera toutefois vite ranimé, ce qui apparente sa naissance à une résurrection. Le 27 juin 1812, au début de la campagne de Russie, le cheval de Napoléon s’abat sous lui au moment où il pose le pied sur la rive orientale du Niemen. Devant l’incendie de Moscou, voyant qu’il dure plus d’un jour, l’empereur lui-même reconnaît un signe et déclare : « Cela nous présage de grands malheurs. (6)» Le vaisseau qui le ramène de l’île d’Elbe se nomme l’Inconstant et devra avancer par vent contraire. Lorsque, après Waterloo et la seconde restauration, Napoléon tente d’obtenir l’hospitalité de l’Angleterre, il monte sur le Bellérophon — Sa Gracieuse Majesté décidant de le traiter en prisonnier et de le déporter à Sainte-Hélène, « quand il reçut l’avis officiel de sa destination, une pâleur mortelle couvrit tout à coup son visage (7) ». On sait que l’un des cahiers d’écoliers de Napoléon se termine par ces mots prophétiques : « Sainte-Hélène, petite île »… Et que dire des quelques lignes que l’on trouvera en classant ses papiers après sa mort : « Nouveau Prométhée, je suis cloué à un roc où un vautour me ronge. Oui, j’avais dérobé le feu du ciel pour en doter la France : le feu est remonté à sa source, et me voilà ! L’amour de la gloire ressemble à ce pont que Satan jeta sur le chaos pour passer de l’enfer au paradis : la gloire joint le passé à l’avenir, dont il est séparé par un abîme immense. »
Ce ne sont, certes, que des anecdotes de la petite histoire mais qui ont frappé les contemporains et qui ont fait sens. Or la plupart sont des symboles solaires, y compris les pieds du nouveau-né : c’est sur la plante des pieds que le Bouddha porte à la naissance la rouelle et le swastika qu’il imprimera en quelque sorte sur la terre en accomplissant les trois, sept ou neuf pas que lui prête la légende ; dans la vie de Napoléon, ces symboles jouent d’abord de manière positive, soulignant une ascension, puis curieusement après le divorce d’avec Joséphine le 15 décembre 1809, à rebours comme présages de chute. Les contemporains soulignent ce point de rupture, Canova avec une ironie mordante : « Puis-je féliciter votre Majesté d’avoir fait divorce avec la Fortune ? », les grognards de 1812 plus amers : « Il ne fallait pas qu’IL quittât sa vieille ; elle lui portait bonheur et à nous aussi (8. »
Le Bellérophon couronne l’inversion du symbole : le fils de Poseidon chevauchant Pégase devient cheval des mers, monture de l’exil. Rappelons la légende. Bellérophon, faute de le reconnaître, tue son frère Belléros et va se réfugier à la cour du roi d’Argos, Proetos. Ce dernier, qui ne peut le tuer sans enfreindre les lois de l’hospitalité, l’envoie à son beau-frère Iobartès roi de Lycie avec une tablette portant l’ordre secret de le mettre à mort. Iobartès, lié par la même règle, lui donne mission de combattre la Chimère, monstre jusque là invincible. Mais Bellérophon déjoue le piège en tuant la Chimère et revient en vainqueur. Ces lois de l’hospitalité qui lient les rois grecs, ce sont elles que Napoléon accuse l’Angleterre de bafouer en le déportant. Mais en fait, les Anglais semblent accomplir le mythe. On peut voir en l’empereur déchu un fils de Poseidon comme Bellérophon puisque, né dans une île et souvent marin au début de son épopée, il apparaît aussi en cavalier comme l’ébranleur de l’Europe, le déclencheur de séismes métaphoriques, politiques et guerriers. Le motif du frère tué par méconnaissance de leur fraternité manque à première vue mais en s’attribuant le titre impérial, ne devient-il pas le frère symbolique des rois qu’il dépouille, fraternité qu’il ne peut reconnaître ni admettre ? Il ne sera pas traduit devant un tribunal et condamné à mort, ni même exécuté par traîtrise par les Anglais au nom de l’amitié avec Louis XVIII et de la raison d’état. Londres fait en quelque sorte le pari de Proetos et de Iobartès, la Chimère étant remplacée par le climat et l’éloignement de Sainte-Hélène. La parenté sémantique est subtile, mais réelle. Chèvre à tête de lion et à queue de serpent, à l’haleine enflammée, la Chimère couvrirait dans les étoiles pratiquement tout l’écliptique. Elle est surtout composite, faite de froid et de chaud, de lumière et d’obscurité. Le prénom Hélène renvoie à d’aussi fortes oppositions : dans l’une des versions du mythe, elle est fille de Léda et du Cygne Zeus, jumelle de Pollux et comme lui immortelle, tandis que leurs jumeaux mortels sortis du même œuf sont respectivement Castor et Clytemnestre. A une lettre près, elle est Sélèné, la Lune ; mais si l’on ne souffle pas ce sigma, si on aspire l’h, elle est de la nature d’Hélios, le Soleil. Or ou argent, tout tient au sens d’un respir. Et son rapt par le prince Pâris déclenche la guerre de Troie. Or on sait que les Francs se réclamaient d’un ancêtre éponyme Francion descendant des rois troyens comme Enée le fondateur de Rome, et que la capitale de la France se nomme Paris (9). Enfin, Hélène la sainte fut la mère de Constantin, le premier empereur chrétien, et on lui doit l’invention de la Croix. Elle entretient un étrange rapport sémantique avec la mère de Napoléon, Laetitia, la Joie, et ce dernier apparaît comme un inverse de Constantin, comme le premier empereur déchristianisé. Tout ce jeu d’oppositions donne bien à l’île d’exil le caractère d’une Chimère. Mais l’empereur détrôné échoue à l’épreuve de Bellérophon.

