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L’Analyse Infographique de la Tentation de St Antoine de Notre Dame de Marceille.

Il y a plusieurs mois que j'ai fait la découverte de cette signature apposée sur le rocher dans le coin inférieur gauche du tableau qui est l'objet de la présente étude. Toutefois par respect des conventions de la parution, j'en laisse bien volontiers la paternité à monsieur Jean-Pierre Garcia qui l'expose sur son site. http://www.rennes-le-chateau-archive.com

 

Le tableau est célèbre et s’offre à notre vue ainsi :

 

Le chanoine Henri Gasc eut pu être meilleur en la transmission de ce tableau impressionnant, et dans ce que le Révérend Père Migault appelle avec une indulgence inacceptable sur l'intervention personnelle de ce chanoine Gasc, une « mode ». Laissons cet historien du sanctuaire s’expliquer, sa tâche est ici très délicate :

« En 1858, l’abbé Gasc propose la restauration générale de l’église : trois ans de travaux », écrit ce supérieur de Notre Dame de Marceille dans son opuscule de 1962. L’ampleur de la réalisation est en effet impressionnante. « Pour les peintures, il se fait aider par le curé de Pieusse. »

Ce seul point mérite attention, puisque le chanoine Gasc offrit un tableau original du XVII à ce curé et qui fut récemment restauré. En lieu et place de la signature du peintre, Gasc a carrément repeint dessus : « Ex dono Gasc... »  !

 

 

 

Pour quelle raison un tel irrespect ? L’œuvre n’est certes pas défigurée, simplement rendue à un anonymat suspect. Nous verrons quel était ce peintre, janséniste, c’est édifiant de censure.

 

« On peut discuter certains aspects de cette restauration, poursuit le Révérend Père Gabriel Migault. Au XIX siècle, on n’aimait pas l’art des XVII et XVIII siècle. » Inquiétant quand on sait que cette affirmation de fantaisie ne repose sur aucune réalité historique. La structure de cette dernière phrase sonne le besoin de justifier au plus simple : « Le Moyen Age était à la mode… »

Ainsi se termine très laconiquement la superbe description des travaux qui rendirent le sanctuaire en tout point méconnaissable. Quoiqu’il note avec mansuétude plutôt qu’à se porter dans une vive inquiétude : « Où sont partis les retables de la chapelle St Michel, de la chapelle de la Croix et l’ancienne couronne d’argent ? Vendus à qui ? » Nous y répondrons ultérieurement dans les faits.

Seul problème, comment le supérieur sait-il qu’ils ont été vendus puisqu’il le constate ?

Mansuétude assurément puisque son texte se poursuit ainsi à la plus grande surprise dans l'éloge de son prédécesseur : « Mais admirons son œuvre ! »

Est-ce bien nécessaire ? Inventaire par Henri Gasc d’un tableau d’Antoine Frédeau qui n’exista jamais, fabrication d’un faux signé étrangement Mathieu Frédeau. Disparition du puits historique d’intérieur, destruction d’une œuvre géniale de David Teniers le Jeune, une Tentation de St Antoine jeune, portant une jeune femme blonde crucifiée et à demi nue, devant un diable au coquillage effrayant qui bondit sur lui et, à ses pieds, le Cardinal de Richelieu tenant flûte et à tête de porc. Teniers le Jeune était janséniste. Né à Anvers en 1610 et décédé à Bruxelles en 1690, ce peintre flamand fut ainsi surnommé Le Jeune vis à vis de son père au prénom identique David, et qu'on nomma dès lors clairement Teniers le vieux.



 

A côté, « la Nonciation » inscrite tel quel par le marguillier dans son registre, était une toile hérétique janséniste, désormais perdue. Il lui a été repeint une copie de l’Annonciation par Philippe de Champaigne, d’après une gravure, c’est à dire au modèle inversé de l’original. Le style du copiste est maladroit et ne porte plus aucun message religieux. L’original montrait la Vierge Marie devant l’ange Gabriel, tenant déjà son enfant Jésus, ce qui est très surprenant puisque l’ange vient lui annoncer une naissance miraculeuse prochaine ! Ange tout aussi curieux portant, accroché à son bras droit, un enfant à la peau brunâtre… Marie présente l’enfant Jésus à l’ange qui salue. Mode que cela, de détruire durant trois ans sous la République, des chef d’œuvres jansénistes nationaux ? Œuvre admirable que de réviser par suite la brochure descriptive des biens artistiques du sanctuaire en y incluant des descriptions fausses d’un âge révolu ? N’est-ce pas là un révisionnisme sans le moindre état d’âme ? En somme, effacer toute trace d’hérésie peut participer en effet d’une mode, mais parfaitement condamnable.

