|

Gérard de Sède m'a
envoyé ce sonnet de Gérard de Nerval ainsi qu'un commentaire issu d'un
ouvrage dont les références ne m'ont pas été communiquées..
"Il devrait intéresser tes internautes" m'écrit-il...
A Louise d'Or.,
reine
Le vieux père en tremblant
ébranlait l'univers.
Isis, la mère enfin se leva sur sa couche,
Fit un geste de haine à son époux farouche,
Et l'ardeur d'autrefois brilla dans ses yeux verts.
"Regardez-le ! dit-elle, il dort, ce vieux pervers,
Tous les frimas du monde ont passé par sa bouche,
Prenez garde à son pied, éteignez son oeil louche,
C'est le roi des volcans et le Dieu des hivers !
"L'aigle a déjà passé : Napoléon m'appelle ;
J'ai revêtu pour lui la robe de Cybèle,
C'est mon époux Hermès et mon frère Osiris..." ;
La Déesse avait fui sur sa conque dorée ;
La mer nous renvoyait son image adorée
Et les cieux rayonnaient sous l'écharpe d'Iris ! |
Dans ce
sonnet, Nerval masque à nouveau le nom de la dédicataire, ce qu'on
pourrait interpréter, dans ce cas également, comme l'indice de tendres
sentiments. Louise d'Orléans, ainée des filles de Louis-Philippe,
avait épousé en 1832 le premier roi des Belges, Léopold de
Saxe-Cobourg, de vingt ans son ainé ; le sort de la princesse
sacrifiée à la raison d'Etat avait suscité des commentaires apitoyés.
On sait que, dans un manuscrit primitif d'Aurélia, Gérard évoque une
ressemblance entre la reine et la cantatrice (Ayrélia, GF, p. 318) ;
il fait encore de la reine un modèle possible pour le portrait de
l'actrice Aurélie dans la lettre à Maurice Sand où il lui demande
d'illustrer Sylvie. La jeune reine, morte en 1850, laissera le
souvenir d'une sainte.
La
transformation du nom de la princesse va dans le même sens que celle
du nom de Jenny : pour L'Ane d'or, comme pour Vers dorés, l'or dénote
un trésor spirituel caché ; c'est donç là encore une figure mystique
qu'il faut chercher derrière le visage de la reine, peut-être celle
d'Isis, présente dans le sonnet.
Au
contraire du sonnet précèdent, en effet, il n'est pas impossible
d'opérer des rapprochements entre la dédicataire et le contenu :
"vieux père", "époux farouche", "vieux pervers", pourraient être
des allusions - désobligeantes - au roi Léopold dont les frasques
étaient bien connues. Le vers 9, pour sa part, peut être mis en
rapport avec le retour des cendres de l'Empereur - que Léopold avait
combattu en 1813- 1814 -, retour qui s'est déroulé alors que Gérard
était à Bruxelles et revoyait, à la même soirée, Jenny Colon et la
reine, deux jours après avoir assiste a une séance de magnétisme où
était évoqué le retour des cendres (Aurélia, GF, p. 317). Enfin, le
premier vers du poème peut être lu comme une allusion à la crise
internationale qui éclata après le mariage de Louise, crise qui
nécessita l'envoi de troupes françaises en Belgique.
Le sonnet
deviendra "Horus" pour Les Chimères ; on s'y reportera pour
l'annotation.
|