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MessagePosté: Dim Oct 25, 2009 7:42 pm 
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Suite et conclusion

Citation:
Ainsi un mythe  solaire  sous-tend bien l’aventure napoléonienne mais, soulignons-le encore, c’est celui d’un soleil évanescent qui subit le sort des mortels. Or il n’est pas indifférent que cette épopée tragique ouvre le XIXe siècle et prélude à la révolution industrielle ; les décennies qui suivront vont voir s’installer avec le positivisme une vision du monde mêlant l’aspect faustien et prométhéen du progrès à un pessimisme fondamental sur le destin de l’univers et de l’homme. La loi de Carnot (vers 1820, donc 5 ans seulement après Waterloo) devenue le second principe de la thermodynamique (Clausius, 1850 puis 1864) et généralisée à l’univers considéré comme un système clos (10) prédit comme eschatologie non plus la consumation du monde par le feu divin, ni le « temps des loups » de la Voluspa nordique, mais l’extinction énergétique, la mort par le froid lorsque s’éteindront les soleils et que les planètes rouleront à jamais désertes et glacées au-delà de toute régénération possible. Prophétie que l’on trouve entre autres chez François Marion, chez Jules Verne, chez le grand Flammarion lui-même et chez ces trois auteurs entremêlée à des couplets lyriques sur le progrès technique libérateur de la société. L’Homme se réalise par le progrès tout en ayant la conscience lucide de l’inéluctable fin de tout qu’il convient d’affronter debout. Ce n’est pas, quoi qu’on en ait dit, la bombe d’Hiroshima qui a suggéré à l’inconscient collectif la mort potentielle de l’humanité entière ; ce sont les chantres positivistes du Progrès. Qu’un vécu mythique collectif, qu’une trame mythique inconsciente ou semi-consciente devienne la trame même de l’histoire et, de manière prophétique, annonce les croyances à venir parmi les élites éclaire peut-être une des fonctions essentielles du mythe.
[...]
Vers une méta-histoire ?

