Données reprises de l’excellent livre de Jean-Yves Leloup « l’évangile de Marie » :
Les découvertes de la bibliothèque de Nag-Hammadi on permis d’élargir et d’enrichir les données du Christianisme primitif. On a en autre, pu avoir connaissance d’aspects autrefois occultés et profanés. Les évangiles découverts en 1945, écrits en langue copte sahidique, sont attribués pour la plupart à des disciples ayant connu Yeshoua, le rabbi galiléen.
Son rôle d’Enseignant, de Prophète, de Sage est très marqué. Et également le rôle de Sauveur Universel.
Parmi ces évangiles, il y a celui de l’évangile de Marie, attribué à Myriam de Magdala.
Entre autres, cette dernière fût le premier témoin de la Résurrection (Marc 16:9, Jean 20:18 ). Elle est l’amie intime de Yeshoua (Jean 11:5 ), l’ « initiée » qui transmet les messages les plus subtils du maître. Michel Tardieu dira « qu’elle est la confidente ultime de Jésus et la révélatrice des logia du Maître ».
L’apôtre Jean va même jusqu’à dire qu’elle fut la fondatrice du Christianisme. Nous savons en effet que Yeshoua n’a jamais crée d’église, et n’est pas le fondateur d’ « aucun-isme ».
Yeshoua est un Annonciateur, un Témoin vivant. Pour reprendre les propos de Jean Yves Leloup, il est « le dire de l’Autre dans les dits de l’Etant ».
L’évangile de Marie est le premier traité du papyrus de Berlin. Il proviendrait d’Achmin. D’après Carl Shmidt, il fut recopié au début du Vème siècle. Il confirme l’existence d’un fragment grec (le papyrus Rylands 463 ) plus antérieur qui correspond avec ce texte copte.
Ce dernier proviendrait d’Oxyrhynque et est daté du IIIème siècle. On estime que la rédaction de celui-ci aurait été faite durant le IIème siècle. Pour finir W.C Till l’estime aux alentours de l’an 150. On serait là encore devant un des textes fondateurs du Christianisme.
Il existe également deux autres écrits qu’on attribue à Myriam Magdala :
- les « Questions de Marie »
- la « Naissance de Marie »
Les « Questions de Marie » ne sont connues que par les citations qu’en donne Epiphane (Panarion XXVI, 8 ). Une reprise dualiste et ascétique de ces « Questions » est développée dans un ouvrage copte de la British Librairy, Additional 5114, et qui depuis le 18ème siècle est connu sous le nom de Pistis Sophia.
La nature de cet enseignement transmis tient compte d’une connaissance orientale dont nous sommes que très peu sensibilisé en Occident. Là où nous pensons anthropologie dualiste, il faut y voir anthropologie quaternelle, là où nous voyons une métaphysique de l’être il faut y voir une métaphysique de l’Imaginal. Cette richesse qui habitait le climat coutumier des premiers chrétiens est absente des nombreux cours universitaires et traités théologiques. Néanmoins ce climat commence à être retrouvé par les exégètes.
Jean-Yves Leloup nous dit que cet enseignement ne se réduit pas au dilemme de la pensée et de l’étendue (chère à Descartes), ni au schéma d’une cosmologie particulière où d’une gnoséologie limitée au monde empirique ou encore au monde de l’entendement abstrait, mais que cet enseignement prend sa place dans un monde ontologique et réel de la Représentation, de l’Image, où les facultés de la perception de l’intention sensible et de la conscience noétique ont accès. Faculté de la puissance imaginative, qu’il ne faut pas confondre avec l’imagination fantaisiste et infantile qui n’est que source de sécrétion de l’imaginaire. Il s’agit d’un champ inexploré des philosophies qui oscillent entre les métaphysiques de l’Etre et celles de l’Altérité et pour qui la pensée est créatrice. Dans le Noùs de l’évangile, il est question d’ « Imagination créatrice » que MM veut nous faire partager, et où la symbolique ne se comprend que par la non-pensée.
Citation:
La Connaissance de Marie :
On a à tort considérer que MM était une pécheresse.
