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 Sujet du message: L'évangile de MM
MessagePosté: Jeu Avr 03, 2008 3:33 pm 
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Inscription: Sam Mar 31, 2007 10:27 am
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Données reprises de l’excellent livre de Jean-Yves Leloup « l’évangile de Marie » :

Les découvertes de la bibliothèque de Nag-Hammadi on permis d’élargir et d’enrichir les données du Christianisme primitif. On a en autre, pu avoir connaissance d’aspects autrefois occultés et profanés. Les évangiles découverts en 1945, écrits en langue copte sahidique, sont attribués pour la plupart à des disciples ayant connu Yeshoua, le rabbi galiléen.
Son rôle d’Enseignant, de Prophète, de Sage est très marqué. Et également le rôle de Sauveur Universel.
Parmi ces évangiles, il y a celui de l’évangile de Marie, attribué à Myriam de Magdala.
Entre autres, cette dernière fût le premier témoin de la Résurrection (Marc 16:9, Jean 20:18 ). Elle est l’amie intime de Yeshoua (Jean 11:5 ), l’ « initiée » qui transmet les messages les plus subtils du maître. Michel Tardieu dira « qu’elle est la confidente ultime de Jésus et la révélatrice des logia du Maître ».
L’apôtre Jean va même jusqu’à dire qu’elle fut la fondatrice du Christianisme. Nous savons en effet que Yeshoua n’a jamais crée d’église, et n’est pas le fondateur d’ « aucun-isme ».
Yeshoua est un Annonciateur, un Témoin vivant. Pour reprendre les propos de Jean Yves Leloup, il est « le dire de l’Autre dans les dits de l’Etant ».

L’évangile de Marie est le premier traité du papyrus de Berlin. Il proviendrait d’Achmin. D’après Carl Shmidt, il fut recopié au début du Vème siècle. Il confirme l’existence d’un fragment grec (le papyrus Rylands 463 ) plus antérieur qui correspond avec ce texte copte.
Ce dernier proviendrait d’Oxyrhynque et est daté du IIIème siècle. On estime que la rédaction de celui-ci aurait été faite durant le IIème siècle. Pour finir W.C Till l’estime aux alentours de l’an 150. On serait là encore devant un des textes fondateurs du Christianisme.

Il existe également deux autres écrits qu’on attribue à Myriam Magdala :
- les « Questions de Marie »
- la « Naissance de Marie »
Les « Questions de Marie » ne sont connues que par les citations qu’en donne Epiphane (Panarion XXVI, 8 ). Une reprise dualiste et ascétique de ces « Questions » est développée dans un ouvrage copte de la British Librairy, Additional 5114, et qui depuis le 18ème siècle est connu sous le nom de Pistis Sophia.

La nature de cet enseignement transmis tient compte d’une connaissance orientale dont nous sommes que très peu sensibilisé en Occident. Là où nous pensons anthropologie dualiste, il faut y voir anthropologie quaternelle, là où nous voyons une métaphysique de l’être il faut y voir une métaphysique de l’Imaginal. Cette richesse qui habitait le climat coutumier des premiers chrétiens est absente des nombreux cours universitaires et traités théologiques. Néanmoins ce climat commence à être retrouvé par les exégètes.

Jean-Yves Leloup nous dit que cet enseignement ne se réduit pas au dilemme de la pensée et de l’étendue (chère à Descartes), ni au schéma d’une cosmologie particulière où d’une gnoséologie limitée au monde empirique ou encore au monde de l’entendement abstrait, mais que cet enseignement prend sa place dans un monde ontologique et réel de la Représentation, de l’Image, où les facultés de la perception de l’intention sensible et de la conscience noétique ont accès. Faculté de la puissance imaginative, qu’il ne faut pas confondre avec l’imagination fantaisiste et infantile qui n’est que source de sécrétion de l’imaginaire. Il s’agit d’un champ inexploré des philosophies qui oscillent entre les métaphysiques de l’Etre et celles de l’Altérité et pour qui la pensée est créatrice. Dans le Noùs de l’évangile, il est question d’ « Imagination créatrice » que MM veut nous faire partager, et où la symbolique ne se comprend que par la non-pensée.




Citation:
La Connaissance de Marie :


On a à tort considérer que MM était une pécheresse.
Myriam de Magdala est en réalité une femme qui a accès à la Connaissance. Une femme qui ne se conforme pas aux lois d’une société où la connaissance est affaire d’hommes et où les femmes n’ont pas le droit d’étudier les secrets de la Thora ni d’interroger les chiffres clairs et obscurs de ses lettres carrées.

On a considérer qu’elle s’approprier l’enseignement de Jésus, alors qu’elle ne faisait qu’être une disciple éclairée qui a su comprendre l’enseignement de Yeshoua, qui a son tour a su s’éveiller aux mystères du divin.
En effet, elle « voit », elle « contemple » le Ressuscité. Cette contemplation n’est pas accessible aux yeux de la chair, ni aux yeux de la psyché (« âme »), il ne s’agit pas non plus d’une hallucination, ni un fantasme lié à quelques excitations sensibles, psychiques ou encore mentales, il ne s’agit pas non plus d’une vision pneumatique ou spirituelle. L’évangile de Marie nous dit qu’il s’agit d’une vision par le « noùs ». Le noùs n’est pas compris par nos anthropologies, il s’agit de l’ « essence de l’âme », il s’agit d’une connaissance relié à l’ « Imaginal » développé par Henry Corbin.

Les disciples s’offusquaient car elle jouait aux initiées « que celui qui a des oreilles pour entendre entende », ce qui est compréhensible puisque dans une telle société dogmatique la connaissance prophétique/médiumnique n’était pas le propre des femmes. Les disciples qui la critiquaient n’avaient pas compris, qu’elle se trouvait en présence d’intelligences non préparées, plus ou moins bornées, et prenant pour réel ce qu’elles tiennent dans le champ clos de leurs perceptions. Son lâcher prise et détachement total non compris des disciples lui donnaient une dimension péjorative d’initiatrice et occulte sa connaissance et compréhension prophétique.

