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MessagePosté: Dim Mar 18, 2012 1:37 am 
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834 est une année de guerre civile -- ou plutôt de guerre des rois -- d'un bout à l'autre de l'empire. Louis et Pépin, avec leur père Louis le Pieux s'opposent désormais à Lothaire. Le 1er mars, Louis le Pieux est restauré en tant qu'empereur.

Lothaire résiste par les armes. Il s'empare de la ville de Chalon (sur Saône) où se trouve Gerberge, la soeur de Bernard, dans un couvent. Il l'en tire et la fait noyer en Saône.
http://books.google.fr/books?id=g_YOAAAAYAAJ&pg=PA63
http://books.google.fr/books?id=lUEh6i3x7X0C&pg=PA371

Je vous ai donné des références anglaises du XIXe siècle. Jusque très récemment, vous auriez eu les mêmes données en langue française et je me souviens des ouvrages d'histoire locale que j'ai pu lire dans ma jeunesse à Chalon, puisque c'est ma ville natale. Il n'est alors question que de l'exécution de Gerberge et d'une bataille pour la possession de la ville, que Lothaire finira par perdre.

Or depuis quelques années, on lit partout que Lothaire fit également décapiter Gaucelm.
http://fr.wikipedia.org/wiki/834
Diable, mais d'où le tient-on ?

Les Grandes Chroniques de France nous parlent de décapitations :
http://books.google.fr/books?id=hWBMAAAAYAAJ&pg=PA834
mais elles sont très tardives par rapport à ces événements.

L'illustre Orbandale ne parle que de Gerberge :
http://books.google.fr/books?id=cE4PAAAAQAAJ&pg=PA48
Et de même la Vita Ludovici Pii, qu'elle cite.

Et si Gaucelm n'était pas mort à Chalon ?

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MessagePosté: Dim Mar 18, 2012 2:48 pm 
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Il existe une contradiction dans les sources sur laquelle je me penche depuis des années mais qu'un spécialiste des carolingiens ne peut pas déceler. Je l'ai découverte parce qu'au départ, je me suis intéressée à l'ordre des Antonins. J'habitais Grenoble et, à ce moment, le manuscrit d'Aymar Falco, historiographe de l'ordre, était encore accessible sans autre précaution à la bibliothèque municipale. Un cahier du XVIe siècle, à couverture noire, rempli d'un texte latin en pattes de mouche mais élégantes et régulières. Avec le manuscrit en mains, on voit bien les graphies employées par l'auteur.

Si vous vous penchez sur Aymar Falco et les Antonins via Internet, vous allez trouver des textes de ce genre :
http://www.adolphus.nl/xcrpts/xcantoinabbay.html
C'est bourré de conneries mais qui forment aujourd'hui l'histoire officielle de l'ordre, avec ce jugement péremptoire : "L'implantation à Saint-Antoine demeure donc par bien des aspects confuse, mais les Hospitaliers tentent de la magnifier par des "récits fabuleux" repris par l'historiographe de l'Ordre, Aymar Falco, en 1534."
Mais impossible de se faire une idée, l'Antoniae historiae compendium... n'est pas numérisée (ou alors elle se perd dans les replis de la Toile). Quant à sa traduction, faut pas rêver ! On ne trouve d'Aymar Falco que ses écrits philosophiques ou théologiques.

Quelques données biographiques sur lui :
http://books.google.fr/books?id=Nj_ML3fir6gC&pg=PA26

Toujours est-il, pour résumer, que Falco attribue l'arrivée en France des reliques de saint Antoine le Grand à un dénommé Jocelinus qu'il présente comme comte de Roussillon. Selon lui, un certain Guillaume le Cornu, sur son lit de mort, fait jurer à son fils Jocelin d'aller chercher à Constantinople les reliques de saint Antoine. Le jeune homme promet, puis oublie. Blessé à la bataille de Chalon, il parvient à se glisser dans une cabane, échappant ainsi à ses ennemis. Là, saint Antoine lui apparaît, lui rappelle qu'il n'a pas tenu son serment, le guérit en lui signalant qu'il n'aura pas de nouveau la même chance. Remis de ses blessures, Jocelin se rend à Constantinople. Le basileus lui confie un travail de mercenaire, en récompense duquel il obtient les reliques qu'il ramène en Dauphiné et dépose dans son château de la Motte-aux-Bois. Après sa mort, son « beau-frère » Guigues-Didier les conserve et les porte même sur lui lorsqu'il guerroie. Vivement tancé par l'évêque de Romans Barnard qui sera canonisé, il se décide à les déposer dans l'église paroissiale et demande aux bénédictins de Montmajour d'envoyer des desservants.

