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Le Da Vinci Code à Paris : vérités et
mensonges
Jean-François Géralt © |
« Contrairement aux allégations
fantaisistes contenues dans un récent roman à succès, la ligne
méridienne de Saint-Sulpice n’est pas un vestige d’un temple païen
qui aurait existé à cet endroit. On ne l’a jamais appelé
« Rose-Ligne ».»
Ce démenti inscrit sur un panneau dans
l’une des plus grandes églises de Paris montre bien l’influence qu’a
pu avoir le best-seller, Da Vinci Code, sur la
fréquentation touristique de notre capitale. L’Eglise Saint-
Sulpice, pourtant l’une des plus belles de Paris, était jusque-là
relativement peu visitée. A présent, c’est devenu un lieu de
référence : sa fréquentation a augmenté de 20000 visiteurs par an.
Les tour-opérateurs ne s’y sont pas trompés qui ont créé des
circuits spéciaux Da Vinci Code, permettant de voir en une
journée les principaux monuments visités par le professeur Langdon
et les protagonistes du roman. Un guide touristique est même paru
décrivant uniquement les allées et venues des personnages, Sur
les pas du Code Da Vinci, écrit par Peter Caine, un
historien d’art américain qui vit depuis des années à Paris et y a
créé une société de visites guidées. Il a rajouté à ses « Regular
walks », visites guidées de Paris pour les Anglais et les Américains
entièrement en langue anglaise, un « Da Vinci Code Walk ».
La question est donc de savoir si, comme
le prétend le panneau dans l’église Saint-Sulpice, tout ce qui est
écrit dans ce roman est fallacieux et ne mérite pas le détour, ou
alors si le Da Vinci Code ne nous donne pas un nouvel
éclairage très surprenant sur des lieux de Paris que nous avions
déjà visités, en même temps qu’il nous en fait découvrir d’autres
particulièrement passionnants.
Au cours de ce voyage dans notre
capitale, nous passerons par différents endroits visités par les
héros du roman de Dan Brown mais, à tout seigneur, tout honneur,
nous commencerons par la plus belle redécouverte de l’auteur du
Da Vinci Code, l’église Saint-Sulpice. Cette église a souffert
de la concurrence d’autres monuments religieux hyperconnus comme
Notre Dame de Paris (mais dont elle fait presque la taille), le
Sacré-Cœur ou l’église Saint-Germain-des-Prés (qui est pourtant
située à peine à cinq cent mètres d’elle). Elle est superbe, sise
sur une immense place, avec en face une fontaine majestueuse
construite par l’architecte Visconti en 1844. L’église elle-même a
été bâtie en 1646 sous la régence d’Anne d’Autriche mais sa façade a
été remaniée de nombreuses fois. L’intérieur comporte trois fresques
effectuées par un des plus grands peintres français, Eugène
Delacroix, dans une petite chapelle nommée « des Saints Anges »,
dont le très célèbre Combat de Jacob avec l’Ange. Il faut
aussi signaler les ruelles autour de l’église remplie de petites
boutiques de souvenirs religieux, qui ont même donné lieu à la
création d’un adjectif « sulpicien », évoquant le style de ces
objets d’art.
Dans le roman de Brown, le moine albinos
Silas y tue la religieuse Sandrine Bieil. Jacques Saunière, le Grand
Maître du Prieuré de Sion, lui a révélé que s’y trouverait « la clé
de voûte », une carte indiquant la localisation du Saint–Graal.
Celle-ci serait cachée à la base de l’obélisque de Saint-Sulpice.
Silas y brise une dalle de marbre et trouve une tablette gravée avec
l’inscription « Job 38, 11 ». En compulsant la Bible, il lit cette
phrase « Tu viendras jusqu’ici, tu n’iras pas au-delà » et se rend
compte qu’il a été berné.