Dieu est Vivant et Amour, il est source de Béatitudes qui se communiquent. L’intermédiaire entre l’humain et Dieu, entre le visible et l’invisible est le Noùs Imaginal qui s’active dans la vision de MM, ce même Noùs qui s’activait dans « l’imagination visionnaire » des prophètes.
Il ne s’agit donc pas d’une métaphysique du Sujet s’opposant à une métaphysique de l’Objet, dans laquelle l’objet n’a pas d’existence sans la représentation du sujet, dans laquelle le sujet se situe dans un environnement perçu comme autre. Il s’agit ici d’une présence d’absence, une métaphysique de l’Ouvert, dans laquelle s’affronte sujet et objet dans une Alliance saisis dans leur interdépendance, dans laquelle la réalité n’est ni objective, ni subjective, mais est un tiers incluant où les deux « imaginalement » deviennent Un.

Le moteur de ce « Noùs Imaginal » est le Désir et l’Amour.
Les conséquences éthique d’une telle pratique du désir et de l’imagination choque les disciples. En effet, à une question, il est répondu « le péché n’existe pas », c’est nous qui avec notre imagination maladive, ne cessons de créer la maladie et d’inventer des lois pour la conforter. C’est donc notre imagination qu’il convient avant tout de guérir. Nous sommes les responsables, de ce monde dans lequel nous vivons, et de la représentation que l’on a de lui.
Nous créons ce monde, nous nous y enfermons. Notre non-discernement nous enferme dans un « être pour la mort ». Une telle approche spirituelle se retrouve de nos jours dans les traditions de sagesses (soufisme d’Ibn Arabi, christianisme mystique, sanatan dharma hindou, etc.)

L’Anthropologie dont il est question dans cet évangile consiste à replacer l’homme en tant que réalisation pleine de l’homme, possédant Esprit et Corps et non l’un sans l’autre. Cette interdépendance entre Esprit et Corps s’exprime a toutes les échelles (nature de l’homme, nature des pensées, nature de la matière) : rien n’existe « en soi » ou « par soi », mais tout est un tissus de relations.
L’Homme doit être sauvé, sauvé de son Ignorance, de son « oubli premier », de son oubli de l’Etre, oubli de la Présence dont il est l’incarnation. L’homme doit se libérer si il veut retrouver la santé de son âme. Se libérer de ses attachements.
Il peut découvrir et vivre le Bonheur, si il vit pleinement (s’éveille) le « rien du tout ».


à suivre


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MessagePosté: Jeu Avr 03, 2008 4:00 pm 
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Inscription: Lun Déc 26, 2005 4:19 am
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--> site officiel de l'agneau Leloup :D <--

A mordre avec douceur.

Lud en lecture

_________________
Quia vidisti credidisti. Людмила


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MessagePosté: Jeu Avr 03, 2008 10:48 pm 
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Inscription: Dim Avr 15, 2007 1:56 pm
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Bonjour à vous deux,

Merci Ase pour ce beau topic qui promet!

Concernant Jean-Yves Leloup, personnellement je n'adhère pas à son récent "éveil" faisant de Jésus et MM de véritables amants (son livre: "Tout est pur pour celui qui est pur"). Je les vois plutôt comme pratiquant la chasteté, une chasteté qui n'empêche pas l'amour: fait-on l'amour quand deux corps se joignent ou quand on a ensemble une profonde communion d'esprit ? Mais soit, c'est sa "traduction" personnelle de leur relation (bien que j'aurais aimé qu'il la garde pour lui sans la publier, vu son influence).

A part cela, Leloup me fait penser à Jean-Baptiste...

bien à vous deux,
Magdalene

Ps à Ase: ce serait bien de mettre les mots de Leloup en italique et entre guillemets,
dans tes messages (comme toute autre citation d'ailleurs). Tu y penseras ?

*******


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MessagePosté: Ven Avr 04, 2008 8:52 am 
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Inscription: Sam Mar 31, 2007 10:27 am
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Bonjour Magdalena,

Citation:
"Concernant Jean-Yves Leloup, personnellement je n'adhère pas à son récent "éveil" faisant de Jésus et MM de véritables amants (son livre: "Tout est pur pour celui qui est pur"). Je les vois plutôt comme pratiquant la chasteté, une chasteté qui n'empêche pas l'amour: fait-on l'amour quand deux corps se joignent ou quand on a ensemble une profonde communion d'esprit ? Mais soit, c'est sa "traduction" personnelle de leur relation (bien que j'aurais aimé qu'il la garde pour lui sans la publier, vu son influence)."



Dans cet évangile de Marie justement il ne tranche pas. Il reste neutre.

Il dit :
"L'évangile de Jean, de Marie, de Philippe nous rappelle que Yeshua était capable d'intimité avec une femme. Cette intimité n'était pas que charnelle, elle était aussi affective, intellectuelle et spirituelle. Il s'agit de sauver, de rendre libre l'être humain dans son entiereté, et celà en introduisant de la conscience et de l'amour dans toutes les dimensions de son être. L'évangile de Marie, en rappelant le réalisme de l'humanité de Yeshua dans Sa dimension sexuée, n'enlève rien au réalisme de Sa dimensions spirituelle, pneumatique ou divine."

A un autre endroit il dira même se basant sur Jean 11:5 :
"Yeshua n'aimait pas Jean ou Pierre "plus" que Judas, mais différement. Il les aimait tous, d'un amour universel et inconditionnel, mais il aimait chacun aussi de façon unique et particulière. C'est sur cet aspect particulier de sa relation avec MM qu'insistera par exemple l'évangile selon Philippe, dans lequel Myriam est la compagne de Yeshua.
On peut divinement aimer tous les êtres et même ses ennemis, selon l'exercice proposé par Yeshua.
L'amour humain, lui, est fait de preferences, c'est à dire d'affinités, de résonances, d'intimités, qui ne sont pas possibles avec tous."



Donc a travers ses quelques extraits qui résument la totalité de son livre sur l'évangile de Marie, on voit clairement une vision neutre.

Maintenant tu dit que récemment il a changé de position. Il serait interressant de voir pourquoi ?
Néanmoins, on sent une une moins bonne maitrise de lui-même (les raisonnements sont simplets) lorsqu'il est question de parler de sexualité.

Il dit à un moment :
"La question est de savoir si Yeshoua était réellement humain, d'une humanité sexuée, normale, capable d'intimité et de préference.
Selon l'adage des anciens: "Tout ce qui n'est pas assumé n'est pas sauvé".
Si Yeshua n'assume pas la sexualité, celle-ci n'est pas sauvée. Il n'est plus sauveur au sens plénier du terme, et c'est une logique de mort plus que de vie qui s'installera dans le Christianisme, particulièrement dans le christianisme romano-occidental
:

Exemple de logique de cette littérature:
Le Christ n'a pas assumé sa sexualité,
donc la sexualité n'est pas sauvée,
donc la sexualité est mauvaise,
donc assumer sa sexualité peut être dégradant
et peut alors nous rendre coupable.

