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Interview Patrick Berlier (Août 2007)

Patrick Berlier

WM : Bonjour Patrick et bienvenue sur notre site. Vous êtes connu pour être un spécialiste et un amoureux de la région du Mont Pilat, près de Lyon. Une terre riche par son passé et mystérieuse par ses légendes. Pouvez-vous nous la présenter en quelques lignes ?

PB : La région du Pilat est en effet située au sud-ouest de Lyon. Pour préciser un peu plus son cadre géographique, disons qu’elle prend place à l’intérieur d’un espace délimité par les quatre villes de Saint-Étienne (42), Givors (69), Vienne (38) et Annonay (07). C’est un massif montagneux qui constitue l’extrême pointe septentrionale de la chaîne des Cévennes. Il s’étend à cheval sur les départements de la Loire et du Rhône, à la limite de l’Isère, de l’Ardèche et de la Haute-Loire. Son altitude varie de 140 m, en bordure de du Rhône qui le longe à l’est, à 1432 m au point culminant du Crêt de la Perdrix. C’est dire que sa végétation est variée, à la fois méditerranéenne près du Rhône dans sa partie sud (on y trouve des cactus, des micocouliers, des oliviers) et nordique sur les plus hauts sommets, avec tous les étages intermédiaires. Le climat suit le même mouvement. On peut faire la sieste au soleil au bord du Rhône et dans l’heure qui suit trouver neige, froid et blizzard sur les sommets. Le touriste non averti a l’impression d’avoir changé de planète. Toutes ces singularités sont forcément à l’origine de bien des légendes ou croyances populaires.

Sur un plan historique, le Pilat a toujours joué un rôle de frontière. On dit que c’est dans le Pilat que les druides se retrouvaient chaque année pour leurs réunions secrètes, avant de le quitter pour la forêt de Carnutes, d’où son surnom « d’Olympe gaulois ». Lorsque Jules César décida d’aller conquérir la Gaule chevelue, il partit de Vienne, cité romaine depuis 70 ans, et c’est le massif du Pilat qu’il traversa en premier. Son successeur Auguste partagea la Gaule en quatre provinces, trois avaient leur limite commune dans le Pilat, matérialisée par une pierre plate circulaire qui existe toujours. Cette même pierre servit d’ailleurs ensuite de délimitation aux royaumes carolingiens lors du partage de l’empire de Charlemagne, de frontière entre le comté de Forez, allié du roi de France, et le Saint Empire romain germanique, etc. Le Pilat a toujours eu une réputation de montagne mystérieuse, voire magique, renforcée par ses caractéristiques climatiques et ses difficultés d’accès. Néanmoins c’est là que les Romains captaient l’eau destinée à l’alimentation de Lyon, la capitale des Gaules, par un aqueduc de 80 km dont il subsiste des vestiges intéressants. On y trouve de multiples sites mégalithiques, de nombreuses pierres énigmatiques, et ses vallées reculées ont privilégié l’éclosion d’une vie monastique intense, comme par exemple la chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez fondée à la fin du XIIIe siècle. Le massif, aujourd’hui bien desservi, constitue le « poumon vert » d’une zone fortement urbanisée. C’est une contrée de détente et de dépaysement à deux pas des grandes cités de la région Rhône-Alpes, un territoire aux paysages très diversifiés, idéal pour la pratique de la randonnée, mais aussi des sports nordiques en hiver.

Chartreuse

J’espère ne pas avoir été trop bavard. C’est un sujet sur lequel je peux être très loquace, puisque j’ai publié à ce jour une vingtaine de livres spécifiquement consacrés au Pilat. J’ajoute pour terminer que cette région est devenue depuis une trentaine d’années un Parc Naturel Régional.

WM : Dans votre ouvrage La Société Angélique (2004), vous reprenez tout l’imaginaire de la région. La thèse selon laquelle Ponce Pilate aurait terminé ses jours dans la région vous paraît-elle crédible ?