 

Dès lors, peut-on seulement se fier aux dates et à l’historique du Révérend Père Migault, ou procède-t-il à son tour à une modification de l’histoire pour arranger ce qui ne pouvait que nuire à l’évêché ?

 

De Gasc à Migault, histoire révisée.

Nous possédons encore les deux brochures que le chanoine Henri Gasc fit éditer sur l’inventaire de Notre Dame de Marceille. Elles datent respectivement de 1859 chez l’imprimeur Labau à Carcassonne et 1864, sous l’intitulé commun : « Notice sur le pèlerinage de Notre Dame de Marceille près Limoux ». Deux autres encore portant toujours titre identique furent éditées après la mort de Gasc, en 1876 et 1886. Cinq petites années seulement d’intervalle entre les deux premières brochures, dix ans à peine entre les deux dernières. Pourquoi une telle intensité de diffusions… contradictoires dans les descriptions ?

En 1859, nous lisons : « Tout autour de l’église, on voit de grands tableaux représentant aussi les circonstances de la vie de la Sainte Vierge. Il en est un qui ne doit pas être passé sous silence : il représente l’ermite Saint-Antoine dans une grotte éclairée par une lampe et par un rayon de la lune ; il est d’un effet saisissant. La hardiesse du coloris et la fermeté du dessin, décèlent un grand maître. ». Il s’agit du tableau de Teniers le Jeune. Il n’existe plus dans la notice de 1864 dont on retrouvera copié le paragraphe à l’identique dans celle de 1876, ce qui annule toute dégradation possible sous la Révolution Française censée avoir apporté le chaos et le pillage des églises.

Cela revient à constater que la véritable Tentation de St Antoine de Teniers, recueillie en 1644 au sanctuaire, ne put disparaître qu’entre 1859 et 1864. C’est à dire exactement encore en parfaite coïncidence avec la période des trois années de travaux sur les peintures, de 1859 à 1861. Cette seconde certitude renforce le constat.

La notice de 1864 signale : « Et ce tableau, écrit le chanoine Gasc, du frère Ambroise Frédeau, représentant un moine de l’ordre de St Antoine de Viennois, qui, au milieu de la nuit, paraît écouter un concert céleste : tableau appendu dans l’église en 1684, probablement un ex-voto de ce religieux ou de sa communauté qui possédait un fief dans le territoire de Limoux. ». Descriptiion qui sera recopi à l'identique dans les notices de 1876 et 1886 à venir.

Nous y voilà, deux cents ans exactement après, l’invention d’une toile du moine de l’ordre de St Augustin à Toulouse, est justifiée par un montage de notice et une repeinte du tableau, sous la responsabilité principale de Gasc, en poste au sanctuaire de 1838 à 1872. Les graves modifications sont intervenues entre 1858 et 1861 sous sa seule autorité voulue et imposée. Et c’est à partir de 1864, qu’apparaît pour la première fois la description, en lieu et place du David Teniers qu’il ne s’est jamais risqué à citer de nom propre, une impossible toile du frère toulousain Ambroise Frédeau, peintre local très catholiquement correct.

Comment Gasc s’y prit-il pour nettoyer ces chef d’œuvres, voici notre nouvel objectif.

Nous savons qu’il aimait à repeindre sur la signature quand une toile était en partie conservée, ainsi celle de la Crucifixion offerte en l'église paroissiale de Pieusse.

Nous pouvons espérer qu’il aura fait pareil avec la Tentation. Sans oublier ce qui est fatal à un faussaire : l’erreur humaine, ce grain de sable qui le perd. Espérer pour se consoler, certainement !