La sexualité ainsi culpabilisée peut devenir dangeureuse, nous rendre effectivement malades
."

Je rajoutterait qu'une telle vision de la sexualité est contraire a l'évangile de Marie.


Dernière édition par Ase le Ven Avr 04, 2008 9:58 am, édité 1 fois.

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MessagePosté: Ven Avr 04, 2008 9:54 am 
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Merci Ludmila


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MessagePosté: Ven Avr 04, 2008 10:02 pm 
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Inscription: Dim Avr 15, 2007 1:56 pm
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Bonsoir Ase,

D'abord un grand merci pour les mises entre guillemets. Cela nous permet de nous représenter de façon claire la pensée de l'auteur cité, mais cela nous permet aussi d'apprécier ta pensée à toi :wink:

Je ne connaîs pas Jean-Yves Leloup. Je l'ai découvert il y a 25 ans dans une émission télé et la jeune fille que j'étais est tombée instantanément amoureuse de lui (je ne dois pas être la seule). Bien entendu, j'ai acheté l'évangile de Marie dès sa sortie, il y a déjà quelques années. J'ai aussi "L'absurde et la grâce" et "Paroles du mont Athos". J'ai aussi un enregistrement vidéo d'un entretien qu'il a donné sur "L'absurde et la grâce" il y a une dizaine d'années.

Concernant l'évangile de Marie, voici ma position et elle te paraîtra peut-être intransigeante: je ne comprends pas comment quelqu'un peut se permettre d'écrire sa propre vision de cet évangile. Marie de Magdala l'a écrit comme elle le sentait, avec ses mots à elle. Ce qu'aurait dû faire Leloup (qui connaît le copte) c'était uniquement traduire l'évangile en tâchant d'y mettre le moins possible de subjectivité. Bien sûr, dans le livre, l'évangile est bien distinctement séparé de l'analyse qu'en fait Leloup. Mais cette analyse lui est propre, bourrée de projections (Leloup projette beaucoup) et c'est regrettable de retrouver cette analyse citée chez les érudits comme si elle était elle-même... parole d'évangile!

Bref, je suis assez fâchée sur Leloup. Il pense peut-être que nous ne sommes pas assez "intelligents" pour nous faire notre propre opinion en lisant l'évangile ? Comme tous ces écrits apocryphes (qui ont la chance, dans leur malheur, de n'avoir pas été trop censurés), il s'agit simplement de les laisser couler en nous comme un vin de grand cru, en silence. C'est au vin à révéler son âme, pas à notre cerveau à l'expliquer, et encore moins à l'expliquer à d'autres! Et que ceux qui n'ont pas des oreilles pour entendre passent leur chemin. Provisoirement. Nous ne sommes pas pressés...

*******

Concernant le paradoxe de la sexualité que tu relèves fort bien: je ne connaîs pas personnellement Jean-Yves, je l'ai déjà dit, mais ça ne m'empêche pas de le "connaître" d'une autre façon, intérieure celle-là. Je pense qu'il a eu des problèmes liés à la sexualité pendant très longtemps (il suffit de lire "L'absurde et la grâce" et être un peu psychologue). Et donc je suppose que ce soudain "éveil" qui lui a fait écrire récemment que MM et Jésus étaient très certainement amants doit plutôt provenir de sa propre sexualité enfin "éveillée" que d'une soudaine révélation cosmique (à moins bien sûr qu'il ne soit l'ami de Daniel Meurois)...

Moi je dis que MM et Jésus n'étaient pas des amants (au sens physique). Quel est le poids de ma parole face à celle d'un écrivain renommé ? Le poids de la parole de l'auteur de l'évangile, ou plutôt de la parole d'une femme de 2008 qui tire son essence de la même source que Marie de Magdala (car sa vie et la mienne sont des rayons d'une même âme et nous nous alimentons réciproquement; Hildegarde de Bingen fait aussi partie de nous).

*******

Pour en revenir au sujet, il ne s'agit pas de se retrancher derrière le raisonnement simpliste d'une sexualité "non assumée" par Jésus et MM. Au contraire, moi je dis qu'elle était pleinement assumée au sens qu'elle était pleinement et consciemment "dissoute". Qu'est-ce que la sexualité sinon un conditionnement culturel (je ne parle pas ici de la reproduction de l'espèce) ? Ce conditionnement "dissous" avec l'abandon d'autres conditionnements (devenir Christ = se déconditionner), il ne reste rien. Un peu comme un ancien fumeur qui se rend compte, après des années d'abstinence, que le fait même de fumer est sorti de son cerveau. Le choix lui-même de fumer ou pas est dissous. Ce n'est plus ni un refus ni un refoulement mais une "absence" née du choix volontaire fait précédemment. Il n'y a donc rien de "non assumé" dans l'absence de sexualité de Jésus et MM (et de la plupart des gnostiques). Il y a au contraire un choix totalement assumé d'une "asexualité", d'un déconditionnement sexuel réussi.

Gageons que Leloup le comprenne un jour ?

*******

Ce qui me ferait plaisir, Ase, c'est de connaître tes propres réflexions sur l'évangile de Marie. Ce qui te vient à l'esprit en le lisant, les passages qui t'ont ému voire bouleversé, ce qui résonne en toi de cet écrit...

bien à toi et bon week-end,
Magdalene

Ps: merci aussi, Lud! Je connaissais son site (qui est assez récent)
mais il a été grandement étoffé depuis ma dernière visite.
Sans toi je n'aurais pas eu l'idée d'y retourner, donc merci...

*******


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MessagePosté: Sam Avr 05, 2008 9:03 am 
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Inscription: Sam Mar 31, 2007 10:27 am
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Bonjour Magdalène,

Je suis un peu plus doux avec Jean Yves Leloup, n’ayant lu que deux de ces livres « l’évangile de Marie » et « l’évangile de Thomas » et ne le découvrant que depuis peu. Je ne peux donc parler de lui que par rapport à ce que je peux ressentir de l’homme au travers de ces deux livres que j’ai lu.