Mais qu’est-ce donc que cet obélisque et
aussi cette ligne méridienne, long fil de cuivre qui court du Sud au
Nord dans le sol de l’église, que nous avons mentionné au début de
l’article? Quelle est la raison de leur présence dans un lieu
sacré ? En fait, théoriquement, jumelés avec une lentille de verre
située dans un vitrail sud de l’église, ce sont des instruments
d’astronomie construits pour suivre les variations de la hauteur du
soleil à midi, qui constituent une sorte de gigantesque cadran
solaire. Ils furent mis en place en 1737 pour permettre de
déterminer la date exacte de Pâques, qui doit être célébrée à la
pleine lune suivant l’équinoxe de printemps, entre le 22 mars et le
25 avril. La ligne cuivrée suit une direction parfaite Sud-Nord. Dan
Brown l’appelle Rose Ligne et assure qu’elle matérialise le méridien
de Paris. Il affirme que le gnomon (la lentille) et l’obélisque sont
des instruments d’astronomie païens, seuls vestiges d’un ancien
temple sur lequel l’église aurait été construite. D’ailleurs,
l’obélisque n’est-il pas typiquement égyptien ? La Rose Ligne de
Saint-Sulpice est la ligne d’origine, celle qui permettait de situer
tous les autres méridiens du globe, notamment pour les navigateurs,
avant qu’il ne fût décidé en 1888 que celle-ci passa par Greenwich.
Mais si Dan Brown nous fait découvrir
cette église Saint-Sulpice, tout à fait passionnante, il nous permet
aussi de redécouvrir le Louvre. Le roman y commence et s’y achève.
Le Saint-Graal se trouve, d’après l’auteur, sous la pyramide
inversée qui se situe à l’intérieur de ce musée. Peu de gens le
savent mais Léonard de Vinci, qui est le véritable fil conducteur du
roman, a fini sa vie en France, invité par le roi François Ier. Il y
est mort à Amboise en 1519. La Joconde était un de ses tableaux
préférés et il n’a jamais voulu s’en séparer. Le Louvre recèle donc
de somptueux tableaux de Léonard : Saint Jean Baptiste, La
Vierge aux Rochers, La Vierge et Sainte Anne. Comme
Langdon le souligne, Vinci était un passionné d’ésotérisme et ses
tableaux comportent bien des secrets. Dan Brown assure que, selon
certains, « la radiographie aux rayons X révèle que Mona Lisa
porte, caché sous quelques glacis, un pendentif en lapis-lazuli
représentant la déesse Isis. ». Il pense, de plus, que le nom de la
Joconde, Mona Lisa, est une anagramme où l’on retrouve Amon et L’Isa
(qui serait l’ancien pictogramme d’Isis). La Joconde serait une
sorte d’androgyne, représentant à la fois la fertilité masculine et
féminine. Quant à la Vierge aux Rochers, ce tableau est considéré
comme hérétique par certains critiques d’art : les saints
personnages n’y ont pas d’auréoles, les anges pas d’ailes. De plus,
d’après Dan Brown, ce que l’on voit véritablement dans cette scène,
c’est que ce n’est pas Jésus qui bénit Jean, selon une logique
normale, mais Jean qui bénit Jésus, comme s’il avait un rang
supérieur.
Cependant, curieusement, ce n’est pas
Léonard de Vinci qui a donné au musée du Louvre cet aspect
ésotérique qui en fait faire par Dan Brown la cachette du Saint
Graal. C’est François Mitterrand. Peu de critiques du Da Vinci
Code l’ont noté : Dan Brown signale avec justesse que l’ancien
chef de l’état était surnommé « le sphinx » et que la construction
décidée par lui de la gigantesque pyramide de verre qui sert de
nouvelle entrée au Louvre et de la pyramide inversée à l’intérieur
sont des projets typiquement égyptologiques et ésotériques. Comme le
fait remarquer l’auteur du Da Vinci Code, certains auteurs
ont affirmé que cette gigantesque pyramide comporte, à la demande de
François Mitterrand, 666 losanges, ce qui dans l’Apocalypse est le
chiffre du démon. Les radiesthésistes ont également développé la
théorie qu’une pyramide inversée est une forme génératrice d’ondes
maléfiques et symbolique de destruction.