Pourquoi signer Frédeau  dès lors? Pour juxtaposer un bicentenaire légitimant cette toile ayant existé. Pourquoi Ambroise plutôt que son frère Mathieu ? La question est pertinente puisque les Monuments Historiques ont officiellement attribué cette toile, appelée sans raison historique « Moine en Méditation», à Ambroise Frédeau le 2 mars 1962. Une erreur, une négligence, une complicité, une faute ? Le constat est fait : c’est un faux Ambroise Frédeau.

Le Conservateur du muséum des Augustin à Toulouse, le muséum par excellence dédié à Ambroise Frédeau, n’a jamais reconnu bien évidemment le style de ce peintre dans cette Tentation en Notre Dame de Marceille et nous ne pouvons que nous demander comment une telle erreur des Monuments Historiques put être faite, aussi grossière.

Au bas du tableau à gauche apparaît une signature nettement visible (1) :

  

Autre problème, Ambroise Frédeau, né à Paris vers 1589 et mort à Toulouse en 1673, n'eut jamais la moindre œuvre personnelle de lui signalée en ce sanctuaire. Plus gênant, la dite toile porte une signature sans équivoque : Mathieu Frédeau.

 

 

 

Pour autant, la signature d’Ambroise Frédeau nous est connue.  

 

Tout autant son style particulier et sa vie, contre le sens falsifié qu’en rend Gasc ; mais encore pourquoi Gasc cite-t-il un peintre local nominativement et ignora-t-il toujours d’omettre le génial David Teniers, ce « grand maître » dont la brochure de 1859 en signale clairement l’existence alors que la très rare de 1864 a fait disparaître ce tableau ? N’est-ce point qu’à l’origine de la première brochure, en 1859, il avait décidé de frapper d’interdit cette œuvre dont on ne devait surtout pas ébruiter le célèbre nom ?

Mathieu plutôt qu’Ambroise.

Nous avons la chance de connaître l’écriture originale de ce maître de dessin qui enseigna au collège Saint Victor à Limoux. Elle se retrouve par grande insouciance dans la Crucifixion de l’église paroissiale de Pieusse, original d'un peintre janséniste dont nous dévoilerons prochaînement l'identité. En l'état actuel, cette toile fut encore classée par les Monuments Historiques le 4 avril 1996 et datée à jute titre du XVII siècle à juste titre. L'auteur y est hélas anonyme.

 

Pour en masquer la signature déjà le chanoine Gasc a l’étrange manière de revisiter le tableau selon un singulier procédé. Il masque la signature d’origine du maître artiste par son écriture et signe d’une autre personne !

Dans la Crucifixion de Pieusse, une plaque commémorative vient signaler ce don de sa part en 1866, au recteur Jean-Marie Catuffe en poste en cette église.

 

Le tableau fut suspendu sur le mur de gauche face à un retable destiné à cacher des peintures très anciennes sur plâtre de Saint Blaise, évêque et martyr d’origine arménienne, IV siècle.

Il sera rénové en 2004 et son restaurateur de Castelnaudary insistera pour laisser désormais la toile le plus possible en bon état de conservation dans l’obscurité, c’est à dire désormais non plus face à l’entrée mais proche de celle-ci à sa droite en entrant. L’original ayant perdu sa partie droite basse par dégradations, il fut procédé à une reconstitution qui nous laisse dans l’absence du décors réel de cette partie, fort important pour une raison que nous développerons en présentant longuement l’œuvre exceptionnelle de ce peintre janséniste dont nous gardons pour l'instant l'identité exacte.

 

Possédant l’écriture graphologique à la plume et au pinceau dans la peinture à huile, nous sommes décidés à vérifier si Henri Gasc n’a point réitéré cette censure qui ne peut honorer totalement sa mémoire.

La toile de la Tentation est signée d’un impossible Mathieu Frédeau inexistant dans les registres des marguilliers disponibles à Sépie, petit village traversé par la route départementale qui relie Limoux et Carcassonne. Mathieu Frédeau ne fut jamais une entrée d' œuvre d'art dans ce sanctuaire marial, tout autant qu'un certain Ambroise Frédeau. Etrange. Le décompte des tableaux est pourtant méticuleux et nous en apprenons bien plus que nous ne pourrions l’imaginer. Seule la patience des mauvaises écritures et des fautes fréquentes de français lassent la lecture.

