
WM : Bonjour Patrick et
bienvenue sur notre site. Vous êtes connu pour être
un spécialiste et un amoureux de la région du
Mont Pilat, près de Lyon. Une terre riche par son
passé et mystérieuse par ses légendes.
Pouvez-vous nous la présenter en quelques lignes ?
PB
: La région du Pilat est en effet située au
sud-ouest de Lyon. Pour préciser un peu plus son cadre
géographique, disons qu’elle prend place
à l’intérieur d’un espace
délimité par les quatre villes de
Saint-Étienne (42), Givors (69), Vienne (38) et Annonay
(07). C’est un massif montagneux qui constitue
l’extrême pointe septentrionale de la
chaîne des Cévennes. Il
s’étend à cheval sur les
départements de la Loire et du Rhône, à
la limite de l’Isère, de
l’Ardèche et de la Haute-Loire. Son altitude varie
de 140 m, en bordure de du Rhône qui le longe à
l’est, à 1432 m au point culminant du
Crêt de la Perdrix. C’est dire que sa
végétation est variée, à la
fois méditerranéenne près du
Rhône dans sa partie sud (on y trouve des cactus, des
micocouliers, des oliviers) et nordique sur les plus hauts sommets,
avec tous les étages intermédiaires. Le climat
suit le même mouvement. On peut faire la sieste au soleil au
bord du Rhône et dans l’heure qui suit trouver
neige, froid et blizzard sur les sommets. Le touriste non averti a
l’impression d’avoir changé de
planète. Toutes ces singularités sont
forcément à l’origine de bien des
légendes ou croyances populaires.
Sur un plan historique, le Pilat a toujours joué un
rôle de frontière. On dit que c’est dans
le Pilat que les druides se retrouvaient chaque année pour
leurs réunions secrètes, avant de le quitter pour
la forêt de Carnutes, d’où son surnom
« d’Olympe gaulois ». Lorsque Jules
César décida d’aller
conquérir la Gaule chevelue, il partit de Vienne,
cité romaine depuis 70 ans, et c’est le massif du
Pilat qu’il traversa en premier. Son successeur Auguste
partagea la Gaule en quatre provinces, trois avaient leur limite
commune dans le Pilat, matérialisée par une
pierre plate circulaire qui existe toujours. Cette même
pierre servit d’ailleurs ensuite de délimitation
aux royaumes carolingiens lors du partage de l’empire de
Charlemagne, de frontière entre le comté de
Forez, allié du roi de France, et le Saint Empire romain
germanique, etc. Le Pilat a toujours eu une réputation de
montagne mystérieuse, voire magique, renforcée
par ses caractéristiques climatiques et ses
difficultés d’accès.
Néanmoins c’est là que les Romains
captaient l’eau destinée à
l’alimentation de Lyon, la capitale des Gaules, par un
aqueduc de 80 km dont il subsiste des vestiges intéressants.
On y trouve de multiples sites mégalithiques, de nombreuses
pierres énigmatiques, et ses vallées
reculées ont privilégié
l’éclosion d’une vie monastique intense,
comme par exemple la chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez
fondée à la fin du XIIIe siècle. Le
massif, aujourd’hui bien desservi, constitue le «
poumon vert » d’une zone fortement
urbanisée. C’est une contrée de
détente et de dépaysement à deux pas
des grandes cités de la région
Rhône-Alpes, un territoire aux paysages très
diversifiés, idéal pour la pratique de la
randonnée, mais aussi des sports nordiques en hiver.
J’espère ne pas avoir
été
trop bavard. C’est un sujet sur lequel je peux être
très loquace, puisque j’ai publié
à ce jour une vingtaine de livres spécifiquement
consacrés au Pilat. J’ajoute pour terminer que
cette région est devenue depuis une trentaine
d’années un Parc Naturel Régional.
WM : Dans votre ouvrage La Société
Angélique (2004), vous reprenez tout l’imaginaire
de la région. La thèse selon laquelle Ponce
Pilate aurait terminé ses jours dans la région
vous paraît-elle crédible ?
PB
: C’est bien sûr l’une de ces
légendes dont je parlais précédemment.
Mais celle-ci est tellement vivace, possède tellement de
variantes, qu’il est impossible de ne pas
considérer à la base une
réalité historique. D’ailleurs
c’est un fait vérifié que Ponce Pilate
ait été exilé dans la
région de Vienne (qui était tout simplement sa
contrée natale) suite aux accusations dont il faisait
l’objet de la part des Juifs. Il faut observer que la mort du
Christ n’avait rien à voir avec cet exil,
décidé par le pouvoir romain suite aux
malversations et aux répressions parfois sanglantes dont le
procurateur de Judée s’était rendu
coupable. Dans les siècles qui suivirent,
l’opinion de l’Église
vis-à-vis de Ponce Pilate changea radicalement.