PB : C’est bien sûr l’une de ces légendes dont je parlais précédemment. Mais celle-ci est tellement vivace, possède tellement de variantes, qu’il est impossible de ne pas considérer à la base une réalité historique. D’ailleurs c’est un fait vérifié que Ponce Pilate ait été exilé dans la région de Vienne (qui était tout simplement sa contrée natale) suite aux accusations dont il faisait l’objet de la part des Juifs. Il faut observer que la mort du Christ n’avait rien à voir avec cet exil, décidé par le pouvoir romain suite aux malversations et aux répressions parfois sanglantes dont le procurateur de Judée s’était rendu coupable. Dans les siècles qui suivirent, l’opinion de l’Église vis-à-vis de Ponce Pilate changea radicalement. Après avoir considéré avec bienveillance ses tentatives pour épargner à Jésus le châtiment décidé par le Sanhédrin, et l’avoir même jugé « chrétien de cœur », elle ne vit plus en lui que l’immonde coupable du crime de déicide. Pour le faire expier de cet acte exceptionnel, on attribua à Ponce Pilate une destinée non moins exceptionnelle, et il fallut pour cela un cadre exceptionnel lui aussi. Ainsi naquirent toutes les légendes voyant Pilate exécuté à Vienne, ou s’y donnant la mort, et son corps jeté sur la plus haute montagne voisine pour épargner aux Viennois les apparitions de son fantôme. Cette montagne, c’était bien sûr le Mont Pilat, nommé ainsi en souvenir de ce dramatique évènement. En fait, Pilat s’écrivait jadis Pila, et prit un T final à partir du XVIe siècle pour mieux coller à la légende ! Il faut noter que des croyances comparables existent pour le Mont Pilate en Suisse. Tout cela appartient au folklore légendaire créé de toutes pièces par l’Église médiévale. En réalité, Ponce Pilate vécut certainement dans une villa au bord du Rhône, sur un territoire que les cartulaires du Xe siècle nommaient Villa Pontiana (la maison de Ponce), devenu le hameau de Poncin, aujourd’hui rattaché à la commune de Vérin après avoir appartenu à Saint-Michel-sur-Rhône. Cette élégante demeure, les travaux de création de la voie du chemin de fer sur la rive ouest du Rhône en ont retrouvé les vestiges en 1876. Ponce Pilate y finit-il ses jours ? Rien ne permet de l’affirmer, mais il y vécut sans doute suffisamment longtemps pour lui donner son nom.

WM : Partant d’une fresque autrefois exposée dans une petite chapelle à Pélussin, vous émettez également l’hypothèse d’une présence de Marie-Madeleine au Pilat. Cela est-il étayé par d’autres éléments ?

PB : il s’agit d’une toile qui ornait la chapelle Sainte-Madeleine, dans la paroisse de Pélussin (la principale bourgade du Pilat). C’est un humble édifice rural perdu au milieu des bois, seul souvenir d’un très modeste monastère où vécurent jadis quelques ermites. Ce tableau fut peint sans doute à la fin du XIXe siècle, ou au début du XXe. On en sait aujourd’hui beaucoup plus sur l’identité de l’artiste et sur celle de ses commanditaires. Il n’est pas impossible non plus que le peintre n’ait fait que copier un tableau déjà en place, lui-même inspiré d’une œuvre de maître. Cette toile a été volée en 2001, et remplacée depuis par une nouvelle copie. Elle représente le thème classique de « la Madeleine au désert », illustré par de nombreux peintres : Marie-Madeleine dans sa grotte de la Sainte-Baume, avec ses attributs classiques (croix rustique de branchages, vase à parfums, tête de mort, parchemin). Mais le petit détail qui faisait la célébrité de la toile, c’est que l’artiste avait placé en paysage de fond, visible par l’ouverture de la grotte, les silhouettes classiques des principales montagnes du Pilat : le Pic des Trois Dents et le Crêt de l’Œillon. Soit il s’agissait d’une fantaisie du peintre, une manière assez répandue de situer une scène sainte dans un décor familier, soit c’était au contraire un message de l’artiste ou de ses commanditaires, pour signifier que la véritable retraite de Marie-Madeleine n’était pas la Provence mais le Pilat.