Admettons pourtant que ce tableau échappa à la bienveillance du registre des marguilliers. Aucun des ces deux peintres ne possédait la signature que nous lisons sur la pierre cubique de cette Tentation de Saint Antoine. S’agit-il seulement d’un Saint Antoine ?

Là encore, nous découvrons qu’il s’agit d’un thème principal de Jusepe de Ribera, dit l’Espagnolet. Voici une gravure tant de fois copiée au XVII :

 

Il s’agit de Saint Jérôme écoutant un concert céleste. Un Saint Jérôme, non un Saint Antoine, point important. Ses attributs iconographiques sont mis en évidence et la tendresse de son écoute est en rapport avec l’histoire de ce saint catholique... D'autres documents de la main de Jusepe de Ribera en notre possession attestent qu'il fut le créateur de ce genre pictural.

Nous constatons que ce Ribera est bien l’actuelle Tentation qu’on n’a pu renommer sans risquer de signaler sa disparition puisque cette Tentation de St Antoine était déjà inscrite et recensée en inventaire en plusieurs documents independants. Elle apparaît hélas même disponible pour le grand public dans la notice de 1859 qui décrit bien ce tableau sans pour autant prendre le risque de citer ce « grand maître ». Un comble quand cinq années plus tard, les grands travaux sur les peintures en Notre Dame de Marceille étant terminés, une nouvelle notice cite l’auteur de ce tableau, devenu le peintre local Ambroise Frédeau sans aucune comparaison d’envergure avec le génial précurseur du fantastique au XX siècle, David Teniers dit le Jeune. Par contre, la nouvelle description est devenue celle du Saint Jérôme de Ribera. Amusant.

 

Un autre problème vient malgré nous, nous opposer la déclaration officielle d’un Ambroise Frédeau dès 1864 alors que la peinture est signée Mathieu Frédeau ! En se demandant la raison ultime à ce paradoxe, nous accédons à la compréhension picturale de ces modifications.

 

Il fallait assurément cacher la signature du grand maître condamné d’avance par le chanoine Gasc sans détruire absolument ce chef d’œuvre du patrimoine national français.

Cependant Frédeau ne peut masquer la signature de David Teniers. Elle est connue et en voici un exemplaire.

 

Il était nécessaire de conserver la beauté de cette pierre dans la Tentation originale et sur laquelle un étrange animal fantastique repose. Seule possibilité restante dans le maquillage à venir, insérer un prénom à Frédeau qui masque quasiment toutes les lettres de la signature en bloc de Teniers. D. Teniers disparaît, Frédeau apparaît affublé d'un montage pour masquer le tout, et l'affaire était entendue.

Observons comment signe ce maître génial. Quand il peint un intérieur fermé, Davis Teniers le Jeune signe en bas à droite de sa toile et lorsqu’il s’agit d’un intérieur en entrée ouverte, quasiment toujours venant de la gauche, il assigne un objet en nature morte en bas à gauche, un bris de fagots, une pierre, et signe dans l’entremise de cette composition. Ne cherchez pas à comprendre la logique d’un génie universel, elle est, point final.

La grotte avec l’intérieur où est assis le saint renvoie bien à l’adjonction d’une pierre sur laquelle est peinte sa signature dépouillée.

D Teniers : on a deux majuscules, D et T. A la limite, on peut masquer le T en t minuscule, mais il reste une majuscule  principale, et la première : le D.

Or Ambroise est un peintre religieusement correct en accord avec la volonté de nettoyage radical et révisionniste du chanoine Gasc. L'artiste vivait non loin de là à Toulouse, au monastère des frères de l’ordre de Saint Augustin. Il était conciliable que ce frère eut vu une de ses nombreuses toiles portée au sanctuaire de Notre Dame de Marceille, sans nécessairement son enregistrement. Un cadeau reporté suffisait à justifier sa présence indépendante du registre impératif des marguilliers qui avaient de gros défauts, sauf celui de la parcimonie à l’enregistrement.