Si Napoléon est un mythe solaire inversé, prélude mythique au rationalisme, Philippe le Bel apparaît dans cette première période de son règne comme le miroir tragique des romans de chevalerie, un Arthur victime de quelque enchanteur dépravé. Courtrai annonce la fin d’un monde et, très précisément, la fin d’une société basée sur les valeurs traditionnelles de la culture franque, la fin du regnum bâti sur les coutumes germaniques lors de l’effondrement de l’empire romain. On date souvent la mort du moyen-âge de la chute de Byzance ; il faudrait en situer le signal à Courtrai, faire coïncider le basculement des temps avec les règnes houleux des fils de Philippe et dater son ragnarök de 1347, avec le déferlement de la peste noire.
Est-ce à dire que le mythe s’incarne dans l’histoire lors des basculements de civilisation ? Peut-être, encore qu’il faudrait examiner les aurores autant que les crépuscules, comme en témoigne la formation et la fixation du mythème de l’empire avec l’apparition du premier état réunissant plusieurs cités en une seule entité englobante lorsque Sargon d’Akkad prit le titre de Roi des Quatre Régions. Mais surtout, nous devons relever le caractère prophétique, transtemporel, de telles incarnations mythiques. La structure imposée par le mythe engage plus que le temps de sa manifestation ; elle ramène aux origines, avec ou sans retournement des symboles, mais surtout ourdit la trame du futur. Cela ressemble aux geis lancés par les dieux ou les fées sur les héros d’Irlande : leur transgression entraîne un inéluctable destin et pourtant tout concourt à cette transgression.
Cycles cosmiques, diront certains. Peut-être, à condition de ne pas s’en faire une image mécanique, de ne pas les voir comme le monstrueux enchaînement de rouages d’une gigantesque horloge à balancier. Il ne s’agit pas tant de compter les années et les siècles que de jauger la qualité spirituelle et psychique des cultures et des époques. L’accomplissement du geis ne dépend pas d’un minutage mais d’une condition existentielle, ce qui évoque encore l’hypothèse de Jacques Vallée, celle d’un système de contrôle, d’une régulation de l’histoire humaine. Une telle régulation n’implique pas forcément un régulateur, il peut s’agir d’un principe d’homéostasie interne, naturel : c’est ce que signifie en Inde la doctrine des quatre âges. Mais rien n’interdit, bien au contraire, que la maintenance de cette régulation dépende de puissances autres que l’homme. Dans tous les cas, cela repose la question primordiale de la nature profonde du temps et de ce qui transcende la conscience que nous en avons.


Notes

Citation:
1 En fait, il y eut 18 dans le décret du 18 mars 1804 : Augereau, Bernadotte, Berthier, Bessières, Brune, Davoust, Jourdan, Kellermann, Lannes, Lefebvre, Masséna, Moncey, Mortier, Murat, Ney, Pérignon, Sérurier, Soult. Mais 18 renvoie au Saros, cycle luni-solaire permettant le calcul des éclipses…
2 En comptant la campagne d’Italie et celle d’Egypte, et en excluant celle d’Espagne : Arcole, Lodi, Rivoli, Pyramides, Aboukir, Montebello, Marengo, Ulm, Austerlitz, Iéna, Friedland, Wagram. Ce décompte n’inclut pas les batailles remportées par les maréchaux ou généraux en son absence.
3 Cité in La vie de Napoléon Ier racontée par un Officier de la Garde, Paris, librairie Bernardin-Bréchet, sd, p.45.
4 Gilbert Durand, Figures mythiques et visages de l’œuvre : de la mythocritique à la mythanalyse, Berg International, Paris, 1979, pp.206-7 et 321
5 Platon, Timée, 21d-22d, p.405 de l’édition Garnier-Flammarion.
6 Vie de Napoléon…, op. cit., p.132.
7 Ibid., p. 197.
8 Jean Massin, Almanach du Premier Empire, Club Français du livre, 1965, réed. Encyclopaedia Universalis, 1988, p.257.
9 Etymologiquement, cela n’a rien à voir, nous sommes d’accord. Mais la logique du symbole se moque de l’étymologie scientifique et travaille par métaphores et jeux de mots, dans le mythe comme dans le rêve.
10 C’est là où le bât blesse et ce qu’il n’est plus possible d’affirmer depuis la découverte de ce prodigieux réservoir d’énergie, peut-être infini, qu’est le vide quantique.