Pélussin

 

Partant de ce postulat, j’ai cherché quels liens pourraient se tisser entre Marie-Madeleine et cette région, afin d’étayer ce que j’ai toujours présenté comme une hypothèse. J’ai compris tout d’abord que la présence de Marie-Madeleine à la Sainte-Baume reposait sur des traditions essentiellement légendaires, créées de toutes pièces pour expliquer la présence de ses reliques à Vézelay, une abbaye fondée par un certain Girard de Roussillon. Or ce personnage était aussi gouverneur de Vienne, au pied du Pilat. Il aurait pu détourner l’attention sur la Provence pour ne pas révéler l’origine réelle des reliques, sur des terres peut-être beaucoup plus proches de son fief. Ses descendants présumés formeront l’une des familles les plus puissantes de la région ; les Roussillon entretiendront le culte de Marie-Madeleine, et seront à l’origine de la fondation de la chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez. Il faut remarquer aussi la coïncidence toponymique entre le Saint-Pilon, sommet dominant la Sainte-Baume, et le Pilat, deux noms forgés (selon la version la plus communément admise) à partir du latin pila, colonne, avec valeur métaphorique. Certains auteurs, tel Laurence Gardner (Le Graal et la lignée royale du Christ, 1999), signalent que Marie-Madeleine vécut quelque temps à Vienne à son arrivée en Gaule, sur les terres d’Hérode, exilé lui aussi dans cette région. Or il existe toujours un « Rocher d’Hérode » face à Vienne, côté Pilat (la Vienne antique s’étendait sur les deux rives du Rhône). Malheureusement il manque à ces hypothèses des traditions évoquant le séjour de la pécheresse dans la montagne du Pilat. Tout au plus peut-on évoquer la légende d’une « dame » qui aurait abrité la Grotte des Fées, une cavité naturelle à peu de distance de la voie romaine de Vienne à Rive-de-Gier. La présence de Marie-Madeleine au Pilat restera donc assortie d’un indispensable point d’interrogation.

WM : Vous allez même, dans cet ouvrage, jusqu’à tirer un fil entre la région du Pilat et Bérenger Saunière. Sur ce lien, développé de façon romantique par certains auteurs, avons-nous aujourd’hui du concret ?

PB : Il faut noter en préambule que la théorie dite « du Pilat » se subdivise en fait en deux composantes. Il y a d’une part les curieuses ressemblances entre la toile de Sainte Madeleine, que je viens d’évoquer, et le bas-relief de l’autel de l’église de Rennes-le-Château (je vais y revenir). Et il y a d’autre part les séjours de l’abbé Saunière à Lyon et dans sa région, son utilisation d’un service de voiture hippomobile, les courriers reçus à son adresse lyonnaise, sa participation à des sociétés très discrètes, etc. Si je suis sans doute l’initiateur du premier volet de la théorie, pour l’avoir publié dès 1981, ce second volet a été présenté exclusivement par un certain auteur, que vous ne nommez pas mais que tout le monde aura reconnu. Cela dit, à priori je dirais qu’à la limite je n’ai rien contre, même si de mon côté je n’ai pas pu corroborer les preuves présentées. Après tout, voir Saunière séjourner à Lyon n’est pas plus irréaliste que de le voir séjourner à Paris et devenir l’amant d’une cantatrice célèbre, et cette version-là a été admise durant de nombreuses années. Sur un plan strictement technique un tel voyage était facilement réalisable. Lyon était parfaitement desservie par de multiples liaisons ferroviaires, dont une remontant la rive ouest du Rhône en passant au pied du Pilat. À l’époque, un service de carrioles et de fiacres assurait la liaison entre la gare de Chavanay et le Grand Hôtel du Mont Pilat, établissement luxueux implanté sur l’un des plus hauts sommets, et dont l’ambition affichée était de concurrencer le célèbre hôtel du Righi, en Suisse. Ces voitures hippomobiles suivaient une route passant devant la chapelle Sainte-Madeleine. Il existe plusieurs cartes postales 1900 montrant des carrioles pleines de touristes endimanchés faisant halte devant la maison forestière voisine de la chapelle. L’abbé Saunière ne se cacherait-il pas parmi eux ?

