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Rennes le Chateau

 

Conférence d'André Douzet sur Rennes-le-Château.

(22 mai 2004, 14 Bd.Raspail Paris)

 

La maquette dite de l’abbé Saunière fait régulièrement couler beaucoup d’encre. Nous vous avons déjà proposé sur ce sujet une contribution de « l’Ordre de Galaad ». Nous venons de recevoir le compte-rendu de l’un des participants à la conférence donnée sur ce sujet à Paris.

Les photos sont © collection privée.


Le conférencier rappelle en quelques mots à l'auditoire (une trentaine de personnes), l'historique de l'énigme de Rennes-le-Château. Un livre de Gérard de Sède, publié en 1967, "L'or de Rennes ou la vie insolite de Bérenger Saunière", prêtre de la paroisse entre 1885 et 1909, décédé en 1917, qui aurait découvert un trésor (pas si important peut-être que l'on a voulu dire) et qui serait devenu immensément riche.

La diffusion de cet ouvrage est à la base de la parution d'une quantité de livres, travaux, revues, articles, films en tous genres sur le sujet. On évalue à une centaine le nombre d'ouvrages ou revues édités aujourd'hui sur le site et son fabuleux prêtre, qui font de la modeste commune de Rennes, moins de cent habitants hors saison, un des lieux les plus fréquentés et popularisés du pays.

Le personnage-clé est sans conteste Bérenger Saunière, avec l'histoire de l'église Marie-Madeleine du lieu et de son presbytère, qui étaient à l'état de ruines à l'arrivée du nouveau prêtre dans ce village de l'Aude (300 habitants).

Autour de Bérenger, deux autres noms de prêtres du voisinage attirent l'attention. L'abbé Henri Boudet, son collègue de la paroisse de Rennes-les-Bains, auteur d'un ouvrage mystérieux, "La vraie langue celtique et le cromleck de Rennes-les-Bains", livre non clairement élucidé, et, Antoine Gélis, abbé de Coustaussa, qui mourra proprement "massacré" et dont le crime n'a jamais été tiré au clair. Ces trois prêtres sont les protagonistes de cette courte épopée. Y-a-t-il un lien entre eux ?

Le livre de Gérard de Sède dispose d'une énorme documentation et d'une riche bibliographie sur le mystère concernant cette affaire. Il y est question d'un petit et d'un grand parchemin. Vrais ou faux ? L'auteur part de petites découvertes faites par Bérenger dans l'église romane, très ancienne, du lieu. Il est normal qu'à la suite des nombreux événements historiques qui ont agité la région du Razès au cours des âges, des trésors aient été enfouis dans les contreforts de la région, voire à l'intérieur de l'église ou de son cimetière. Bérenger a effectivement trouvé trois ou quatre petits magots. A son arrivée à Rennes-le-Château, il a trente-trois ans, c'est un homme fort et robuste, autocrate, réputé pour son franc-parler. Dans ses prêches, il défend avec véhémence des idées très peu républicaines, qui lui vaudront même une suspension de traitement. Est-ce que ses idées légitimistes, à cette époque d'instabilité politique, justifient un don important de la part de la famille de Chambord ? Don attesté. Son maigre traitement de prêtre ne lui permet pas, il est vrai, de justifier des dépenses entreprises pour la restauration de l'église. Successivement, un pilier wisigoth - et sa cupule intérieure creusée - qui soutient l'autel primitif, une dalle soulevée avec l'aide de six personnes, une oule de grès découverte sous l'autel, remplie de monnaies, magot non mystérieux, mais aussi la découverte d'un balustre de bois creux avec cache qui pourrait permettre d'y glisser un document (parchemin), sont trois "inventions" à l'origine du fameux Trésor de l'abbé Bérenger Saunière. Sans parler d'autres trouvailles dans le clocher ou dans le mur de l'église, qui seront autant de rumeurs fondées. Autant de points communs avec son collègue de Coustaussa, Antoine Gélis, dans la sacristie ou le presbytère duquel on a trouvé plusieurs caches d'argent, après son assassinat.