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MessagePosté: Dim Oct 25, 2009 7:44 pm 
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Avec cet exemple, vous voyez que le mythe ne s'oppose pas au réel mais l'épouse étroitement et lui donne sens, un sens qui n'est souvent déchiffrable qu'après coup mais qu'on ne peut rejeter sans aplatir tout notre rapport au monde.

J'espère que cette fois le malentendu est totalement levé.

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MessagePosté: Dim Oct 25, 2009 7:55 pm 
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Merci d'avoir mieux expliqué ce que tu voulais dire, Yragaelle. Même si je ne partage pas du tout ta vision des choses (pourquoi "mythifier" des vies vécues, je ne comprends pas bien et ça risque de déformer la réalité petit à petit) au moins je te remercie d'avoir précisé ta pensée car, effectivement, le mot "mythe" n'est pas du tout perçu comme tu l'expliques, par le grand public!

Et, en toute honnêteté, je n'aime pas du tout ce que tu décris. Ce n'est pas vrai que c'est le mythe qui structure l'histoire. Ce sont les faits réels! La "mythification" me semble plus tenir du narcissisme des observateurs et de leur orgueil de laisser une trace personnelle que du témoignage le plus réaliste et le plus humble qui soit.

Cela étant, si c'est si important pour moi qu'on se mette bien d'accord sur les termes, c'est justement parce que j'ai déjà été traîtée de "mystique" alors que ma démarche de recherches se veut rationnelle et est même parfois plus critique que celle de certains historiens (du style de ceux qui basent toute la vie des Hérodiens sur le seul témoignage de Flavius Josèphe, comme suggéré plus haut). De toute façon, je donne toujours mes sources précises pour que chacun puisse se faire sa propre opinion sur mes conclusions (et par respect pour le travail des auteurs, évidemment).

bonne fin de semaine,
Magdalene

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MessagePosté: Dim Oct 25, 2009 8:39 pm 
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Je voudrais donner un exemple, moi aussi. Je n'ai rien contre Jean-Yves Leloup que je ressens comme étant un infatigable "chercheur en Christ" et il n'y en a pas beaucoup, donc respect. Mais il y a quelque chose qui me met dans une colère pas possible: d'un côté, il se targue d'être "le spécialiste de Marie-Madeleine" et de l'autre, il la décrit en train de ramper, nue, dans les bois de la sainte Baume, à renifler des champignons parmi les sangliers, avec un nez qui n'est plus qu'un mufle, un groin! Et il lui fait douter de l'évangile parce que "il ne lui remplit pas le ventre".

Voilà non seulement une pure "mythification" puisque cela fait des siècles que les érudits ont prouvé que la légende de Marie-Madeleine à la sainte Baume était une assimilation de la légende (là aussi) de Marie l'Egyptienne, transposée à la sainte Baume à des fins politico-religieuses, saint Zozime devenant saint Maximin. Mais cela va plus loin et confine à l'escroquerie pure et simple car il fait de l'argent avec ça! Et non seulement il fait de l'argent en vendant un livre bourré de "mythifications" mais, en plus, par cette étiquette de "spécialiste de Marie-Madeleine" il leurre la crédulité et la confiance de ceux qui ne vont pas penser à aller vérifier ses dires, vu cette étiquette ronflante.

Et je ne parle pas d'un autre de ses bouquins où il fait carrément forniquer Jésus et Marie-Madeleine alors que la réalité était que les gnostiques avaient le sexe en horreur car il faisait procréer et que, donner la vie, pour eux, c'était donner la mort. Sans parler du fait que Jésus était très certainement le fils et non l'amant de Marie-Madeleine et que sa vie fut certainement de courte durée (j'en ai parlé plus haut).

