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Nouvelle
Lumières sur « la Vraie Langue
Celtique »
Grasset
d’Orcet (Claude-Sosthème)
L’ami de l’Abbé Henri Boudet
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Nous
venons de mettre la main sur un nouvel exemplaire original de La Vraie
Langue Celtique d’Henri Boudet. Stupeur, cet exemplaire porte
la dédicace suivante : « A G.
d’Orcet, mon indéfectible amitié. H.
Boudet »…….. Grasset
d’Orcet fut élève au collège
de Juilly, en Seine et Marne. Il avait comme
répétiteur l’abbé Constant,
qui deviendra plus tard le célèbre occultiste
Eliphas Lévi. Ce dernier avait été
engagé par le supérieur de
l’établissement qui était à
cette époque l'abbé Henri Boisnormand de
Bonnechose(1800-1883), et qui sera par la suite
évêque de Carcassonne au moment de l'affaire de
Rennes-le-Château.
Grasset d’Orcet est connu pour ses nombreux travaux en
matière d’ésotérisme,
d’archéologie mystérieuse, mais aussi
de cryptographie et de cabale phonétique. Ce lien que nous
venons d’établir avec le curé de
Rennes-les-Bains est susceptible de donner un nouvel
éclairage sur les travaux de ce dernier et
d’accréditer la thèse selon laquelle
son ouvrage controversé serait effectivement un document
codé.
Affaire à suivre. Une première étude
sur Grasset d’Orcet nous a été
communiquée par Dominique Dubois ©
Erudit, archéologue, publiciste, historien et philologue
né à Aurillac dans le Cantal le 6 juin 1828 et
décédé à Cusset dans
l’Allier le 2 décembre 1900.
Injustement oublié durant la première partie du
vingtième siècle, en dépit
d’une éloquente notice nécrologique
dans la Revue Britannique (janvier 1901), plagié abusivement
et honteusement par Joséphin Péladan Le secret
des maîtrises, la clé de Rabelais (fut-il le
seul !?), Claude-Sosthème Grasset d’Orcet
fait aujourd’hui enfin autorité, imputable il est
vrai aux efforts remarqués de quelques
hermétistes ou occultistes qui l’ont
mentionné dans leurs travaux. Le contenu des
œuvres de Grasset d’Orcet demeure certes
difficilement accessible et ne s’adresse en
définitive qu’à un public
très restreint et averti, d’autant plus que
l’auteur professe d’étranges
règles de lecture, celles qui principalement consistent
à masquer, par le biais d’une apparente
banalité de la phrase, le sens réel du texte. En
d’autres termes, la plupart des œuvres de Grasset
fait appel à la cryptographie et relève aussi
sous certains aspects de l’hermétisme.
Mentionnons ici les premiers auteurs qui ont cité Grasset
d’Orcet. Nous pensons, dans un premier temps, à
une figure bien connue des Théosophes de la belle
époque, précisément Isabel
Cooper-Oakley (1854-1914), Traditions mystiques, ouvrage qui
fut traduit en français et publié en
1911 ; puis à Paul Vulliaud (1875-1950) La
KabbaleJuive (1923) ; Probst-Biraben , franc-maçon
« dit de marge » et qui publia en
1949 Rabelais et le secret de Pantagruel, tout en reprenant en partie
les thèses de Péladan. Néanmoins, il
faudra attendre les années 1970-80 pour
qu’enfin on prenne en considération les travaux de
Grasset d’Orcet, par l’intermédiaire de
deux auteurs alchimistes qu’on ne
présente désormais plus ; Eugène
Canseliet et son maître réel ou supposé
Fulcanelli. Ce dernier dira de Grasset dans son livre à
succès, Le Mystère des
Cathédrales, ce qui suit :
« … Nous comprenons que
l’inscription doit se traduire en langage secret,
c’est-à-dire dans la langue des dieux ou celle des
oiseaux, et qu’il faut en découvrir le sens
à l’aide des règles de la Diplomatique.