Tout cela pourrait paraître anodin et
sujet à caution si l’on ne savait à présent, de source sûre, que le
président Mitterrand était un passionné de sciences secrètes et
notamment d’astrologie. Il a été, durant des années, l’amant de
l’astrologue, Elizabeth Teissier, et elle raconte dans son livre
publié en 1997, Sous le signe de Mitterrand, qu’elle lui
aurait suggéré certaines de ces décisions. Ces affirmations,
contestées d’abord, ont été confirmées par des enregistrements
téléphoniques. Par la suite, Nicolas Bonnal a écrit en 2001 un
essai, Mitterrand, le grand initié, où il montre
l’importance de l’ésotérisme dans la vie de l’ancien président.
Pour ceux qui voudraient mieux connaître
le contexte occulte du Da Vinci Code, une association et
maison d’édition spécialisée en ésotérisme, L’Oeil du Sphinx,
a publié plusieurs livres sur le phénomène Da Vinci Code dans
sa collection « Serpent Rouge ».
On le voit, la relecture de Paris par
Dan Brown s’avère particulièrement passionnante. Plus de Tour Eiffel
ou de Champs Elysées mis à l’honneur mais des informations nouvelles
sur un Paris moins connu et recelant plein d’aventures nouvelles.
Bibliographie :
Peter Caine, Sur les pas du Code Da
Vinci, Editions Bartillat, 2005.
Association et maison d’édition L’Oeil
du du Spinx, spécialisée dans l’histoire du trésor de Rennes–le–Château,
source principale d’inspiration du Da Vinci
Code
http://www.oeildusphinx.com/accueil.htm
Deux des livres de l’ODS abordent
particulièrement le sujet du Da Vinci Code.
Dominique Dubois, Rennes–le–Château,
l’occultisme et les sociétés secrètes, Editions Œil du Sphinx,
collection « Serpent Rouge », 2005. (Chapitre V, consacré au
Da Vinci Code).
La Gazette fortéenne, vol. III,
Editions Œil du Sphinx, 2004 (article de Philippe Marlin, le
président de l’ODS : Comment fabriquer un Mythe ? Mode d’emploi :
le cas de
Rennes–le–Château).
Liste des lieux parcourus par les
héros du roman :
Musée du Louvre (lieu de l’assassinat de
Jacques Saunière)
Hôtel Ritz, 15, Place Vendôme (lieu de
résidence de Robert Langdon)
Opus Dei, rue La Bruyère (lieu de
résidence de Silas)
Trajet avec la police du Ritz jusqu’au
Louvre : Avenue de l’Opéra, Rue de Rohan, Rue de Rivoli, Arc du
Carrousel (Arc de triomphe à côté du Louvre et de sa pyramide),
Pyramide du Louvre (Entrée du Louvre)
Trajet de Silas : Eglise Saint-Sulpice,
place Saint-Sulpice.
Fuite de Sophie Neveu et Robert Langdon
à partir du Louvre : rue de Rivoli, avenue des Champs-Elysées, Arc
de triomphe (Place Charles de Gaulle ou de l’Etoile), avenue de
Friedland, boulevard Haussmann, gare Saint-Lazare.
Fuite de Sophie Neveu et Robert Langdon
à partir de la gare Saint-Lazare en taxi : rue de Rome, boulevard
des Batignolles, bois de Boulogne.
Trajet après avoir abandonné le
chauffeur de taxi jusqu’à la Banque Zurichoise de Dépôt : place des
Ternes, avenue Wagram, place Charles de Gaulle, avenue Kléber, rue
de Longchamp.
Epilogue, découverte de la cachette du
Graal : Hôtel Ritz (Place Vendôme), rue des Petits-Champs, rue de
Richelieu, Palais-Royal, Comédie-Française, rue de Rivoli, passage
Richelieu, Musée du Louvre