La maquette dite de l’abbé Saunière fait régulièrement couler
beaucoup d’encre. Nous vous avons déjà proposé sur ce sujet une
contribution de « l’Ordre de Galaad ». Nous venons de recevoir le
compte-rendu de l’un des participants à la conférence donnée sur ce
sujet à Paris.
Les photos sont © collection privée.

Le conférencier rappelle en quelques mots à l'auditoire (une
trentaine de personnes), l'historique de l'énigme de
Rennes-le-Château. Un livre de Gérard de Sède, publié en 1967, "L'or
de Rennes ou la vie insolite de Bérenger Saunière", prêtre de la
paroisse entre 1885 et 1909, décédé en 1917, qui aurait découvert un
trésor (pas si important peut-être que l'on a voulu dire) et qui
serait devenu immensément riche.
La diffusion de cet ouvrage est à la
base de la parution d'une quantité de livres, travaux, revues,
articles, films en tous genres sur le sujet. On évalue à une
centaine le nombre d'ouvrages ou revues édités aujourd'hui sur le
site et son fabuleux prêtre, qui font de la modeste commune de
Rennes, moins de cent habitants hors saison, un des lieux les plus
fréquentés et popularisés du pays.
Le personnage-clé est sans conteste
Bérenger Saunière, avec l'histoire de l'église Marie-Madeleine du
lieu et de son presbytère, qui étaient à l'état de ruines à
l'arrivée du nouveau prêtre dans ce village de l'Aude (300
habitants).
Autour de Bérenger, deux autres noms de
prêtres du voisinage attirent l'attention. L'abbé Henri Boudet, son
collègue de la paroisse de Rennes-les-Bains, auteur d'un ouvrage
mystérieux, "La vraie langue celtique et le cromleck de
Rennes-les-Bains", livre non clairement élucidé, et, Antoine Gélis,
abbé de Coustaussa, qui mourra proprement "massacré" et dont le
crime n'a jamais été tiré au clair. Ces trois prêtres sont les
protagonistes de cette courte épopée. Y-a-t-il un lien entre eux ?
Le livre de Gérard de Sède dispose d'une
énorme documentation et d'une riche bibliographie sur le mystère
concernant cette affaire. Il y est question d'un petit et d'un grand
parchemin. Vrais ou faux ? L'auteur part de petites découvertes
faites par Bérenger dans l'église romane, très ancienne, du lieu. Il
est normal qu'à la suite des nombreux événements historiques qui ont
agité la région du Razès au cours des âges, des trésors aient été
enfouis dans les contreforts de la région, voire à l'intérieur de
l'église ou de son cimetière. Bérenger a effectivement trouvé trois
ou quatre petits magots. A son arrivée à Rennes-le-Château, il a
trente-trois ans, c'est un homme fort et robuste, autocrate, réputé
pour son franc-parler. Dans ses prêches, il défend avec véhémence
des idées très peu républicaines, qui lui vaudront même une
suspension de traitement. Est-ce que ses idées légitimistes, à cette
époque d'instabilité politique, justifient un don important de la
part de la famille de Chambord ? Don attesté. Son maigre traitement
de prêtre ne lui permet pas, il est vrai, de justifier des dépenses
entreprises pour la restauration de l'église. Successivement, un
pilier wisigoth - et sa cupule intérieure creusée - qui soutient
l'autel primitif, une dalle soulevée avec l'aide de six personnes,
une oule de grès découverte sous l'autel, remplie de monnaies, magot
non mystérieux, mais aussi la découverte d'un balustre de bois creux
avec cache qui pourrait permettre d'y glisser un document
(parchemin), sont trois "inventions" à l'origine du fameux Trésor de
l'abbé Bérenger Saunière. Sans parler d'autres trouvailles dans le
clocher ou dans le mur de l'église, qui seront autant de rumeurs
fondées. Autant de points communs avec son collègue de Coustaussa,
Antoine Gélis, dans la sacristie ou le presbytère duquel on a trouvé
plusieurs caches d'argent, après son assassinat.
Trois curés réunis ici, c'est beaucoup,
nous dit le conférencier, quatre, c'est trop. Pour une coïncidence
s'entend ! L'histoire - fut-elle modeste - de l'énigme de
Rennes-le-Château aurait-elle une construction religieuse ? Il nous
faut pourtant parler de l'abbé Bigou, curé de Rennes-le-Château à la
Révolution française. Il joue dans cette histoire un rôle important.