Après avoir considéré avec
bienveillance ses tentatives pour épargner à
Jésus le châtiment décidé
par le Sanhédrin, et l’avoir même
jugé « chrétien de cœur
», elle ne vit plus en lui que l’immonde coupable
du crime de déicide. Pour le faire expier de cet acte
exceptionnel, on attribua à Ponce Pilate une
destinée non moins exceptionnelle, et il fallut pour cela un
cadre exceptionnel lui aussi. Ainsi naquirent toutes les
légendes voyant Pilate exécuté
à Vienne, ou s’y donnant la mort, et son corps
jeté sur la plus haute montagne voisine pour
épargner aux Viennois les apparitions de son
fantôme. Cette montagne, c’était bien
sûr le Mont Pilat, nommé ainsi en souvenir de ce
dramatique évènement. En fait, Pilat
s’écrivait jadis Pila, et prit un T final
à partir du XVIe siècle pour mieux coller
à la légende ! Il faut noter que des croyances
comparables existent pour le Mont Pilate en Suisse. Tout cela
appartient au folklore légendaire créé
de toutes pièces par l’Église
médiévale. En réalité,
Ponce Pilate vécut certainement dans une villa au bord du
Rhône, sur un territoire que les cartulaires du Xe
siècle nommaient Villa Pontiana (la maison de Ponce), devenu
le hameau de Poncin, aujourd’hui rattaché
à la commune de Vérin après avoir
appartenu à Saint-Michel-sur-Rhône. Cette
élégante demeure, les travaux de
création de la voie du chemin de fer sur la rive ouest du
Rhône en ont retrouvé les vestiges en 1876. Ponce
Pilate y finit-il ses jours ? Rien ne permet de l’affirmer,
mais il y vécut sans doute suffisamment longtemps pour lui
donner son nom.
WM : Partant d’une fresque autrefois exposée dans
une petite chapelle à Pélussin, vous
émettez également
l’hypothèse d’une présence de
Marie-Madeleine au Pilat. Cela est-il étayé par
d’autres éléments ?
PB
: il s’agit d’une toile qui ornait la chapelle
Sainte-Madeleine, dans la paroisse de Pélussin (la
principale bourgade du Pilat). C’est un humble
édifice rural perdu au milieu des bois, seul souvenir
d’un très modeste monastère
où vécurent jadis quelques ermites. Ce tableau
fut peint sans doute à la fin du XIXe siècle, ou
au début du XXe. On en sait aujourd’hui beaucoup
plus sur l’identité de l’artiste et sur
celle de ses commanditaires. Il n’est pas impossible non plus
que le peintre n’ait fait que copier un tableau
déjà en place, lui-même
inspiré d’une œuvre de maître.
Cette toile a été volée en 2001, et
remplacée depuis par une nouvelle copie. Elle
représente le thème classique de « la
Madeleine au désert », illustré par de
nombreux peintres : Marie-Madeleine dans sa grotte de la Sainte-Baume,
avec ses attributs classiques (croix rustique de branchages, vase
à parfums, tête de mort, parchemin). Mais le petit
détail qui faisait la
célébrité de la toile, c’est
que l’artiste avait placé en paysage de fond,
visible par l’ouverture de la grotte, les silhouettes
classiques des principales montagnes du Pilat : le Pic des Trois Dents
et le Crêt de l’Œillon. Soit il
s’agissait d’une fantaisie du peintre, une
manière assez répandue de situer une
scène sainte dans un décor familier, soit
c’était au contraire un message de
l’artiste ou de ses commanditaires, pour signifier que la
véritable retraite de Marie-Madeleine
n’était pas la Provence mais le Pilat.

Partant de ce postulat, j’ai
cherché quels liens
pourraient se tisser entre Marie-Madeleine et cette région,
afin d’étayer ce que j’ai toujours
présenté comme une hypothèse.