Paradoxalement, je trouve sa compréhension (celle exprimée dans ses commentaires) de l’évangile de Thomas un peu légère, je dirais même que sur certains endroits il aurait vraiment du s’abstenir de commenter, par contre, je trouve sa compréhension de l’évangile de Marie très proche de la mienne, bien que légèrement différente sur certains aspects que je vais relater puisque tu me le demandes.
J’ai même l’impression dans une approche générale et au travers de ses interprétations, qu’il s’est inscrit ou a adopté le même courant « littéraire » que moi-même : Advaita Vedanta ou Jnana Yoga (Arnaud Desjardins, Swami Prajnanpad, Ramana Maharshi), Bhakti Yoga (Lee Lozowick), Mystiques rhénans (Maître Eckhart) et chrétiens (Therese d’Avila), soufisme (Ibn Arabi, Al Dîn Rumi), Esotérisme iranien, chrétien et cabalistique (connaissance jésuite, dialogue avec l’ange, le livre de l’au-delà). Il utilise les mêmes sources de spécialistes que moi-même lors de mes recherches sur le christianisme primitif (Puech, Corbin, Schmit, etc.) auquel je rajoute Eric Edelmann. Et son appel aux philosophes cité dans son livre n’est pas choisi au hasard.

- Pour ce qui concerne sa traduction, je suis totalement d’accord.
- Pour ce qui concerne la « métaphysique de l’ouvert » je ne peux que être totalement d’accord.
- Pour ce qui concerne la compréhension « présentielle » de l’Imaginal je ne peux que être totalement d’accord.

- Je ne suis pas d’accord avec la notion de l’imagination créatrice : dans cet « imaginal », la pensée ne crée pas, l’imagination ne crée pas, seule la conscience crée.
- Je ne suis pas d’accord avec son anthropologie quaternelle (donc ni 1D, ni 2D, ni 3D, ni 4D comme il le pense p.151) qui peut se comprendre relativement d’un point de vue intellectuel ou mystique. Comme je la comprends, l’anthropologie derrière les textes apocryphes (de Didyme Jude Toma, et de Marie) est une anthropologie trinitaire de l’Amour (le Père est-ce qui Est, le « Rien du Tout », le Fils est ce qui Agit) auquel il faut rajouter les saints esprits (au pluriel) qui sont ce que j’appelle les Béatitudes et qui sont selon moi l’essence du Noùs. Le « noùs » étant bien évidemment l’essence de l’âme, et l’âme étant la pointe fine de l’Intelligence du cœur.
Voilà pour résumer le cadre de ma compréhension théologique de l’œuvre de Marie ainsi que celle de Jude Toma, qui diffère de celle de Jean-Yves Leloup.

- Je ne suis pas d’accord avec ce besoin de différenciation qu’il a eu (p.156) d’aller chercher des informations sur le « noùs » et « l’imaginal » chez certains philosophes tel Kant où encore Heidegger. Il aurait du essayer de comprendre la différence entre le philosophe et le sage qu’à perçu Henry Corbin : l’un vivant dans le savoir, l’autre dans la connaissance ; l’un vivant dans l’avoir, l’autre dans l’être. Faisant cela il aurait peut-être compris que pour accéder à cette « faculté de l’Imaginal » ce n’est pas par l’addition de quelque chose, mais par la soustraction de tout ce qu’il possède (étymologiquement « Assis dessus »), autrement dit je modifie son équation (p.156) en « la soustraction est unification ».

Ce qui me surprend, c’est que dans les pages d’après (p.161), il voit juste : Au-delà du « Noùs » il y a le « Pneuma », et au-delà du « Pneuma » il y a le « Silence » qu’il identifie au Royaume de Marie qui est le même que le Royaume des Ciels de Yeshoua selon Leloup. Or si il faut aller au Silence la faculté en question est bien un mécanisme de soustraction, et on retombe alors sur une vision mystique : lâcher prise, détachement, abandon de soi, etc.

- Par sa compréhension il ne peut pas accéder à la notion « d’entités multitemporels » où la dimension n’existe pas. Je déplore ce même constat chez beaucoup d’écrivains. Autre constat effectué chez la plupart des écrivains, ils ont une compréhension linéaire du temps, alors que les textes primitifs du christianisme expriment une connotation quantique (et non une logique binaire) et non linéaire du temps. Page 92, il aborde le sujet sous l’analyse quantique « Etre et ne pas être », on se dit « ça y est enfin », on devient enthousiaste, mais voilà déception, les lignes qui suivent le font diverger de la possibilité d’accès à l’Instant Présentiel de cet Imaginal que les traditions de sagesse nomment : « Est ». Au lieu de cela, il part sur des considérations sur « l’homme pleinement humain » et sur « l’homme pleinement divin », alors qu’il s’agit de la même chose ce que confirme l’évangile de Marie. Il prône la faculté de synthèse comme un archétype des Anciens, mais ne l’applique pas à son argumentation. Pour l’expliquer (p.156) il nous renvoi à la critique de la raison pure de Kant, autrement dit, une œuvre qui ne maîtrise pas l’analyse quantique et qui affirme que l’effet de l’imagination est « une fonction de l’être humain aveugle » alors qu’il s’agit d’une fonction de l’être humain intentionnel. De plus, les Anciens disaient que « Dieu est esprit », nous sommes donc aussi des esprits vu que nous sommes à son Image, or l’esprit est intemporel, donc pourquoi partir sur des considérations dualistes !

- Dernier point de divergence, Leloup n’a pas saisi la différence entre l’éveil et la libération. Marie dit « je vais vers le Repos », « je vais au Silence » (p. 43). Le Repos, le Silence est un état sans tensions, elle parle donc de la libération et non d’éveil. Son éveil s’étant effectué (p.37 phrases 12 à 16).
Jésus est le maître, il leur enseigne l’état sans tensions « Soyez en Harmonie » (p.33).
Il faut donc comprendre la phrase de Pierre à Marie : « Sœur, nous savons que l’Enseigneur (Jésus) t’a aimée différemment » non pas dans le sens d’un amour humain mais bien d’un amour au sens grec « agape ». Marie était dans la confidence de Jésus, car elle était un vrai disciple qui a atteint l’éveil, qui s’est réellement engagé sur la voie, qui a payé le prix de ce que coûte l’éveil et qui est en route vers la libération, elle est Don. La quasi-totalité des autres disciples étant encore au stade d’apprenti disciples, ils prennent, sont encore au stade de demande, ce que montre Pierre : « Dis-nous les paroles qu’Il t’a dites, dont tu te souviens et dont nous n’avons pas la connaissance ».