D'origine modeste, il va se trouver au bon endroit, au bon moment.
Il entend en confession Marie de Nègre d'Ables, épouse Haupoul,
marquise de Blanchefort, qui laisse à sa mort en 1781 derrière elle,
des héritières, mais aucun héritier mâle en ligne directe. A la
Révolution, l'abbé Bigou devient un prêtre réfractaire et il fuit en
Espagne.
Au XVII° siècle, le rêve franc de
Charlemagne s'accomplit avec le Traité des Pyrénées et l'annexion du
Roussillon. Un prieur chartreux, Polycarpe de la Rivière, fait une
découverte dans la Chartreuse de Sainte Croix en Jarez, dédiée à
Madeleine. Les comptes de Bérenger Saunière, d'après une
documentation obtenue par Antoine Captier, font état d'une donation
importante des Chartreux, dont la fondatrice de l'ordre est une
Châtelaine du Roussillon et dont le territoire s'étendait jusqu'au
massif du Pilat, près de Lyon. Polycarpe de la Rivière en retrace
l'histoire. Il retrouve dans ce territoire la trace d'un
"inépuisable trésor" qui permettra la restauration à ses frais de la
Chartreuse de Sainte Croix en Jarez, de cinq à six fois la taille
d'une église habituelle. (NDLR : Les écrits de Polycarpe, par
ailleurs qualifiés d'œuvre d'un "faussaire génial" par Emile Duprat,
historien du début du siècle, pour avoir "inventé" nombre évêques…,
vont effarer le Pape, et leur auteur s'enfuira. Ses trois mille
feuillets, en possession de bibliothèques de la vallée du Rhône,
seront traités de faux). Y a-t-il un lien entre la découverte d'un
trésor par Polycarpe et les dons conséquents reçus par Bérenger en
provenance des Chartreux ?
M. Douzet nous dit que dans son premier
ouvrage (p. 38), G. de Sède signale, en date de janvier 1908, que
Monseigneur de Beauséjour, évêque de Carcassonne et supérieur de
Bérenger Saunière, conseille à ce dernier de faire retraite à
Coustouge, près de Durban. Ces lignes vont disparaître des éditions
suivantes, ainsi que les quatre pages concernant les frères
Chartreux. Durban, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'Aude, une
région d'anciennes mines de fer, dans les Corbières, à quelques dix
kilomètres du Roussillon, appartenait à la Catalogne dont le
territoire sera re-distribué à des seigneurs français locaux, à
l'Annexion. Périllos, dernier pont avant la frontière, passera aux
seigneurs de Durban. Des documents écrits sur cette région par le
Dr. Courrent, médecin qui a soigné Bérenger Saunière, sont en
possession de M. Douzet qui en produit le manuscrit. Bérenger se
rendait en effet souvent à Durban pour y déjeuner, des familles
peuvent encore aujourd'hui en témoigner, des cartes-postales en font
foi. Sur la liste des prêtres de la région fournie par l'évêché de
Carcassonne, on peut constater le passage de l'abbé Bigou à Durban,
durant l'épisode de sa fuite, et la présence d'Antoine Gélis, qui
fut, nous dit-il, vicaire à Durban, et aussi du passage d'Henri
Boudet. Le conférencier produit un document - avec sceau - du curé
de Périllos, prouvant le passage de Bigou dans ce lieu. Les archives
départementales concernant cette période ont disparu, dit-on, pas de
l'évêché. Les archives de Périllos (actes de propriété, de
naissances, mariages, décès) sont passés à Durban.
A. Douzet préfère "Moulage" à Maquette :
« Bérenger a commandé un "Moulage", celui en ma possession*, nous
dit-il. Il représente les Lieux Saints géographiques sur lesquels
Jésus a vécu sa Passion ». Désignant une copie en élastomère (qu'il
a apportée) sur la table, « ça, ce n'est qu'une copie avec des
inscriptions (peintures, écritures), de la main d'Antoine Captier.