Faute de preuves de ce voyage, je reviens au tableau, dont la disparition ne fait que souligner sans doute ses singularités. Cette toile et le bas-relief de Rennes-le-Château illustraient le même thème, celui de Marie-Madeleine dans sa grotte. On sait pourtant que pour ce décor, l’abbé Saunière s’était semble-t-il inspiré du fameux vitrail de Puichéric, disparu aujourd’hui, dont quelques rares photos ont circulé dans les années 80. Il y a simplement inversion entre le vitrail et le bas-relief. Mais à Rennes-le-Château la position de la sainte est décalée par rapport au vitrail. Cela permet de mieux montrer le paysage de fond visible par l’ouverture de la grotte. L’abbé Saunière a choisi d’y ajouter des éléments permettant d’identifier en première analyse la montagne du Saint-Pilon, qui domine la Sainte-Baume. On remarque en effet une colonne solitaire et un porche ou portique, seuls vestiges de la chapelle qui s’élevait sur ce sommet. Mais si l’on veut pousser plus loin et plus finement l’analyse, on peut faire observer que colonne en latin se dit pila, et que porte en grec se dit pylai, deux noms qui semblent bien évoquer le Pilat. Il y a mieux encore : ce porche est surmonté de trois dents triangulaires, un détail qui ne se justifie nullement par rapport aux vestiges du Saint-Pilon, mais qui peut renvoyer clairement au Pic des Trois Dents, sommet emblématique du Pilat, présent sur le tableau de la chapelle Sainte-Madeleine. Cela est-il suffisant pour envisager un séjour de Bérenger Saunière dans le Pilat ? Pas vraiment… On pourra objecter que l’abbé a bien pu induire ce message dans son œuvre, visant par exemple à affirmer la présence de Marie-Madeleine dans le Pilat, sans y être jamais venu, de même qu’il n’est sans doute jamais monté au sommet du Saint-Pilon. Il existait à l’époque suffisamment de gravures et de cartes postales. De plus, l’autel est le premier élément du décor mis en place par Saunière dans son église, dès l’année 1887. Pour s’inspirer du tableau du Pilat, il aurait fallu qu’il y séjournât avant cette date, or rien ne nous dit que le tableau y était déjà, même si la présence d’un tableau antérieur fait aussi partie des possibilités. En ce qui me concerne,les liens entre le Pilat et Rennes-le-Château, et le séjour de l’abbé Saunière dans le Pilat, resteront une forte hypothèse, cependant bien plaisante, et étayée par d’autres coïncidences qu’il serait trop long de développer ici mais que j’expose en détails dans mon livre.


WM : Vous êtes manifestement fasciné par le personnage de Dom Polycarpe de la Rivière, l’énigmatique Prieur de la chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez. Avez-vous une idée de la nature de son « grand secret », secret qui lui valut les foudres de l’Église ?

PB : C’est dans le cadre de mes recherches pour mes ouvrages consacrés au Pilat que je me suis tout naturellement intéressé à l’histoire de la chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez, et en particulier à ce prieur qui a tant marqué cette maison au XVIIe siècle, comme il a aussi marqué la chartreuse de Bonpas près d’Avignon où il fut en poste ensuite, avant de disparaître mystérieusement sur la route du Mont-Dore en Auvergne, où il devait se rendre en cure. Cette fin énigmatique ajoute un côté obscur au personnage. Et c’est en suivant ses traces que j’en suis venu à m’intéresser à cette Société Angélique dont il était apparemment adepte. C’est durant le séjour de Dom Polycarpe à Bonpas qu’il entreprit de faire œuvre d’historien, après avoir publié plusieurs ouvrages de dévotion unanimement salués et plusieurs fois réédités. Il avait rassemblé des quantités de notes, des renseignements glanés dans les archives des maisons de l’ordre, ou au cours de ses pérégrinations. Il faut préciser que Dom Polycarpe occupait, en plus de ses fonctions de prieur, le poste de visiteur, ce qui l’amena à voyager beaucoup pour aller inspecter les différentes chartreuses placées sous sa juridiction. Mais il eut également l’entrée des plus grandes bibliothèques de son temps, et même d’autres ordres monastiques lui ouvrirent leurs archives, en particulier le grand prieuré de Saint-Gilles dans le Gard qui appartenait aux chevaliers de Malte.