Trois curés réunis ici, c'est beaucoup, nous dit le conférencier, quatre, c'est trop. Pour une coïncidence s'entend ! L'histoire - fut-elle modeste - de l'énigme de Rennes-le-Château aurait-elle une construction religieuse ? Il nous faut pourtant parler de l'abbé Bigou, curé de Rennes-le-Château à la Révolution française. Il joue dans cette histoire un rôle important. D'origine modeste, il va se trouver au bon endroit, au bon moment. Il entend en confession Marie de Nègre d'Ables, épouse Haupoul, marquise de Blanchefort, qui laisse à sa mort en 1781 derrière elle, des héritières, mais aucun héritier mâle en ligne directe. A la Révolution, l'abbé Bigou devient un prêtre réfractaire et il fuit en Espagne.

Au XVII° siècle, le rêve franc de Charlemagne s'accomplit avec le Traité des Pyrénées et l'annexion du Roussillon. Un prieur chartreux, Polycarpe de la Rivière, fait une découverte dans la Chartreuse de Sainte Croix en Jarez, dédiée à Madeleine. Les comptes de Bérenger Saunière, d'après une documentation obtenue par Antoine Captier, font état d'une donation importante des Chartreux, dont la fondatrice de l'ordre est une Châtelaine du Roussillon et dont le territoire s'étendait jusqu'au massif du Pilat, près de Lyon. Polycarpe de la Rivière en retrace l'histoire. Il retrouve dans ce territoire la trace d'un "inépuisable trésor" qui permettra la restauration à ses frais de la Chartreuse de Sainte Croix en Jarez, de cinq à six fois la taille d'une église habituelle. (NDLR : Les écrits de Polycarpe, par ailleurs qualifiés d'œuvre d'un "faussaire génial" par Emile Duprat, historien du début du siècle, pour avoir "inventé" nombre évêques…, vont effarer le Pape, et leur auteur s'enfuira. Ses trois mille feuillets, en possession de bibliothèques de la vallée du Rhône, seront traités de faux). Y a-t-il un lien entre la découverte d'un trésor par Polycarpe et les dons conséquents reçus par Bérenger en provenance des Chartreux ?

M. Douzet nous dit que dans son premier ouvrage (p. 38), G. de Sède signale, en date de janvier 1908, que Monseigneur de Beauséjour, évêque de Carcassonne et supérieur de Bérenger Saunière, conseille à ce dernier de faire retraite à Coustouge, près de Durban. Ces lignes vont disparaître des éditions suivantes, ainsi que les quatre pages concernant les frères Chartreux. Durban, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'Aude, une région d'anciennes mines de fer, dans les Corbières, à quelques dix kilomètres du Roussillon, appartenait à la Catalogne dont le territoire sera re-distribué à des seigneurs français locaux, à l'Annexion. Périllos, dernier pont avant la frontière, passera aux seigneurs de Durban. Des documents écrits sur cette région par le Dr. Courrent, médecin qui a soigné Bérenger Saunière, sont en possession de M. Douzet qui en produit le manuscrit. Bérenger se rendait en effet souvent à Durban pour y déjeuner, des familles peuvent encore aujourd'hui en témoigner, des cartes-postales en font foi. Sur la liste des prêtres de la région fournie par l'évêché de Carcassonne, on peut constater le passage de l'abbé Bigou à Durban, durant l'épisode de sa fuite, et la présence d'Antoine Gélis, qui fut, nous dit-il, vicaire à Durban, et aussi du passage d'Henri Boudet. Le conférencier produit un document - avec sceau - du curé de Périllos, prouvant le passage de Bigou dans ce lieu. Les archives départementales concernant cette période ont disparu, dit-on, pas de l'évêché. Les archives de Périllos (actes de propriété, de naissances, mariages, décès) sont passés à Durban.