Je suis bien plus proche de la réalité de Marie-Madeleine, non seulement parce que son âme est la mienne et me sert donc de guide intérieur, mais aussi parce que j'ai cette humilité de traquer la vérité, quelques soient les fantasmes personnels que je pourrais avoir concernant cette vie passée de mon âme. Si Jean-Yves Leloup a souffert de la faim au point de douter de la nourriture spirituelle des évangiles, s'il a des problèmes avec les femmes au point de faire ramper Marie-Madeleine nue dans la forêt ou s'il découvre subitement qu'il a un sexe et qu'il peut s'en servir, c'est tant mieux pour lui mais ça ne concerne pas Marie-Madeleine.

Comme tu le vois, voilà un exemple de "délires" (delirare) où la mythification est une trahison, et non un témoignage.
Comment croire après ça qu'il défende Marie-Madeleine, par rapport à ce qu'elle a enduré depuis des siècles ?
Au moins le Da Vinci Code est plus respectueux.

http://www.jeanyvesleloup.com/fr/texte. ... ef_txt=106

Magdalene

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MessagePosté: Dim Oct 25, 2009 9:39 pm 
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Voici un autre témoignage, celui de Daniel Meurois-Givaudan. Bien sûr, c'est aussi un fantasme et une projection, une "mythification". Mais accordez-moi de pouvoir témoigner que Daniel est bien plus fidèle à la réalité de Marie-Madeleine que ne l'est Jean-Yves Leloup. Et même sans cela, pesez les deux textes (et d'autres) à l'aune de votre propre ressenti et faites-vous votre propre avis...

Chaque fois qu'on fantasme sur quelqu'un, on lui refuse une part de vie correspondante.

merci de m'avoir lue,
Magdalene

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"Peut-être Myriam donnait-elle à certains la sensation d'être arrogante... Probablement. Il n'est pas impossible, d'ailleurs, qu'elle l'ait été dans sa jeunesse car je l'ai si souvent entendue manier les mots avec une telle promptitude que je ne peux douter d'un temps où elle a dû se servir de l'ironie et de la moquerie comme d'une arme.

C'est incontestablement cette vivacité de tempérament qui a contribué à la marginaliser très tôt dans une société où l'homme, le mâle, entendait bien rester le maître incontesté. Ce qui est certain - et le film du passé ne laisse aucun doute sur ce point - c'est qu'elle n'a jamais été la prostituée qu'en ont fait les Évangiles canoniques.

Marie-Madeleine était ce que l'on appelle aujourd'hui une "femme libérée". Pour ne pas succomber sous le poids du totalitarisme, elle dut apprendre à affirmer sa personnalité et son autonomie.

Les premières images que je conserve d'elle et qui relatent les débuts de son rapprochement avec Jésus me l'ont fait apparaître, au-delà de sa vivacité, comme un être très souffrant. Une souffrance dûe incontestablement à sa lutte continuelle contre l'opinion publique. Toutefois, le fait d'avoir été invitée dans l'entourage immédiat du Maître l'a très vite transformée. Sa liberté douloureuse et parfois agressive s'est alors métamorphosée en un souffle beaucoup plus paisible et plus sûr de lui-même. Myriam a appris à ne plus vivre dans la révolte face à l'ordre du monde, mais au coeur de ses défis personnels. Cette transmutation, qui a été le fruit d'un travail constant sur elle-même, a sans doute constitué un des éléments déterminants qui l'ont menée à cette forme de Réalisation transparaissant dans son Évangile. La suite de sa vie l'a conduite à polariser dans le sens de l'ascension toutes les forces vives qui l'habitaient.

Ce qui est remarquable dans le personnage de Marie-Madeleine, tel que j'ai pu l'approcher, c'est de voir sa capacité à incarner ce qui lui a été enseigné. Elle a très vite su marier ce que l'on appelle classiquement l'horizontal et le vertical, n'hésitant pas à manifester publiquement des comportements très humains parallèlement à des attitudes transcendantes. On pouvait aussi bien la voir en train de pleurer, de rire aux éclats, d'embrasser quelqu'un en l'étreignant très physiquement qu'en pleine prière et irradiant une paix aussi puissante et communicative que le plus extraordinaire des parfums.