Voilà pour quelques aspects.


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MessagePosté: Sam Avr 05, 2008 8:43 pm 
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Bonjour Ase,

Je reconnais que ma perception de Jean-Yves a été fort influencée par son livre "L'absurde et la grâce". Et pour cause: il y parle de lui, de son parcours spirituel. Certains diront: d'une façon courageuse, sans fards, et c'est exact. Je ne peux cependant m'empêcher d'y trouver beaucoup d'égocentrisme (mais peut-on écrire une autobiographie sans parler de soi ?) et, plus généralement dans sa démarche, je trouve à Leloup beaucoup de complaisance et de narcissisme. Mais soit, c'est de toute façon subjectif...

*******

Je ne pourrai pas commenter grand-chose de ton analyse. Cela s'écoute, simplement. Mais je voudrais relever deux points:

1. Concernant l'imagination créatrice, je nuancerais: je pense que le monde imaginal est vraiment "créé" par l'imagination mais ce monde n'a aucune substance et aucun pouvoir d'action "réelle". Le comprendre est déjà un fameux pas dans le processus d'éveil car cela permet de ne plus avoir peur, de se détacher de la notion de peur qui est le pire des freins. Une "entité" qui s'appelait Emmanuel et qui était channelisé par Pat Rodegast ("Le livre d'Emmanuel") disait: "vous êtes en sécurité, vous êtes infiniment en sécurité". Quant à la conscience créatrice dont tu parles, je la vois créer dans le monde réel mais jamais dans le monde imaginal. Voilà donc ma nuance personnelle.

2. Je suis d'accord avec toi pour ne pas confondre l'éveil et le repos dont parle MM: ce repos est la suite logique de l'éveil et non sa dynamique. Beaucoup de gens confondent d'ailleurs "éveil des sages" et "état zen" alors que je dirais que l'éveil est tout sauf un état zen! C'est un processus très lent et qui se déroule par paliers (du moins c'est mon expérience). Je dirais aussi que c'est un processus de dépouillement et qu'il est très "dynamique" dans les deuils qu'il exige à chaque examen de passage (à chaque palier): il laisse souvent pantelant, défait, vidé. Et puis après une période de "vacance" on repart pour la suite de "l'ascension"... un peu plus léger...

*******

Les phrases que je préfère dans l'évangile:

- "Inspirez-vous des représentations de votre vraie nature"

- "Bienheureuse, toi qui ne te troubles pas à ma vue"

- "Là où est le noùs, là est le trésor"

- "Je suis sortie du monde grâce à un autre monde"

*******

D'une manière générale, je trouve que Leloup est très éloigné des gnostiques dans sa façon d'appréhender "l'Enseigneur". Il parle de "Sauveur" et c'est un thème qui est totalement inconcevable pour les gnostiques. Il y a aussi d'autres phrases de lui qui me font tiquer au fil des lectures. Mais, paradoxalement, j'ai l'impression qu'il tend vers certaines idées des gnostiques, donc ça me donne l'espoir que sa maturité va lui permettre d'évoluer (et d'écrire) en ce sens...

Malgré mes critiques, je suis heureuse que la Terre porte un homme de cette qualité de quête, car il ne sont pas nombreux comme lui! J'espère simplement qu'il arrivera à se décanter suffisamment tôt pour apercevoir "autre chose" que ce que son parcours finalement banal (vu d'un certain niveau) lui donne à voir. J'ai souvent eu envie de participer à ses stages, et puis j'ai renoncé pour une raison qui va peut-être paraître orgueilleuse mais qui est la vraie raison: il ne m'apprendrait rien...

bon dimanche à toi,
Magdalene

Ps: selon moi, on ne peut aller chercher des infos sur le "Noùs" nulle part (ni auprès de Kant ni auprès de quiconque). Soit on est pneumatique et on "sait" ce que c'est, sans avoir besoin de le comprendre, soit on n'y accèdera jamais... et je ne vois pas Jean-Yves comme un pneumatique (bien qu'il pense certainement le contraire).

PPs: tu cites les "Dialogues avec l'Ange"... une phrase qui m'avait bouleversée: "Ne te retourne jamais, tu serais calcinée" dit l'ange du Soleil à Gitta. J'ai parfois eu l'occasion de vérifier la véracité de cette mise en garde... et puis on se répare...

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MessagePosté: Dim Avr 06, 2008 3:12 pm 
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Bonjour Ase,

Encore un petit message pour te renseigner un lien (google books) vers un livre récent dont seulement quelques pages sont accessibles sur le Net, mais qui me semble extrêmement intéressant pour la compréhension du gnosticisme. Je crois pouvoir dire que je n'ai jamais rien lu d'aussi précis sur les gnostiques et notamment, sur les pneumatiques:

http://books.google.fr/books?id=mtMdI0J ... ry_r&cad=0

*******

Je voudrais sincèrement remercier ceux qui m'ont aidée dans ma quête car, même si je n'ai pas réussi à aboutir, au niveau historique, aux objectifs que je m'étais fixés, j'ai sans le vouloir réussi à mettre un nom sur ma vraie famille: celle des gnostiques et plus particulièrement des pneumatiques (je sais que j'ai le droit de dire que je fais partie de ces derniers). J'espère que je trouverai d'autres pneumatiques dans le monde car jusqu'ici, je n'en connais pas (vivant actuellement sur terre). Cela me rend très seule pour aborder certains sujets un peu "inhumains" (je n'ai pas d'autre mot, désolée). Bizarrement - vu son parcours - je crois que Pierre Teilhard de Chardin était un pneumatique (qui l'ignorait certainement) et je ne suis pas surprise de voir que certaines de ses oeuvres ont été mises à l'index...

Je vais tâcher de faire la pause de deux mois que j'avais annoncée. Ces sujets sont passionnants à étudier mais la vie l'est aussi, et les beaux jours reviennent! A demain donc (non, je plaisante).