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MessagePosté: Dim Mar 18, 2012 2:57 pm 
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Dans les brochures du syndicat d'initiative de Saint-Antoine en Viennois comme dans les rares travaux consacrés à l'ordre par des thésards, le premier nous est présenté comme seigneur de Châteauneuf de l'Albenc, beau-frère et héritier du second. Ce qui signifie que l'on reprend les assertions d'Aymar Falco sans les confronter à d'autres sources, omission impardonnable dans un travail d'historien, et qu'on en élague ce qui semble a priori incohérent, autre faute de méthodologie. On oublie qu'Aymar Falco écrit parfois Albonensis, ce qui désigne plutôt les seigneurs de l'Albon et que les Guigues de l'Albon ne sont autres que la première dynastie des Dauphins du Viennois. On oublie aussi que Jocelin est désigné dans le manuscrit d'Aymar Falco par un titre plus prestigieux que seigneur de l'Albon ou de l'Albenc, celui de comte de Roussillon. D'autre part, se basant sur le lien de parenté allégué entre nos deux personnages, on suppose que Jocelin se mit au service du basileus Romain IV Diogène (règne : 1068-1071). Certes, en 1070, les Turcs prennent Colosses en Phrygie et affrontent les troupes impériales. Mais en 1071, Romain est vaincu, fait prisonnier, et obligé de signer un traité qui rend l'empire byzantin tributaire des Turcs. Devant ce résultat, il est aussitôt détrôné et remplacé par Jean Duras, lequel successeur lui fait crever les yeux pour empêcher toute velléité de retour au pouvoir. Romain meurt de sa blessure. On voit mal dans ces conditions comment il aurait pu récompenser notre mercenaire dauphinois.

En fait, les recherches menées dans les cartulaires régionaux par les historiens du XIXe siècle, puis par l'érudit bouquiniste de Saint-Antoine dans les années 1960-70 ne permettent pas de trouver trace d'un Jocelin, Jaucelin ou même Geilin, comme on le voit parfois écrit. Et encore moins de son père Guillaume le Cornu. D'autre part, le saint évêque censé admonester tant Jocelin que son beau-frère est nommé par Aymar Falco Barnard de Romans. Si un Barnard fut bien nommé évêque de cette ville, ce fut en... 862 ! Nos « historiens » chargés de l'instruction des touristes, pour ne pas remettre en question leurs certitudes, « corrigent » cet évident anachronisme. Le saint évêque devient... le pape Urbain II ! Qui ne fut élu qu'en 1088... On ne peut pas tout faire tenir avec du scotch et de la ficelle.

Tout s'éclaire à condition d'élargir les recherches en remontant au delà des troubles qui précèdent la première croisade. Guillaume le cornu ne peut être que saint Guilhem. Il était surnommé le cortz nez dans les chansons de gestes, et ce surnom semble ancien. Du cortz nez au cornu, il n'y a qu'un jeu de mots. Nous avons un indice qu'il était usité au moyen âge car, dans toutes les églises où un autel fut placé sous le vocable de saint Guilhem, figure en bonne place un « cornu », une tête de taureau sculptée ou gravée.

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Guilhem a-t-il eu un fils comte de Roussillon ? Oui, Gaucelm, comte de Roussillon et d'Emporias.
A-t-il participé à la bataille de Chalon ? Oui, et aujourd'hui on nous explique même que Lothaire l'a fait décapiter, sur la foi des Grandes Chroniques.