Il était difficile d'imaginer un être plus vivant qu'elle et, qui plus est, évoluant simultanément avec appétit sur plusieurs mondes. Évidemment, certaines de ses déclarations et de ses attitudes en ont scandalisé plus d'un jusqu'à la fin de sa vie, mais il en va souvent de même pour ceux qui contribuent à la réforme des consciences. Ils restent imprévisibles et aucun moule ne les contient.

À travers deux mille ans d'histoire religieuse chrétienne, on a toujours eu tendance à figer les représentations que l'on se faisait des grandes figures spirituelles dans un seul et même "récipient", celui du mystique imperturbable dans sa foi ou du pécheur illuminé et repenti. Cela a contribué à fabriquer de véritables caricatures de "ce à quoi on devrait normalement ressembler" lorsque l'âme accomplit un pas en avant vers sa libération.

C'est ainsi, entre autres, que s'est constitué au fil des siècles - n'ayons pas peur des mots - une véritable mythologie chrétienne. La vérité est cependant bien différente. Il y a cent mille façons de traduire la présence de l'Esprit en soi et non pas une seule, relativement insipide et pétrifiée par les modèles que reproduisent les images pieuses de nos catéchismes d'antan.

Ceux que l'on a appelé traditionnellement les saints n'étaient pas nécessairement des ascètes ni des personnes manifestant une constante égalité d'humeur et presque sans personnalité. Ils n'étaient pas non plus omniscients, ni obligatoirement perdus en quasi permanence dans des prières éthérées, à genoux, les deux yeux levés vers le ciel et l'auréole suspendue au-dessus de la tête. Ils ont été bien plus des hommes et des femmes "de terrain" qu'on ne se l'imagine. Marie-Madeleine était de cette trempe-là, de cette famille d'âmes qui ont pour mission de bâtir de leurs mains cet "impossible" par lequel nous grandissons à notre tour.

Les images que j'ai pu ramener du passé m'ont toujours montré que Marie-Madeleine ne voyait pas d'opposition fondamentale entre la chair et l'esprit. Elle affirmait que l'un et l'autre racontaient la même grande histoire d'amour à leur façon. Elle-même répandait, d'ailleurs, une certaine forme de sensualité au sens noble du terme. Elle n'avait pas peur de son corps qu'elle voyait comme le prolongement de son âme, ivre des plus vastes horizons. En ce même temps qu'enthousiaste par rapport aux beautés de ce monde, elle pouvait se montrer, presque sans transition, extraordinairement intériorisée, discrète, secrète et grave. C'est probablement à cause de ces multiples facettes que je l'ai souvent vue en irriter certains qui ne la voyaient que comme une provocation vivante et continuelle, inconciliable avec les profondeurs de l'Esprit.

Lorsque l'on considère le peu de place qui est accordé à Marie-Madeleine dans les Évangiles canoniques, on peut se demander comment celle-ci est devenue un personnage de premier plan. Tout se passe, en fait, comme si au fil des siècles, un égrégore n'avait fait que grossir autour d'elle, nourri par l'impact réel qu'elle a laissé sur son temps. Et tout se déroule aussi comme si cet égrégore-là arrivait à maturité aujourd'hui, semblable à un fruit désireux d'offrir enfin son suc.

En fait, Myriam de Magdala incarne un symbole que notre société actuelle est seulement capable, maintenant, de commencer à considérer dans toute son ampleur. Pour pouvoir porter un tel regard sur elle et le véritable vécu qui fut le sien, il est incontestable qu'il faut savoir passer au-delà des dogmes, donc des idées reçues et élaborées par deux mille ans d'histoire religieuse.