J'espère que d'ici-là tu auras étoffé ton dossier sur ce topic, Ase. Mais toi aussi, qui cogite beaucoup, pense à la vie "non virtuelle" ? Rien n'est comparable aux arbres, à la musique, à bien manger, à rire avec des amis et à découvrir les paysages: le plus sage de la terre est encore celui qui marche dans la nature... comme le premier humain.

bise,
Magdalene

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MessagePosté: Lun Avr 07, 2008 11:48 am 
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Bonjour Magdalène,

Il y a beaucoup de points que j’aimerais relever dans ton post, car ce sont des points très enrichissants.

Citation:
La Grâce


La Grâce s’exprime par la totale soumission consciente à la vie, par la dévotion et par l’obéissance « im-médiate » à Dieu. On découvre alors le nouvel évangile apporté par tous les maîtres spirituels : « l’évangile du Don », « l’évangile de l’Amour pour Dieu », « l’évangile du cœur ». Cette « bonne nouvelle » où plus précisément cette « nouvelle Alliance » qui s’instaure alors dans cette Unité annonce que l’Illumination est déjà éternellement présente dans la vie. Lee Lozowick dit ce sujet dans « la seule grâce est d’aimer dieu » que « cette nouvelle-là a toujours été accessible à la compréhension naturelle de tous ceux qui veulent bien se rendre à l’évidence de la vraie nature de leur existence. Ce qu’elle apporte est la potentialité ultime de l’Homme. Cette potentialité est d’Aimer Dieu. Aimer Dieu est de l’ordre du Don. La seule grâce qui soit, est l’Amour pour Dieu. Ce grand processus de l’évolution divine appelle tout homme à abandonner la vaine recherche de l’accomplissement de soi dans ce monde (au travers des conceptions conventionnelles de l’immortalité) ». Dans la Grâce on est alors pris par la Folie de l’Amour pour Dieu, on est pris par l’ivresse du Bien-Aimé : on est l’esclave du Caprice de Dieu.


Citation:
L’Imaginal


Le monde imaginal est le monde réel. On peut paraphraser Jésus « être dans le monde mais ne pas être de ce monde ». Il s’agit certes d’un « autre monde » car nous confondons notre monde avec le monde. Marie Madeleine dira p.17 de l’évangile « Je suis sortie du monde grâce à un autre monde ; une représentation s’est effacée grâce a une représentation plus haute ». Cette représentation lui a permis comme elle le dit elle-même p.16 d’être délivrée de son ignorance. Elle est alors Un avec le « Noùs ». Elle voit, elle vit dans la contemplation du Bien-Aimé. Le Noùs voit au travers d’elle car elle connaît sa non identification. Cet Imaginal, cette Pure Conscience est cette Réalité que l’on Est déjà, qui ne peut correspondre à rien dont on puisse avoir l’expérience (car sinon il y aurait encore dualité de nous-mêmes et car sinon il y aurait encore un objet) mais qui correspond à la connaissance de la réalité de qui on est et de la réalité tel qu’elle est.
Dans cet Imaginal, la création existe sans exister, c’est une résonance, une émanation. Elle se situe en Tout, dans le désert et le silence du Noùs.


Citation:
La peur


Le processus de l’éveil s’entreprend au travers d’une sadhana. La peur (qui n’est que l’expression du refus d’une attraction) dans une sadhana est naturelle. Ce n’est pas de la peur dont il faut se détacher, mais de l’illusion qui nous maintient dans la peur. La peur nous assourdit. Si la peur s’exprime, son contraire les demandes également. Pour que celle-ci cesse de nous assourdir, il faut cesser d’alimenter nos formes de réclamations, de demandes, de croyances, d’attachements. Mais auparavant, il faut les observer, les identifier, comprendre que nous sommes des « mendiants d’amour », que notre mental vit dans une agitation tourbillonnante (« vritti » en sanskrit), qu’il nous empêche d’accéder au silence. Ce sont nos demandes du cœur affamé, du mental affamé qui nous empêchent d’entendre et de faire silence.


Citation:
L’éveil


Les sages enseignent que l’Eveil est la prise de conscience certaine de qui on est : une non identification. Lorsque cette prise de conscience surgit, le « Je » s’adosse sur ce qui Est. Le moteur est coupé, il n’y a plus un gramme d’énergie dépensé, il y a alors une sérénité intérieure. Le moteur étant coupé, la voiture roule encore dans sa phase d’inertie jusqu’à l’arrêt définitif car il n’y a plus cette alimentation, c’est alors la libération.
Arnaud Desjardins dit à ce sujet que « l’effacement de l’ego est l’érosion de l’adjectif possessif et du pronom possessif qui sont les fondements de l’existence ». Il n’y a plus de « Je » attaché a la dualité attraction/répulsion. Il y a donc une forme de silence ou ne s’expriment plus les colorations émotionnelles ni les déformations du mental.
Le terme érosion en sanskrit se dit « akshaya », il renvoi à l’érosion d’une falaise par les vagues de la mer. L’érosion consiste à un travail lent et progressif. En effet, lorsque la falaise a été suffisamment érodée, elle s’écroule brusquement. De même pour l’érosion des demandes et désirs de l’ego, la fin du processus d’érosion peut s’effectuer en un instant. Il est naturel de penser et sentir qu’il s’agit de « paliers » franchis, mais il n’en est rien. Ce que l’on ressent est une impression dynamique, mais l’éveil s’effectue de façon instantané et de façon accomplie. Cette impression dynamique et par paliers est du à nos demandes et désirs (vasanas en sanskrit). Le terme « vasanas » a une racine « vas » qui signifie « subsiter ». Une vasana suite a une action accomplie ou suite a une expérience vécue reste dans le psychisme de l’individu plus précisément dans l’inconscient, d’où la sensation de paliers.



Citation:
« Là où est le noùs, là est le trésor »


J’irais jusqu’à rapprocher cette phrase de celle de l’évangile de Thomas « le secret de son cœur » (loggion 45) ou encore du « royaume des ciels » des évangiles.
Ce secret, ce royaume, ce trésor se trouve là où il y a « intelligence du cœur », ce qui s’oppose à l’aveuglement du cœur (loggion 28 ). Jésus et Marie Madeleine se trouvaient dans le Noùs. Les disciples avaient demandé où ce royaume se trouvait (loggion 24), Jésus leur répondit « il y a de la lumière à l’intérieur d’un homme de lumière », Marie leur répondit (p.17) « le Repos où le temps se repose dans l’éternité du temps ».