Quelques auteurs, et particulièrement Grasset
d’Orcet, dans l’analyse du Songe de Polyphile
… ».
Valérie Gentil présenta aussi un
mémoire à l’université de
Bordeaux, et Bernard Allieu avait auparavant fait de Grasset
d’Orcet son cheval de bataille en recueillant et rassemblant
les Matériaux Cryptographiques de l’auteur, avant
de les publier d’abord en premier tome (1976). Bien entendu
les chapitres évoqués sont consacrés
au Le Noble Savoir, Rabelais et les quatre premiers livres de
Pantagruel, les Dieux sur le pavé, les Gouliards, le Songe
de Poliphile, etc… Citons aussi Jean-Claude Drouin qui nous
brossa un portrait de Grasset d’Orcet fort
intéressant et très instructif dans la revue
Politica Hermetica (n°3) de Jean-Pierre Laurant.
La langue des oiseaux ou langue des dieux fit, au fil du temps, son
chemin et toucha ainsi certains auteurs modernes, en verve de
décryptage, d’alchimie et de symbolique. Grasset
d’Orcet fut de plus en plus cité et sa
linguistique particulière, sous forme de traduction
cabalistique des noms, faisait recette. Quelques uns voyaient, ou
croyaient même y voir ou trouver, dans les œuvres
de Fulcanelli sa véritable identité !
D’autres, plus spécialisés sur
l’affaire mystérieuse de
Rennes-le-Château et de son curé
Bérenger Saunière, se penchèrent
sérieusement sur l’abbé Henri Boudet,
personnage souvent évoqué dans cette histoire et
qui écrivit en 1886 un ouvrage des plus curieux, La vraie
langue celtique et le Cromleck de Rennes-les-Bains.
A bon droit, quelques uns, qui pensaient qu’il y avait
quelque message caché à trouver dans
l’œuvre de l’abbé Boudet, se
demandaient si ce dernier n’avait pas
été influencé par Grasset
d’Orcet. A partir de cette interrogation, sans
réponse définitive pour l’heure, on
pouvait éventuellement supputer une hypothétique
relation entre les deux hommes, mais faute
d’éléments ou de preuves probantes, il
était plus sage de ne pas s’aventurer dans des
extravagances. Aujourd’hui, enfin et pour la
première fois, nous avons la preuve que ces deux atypiques
personnages se connaissaient. Mieux même, au lu de
la dédicace écrite de l’abbé
Henri Boudet à Grasset d’Orcet, il est fait
mention d’une amitié
indéfectible : c’est
dire !
A partir de ce fait incontournable, nous oserions prétendre
à bien des égards que tout n’a pas
été dit sur Boudet et qu’une facette de
cet érudit curé de Rennes-les-bains reste encore
à découvrir.
Quant à son œuvre, en dépit
d’une certaine controverse existante entre ceux qui
prônent que l’ouvrage de
l’abbé révèle une ignorance
totale des règles élémentaires de la
philologie et ceux qui affirment que la vrai langue celtique
relève d’un système de codage
dérivé de Jonathan Swift (1667-1745), auteur bien
connu des Voyages de Gulliver et d’un livre sur
l’Ars Punica, nous pensons qu’il pourrait
être considéré autrement ou tout
bonnement réétudié. L’avenir
nous le dira !
Une dernière information, qui mérite
d’être signalée de nouveau et demande
bien entendu vérification, Grasset d’Orcet, qui
appelle sans aucun doute possible une biographie plus
appuyée (un sujet d’étude est
prévu dans le numéro 2 de la revue annuelle
Historia Occultae), a suivi une partie de ses études au
collège de Juilly (Seine et Marne), période
à laquelle l’abbé constant, le futur
Eliphas Lévi (1810-1875), faisait plus que acte de
présence puisqu’il y fut nommé
répétiteur ou surveillant de cours, et de
surcroît, dit-on, par l’abbé Henri de
Bonnechose (1800-1883), futur évêque de
Carcassonne, d’Evreux et de Rouen.
© Copyright Dominique Dubois -
Juin 2008