Gaucelm peut-il donner Jocelin au bout d'une chaîne de copistes ? Rien de plus simple en latin : gaucelmus devient aisément avec un jambage du m un peu séparé et un point accidentel un gaucelinus, qu'il ne reste plus qu'à un secrétaire prenant sous la dictée à écrire jocelinus avec un accent un peu adouci. J'ai vérifié, cela ne brise aucune règle de transformation phonologique connue.

Et Byzance ?
A partir de 813, début des querelles carolingiennes, ce sont à Byzance les dernières flambées de la « querelle des icônes » qui s'achève en 843, l'année même du traité de Verdun. Les documents antonins laissent planer des incertitudes de dates. Si la « bataille de Chalon » est bien celle de 834, Gaucelm parviendrait à Byzance sous le règne de Théophile, iconoclaste modéré. Le transfert des reliques s'explique. Théophile était indifférent au culte des saints en tant qu'empereur, personnellement plutôt hostile. On comprendrait qu'il laisse partir le corps de saint Antoine sans s'émouvoir. C'est l'hypothèse la plus probable, d'autant que certains documents antonins suggèrent que les reliques étaient déposées dans une chapelle hors les murs, desservie par un prêtre et un diacre, tous deux moines, qui mouraient de faim en raison de la désaffection de ce lieu de culte.

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MessagePosté: Dim Mar 18, 2012 3:33 pm 
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Le Bréviaire antonin nous dit que le transfert s'opéra Lothario II imperante. Cette indication a déconcerté certains historiens. Nous connaissons plusieurs Lothaire II. L'un, fils de l'empereur Lothaire I, est l'héritier de la Lotharingie du nord, ce qui deviendra la Lorraine, et règne de 855 à 869. Par suite du partage de règle chez les Francs, son frère Louis avait reçu l'Italie et le titre impérial ; et son autre frère Charles la Provence et les territoires situés de part et d'autre du Rhône, dont le futur Dauphiné. Il n'est donc pas empereur, ce qui introduit une difficulté avec le terme imperante. Le second serait le roi de France, seul du nom, entre 954 et 986. C'est trop tôt d'un siècle pour un Jocelin seigneur de l'Albenc tel que le veulent les historiens actuels et, de plus, le Dauphiné relève de la mouvance des terres d'empire. Le troisième est l'empereur Lothaire de Saxe, qui règne de 1125 à 1138, donc trop tardivement par rapport à la fondation des Antonins en 1080 sous le règne d'Henri IV, avant-dernier des ottoniens. Mais Lothaire II de Lotharingie, saint Barnard et le comte Gaucelm sont contemporains. On peut également penser que ce dernier — ou un fils du même nom — ne revient en Roussillon qu'après 855. Dans ce cas, le basileus aurait été Michel III, un enfant dont la mère, Théodora, assumait la régence. C'est elle qui éteint définitivement la querelle des icônes. Une donation par Théodora aurait sans doute eu plus d'ampleur et se serait accompagnée de cérémonies consignées par l'administration impériale. Il est vrai que l'on n'a pas cherché dans cette direction à propos du transfert des reliques. Tout converge donc pour désigner le fils de saint Guilhem comme translateur des reliques, comme le Jocelinus d'Aymar Falco ou le Gaucelinus du Bréviaire.

Tout colle, mais à condition, évidemment, que Gaucelm n'ait pas été décapité par Lothaire.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Barnard_de_Romans
Notons que ce guerrier carolingien devenu moine et évêque porte un prénom connu dans la descendance de Charlemagne comme dans celle de saint Guilhem. C'est encore un petit cousin !

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Aymar Falco écrit après la rédaction des Grandes Chroniques de France commencées sous Louis IX et continuées jusqu'à Charles V :
http://expositions.bnf.fr/fouquet/enima ... /intro.htm
http://www.gutenberg.org/ebooks/35643

Il pouvait donc les connaître et je pense que c'est ce qui l'a empêché d'identifier son Jocelinus à Gaucelm. Je suis la seule aujourd'hui à soulever ce lièvre et je ne parviens pas trouver des sources convaincantes (i.e d'époque) qui trancheraient la question (c'est le cas de le dire).