L'original, que je possède*, est plus ancien. La Maquette, ou
"Moulage", je la tiens d'un casseur (un ferrailleur) chez qui je
l'ai trouvée à Aix-en-Provence ». J.L. Robin, propriétaire du
restaurant du domaine de Bérenger, à Rennes, lui ayant demandé de la
lui céder, et débordé par l'affluence de visiteurs, A. Douzet décide
d'en faire une reproduction (copie conforme) par le biais de
l'Atelier du Musée de Narbonne. L'empreinte de cet objet comporte
cinq inscriptions insérées dans des cartouches : les Monts Golgotha
et du Calvaire, le jardin de Gethsémani, le tombeau du Christ, la
Citerne. « Je l'ai payé(e) 700F. Ce Moulage est celui commandé par
Bérenger Saunière. Il y a deux détails, éléments d'écriture qui ne
peuvent pas être décryptés (et qui le rendent unique, semble nous
dire M. A. Douzet). Bérenger a payé le "Moulage" d'avance. Il
demandera un rectificatif, à savoir, de modifier les inscriptions de
la position verticale à l'horizontale. Il existerait au Musée de
Jérusalem, une autre maquette, paraît-il, sa petite sœur sans doute
? ». (NDRL A. Douzet ironise sur la maquette du Musée de la
Flagellation, il a tort. A vocation strictement pédagogique, comme
toutes les autres, elle est la preuve tangible d'une catéchèse bien
vivante instrumentée dans toute la Chrétienté.).
A Rennes-le-Château, M. Douzet ne voit
aucun endroit pouvant ressembler au relief géographique de la
maquette. Il y a sûrement en France, quatre ou cinq cents lieux
susceptibles de lui ressembler. Grâce aux écrits sur Périllos, on
s'aperçoit qu'un détail géographique unique apparaît sur le terrain,
visible dans le diaporama qui suivra. Il n'existe qu'un endroit qui
possède à la fois, la même rampe, le même nombre de marches, le même
chemin qui coupe la route, le ru, l'entrée du Tombeau (?), dont pour
l'ensevelissement (?) on peut déplacer une dalle ronde, à l'endroit
exact marqué en creux sur l'élastomère du moulage. Il y a aussi une
étrange pierre ronde, et une autre ouverture, à l'entrée d'une
grotte "pourrie", quasi à l'abandon, avec les objets qui y ont été
trouvés : armes, un sceau royal, cratères, statuettes, poteries,
bracelets, boucles d'oreille, bagues, clochettes wisigothes, croix
en vermeil, pièces de monnaie en bronze, argent, et or (trois).
Trésor privé, découverte archéologique ? A. Douzet n'en dit rien. Il
en montre quelques menus échantillons, clochettes, cratères,
statuettes, pièces. Ces objets seront exposés à la mairie de
Périllos en septembre. Un certain Courtade, notaire royal, en a
consigné le répertoire et les biens sur un manuscrit qu'il nous
montre (« Serait-ce un faux ? » ajoute-t-il) concernant une pièce de
terre, enclave où l'on ne chasse pas, où l'on n'extrait plus rien,
"intouchable" donc. Il s'agit d'un Tombeau. Celui de Jésus ! (Douzet
dixit). Cette Vérité nous est assénée sur le même ton tranquille
adopté jusque là**. Les terres sur lesquelles il est situé, seront
dispersées à la Révolution. On a trouvé aux archives de Perpignan
des documents miniers argentifères concernant Périllos. Les Périllos
ont donné des familles de Conseillers, de Papes (?) et de
souverains. Un Ramon de Périllos sera Maître de l'Ordre de Malte.
Bérenger Saunière a-t-il trouvé des
objets en nombre suffisant à Rennes-le-Château pour faire fortune,
a-t-il pu tirer un profit suffisant d'un trafic de messes ? Je ne
sais pas, avoue-t-il. On a dit que Bérenger s'était rendu à
Perpignan; il se rend à Durban, on en est sûr. Bigou passe également
dans tous ces lieux, et à "Opoul", comme l'écrivait, paraît-il,
l'abbé Bigou. Aurait-il écrit, il l'a fait, quelques notes ? (Ces
mots, ajoute A. Douzet, est-ce moi qui les ai écrits, est-ce un faux
?). Il (Bigou) en dit peu de choses, il donne des détails sur le
cimetière de Rennes-le-Château où se trouve la tombe et la croix des
Haupoul, et dont le socle a du rester; il donne aussi le nom de
trois tombes (celle des Haupoul incluse). Des carnets de Bigou
existeraient-ils ?