Je me dois quand même de nuancer l’expression « les foudres de l’Église ». Il faut cesser d’imaginer Dom Polycarpe en auteur d’ouvrages sulfureux, voire licencieux, qui lui auraient valu l’opprobre du Vatican. À Bonpas, il entreprit de rédiger de front plusieurs livres qui restèrent manuscrits, en particulier une histoire d’Avignon qui lui valut de nombreuses critiques de la part des historiens, alors que son ouvrage n’était encore qu’une accumulation de notes, de citations et d’informations diverses restant à vérifier. Vexé, Dom Polycarpe mit de lui-même fin à ce travail, pour se consacrer à l’histoire de l’Ordre des Chartreux. Mais le Révérend Père Général refusa de l’approuver et notre prieur dut obéir. Il rassembla ses notes, les agença différemment et se lança alors dans une entreprise encore plus ambitieuse : l’histoire des évêchés, chapitres, monastères et communautés de France, en 17 gros volumes. Cette œuvre-là fut autorisée par sa hiérarchie, qui mit à sa disposition toutes les ressources humaines possibles pour l’aider dans cette tâche. Dom Polycarpe fut même relevé du « devoir de clôture », c’est-à-dire qu’il put circuler librement pour aller rassembler d’autres informations. Trois tomes étaient achevés en 1639, en particulier celui consacré au diocèse d’Avignon, lorsque des rhumatismes aigus l’obligèrent à partir en cure. Là interviennent plusieurs détails curieux. Tout d’abord il ne laissa pas ses manuscrits et ses notes à la chartreuse, les confiant à un ami sûr, avocat en Arles. Ensuite il y le choix de l’Auvergne pour aller se soigner, alors que la Provence ne manquait pas de stations thermales. Enfin le choix du Mont-Dore, station qui soignait l’asthme, pas les rhumatismes ! Tout cela ressemble à une disparition organisée, peut-être avec l’assentiment secret de ses supérieurs, et à une mise à l’abri de ses documents. Quels secrets contenaient-ils ? Sans doute des versions bien dérangeantes pour l’Église. Ces manuscrits confiés à un ami, qui sont aujourd’hui conservés par la bibliothèque municipale de Carpentras, font toujours l’objet d’attaques virulentes, souvent injustifiées d’ailleurs, de la part d’historiens qui, persuadés que les sources de Dom Polycarpe sont imaginaires, ne cherchent pas à les vérifier. D’autres documents de notre prieur énigmatique, des milliers de pages manuscrites, hélas en latin ecclésiastique du XVIIe siècle, peu aisé à traduire, font l’objet de collections particulières. Il y a aussi cet ouvrage sur Marie-Madeleine, réputé mythique, qui vient pourtant de s’ajouter aux collections de la bibliothèque de Carpentras, et qui reste à analyser.


WM : Vous avez consacré un second ouvrage à la Société Angélique (2005), en essayant de nous dévoiler l’intimité de ce groupement fort discret. Pensez-vous que Bérenger Saunière ait appartenu à un mouvement de ce type ?

PB : Il convient de distinguer la Société Angélique née à Lyon au XVIe siècle, assemblée d’érudits et d’artistes, désireux d’entretenir et de faire circuler, au besoin sous le manteau, un certain niveau d’érudition et de culture, de sa résurgence à Paris à la fin du XIXe siècle, dans le foisonnement de ses cercles occultes. L’existence de la première est attestée par plusieurs écrivains de son temps, l’existence de la seconde manque cruellement de documents d’époque pour être affirmée avec certitude. Disons qu’il existe des faisceaux d’éléments concordants, des accumulations de petits détails, permettant d’imaginer cette Société Angélique-là mais sans pouvoir l’étayer. Y avait-il une véritable filiation entre la Société Angélique du XVIe siècle, qui effectivement quitta Lyon pour Paris à la fin du XVIIe, et celle du XIXe ? Ou bien celle-ci n’était-elle qu’une société voulant honorer la mémoire et les méthodes de la société historique ? Moi, je ne peux pas trancher. Dans ces conditions, dire si Bérenger Saunière en fut ou non l’adepte relève du défi. On a vu notre abbé membre de multiples sociétés secrètes ou discrètes, c’est peut-être lui prêter des qualités qu’il ne possédait pas, sans oublier le fait qu’en tant que prêtre il était assigné à un certain devoir de réserve vis-à-vis de ces groupes laïcs souvent libres-penseurs. Mais je me garderai bien de conclure, n’étant pas assez connaisseur de notre homme et de sa psychologie.

WM : Quels sont vos projets en cours ?

Pour l’instant je n’ai pas de projet littéraire à titre personnel. Disons que je m’accorde un peu de répit, tout en réfléchissant à quelques idées, encore vagues, pour l’avenir. Cependant je continue à collaborer régulièrement au site Internet http://regardsdupilat.free.fr pour des thèmes se rattachant au Pilat et à ses mystères.

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