Myriam n'était pas, quant à elle, un être religieux. C'était une femme spirituelle, au sens plein du terme. Elle était cosmique, dirais-je, dans ce que la notion de cosmos sous-entend de matériel comme d'immatériel et d'imprévisible aussi.

http://www.atelier-empreinte.fr/levangi ... p-343.html

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MessagePosté: Dim Oct 25, 2009 11:18 pm 
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En ce qui concerne Leloup, je le considère comme un escroc qui a ruiné des petits éditeurs qu'il associait à ses voyages organisés dans le désert, en particulier le Fennec. Je ne donnerais pas le nom de mythe à ses fantasmes de bas étage. Il se fait passer en permanence pour ce qu'il n'est pas : prêtre orthodoxe, en fait plus aucune juridiction ne veut de lui, il a créé trop d'embrouilles ; guide spirituel, mais allez voir l'état dans lequel il laisse ses disciples, désorientés pour le moins ; spécialiste de ci et de ça dont il ne connaît pas le premier mot. Mais beau parleur, ça oui, ce qui lui permet d'en vivre largement.

Daniel Meurois-Givaudan, je ne sais pas quoi en penser mais il me semble mille fois plus sincère dans sa démarche que le premier cité.

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MessagePosté: Lun Oct 26, 2009 9:05 am 
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Sur ce message là, je suis en plein accord !

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MessagePosté: Lun Oct 26, 2009 12:27 pm 
Yragaelle a écrit:

Jasmina, ne ricane pas, tu te pièges au 1 à chaque fois que tu assimiles Untel à Unautre sur de simples ressemblances de noms sans contextualiser.


Je ne ricanes pas mais cela me fait penser à ce que disait Napoléon:""L'Histoire est faite de "petites histoire" où tout le Monde est d'accord"".:wink:


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MessagePosté: Mar Oct 27, 2009 11:22 am 
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pomme de pin a écrit:
C'est interessant cette étude sur Napoléon Yrragaele. Sa mort un 5 mai serait également à ranger dans le symbole je pense.

Citation:
Et je ne parle pas d'un autre de ses bouquins où il fait carrément forniquer Jésus et Marie-Madeleine alors que la réalité était que les gnostiques avaient le sexe en horreur car il faisait procréer



Je découvre que "l'ame de marie madeleine qui habite dans magdalene" lui fait dire ,entre autre, que les gnostiques avaient le sexe en "horreur", que "faire l'amour" s'appelle "forniquer", et que le planning famial n'avait pas encore inventé le préservatif, alors qu'il remonte à la nuit des temps.
Il me semble avoir compris que le grand oeuvre alchimiste passe pourtant par un rituel totalement naturel: crac-crac bum hue my love, mais with love. A ne pas confondre avec un film x.


Evidement, si c'est un baby, c'est plus qu'une cruci-fiction mais de l'inceste. Si c'est un baby comme le dit "l'ame".

Je ne connais pas ce grand méchant Leloup sinon ce que je viens d'en découvrir sur le lien, mais cela n'aurait rien d'extravagant pour une déèsse d'aller chasser le champignon au milieu des sangliers. Encore plus si vous l'associez avec justesse à Artemis il me semble. J'ai du mal à suivre.

Au fait est ce normal que tous les messages soient datés du 25 octobre 2005?


Où diable avez vous pris que le grand œuvre alchimique serait une technique de magie sexuelle ? Des sources !
Vous aurez du mal à en trouver...

Quant à Marie Madeleine à la Sainte-Baume, TOUS les historiens sérieux de la question ont démontré qu'il s'agit d'une légende née de la querelle entre Vézelay et la Sainte-Baume, après des transferts de reliques, pour s'assurer le plus gros des pèlerins. Qu'on suive ou pas Magdalene dans ses recherches, on ne peut pas nier ce fait, corroboré par toutes les études sérieuses. J'ajouterai que Leloup a écrit ses âneries alors que la question était réglée depuis la fin du XIXe siècle, reprise dans le même sens dans les années 1950-60. Un grrrand intellectuel comme lui ne pouvait pas l'ignorer.

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