A. Douzet préfère "Moulage" à Maquette : « Bérenger a commandé un "Moulage", celui en ma possession*, nous dit-il. Il représente les Lieux Saints géographiques sur lesquels Jésus a vécu sa Passion ». Désignant une copie en élastomère (qu'il a apportée) sur la table, « ça, ce n'est qu'une copie avec des inscriptions (peintures, écritures), de la main d'Antoine Captier. L'original, que je possède*, est plus ancien. La Maquette, ou "Moulage", je la tiens d'un casseur (un ferrailleur) chez qui je l'ai trouvée à Aix-en-Provence ». J.L. Robin, propriétaire du restaurant du domaine de Bérenger, à Rennes, lui ayant demandé de la lui céder, et débordé par l'affluence de visiteurs, A. Douzet décide d'en faire une reproduction (copie conforme) par le biais de l'Atelier du Musée de Narbonne. L'empreinte de cet objet comporte cinq inscriptions insérées dans des cartouches : les Monts Golgotha et du Calvaire, le jardin de Gethsémani, le tombeau du Christ, la Citerne. « Je l'ai payé(e) 700F. Ce Moulage est celui commandé par Bérenger Saunière. Il y a deux détails, éléments d'écriture qui ne peuvent pas être décryptés (et qui le rendent unique, semble nous dire M. A. Douzet). Bérenger a payé le "Moulage" d'avance. Il demandera un rectificatif, à savoir, de modifier les inscriptions de la position verticale à l'horizontale. Il existerait au Musée de Jérusalem, une autre maquette, paraît-il, sa petite sœur sans doute ? ». (NDRL A. Douzet ironise sur la maquette du Musée de la Flagellation, il a tort. A vocation strictement pédagogique, comme toutes les autres, elle est la preuve tangible d'une catéchèse bien vivante instrumentée dans toute la Chrétienté.).

A Rennes-le-Château, M. Douzet ne voit aucun endroit pouvant ressembler au relief géographique de la maquette. Il y a sûrement en France, quatre ou cinq cents lieux susceptibles de lui ressembler. Grâce aux écrits sur Périllos, on s'aperçoit qu'un détail géographique unique apparaît sur le terrain, visible dans le diaporama qui suivra. Il n'existe qu'un endroit qui possède à la fois, la même rampe, le même nombre de marches, le même chemin qui coupe la route, le ru, l'entrée du Tombeau (?), dont pour l'ensevelissement (?) on peut déplacer une dalle ronde, à l'endroit exact marqué en creux sur l'élastomère du moulage. Il y a aussi une étrange pierre ronde, et une autre ouverture, à l'entrée d'une grotte "pourrie", quasi à l'abandon, avec les objets qui y ont été trouvés : armes, un sceau royal, cratères, statuettes, poteries, bracelets, boucles d'oreille, bagues, clochettes wisigothes, croix en vermeil, pièces de monnaie en bronze, argent, et or (trois). Trésor privé, découverte archéologique ? A. Douzet n'en dit rien. Il en montre quelques menus échantillons, clochettes, cratères, statuettes, pièces. Ces objets seront exposés à la mairie de Périllos en septembre. Un certain Courtade, notaire royal, en a consigné le répertoire et les biens sur un manuscrit qu'il nous montre (« Serait-ce un faux ? » ajoute-t-il) concernant une pièce de terre, enclave où l'on ne chasse pas, où l'on n'extrait plus rien, "intouchable" donc. Il s'agit d'un Tombeau. Celui de Jésus ! (Douzet dixit). Cette Vérité nous est assénée sur le même ton tranquille adopté jusque là**. Les terres sur lesquelles il est situé, seront dispersées à la Révolution. On a trouvé aux archives de Perpignan des documents miniers argentifères concernant Périllos. Les Périllos ont donné des familles de Conseillers, de Papes (?) et de souverains. Un Ramon de Périllos sera Maître de l'Ordre de Malte.

Bérenger Saunière a-t-il trouvé des objets en nombre suffisant à Rennes-le-Château pour faire fortune, a-t-il pu tirer un profit suffisant d'un trafic de messes ? Je ne sais pas, avoue-t-il. On a dit que Bérenger s'était rendu à Perpignan; il se rend à Durban, on en est sûr. Bigou passe également dans tous ces lieux, et à "Opoul", comme l'écrivait, paraît-il, l'abbé Bigou. Aurait-il écrit, il l'a fait, quelques notes ? (Ces mots, ajoute A. Douzet, est-ce moi qui les ai écrits, est-ce un faux ?). Il (Bigou) en dit peu de choses, il donne des détails sur le cimetière de Rennes-le-Château où se trouve la tombe et la croix des Haupoul, et dont le socle a du rester; il donne aussi le nom de trois tombes (celle des Haupoul incluse). Des carnets de Bigou existeraient-ils ?