« Dans le monastère des Augustins, nous précise le paléographe Pierre Salies dans sa revue Archistra de septembre 1993, le frère Ambroise Frédeau est devenu infirme depuis la peste de 1652 et ne fait plus guère que quelques dessins de retables. Mais il avait réalisé un œuvre considérable, de 1640 à 1652. On a pu repérer une cinquantaine de ses œuvres, conservées ou perdues, mais suffisamment datées. » Voisin et quelque peu ami, nous avions créé ensemble une première série originale d’émissions radiophoniques que je produisis sous ses conseils avisés et toujours avec la précision d’un orfèvre pour qui la mémoire du temps à reconstruire se portait à l’attention d’un travail incessant. Le style d’Ambroise est parfaitement inexistant dans cette Tentation et le Conservateur du Muséum des Augustins de Toulouse, le muséum national dédié au frère Ambroise Frédeau en quelque sorte, ne reconnut jamais la moindre trace pouvant laisser seulement supposer la moindre participation du peintre à ce tableau confus. Tout autant Mathieu Frédeau, pour avoir bien existé, est absent de cette Tentation. Alors ?

Le nom de Frédeau est historiquement possible, voilà l’attribut retenu par son impassible destructeur. La personne agit avec une méthode froide, il n’a pas d’âme au respect dès lors qu’une œuvre est religieusement condamnée. David Teniers le Jeune était janséniste et Notre Dame de Marceille regorgeait d’attributs désormais hérétiques. La résistance forte et l’hospitalité que la terre audoise rendit à la communauté de Port Royal à la venue de sa destruction sous l’ordre de Louis XIV, avait eu aussi son temps. Il ne restait aucune résistance possible à sa disparition complète en ce lieu imposant dès lors à partir de 1859.

Si Frédeau est religieusement correct, historiquement possible, Ambroise restait un impossible prénom. Le A ne peut jamais cacher la première majuscule en tête, le D de la signature de David Teniers. De plus, le t minuscule ou majuscule n’y est pas.

Comment Ambroise devint Mathieu.

Par contre, la famille Frédeau comptait un frère à Ambroise, peintre mineur qui, du reste, hérita à sa mort de quelques biens. Mathieu contient la lettre t et la rondeur manuscrite du M cache très bien la rondeur du D. Mieux encore, « D Teniers » permettrait de mettre une lettre minuscule à la place de l’espace entre les deux majuscules successives D et T. Un t minuscule vient aisément cacher un T majuscule de la même forme et, par chance, elle est en troisième lettre comme le t dans Mathieu.

Constatons au final le très grand avantage du prénom Mathieu :

D Teniers = Mat h ieu



 

L’équivalence est facile. Le M rond absorbera la rondeur simple du D, le a minuscule vient combler le vide entre les deux majuscules D et T. Le t minuscule confond le T majuscule très simple que signait Teniers. Le groupe « en » de Teniers est confondant avec la minuscule h. Enfin, le i et le e sont en même ordre et même place ! Teniers ne craignait aucun faussaire tant son style fantastique et délirant était unique, c’était là sa véritable identité. Il signait d’un s final aplati. Le groupe « rs » final du nom Teniers se confond avec la lettre u minuscule manuscrite arrangée. Une tâche de peinture aidera à finaliser cette possible substitution.

 

Un nouveau type d'erreur s'insère : le faussaire n'écrit pas vraiment à l'identique de la main véritable du vrai David Teniers le Jeune. La lettre a, faussement insérée entre les deux majuscules successives D et T, est la même dans le nom inventé de Frédeau que le faussaire reproduit. La tache venue masquer la lettre s finale est dans le ton du tableau et reste incompréhensible, étant bien postérieure à la toile d'origine. Le e minuscule de la vraie signature de Teniers ne se retrouve pas vraiment dans le nom Frédeau, bien que copiée. Nous constaterons bien mieux ci-après. 

 

 

 

Cet inexistant Ambroise Frédeau des notices à partir de 1864.