J’ai compris tout d’abord que la
présence de Marie-Madeleine à la Sainte-Baume
reposait sur des traditions essentiellement légendaires,
créées de toutes pièces pour expliquer
la présence de ses reliques à Vézelay,
une abbaye fondée par un certain Girard de Roussillon. Or ce
personnage était aussi gouverneur de Vienne, au pied du
Pilat. Il aurait pu détourner l’attention sur la
Provence pour ne pas révéler l’origine
réelle des reliques, sur des terres peut-être
beaucoup plus proches de son fief. Ses descendants
présumés formeront l’une des familles
les plus puissantes de la région ; les Roussillon
entretiendront le culte de Marie-Madeleine, et seront à
l’origine de la fondation de la chartreuse de
Sainte-Croix-en-Jarez. Il faut remarquer aussi la coïncidence
toponymique entre le Saint-Pilon, sommet dominant la Sainte-Baume, et
le Pilat, deux noms forgés (selon la version la plus
communément admise) à partir du latin pila,
colonne, avec valeur métaphorique. Certains auteurs, tel
Laurence Gardner (Le Graal et la lignée royale du Christ,
1999), signalent que Marie-Madeleine vécut quelque temps
à Vienne à son arrivée en Gaule, sur
les terres d’Hérode, exilé lui aussi
dans cette région. Or il existe toujours un «
Rocher d’Hérode » face à
Vienne, côté Pilat (la Vienne antique
s’étendait sur les deux rives du Rhône).
Malheureusement il manque à ces hypothèses des
traditions évoquant le séjour de la
pécheresse dans la montagne du Pilat. Tout au plus peut-on
évoquer la légende d’une «
dame » qui aurait abrité la Grotte des
Fées, une cavité naturelle à peu de
distance de la voie romaine de Vienne à Rive-de-Gier. La
présence de Marie-Madeleine au Pilat restera donc assortie
d’un indispensable point d’interrogation.
WM : Vous allez même, dans cet ouvrage,
jusqu’à tirer un fil entre la région du
Pilat et Bérenger Saunière. Sur ce lien,
développé de façon romantique par
certains auteurs, avons-nous aujourd’hui du concret ?
PB
: Il faut noter en préambule que la théorie dite
« du Pilat » se subdivise en fait en deux
composantes. Il y a d’une part les curieuses ressemblances
entre la toile de Sainte Madeleine, que je viens
d’évoquer, et le bas-relief de l’autel
de l’église de Rennes-le-Château (je
vais y revenir). Et il y a d’autre part les
séjours de l’abbé Saunière
à Lyon et dans sa région, son utilisation
d’un service de voiture hippomobile, les courriers
reçus à son adresse lyonnaise, sa participation
à des sociétés très
discrètes, etc. Si je suis sans doute l’initiateur
du premier volet de la théorie, pour l’avoir
publié dès 1981, ce second volet a
été présenté exclusivement
par un certain auteur, que vous ne nommez pas mais que tout le monde
aura reconnu. Cela dit, à priori je dirais
qu’à la limite je n’ai rien contre,
même si de mon côté je n’ai
pas pu corroborer les preuves présentées.
Après tout, voir Saunière séjourner
à Lyon n’est pas plus irréaliste que de
le voir séjourner à Paris et devenir
l’amant d’une cantatrice
célèbre, et cette version-là a
été admise durant de nombreuses
années. Sur un plan strictement technique un tel voyage
était facilement réalisable. Lyon
était parfaitement desservie par de multiples liaisons
ferroviaires, dont une remontant la rive ouest du Rhône en
passant au pied du Pilat. À l’époque,
un service de carrioles et de fiacres assurait la liaison entre la gare
de Chavanay et le Grand Hôtel du Mont Pilat,
établissement luxueux implanté sur l’un
des plus hauts sommets, et dont l’ambition
affichée était de concurrencer le
célèbre hôtel du Righi, en Suisse. Ces
voitures hippomobiles suivaient une route passant devant la chapelle
Sainte-Madeleine. Il existe plusieurs cartes postales 1900 montrant des
carrioles pleines de touristes endimanchés faisant halte
devant la maison forestière voisine de la chapelle.
L’abbé Saunière ne se cacherait-il pas
parmi eux ?