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Lothaire finit par être défait. Dès le début de l'année 835, le 2 février, le concile de Thionville présidé par Drogon, évêque de Metz, redistribue les cartes.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Concile_de ... _%28835%29
Le concile est encore une affaire de famille ! Drogon n'est autre qu'un demi-frère de Louis le Pieux, fils d'une épouse secondaire de Charlemagne.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Drogon_de_Metz

Agobard, l'évêque de Lyon qui avait soutenu Lothaire, est déposé et remplacé par Amalaire de Metz. Même déposition pour Ebbon, évêque de Reims, retiré (et prisonnier) à l'abbaye de Fulda.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ebon_de_Reims

Le 20 août de cette même année, notons la première incursion de vikings à Noirmoutier.
Notons aussi la première célèbration de la Toussaint au 1er novembre, remplaçant la fête "de tous les martyrs" célébrée jusqu'alors le 13 mai. Ce qui signifie l'impossibilité de détruire l'ancienne fête celtique de Samain au moins dans les campagnes.

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Les années qui suivent vont voir surtout des incursions vikings sur la côte atlantique que Louis le Pieux fait fortifier autant qu'il le peut. Des tractations diplomatiques tentent de réconcilier l'empereur avec son fils Lothaire qui tient l'Italie comme un royaume indépendant. Wala qui fut le conseiller de Lothaire le plus acharné au conflit meurt à Bobbio en 836.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Wala_%28Carolingien%29

Dans les années qui suivent, Louis le Pieux ne cesse de revoir les partages entre ses fils, d'autant que Pépin, roi d'Aquitaine, meurt en 838 et que sa succession n'est pas simple non plus.

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MessagePosté: Lun Mar 19, 2012 2:34 pm 
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Pépin d'Aquitaine avait épousé en 822 Ingeltrude, que certains appellent Ringardis. Il en avait eu deux fils, l'aîné nommé Pépin comme son père. Mais le monde carolingien n'est pas un monde de possessions héréditaires. L'Aquitaine avait été retirée puis rendue à Pépin Ier par Louis le Pieux et donnée entre-temps au quatrième fils, à ce Charles qu'il avait eu de Judith.

En 838, deux légitimités s'opposent. L'assemblée des leudes désigne Pépin II comme roi d'Aquitaine tandis que Louis le Pieux en investit le jeune Charles. Au travers de la querelle de succession qui va jeter Pépin II, temporairement, dans le camp de Lothaire se dessine une évolution souterraine vers l'hérédité des charges comtales ou royales tempérée par la primogéniture évitant le partage et donc le morcellement des terres, tandis qu'au niveau impérial, se maintient la notion romaine de partage territorial purement administratif confié et repris au gré de la politique de l'empereur. L'hérédité des charges vient des Francs, mais l'évolution vers la primogéniture semble une concession à la logique d'empire, telle que l'avait définie Louis le Pieux en faisant de Lothaire l'héritier du titre impérial, héritage qu'il ne lui a jamais retiré même après ses révoltes.

En 839, Louis tente d'ailleurs de se rapprocher de son aîné et, dans cette logique de partage purement administratif, lui confie des terres à l'est du Rhin. Hurlements immédiats et départ en guerre du troisième frère, Louis de Bavière, à qui elles sont retirées. Louis contre Louis, cette fois, mais la guerre n'aura pas réellement lieu car Louis le Pieux meurt en 840 à Ingelheim où il rassemble son armée.
Il sera inhumé dans l'abbaye Saint-Arnould de Metz. La lignée reboucle ainsi sur elle-même.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Saint-Arnould
http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_le_Pieux