Il y avait sous la Maquette, commande de
Bérenger Saunière, quatre courriers à l'intérieur d'une enveloppe de
papier kraft (NDLR papier en circulation en 1931) collée sur le
fond, des "bleus", copies de l'époque, l'un d'entre eux accompagné
d'un croquis de la main de Bérenger, mais qui se rapporterait à un
document différent. En fait, M. Douzet produit les documents en sa
possession (il les brandit), plus qu'il ne les montre, d'où son
assertion finale.
La conférence s'achève par la projection
d'un diaporama avec photos panoramiques de Rennes-le-Château et des
prises de vue de son église (bénitier, statues etc.), des photos
d'un extrait de courrier de la fonderie***, des deux pierres
tombales de la Marquise de Blanchefort, d'un courrier concernant une
adresse de passage à Lyon de Bérenger (en route vers le Mont Pylat
?), rue des Macchabées, d'un tableau de Marie-Madeleine, patronne de
la chapelle des Chartreux du Pilat, (un autre qui campe une vieille
femme offrant des poires (!) à Jésus, a été volé), un Acte de
Périllos (testament sur parchemin), différentes vues de la Maquette,
avec inscriptions gravées - "très peu"- en profondeur, correspondant
au Jardin de Gethsémani, aux Monts du Calvaire et du Golgotha, à la
Citerne, aux marches et à la Porte du Tombeau, du Château d'Hautpoul,
du blason des Périllos avec les trois poires "Marie-Madeleine"! Il
passe enfin un film-vidéo, montrant en détails des reliefs et du
paysage de Périllos, analogues - selon lui - à ceux de la Maquette,
la croix pattée et la pierre tombale de la Marquise, et deux
courriers de Bérenger Saunière.
"Ce que je cherche, nous dit M. Douzet,
ce que j'ai découvert, se trouve non à Rennes-le-Château, mais à
Périllos". C'est ce qui en ressort explicitement depuis le début.
"Il y a eu un décalage de l'histoire de Rennes-le-Château à Périllos".
A ceux qui douteraient de ses
allégations, A. Douzet affirme qu'il s'engage à fournir sur son site
"internet", les dates, sources des documents et courriers de
Bérenger, et autres, évoqués dans sa conférence, d'ici à septembre
2004.
« Des documents, TOUS ORIGINAUX,
étaient mis à la disposition, après le débat, des personnes
souhaitant vérifier s’il s’agissait de copies ou photos et
correspondaient à mes affirmations : le volume ‘Courtade’, l’ouvrage
du Dr Courrent sur la succession des Périllos au Durban, 4 pages
d’un registre des prêtres de Périllos au 18e siècle ou l’on voit
Bigou visitant son confrère en fuyant vers l’Espagne, un acte
terrier testamentaire des Périllos où il est question de ce secteur
‘intouchable’… » (extrait de l’enregistrement audio)

Armand Gausset
* A. Douzet affirme pour commencer,
posséder l'original du "Moulage" des Lieux Saints, pour se
contredire à la fin et avouer : "Aujourd'hui, je ne dispose plus de
la Maquette. L'originale a été achetée 25 000F par un particulier,
elle est à Paris".
** Quand
les Lieux Saints, authentifiés archéologiquement, dressent leur
historicité séculaire et incontournable, malgré la pluie de boue et
de sang qui s'abat sur cette terre depuis plus de deux mille ans, il
faut une étonnante candeur pour avancer, même mentalement, un tel
transfert ou, être sujet au mythe du double ou du dédoublement - des
Dieux, des Hommes ou des Lieux - qui fascine périodiquement quelques
démiurges ou velléitaires en manque de copie. Un interlocuteur, à la
fin de la séance, fera remarquer son audace au conférencier, qui,
imperturbable, répondra qu'il ne s'adresse qu'aux lieux, non au
contenu des idées. Un nouveau chapitre de "l'Enigme sacrée"? Nous
avions déjà le tombeau du "Vrai Christ" à Alet-les-Bains ; en voici
un autre à Perillos…
*** Nous
savons par des éléments concrets (Pégase n°6) que la maquette ne
reproduit pas les dernières modifications demandées à la fonderie
par Bérenger selon M. Douzet. En conséquence, l’extrait que produit
ce dernier pour preuve de la commande de la maquette est inopérant.