Faute de preuves de ce voyage, je reviens au tableau, dont la
disparition ne fait que souligner sans doute ses
singularités. Cette toile et le bas-relief de
Rennes-le-Château illustraient le même
thème, celui de Marie-Madeleine dans sa grotte. On sait
pourtant que pour ce décor, l’abbé
Saunière s’était semble-t-il
inspiré du fameux vitrail de Puichéric, disparu
aujourd’hui, dont quelques rares photos ont
circulé dans les années 80. Il y a simplement
inversion entre le vitrail et le bas-relief. Mais à
Rennes-le-Château la position de la sainte est
décalée par rapport au vitrail. Cela permet de
mieux montrer le paysage de fond visible par l’ouverture de
la grotte. L’abbé Saunière a choisi
d’y ajouter des éléments permettant
d’identifier en première analyse la montagne du
Saint-Pilon, qui domine la Sainte-Baume. On remarque en effet une
colonne solitaire et un porche ou portique, seuls vestiges de la
chapelle qui s’élevait sur ce sommet. Mais si
l’on veut pousser plus loin et plus finement
l’analyse, on peut faire observer que colonne en latin se dit
pila, et que porte en grec se dit pylai, deux noms qui semblent bien
évoquer le Pilat. Il y a mieux encore : ce porche est
surmonté de trois dents triangulaires, un détail
qui ne se justifie nullement par rapport aux vestiges du Saint-Pilon,
mais qui peut renvoyer clairement au Pic des Trois Dents, sommet
emblématique du Pilat, présent sur le tableau de
la chapelle Sainte-Madeleine. Cela est-il suffisant pour envisager un
séjour de Bérenger Saunière dans le
Pilat ? Pas vraiment… On pourra objecter que
l’abbé a bien pu induire ce message dans son
œuvre, visant par exemple à affirmer la
présence de Marie-Madeleine dans le Pilat, sans y
être jamais venu, de même qu’il
n’est sans doute jamais monté au sommet du
Saint-Pilon. Il existait à l’époque
suffisamment de gravures et de cartes postales. De plus,
l’autel est le premier élément du
décor mis en place par Saunière dans son
église, dès l’année 1887.
Pour s’inspirer du tableau du Pilat, il aurait fallu
qu’il y séjournât avant cette date, or
rien ne nous dit que le tableau y était
déjà, même si la présence
d’un tableau antérieur fait aussi partie des
possibilités. En ce qui me concerne,les liens entre le Pilat
et Rennes-le-Château, et le séjour de
l’abbé Saunière dans le Pilat,
resteront une forte hypothèse, cependant bien plaisante, et
étayée par d’autres
coïncidences qu’il serait trop long de
développer ici mais que j’expose en
détails dans mon livre.
WM : Vous êtes manifestement fasciné par le
personnage de Dom Polycarpe de la Rivière,
l’énigmatique Prieur de la chartreuse de
Sainte-Croix-en-Jarez. Avez-vous une idée de la nature de
son « grand secret », secret qui lui valut les
foudres de l’Église ?
PB
: C’est dans le cadre de mes recherches pour mes ouvrages
consacrés au Pilat que je me suis tout naturellement
intéressé à l’histoire de la
chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez, et en particulier à ce
prieur qui a tant marqué cette maison au XVIIe
siècle, comme il a aussi marqué la chartreuse de
Bonpas près d’Avignon où il fut en
poste ensuite, avant de disparaître
mystérieusement sur la route du Mont-Dore en Auvergne,
où il devait se rendre en cure. Cette fin
énigmatique ajoute un côté obscur au
personnage. Et c’est en suivant ses traces que j’en
suis venu à m’intéresser à
cette Société Angélique dont il
était apparemment adepte. C’est durant le
séjour de Dom Polycarpe à Bonpas qu’il
entreprit de faire œuvre d’historien,
après avoir publié plusieurs ouvrages de
dévotion unanimement salués et plusieurs fois
réédités. Il avait
rassemblé des quantités de notes, des
renseignements glanés dans les archives des maisons de
l’ordre, ou au cours de ses
pérégrinations. Il faut préciser que
Dom Polycarpe occupait, en plus de ses fonctions de prieur, le poste de
visiteur, ce qui l’amena à voyager beaucoup pour
aller inspecter les différentes chartreuses
placées sous sa juridiction. Mais il eut
également l’entrée des plus grandes
bibliothèques de son temps, et même
d’autres ordres monastiques lui ouvrirent leurs archives, en
particulier le grand prieuré de Saint-Gilles dans le Gard
qui appartenait aux chevaliers de Malte.
Je me dois quand même de nuancer l’expression
« les foudres de l’Église ».