Je ne pense pas que le pneumatique puisse connaître ce qu’est le « Noùs » car il vit accroché à ses croyances (cf. loggion de Jésus où il est question de la merveille et de la merveille des merveilles). Pour l’appréhender il faut se débarrasser de tout ce qui crée en nous un attachement. L’homme moderne est le fruit d’une société, d’une conception (quel quelle soit) de la famille, d’un enseignement, d’une série d’influences qui ont cristallisé son individualisme et son égoïsme infantiles et le rendent peu qualifié pour aborder le « Noùs ».

Toujours dans l’évangile de Thomas, Jésus nous enseigne comment accéder au « Noùs », il nous dit : « faites du deux le Un ». Par là, il exprime l’enseignement fondamental commun a l’ésotérisme soufi, perse, hindou, tibétain, chrétien : le non dualisme. Le pir afghan soufi Akbar Khan disait « yak ast do nist » ce qui se traduit par « un est, deux n’est pas ». Le sanayasin swami Prajnapad disait « Un sans un second ». Jésus disait « le père et moi sommes Un », le jivanmukta pour exprimer sa non séparation dit « aham » ce qui se traduit par « je suis », etc. Tant qu’il y a deux en nous, le Noùs est inaccessible. Il ne suffit pas d’exprimer le sentiment réel « je ne peux plus tolérer mon esclavage dans cette prison » il faut effacer nos écrans mentaux qui nous voilent le Soi. Il faut vivre et comprendre ses attachements pour pouvoir s’en détacher. Avant de voir les choses telles qu’elles sont il faut d’abord cesser de les voir telles qu’elles ne sont pas. Il faut que notre fausse vision des choses perde pour nous son caractère de certitude illusoire. Cette fausse vision se manifeste concrètement par la partialité, les opinions, l’opposition de ce que nous aimons et de ce que nous n’aimons pas.
On ne pourra jamais percevoir le Noùs, mais on peut l’Etre. On ne fait pas d’expérimentation avec la vérité : on peut seulement être la vérité. « On Est le Noùs », « On Est le Trésor », « On Est cette lumière du vide » voilà la promesse des maîtres spirituels authentiques. Voilà la promesse que Marie Madeleine aurait voulu nous transmettre.


Bien a toi


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MessagePosté: Lun Avr 07, 2008 9:02 pm 
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Ase a écrit:
Voilà la promesse que Marie Madeleine aurait voulu nous transmettre.

Bonjour Ase,

Laisse-moi "ma" parole, si tu veux bien. Que sais-tu de ce que Marie-Madeleine aurait voulu transmettre ?

Magdalene

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"Peut-être Myriam donnait-elle à certains la sensation d'être arrogante... Probablement. Il n'est pas impossible, d'ailleurs, qu'elle l'ait été dans sa jeunesse car je l'ai si souvent entendue manier les mots avec une telle promptitude que je ne peux douter d'un temps où elle a dû se servir de l'ironie et de la moquerie comme d'une arme.

C'est incontestablement cette vivacité de tempérament qui a contribué à la marginaliser très tôt dans une société où l'homme, le mâle, entendait bien rester le maître incontesté. Ce qui est certain - et le film du passé ne laisse aucun doute sur ce point - c'est qu'elle n'a jamais été la prostituée qu'en ont fait les Évangiles canoniques.

Je l'ai déjà dit, Marie-Madeleine était ce que l'on appelle aujourd'hui une "femme libérée". Pour ne pas succomber sous le poids du totalitarisme, elle dut apprendre à affirmer sa personnalité et son autonomie.

Les premières images que je conserve d'elle et qui relatent les débuts de son rapprochement avec Jésus me l'ont fait apparaître, au-delà de sa vivacité, comme un être très souffrant. Une souffrance due incontestablement à sa lutte continuelle contre l'opinion publique. Toutefois, le fait d'avoir été invitée dans l'entourage immédiat du Maître l'a très vite transformée. Sa liberté douloureuse et parfois agressive s'est alors métamorphosée en un souffle beaucoup plus paisible et plus sûr de lui-même. Myriam a appris à ne plus vivre dans la révolte face à l'ordre du monde, mais au coeur de ses défis personnels. Cette transmutation, qui a été le fruit d'un travail constant sur elle-même, a sans doute constitué un des éléments déterminants qui l'ont menée à cette forme de Réalisation transparaissant dans son Évangile. La suite de sa vie l'a conduite à polariser dans le sens de l'ascension toutes les forces vives qui l'habitaient.

Ce qui est remarquable dans le personnage de Marie-Madeleine, tel que j'ai pu l'approcher, c'est de voir sa capacité à incarner ce qui lui a été enseigné. Elle a très vite su marier ce que l'on appelle classiquement l'horizontal et le vertical, n'hésitant pas à manifester publiquement des comportements très humains parallèlement à des attitudes transcendantes. On pouvait aussi bien la voir en train de pleurer, de rire aux éclats, d'embrasser quelqu'un en l'étreignant très physiquement qu'en pleine prière et irradiant une paix aussi puissante et communicative que le plus extraordinaire des parfums.

Cet aspect très contrasté de sa personnalité l'a rendue de plus en plus attachante lorsqu'elle a commencé à répandre l'enseignement du Christ en Gaule. Il était difficile d'imaginer un être plus vivant qu'elle et, qui plus est, évoluant simultanément avec appétit sur plusieurs mondes. Évidemment, certaines de ses déclarations et de ses attitudes en ont scandalisé plus d'un jusqu'à la fin de sa vie, mais il en va souvent de même pour ceux qui contribuent à la réforme des consciences. Ils restent imprévisibles et aucun moule ne les contient.

À travers deux mille ans d'histoire religieuse chrétienne, on a toujours eu tendance à figer les représentations que l'on se faisait des grandes figures spirituelles dans un seul et même "récipient", celui du mystique imperturbable dans sa foi ou du pécheur illuminé et repenti. Cela a contribué à fabriquer de véritables caricatures de "ce à quoi on devrait normalement ressembler" lorsque l'âme accomplit un pas en avant vers sa libération.

C'est ainsi, entre autres, que s'est constitué au fil des siècles - n'ayons pas peur des mots - une véritable mythologie chrétienne. La vérité est cependant bien différente. Il y a cent mille façons de traduire la présence de l'Esprit en soi et non pas une seule, relativement insipide et pétrifiée par les modèles que reproduisent les images pieuses de nos catéchismes d'antan.