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MessagePosté: Lun Mar 19, 2012 3:36 pm 
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En 840, de logique impériale, Lothaire devrait être empereur et d'ailleurs le titre lui sera donné par les chroniqueurs. Mais sa tentative pour exercer un pouvoir réel entraîne immédiatement une réaction de ses deux frères, Louis et Charles. En juin 841, les armées s'affrontent à Fontenoy-en-Puisaye et Lothaire est vaincu. L'année suivante, Louis et Charles prononcent le célèbre serment de Strasbourg qui scelle pour plusieurs siècles le destin de l'Europe : un continent multipolaire, plus exactement tripolaire, aux alliances toujours recomposées et aux conflits prêts à repartir en permanence. Depuis ce serment, aucune unification impériale de l'Europe n'a jamais tenu et je ne pense pas que l'Union Européenne tiendra davantage. On ne joue pas impunément avec l'inconscient collectif.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Serments_de_Strasbourg

Citation:
Louis promet :
« Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit. »
Donc, en français : « Pour l'amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre salut commun, à partir d'aujourd'hui, en tant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère Charles par mon aide et en toute chose, comme on doit secourir son frère, selon l'équité, à condition qu'il fasse de même pour moi, et je ne tiendrai jamais avec Lothaire aucun plaid qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mon frère Charles. »

Les troupes de Charles le Chauve promettent :
« Si Lodhuvigs sagrament, que son fradre Karlo iurat, conservat, et Karlus meos sendra de suo part non lo tanit, si io returnar non l'int pois : ne io ne neuls, cui eo returnar int pois, in nulla aiudha contra Lodhuvig nun li iu er. »
Soit, en français : « Si Louis observe le serment qu'il jure à son frère Charles et que Charles, mon seigneur, de son côté, ne le maintient pas, si je ne puis l'en détourner, ni moi ni aucun de ceux que j'en pourrai détourner, nous ne lui serons d'aucune aide contre Louis. »


Notons que l'initiative diplomatique revient à Louis, l'aîné, et que ce sont les troupes de Charles qui se portent garantes pour lui.

En 843, le traité de Verdun entre les trois frères partage définitivement l'Europe :

Image

Cette carte a l'avantage de présenter aussi les anciennes divisions administratives qui sont cassées par les nouvelles frontières.

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MessagePosté: Lun Mar 19, 2012 3:55 pm 
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Au cas où la carte serait lente à monter :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Ve ... ty_843.svg

Lothaire garde les lieux symboliques des pippinides : Metz, Aix la Chapelle ; le royaume lombard ; il retire à l'Aquitaine une partie de la Bourgogne mais, notons le, pas l'Autunois, et toute la Provence. C'est depuis ce jour que l'on est "d'épi" (d'empire en arpitan) à l'est du Rhône et de la Saône, de "riaume" (royaume) à l'ouest. Et croyez en une chalonnaise d'origine, cette division se sent encore. Ce ne sont ni les mêmes mentalités ni les mêmes activités, ni les mêmes styles de maisons. Etonnant comme la mémoire perdure et comme l'histoire immobile demeure sous-jacente à l'histoire événementielle.

Louis devient de plus en plus germanique et son royaume sera le germe de l'empire du même nom mais beaucoup plus tard.

Quant à Charles, son royaume pose aussi les fondements de ce que sera la France et qu'on appelle alors Francia occidentalis par opposition à la Francia orientalis de Louis et la Francia mediana de Lothaire. Le regnum francorum n'est plus qu'une fiction.

Lothaire a 49 ans lors de ce traité, Louis 37 ans et Charles seulement 20 ans, ce qui explique que ce soient ses généraux qui s'engagent pour lui.

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MessagePosté: Mar Mar 20, 2012 4:11 pm 
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A partir du traité de Verdun et par le passage des générations, la descendance guilhemide se multiplie. Il sera intéressant de voir quelles familles s'en réclament et comment elles se situent dans les stratégies matrimoniales.

Mais avant cela, il nous faut achever l'histoire des carolingiens. Charles, dit "le chauve" pour avoir rompu avec la tradition franque des longs cheveux du roi et s'être fait raser la tête à la romaine, va passer des années en guerre contre les rois bretons, Nominoë puis Erispoë et enfin Salaün, ainsi qu'à résister aux incursions vikings, voire à les payer pour qu'ils repartent.
Il a aussi quelques problèmes en Aquitaine. Pépin II, donc son neveu, fils de Pépin, a pris le parti de Lothaire. Il tient Toulouse malgré deux sièges successifs en 843 et 844.
En 844, les trois frères, Lothaire, Louis et Charles se réconcilient lors de l'assemblée de Yütz. Cette amitié nouvelle se traduit par la condamnation de certains fidèles de Pépin II, dont Bernard de Septimanie dont les possessions sont redistribuées : la Septimanie passe à son fils Guilhem qui sera lui aussi exécuté en 850 tandis qu'Autun est retiré à la famille et donné à Robert le Fort.