Il faut cesser d’imaginer Dom Polycarpe en auteur
d’ouvrages sulfureux, voire licencieux, qui lui auraient valu
l’opprobre du Vatican. À Bonpas, il entreprit de
rédiger de front plusieurs livres qui restèrent
manuscrits, en particulier une histoire d’Avignon qui lui
valut de nombreuses critiques de la part des historiens, alors que son
ouvrage n’était encore qu’une
accumulation de notes, de citations et d’informations
diverses restant à vérifier. Vexé, Dom
Polycarpe mit de lui-même fin à ce travail, pour
se consacrer à l’histoire de l’Ordre des
Chartreux. Mais le Révérend Père
Général refusa de l’approuver et notre
prieur dut obéir. Il rassembla ses notes, les
agença différemment et se lança alors
dans une entreprise encore plus ambitieuse : l’histoire des
évêchés, chapitres,
monastères et communautés de France, en 17 gros
volumes. Cette œuvre-là fut autorisée
par sa hiérarchie, qui mit à sa disposition
toutes les ressources humaines possibles pour l’aider dans
cette tâche. Dom Polycarpe fut même
relevé du « devoir de clôture
», c’est-à-dire qu’il put
circuler librement pour aller rassembler d’autres
informations. Trois tomes étaient achevés en
1639, en particulier celui consacré au diocèse
d’Avignon, lorsque des rhumatismes aigus
l’obligèrent à partir en cure.
Là interviennent plusieurs détails curieux. Tout
d’abord il ne laissa pas ses manuscrits et ses notes
à la chartreuse, les confiant à un ami
sûr, avocat en Arles. Ensuite il y le choix de
l’Auvergne pour aller se soigner, alors que la Provence ne
manquait pas de stations thermales. Enfin le choix du Mont-Dore,
station qui soignait l’asthme, pas les rhumatismes ! Tout
cela ressemble à une disparition organisée,
peut-être avec l’assentiment secret de ses
supérieurs, et à une mise à
l’abri de ses documents. Quels secrets contenaient-ils ? Sans
doute des versions bien dérangeantes pour
l’Église. Ces manuscrits confiés
à un ami, qui sont aujourd’hui
conservés par la bibliothèque municipale de
Carpentras, font toujours l’objet d’attaques
virulentes, souvent injustifiées d’ailleurs, de la
part d’historiens qui, persuadés que les sources
de Dom Polycarpe sont imaginaires, ne cherchent pas à les
vérifier. D’autres documents de notre prieur
énigmatique, des milliers de pages manuscrites,
hélas en latin ecclésiastique du XVIIe
siècle, peu aisé à traduire, font
l’objet de collections particulières. Il y a aussi
cet ouvrage sur Marie-Madeleine, réputé mythique,
qui vient pourtant de s’ajouter aux collections de la
bibliothèque de Carpentras, et qui reste à
analyser.
WM : Vous avez consacré un second ouvrage à la
Société Angélique (2005), en essayant
de nous dévoiler l’intimité de ce
groupement fort discret. Pensez-vous que Bérenger
Saunière ait appartenu à un mouvement de ce type ?
PB
: Il convient de distinguer la Société
Angélique née à Lyon au XVIe
siècle, assemblée d’érudits
et d’artistes, désireux d’entretenir et
de faire circuler, au besoin sous le manteau, un certain niveau
d’érudition et de culture, de sa
résurgence à Paris à la fin du XIXe
siècle, dans le foisonnement de ses cercles occultes.
L’existence de la première est attestée
par plusieurs écrivains de son temps, l’existence
de la seconde manque cruellement de documents
d’époque pour être affirmée
avec certitude. Disons qu’il existe des faisceaux
d’éléments concordants, des
accumulations de petits détails, permettant
d’imaginer cette Société
Angélique-là mais sans pouvoir
l’étayer. Y avait-il une véritable
filiation entre la Société Angélique
du XVIe siècle, qui effectivement quitta Lyon pour Paris
à la fin du XVIIe, et celle du XIXe ? Ou bien celle-ci
n’était-elle qu’une
société voulant honorer la mémoire et
les méthodes de la société historique
? Moi, je ne peux pas trancher. Dans ces conditions, dire si
Bérenger Saunière en fut ou non
l’adepte relève du défi. On a vu notre
abbé membre de multiples sociétés
secrètes ou discrètes, c’est
peut-être lui prêter des qualités
qu’il ne possédait pas, sans oublier le fait
qu’en tant que prêtre il était
assigné à un certain devoir de réserve
vis-à-vis de ces groupes laïcs souvent
libres-penseurs. Mais je me garderai bien de conclure,
n’étant pas assez connaisseur de notre homme et de
sa psychologie.
WM : Quels sont vos projets en cours ?
Pour
l’instant je n’ai pas de projet
littéraire à titre personnel. Disons que je
m’accorde un peu de répit, tout en
réfléchissant à quelques
idées, encore vagues, pour l’avenir. Cependant je
continue à collaborer régulièrement au
site Internet http://regardsdupilat.free.fr
pour des thèmes se rattachant au Pilat et à ses
mystères.