Ceux que l'on a appelé traditionnellement les saints n'étaient pas nécessairement des ascètes ni des personnes manifestant une constante égalité d'humeur et presque sans personnalité. Ils n'étaient pas non plus omniscients, ni obligatoirement perdus en quasi permanence dans des prières éthérées, à genoux, les deux yeux levés vers le ciel et l'auréole suspendue au-dessus de la tête. Ils ont été bien plus des hommes et des femmes "de terrain" qu'on ne se l'imagine. Marie-Madeleine était de cette trempe-là, de cette famille d'âmes qui ont pour mission de bâtir de leurs mains cet "impossible" par lequel nous grandissons à notre tour.

Les images que j'ai pu ramener du passé m'ont toujours montré que Marie-Madeleine ne voyait pas d'opposition fondamentale entre la chair et l'esprit. Elle affirmait que l'un et l'autre racontaient la même grande histoire d'amour à leur façon. Elle-même répandait, d'ailleurs, une certaine forme de sensualité au sens noble du terme. Elle n'avait pas peur de son corps qu'elle voyait comme le prolongement de son âme, ivre des plus vastes horizons. En ce même temps qu'enthousiaste par rapport aux beautés de ce monde, elle pouvait se montrer, presque sans transition, extraordinairement intériorisée, discrète, secrète et grave. C'est probablement à cause de ces multiples facettes que je l'ai souvent vue en irriter certains qui ne la voyaient que comme une provocation vivante et continuelle, inconciliable avec les profondeurs de l'Esprit.

Lorsque l'on considère le peu de place qui est accordé à Marie-Madeleine dans les Évangiles canoniques, on peut se demander comment celle-ci est devenue un personnage de premier plan. Tout se passe, en fait, comme si au fil des siècles, un égrégore n'avait fait que grossir autour d'elle, nourri par l'impact réel qu'elle a laissé sur son temps. Et tout se déroule aussi comme si cet égrégore-là arrivait à maturité aujourd'hui, semblable à un fruit désireux d'offrir enfin son suc.

En fait, Myriam de Magdala incarne un symbole que notre société actuelle est seulement capable, maintenant, de commencer à considérer dans toute son ampleur. Pour pouvoir porter un tel regard sur elle et le véritable vécu qui fut le sien, il est incontestable qu'il faut savoir passer au-delà des dogmes, donc des idées reçues et élaborées par deux mille ans d'histoire religieuse.

Myriam n'était pas, quant à elle, un être religieux. C'était une femme spirituelle, au sens plein du terme. Elle était cosmique, dirais-je, dans ce que la notion de cosmos sous-entend de matériel comme d'immatériel et d'imprévisible aussi. Je crois que c'est la vérité de cette Marie-Madeleine-là que nous sommes de plus en plus nombreux à contacter aujourd'hui, même si, officiellement, rien ne l'atteste. Cette vérité pressentie nous dit qu'il est temps, sans aucun doute, de soulever davantage le Voile."

"Evangile de Marie-Madeleine", Daniel Meurois

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MessagePosté: Lun Avr 07, 2008 9:23 pm 
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"Ses premiers mots, je me rappelle, avant de m'éveiller sont entrés dans mon songe. C'étaient d'abord des fleurs inconnues longtemps silencieuses et qui éclatent soudain l'une après l'autre comme une phrase. Puis cette phrase était sur la bouche séchée de quelqu'un d'immense qui s'était arrêté près de moi, épuisé de fatigue. Et, avec cette parole de songe, il m'offrait un royaume où des sources d'eau vive étanchent tous les désirs et toutes les soifs..."

"Madeleine", Alain Fournier

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MessagePosté: Lun Avr 07, 2008 9:29 pm 
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J' ai envie de vous remercier magdalene de citer D Meurois a ce point mais encore une fois, c'est la vision des annales que vous citez qui mene Daniel a certaines conclusions et certainement pas des déductions purement intellectuelles...


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MessagePosté: Lun Avr 07, 2008 9:37 pm 
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*******

Il m'avait dit que j'avais la meilleure part. Phrase
terrible, pour moi qui n'ai jamais rien amassé, qui ai
toujours vécu en pure perte... dépossédée, démunie,
me laissaient mes amants, mes hôtes. Un corps à refaire.

Mais la tendresse ne tarissait pas, mes mains étaient
à nouveau avides de panser, apaiser, laver ou caresser.
Après quelques journées moroses sur mes membres
déchirés ou gisants, je reprenais force, riais en plein
soleil, pensant à la rivière qui me roulait dans ses ors,
à la vie incorrigible, aux pains multipliés, à l'oiseau
pourpre qui chante dans le feu.

***

Tous ceux qui ont peur de l'amour, du déferlement
hors voies balisées; tous ceux qui veulent garder
leur vie au lieu de la perdre, et qui s'en iront
rejoindre les morts...
Qu'ils meurent idiots, peu importe, mais qu'ils meurent
définitivement, pour n'avoir pas connu la passion,
voilà ce qui me fait pleurer, moi la femme qu'on appelle
Madeleine.

Je pleure, comme Jésus à Gethsemani, sur le peu
d'amour, le peu de foi. Je pleure d'une soif non
partagée, d'une parole non reçue, et d'un don repoussé.
Je pleure pour tous les coeurs désséchés, pour tous
les braves gens qui, en se bouchant les oreilles, ont
commis crime plus grand que de tuer leurs enfants.

Je ne me repens pas, oh non! Je ne cherche pas à me
reprendre, à nier ou avilir ce qui fut donné.
J'espère continuer, aggraver le scandale.
J'espère me continuer à travers toutes les femmes,
tous les corps aimants des femmes, à travers leurs
caresses et leurs fureurs divines, et leurs sexes
doux comme des dattes. J'en appelle à elles pour
transmettre le message, le seul message possible:
la révolution d'amour.

"Marie-Madeleine, un amour infini", Jacqueline Kelen

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MessagePosté: Lun Avr 07, 2008 10:19 pm 
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"Il nous reste de pouvoir la rejoindre au coeur du silence fervent quand la douleur déborde, quand le malheur s'abat, quand la beauté parfois illumine le monde. A la suivre en sa confiance éperdue, en son amour déchiré et tenace, peut-être apercevrons-nous ce que ses yeux ont vu."

"Marie-Madeleine ou la beauté de Dieu", Jacqueline Kelen

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