En 848, le 6 juin, Charles est sacré roi de Francia occidentalis à la cathédrale d'Orléans par l'évêque Wénilon ou Ganelon.
Evidemment, les Vikings qu'on paye pour éviter le pillage trouvent le filon intéressant, reviennent et exigent toujours plus. Les nobles exaspérés, conduits par Robert le Fort, font appel à Louis "le Germanique" pour remplacer Charles qu'ils jugent incapable de les défendre. Malgré le serment de Strasbourg, Louis rassemble une armée et passe en Francia occidentalis. Il reçoit le soutien de l'Aquitaine et même l'onction royale des mains du même évêque Wénilon. Mais devant la disproportion des forces, Louis renonce et repart en Bavière.

(à suivre, je n'ai pas le temps d'approfondir ce matin)

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En 842, Charles le Chauve épouse Ermentrude d'Orléans, fille du comte Eudes et d'Engeltrude de Fézensac, elle-même fille du comte Lieuthard de Paris.
Du côté paternel, c'est donc la lignée des Agilolfing de Bavière :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Agilolfing ... 3.A9alogie
Et du côté maternel, les Girardides :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Girardides
donc une lignée récente, liée à Paris et fidèle des carolingiens dès l'origine.

Ils auront huit enfants :

Judith née en 843, qui sera mariée au roi de Wessex (père d'abord, fils ensuite) puis à Baudoin Ier "Bras de fer" de Flandre.
Louis né en 846, qui deviendra le roi Louis II le Bègue
Charles l'Enfant,
Carloman né en 847
Ermentrude
Hildegarde
Rotrude
Lothaire le Boiteux, né en 850, qui deviendra abbé de St-Germain d'Auxerre

Charles le Chauve aura aussi une épouse seconde, Richilde d'Ardennes ou de Provence, fille de Bizin de Gorze, soeur de ce Boson qui deviendra roi de Provence.
En 870, à la mort d'Ermentrude, il l'épouse officiellement.
Il en aura une fille, Rothilde, qui épousera le comte du Maine.

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Revenons à 844, à Bernard de Septimanie sacrifié (et décapité) pour sa fidélité à Pépin d'Aquitaine. Ironie de l'histoire, Charles le Chauve va reconnaître Pépin II comme roi d'Aquitaine l'année suivante, avant de le destituer définitivement en 848, lorsque les nobles du cru le soutiennent contre Louis le germanique.

De Duodha, Bernard de Septimanie avait eu trois enfants : Guilhem, Bernard et Roselinde (Regelindis).

De Guilhem, comte d'Agen puis de Bordeaux, décapité lui aussi en 844, on ne connaît pas de descendance sûre.
Bernard, au doux surnom de Plantevelue, sera comte d'Auvergne.
Roselinde (ou Regelinde) épousera Vulgrin Ier, comte d'Angoulême.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guilhelmides

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MessagePosté: Ven Mar 23, 2012 6:14 pm 
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Tout le reste du règne de Charles le Chauve sera une lente acquisition des territoires de ses frères, profitant de la mort successive de certains de ses neveux. En 875, il est proclamé empereur. Il mourra deux ans plus tard.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_II_le_Chauve

Entre temps, il a repris une politique qui avait été celle de Dagobert Ier, établir une hiérarchie d'homme à homme plutôt que basée sur une division territoriale à la romaine. Cette rupture sera le ferment de la féodalité.

http://books.google.fr/books?id=ZTtXH3ykcfMC&pg=PA559

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Ceux qui n'en savent rien en savent toujours autant que ceux qui n'en savent pas plus qu'eux.
(Pierre Dac)


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