Myriam de Magdala est en réalité une femme qui a accès à la Connaissance. Une femme qui ne se conforme pas aux lois d’une société où la connaissance est affaire d’hommes et où les femmes n’ont pas le droit d’étudier les secrets de la Thora ni d’interroger les chiffres clairs et obscurs de ses lettres carrées.
On a considérer qu’elle s’approprier l’enseignement de Jésus, alors qu’elle ne faisait qu’être une disciple éclairée qui a su comprendre l’enseignement de Yeshoua, qui a son tour a su s’éveiller aux mystères du divin.
En effet, elle « voit », elle « contemple » le Ressuscité. Cette contemplation n’est pas accessible aux yeux de la chair, ni aux yeux de la psyché (« âme »), il ne s’agit pas non plus d’une hallucination, ni un fantasme lié à quelques excitations sensibles, psychiques ou encore mentales, il ne s’agit pas non plus d’une vision pneumatique ou spirituelle. L’évangile de Marie nous dit qu’il s’agit d’une vision par le « noùs ». Le noùs n’est pas compris par nos anthropologies, il s’agit de l’ « essence de l’âme », il s’agit d’une connaissance relié à l’ « Imaginal » développé par Henry Corbin.
Les disciples s’offusquaient car elle jouait aux initiées « que celui qui a des oreilles pour entendre entende », ce qui est compréhensible puisque dans une telle société dogmatique la connaissance prophétique/médiumnique n’était pas le propre des femmes. Les disciples qui la critiquaient n’avaient pas compris, qu’elle se trouvait en présence d’intelligences non préparées, plus ou moins bornées, et prenant pour réel ce qu’elles tiennent dans le champ clos de leurs perceptions. Son lâcher prise et détachement total non compris des disciples lui donnaient une dimension péjorative d’initiatrice et occulte sa connaissance et compréhension prophétique.
Dieu est Vivant et Amour, il est source de Béatitudes qui se communiquent. L’intermédiaire entre l’humain et Dieu, entre le visible et l’invisible est le Noùs Imaginal qui s’active dans la vision de MM, ce même Noùs qui s’activait dans « l’imagination visionnaire » des prophètes.
Il ne s’agit donc pas d’une métaphysique du Sujet s’opposant à une métaphysique de l’Objet, dans laquelle l’objet n’a pas d’existence sans la représentation du sujet, dans laquelle le sujet se situe dans un environnement perçu comme autre. Il s’agit ici d’une présence d’absence, une métaphysique de l’Ouvert, dans laquelle s’affronte sujet et objet dans une Alliance saisis dans leur interdépendance, dans laquelle la réalité n’est ni objective, ni subjective, mais est un tiers incluant où les deux « imaginalement » deviennent Un.
Le moteur de ce « Noùs Imaginal » est le Désir et l’Amour.
Les conséquences éthique d’une telle pratique du désir et de l’imagination choque les disciples. En effet, à une question, il est répondu « le péché n’existe pas », c’est nous qui avec notre imagination maladive, ne cessons de créer la maladie et d’inventer des lois pour la conforter. C’est donc notre imagination qu’il convient avant tout de guérir. Nous sommes les responsables, de ce monde dans lequel nous vivons, et de la représentation que l’on a de lui.
Nous créons ce monde, nous nous y enfermons. Notre non-discernement nous enferme dans un « être pour la mort ». Une telle approche spirituelle se retrouve de nos jours dans les traditions de sagesses (soufisme d’Ibn Arabi, christianisme mystique, sanatan dharma hindou, etc.)
L’Anthropologie dont il est question dans cet évangile consiste à replacer l’homme en tant que réalisation pleine de l’homme, possédant Esprit et Corps et non l’un sans l’autre. Cette interdépendance entre Esprit et Corps s’exprime a toutes les échelles (nature de l’homme, nature des pensées, nature de la matière) : rien n’existe « en soi » ou « par soi », mais tout est un tissus de relations.
L’Homme doit être sauvé, sauvé de son Ignorance, de son « oubli premier », de son oubli de l’Etre, oubli de la Présence dont il est l’incarnation. L’homme doit se libérer si il veut retrouver la santé de son âme. Se libérer de ses attachements.
Il peut découvrir et vivre le Bonheur, si il vit pleinement (s’éveille) le « rien du tout ».
à suivre