Il y avait sous la Maquette, commande de Bérenger Saunière, quatre courriers à l'intérieur d'une enveloppe de papier kraft (NDLR papier en circulation en 1931) collée sur le fond, des "bleus", copies de l'époque, l'un d'entre eux accompagné d'un croquis de la main de Bérenger, mais qui se rapporterait à un document différent. En fait, M. Douzet produit les documents en sa possession (il les brandit), plus qu'il ne les montre, d'où son assertion finale.

La conférence s'achève par la projection d'un diaporama avec photos panoramiques de Rennes-le-Château et des prises de vue de son église (bénitier, statues etc.), des photos d'un extrait de courrier de la fonderie***, des deux pierres tombales de la Marquise de Blanchefort, d'un courrier concernant une adresse de passage à Lyon de Bérenger (en route vers le Mont Pylat ?), rue des Macchabées, d'un tableau de Marie-Madeleine, patronne de la chapelle des Chartreux du Pilat, (un autre qui campe une vieille femme offrant des poires (!) à Jésus, a été volé), un Acte de Périllos (testament sur parchemin), différentes vues de la Maquette, avec inscriptions gravées - "très peu"- en profondeur, correspondant au Jardin de Gethsémani, aux Monts du Calvaire et du Golgotha, à la Citerne, aux marches et à la Porte du Tombeau, du Château d'Hautpoul, du blason des Périllos avec les trois poires "Marie-Madeleine"! Il passe enfin un film-vidéo, montrant en détails des reliefs et du paysage de Périllos, analogues - selon lui - à ceux de la Maquette, la croix pattée et la pierre tombale de la Marquise, et deux courriers de Bérenger Saunière.

"Ce que je cherche, nous dit M. Douzet, ce que j'ai découvert, se trouve non à Rennes-le-Château, mais à Périllos". C'est ce qui en ressort explicitement depuis le début. "Il y a eu un décalage de l'histoire de Rennes-le-Château à Périllos".

A ceux qui douteraient de ses allégations, A. Douzet affirme qu'il s'engage à fournir sur son site "internet", les dates, sources des documents et courriers de Bérenger, et autres, évoqués dans sa conférence, d'ici à septembre 2004.

«  Des documents, TOUS ORIGINAUX, étaient mis à la disposition, après le débat, des personnes souhaitant vérifier s’il s’agissait de copies ou photos et correspondaient à mes affirmations : le volume ‘Courtade’, l’ouvrage du Dr Courrent sur la succession des Périllos au Durban, 4 pages d’un registre des prêtres de Périllos au 18e siècle ou l’on voit Bigou visitant son confrère en fuyant vers l’Espagne, un acte terrier testamentaire des Périllos où il est question de ce secteur ‘intouchable’… » (extrait de l’enregistrement audio)


Armand Gausset

 

* A. Douzet affirme pour commencer, posséder l'original du "Moulage" des Lieux Saints, pour se contredire à la fin et avouer : "Aujourd'hui, je ne dispose plus de la Maquette. L'originale a été achetée 25 000F par un particulier, elle est à Paris".

** Quand les Lieux Saints, authentifiés archéologiquement, dressent leur historicité séculaire et incontournable, malgré la pluie de boue et de sang qui s'abat sur cette terre depuis plus de deux mille ans, il faut une étonnante candeur pour avancer, même mentalement, un tel transfert ou, être sujet au mythe du double ou du dédoublement - des Dieux, des Hommes ou des Lieux - qui fascine périodiquement quelques démiurges ou velléitaires en manque de copie. Un interlocuteur, à la fin de la séance, fera remarquer son audace au conférencier, qui, imperturbable, répondra qu'il ne s'adresse qu'aux lieux, non au contenu des idées. Un nouveau chapitre de "l'Enigme sacrée"? Nous avions déjà le tombeau du "Vrai Christ" à Alet-les-Bains ; en voici un autre à Perillos…

*** Nous savons par des éléments concrets (Pégase n°6) que la maquette ne reproduit pas les dernières modifications demandées à la fonderie par Bérenger selon M. Douzet. En conséquence, l’extrait que produit ce dernier pour preuve de la commande de la maquette est inopérant.

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