Nous découvrons sans plus aucune hésitation que la signature « Mathieu Frédeau in fecit » cache l’authentique signature exceptionnelle du grand maître « D Teniers » et que ce frère toulousain Ambroise Frédeau ne fut jamais présent en Notre Dame de Marceille pour quelque raison ou opportunité que ce fut. Pas plus Mathieu Frédeau.

Qui s’est rendu responsable sous l’autorité épiscopale officielle de détruire un tel chef d’œuvre, partie inestimable du patrimoine national ?

Le commanditaire nous est connu, il se confirme dans la notice de 1864 en révisant le « grand maître » en un « Ambroise Frédeau ». Il s’agit du superviseur de l’accablante notice aujourd’hui introuvable – hasard ? – de 1864 : le chanoine Henri Gasc.

Relisons une dernière fois la maîtrise de la modification de la toile jusqu’à sa nouvelle description :

-         Et ce tableau du frère Ambroise Frédeau » : premier mensonge sur la signature constatée de Mathieu.

-         Représentant un moine de l’ordre de St Antoine de Viennois » : la continuation du St Antoine, jadis en Tentation, se voit justifiée avec imagination dans un ordre viennois.

-         Qui, au milieu de la nuit » : Quelle nuit dans l’original dont nous avons par merveille redécouvert l’original de David Teniers ? Le saint Antoine, encore jeune d’une quarantaine d’années à la brune chevelure garnie - et non le traditionnel vieillard chauve - tenait entre ses mains une jeune femme blonde à demi vêtue, crucifiée. Un diable effrayant au-dessus de son épaule gauche, c’est à dire à droite en haut du tableau, bondissait toutes griffes et cornu comme un bélier, d’un coquillage bénitier. Le saint est à l’entrée d’une grotte qui porte son ouverture sur la partie gauche du tableau, sous une nuit éclairée d’une belle Lune. Une lampe à huile éclaire le saint, en suspension au bout d’une cordelette. La redécouverte et la restauration, ou une copie identique à l’original de ce chef d’œuvre national viendra ci-après. Des Tentations de Saint Antoine, cette toile apparissant dans les documents de l'église en 1644, en est la plus forte, la plus belle, la plus violente et d’un érotisme moderne que Jérôme Bosch aurait confondu dans son œuvre antérieure dont il fut le maître hollandais précurseur ! Le saint n’était donc point au milieu de la nuit d’origine. Bosch peignit vers 1500 le triptyque allégorique des « Tentations de Saint Antoine ». Chez ces deux grands maîtres, le monde de Saint Antoine est dominé par des démons et autres monstruosités. Mais chez Bosch, ce n'est pas le monde qui est mauvais mais les humains qui générent cette folie dans leurs instincts animaux. Cela n'aurait rien eu de coupable pour Henri Gasc. Par contre chez David Teniers le Jeune, son adhésion spirituelle au jansénisme renvoie à une toute autre compréhension des monstruosités dans ses multiples Tentations de St Antoine qui étaient, dans l'esprit, devenus hérétiques sous la bulle papale . L'hérésie de la constitution civile française était frappé également d'hérésie sous complot... janséniste. L'affaire des tableaux perdus devient nettement plus claire.

--         Paraît écouter un concert céleste » : ce concert est une invitation non peinte à la copie d’un modèle célèbre de Ribera ainsi que nous l’avons pu constater.

-         Tableau appendu dans l’église en 1684 » : absolument pas puisque cette toile fut entrée à Notre Dame de Marceille en 1644, soit quarante années exactement avant. 1684 correspond exactement à la première nouvelle notice des nouveaux tableaux imaginaires détournés par Gasc, deux cents ans plus tard en 1884.

-         Probablement un ex-voto de ce religieux ou de sa communauté qui possédait un fief dans le territoire de Limoux ». Un ex-voto d’un tel chef d’œuvre véritablement pervers et offensant pour le Cardinal de Richelieu ne se peut être conçu. On ne blasphème pas dans l’offrande d’un ex-voto.

 

L’Eglise est prudente quand il s’agit d’officialiser un miracle. Elle l’est plus encore à avouer en demi ton une catastrophe en son sein. Cet exemple n’étant pas isolé, nous reviendrons sur ce brûlant sujet historique dans le Razès et au cœur de la véritable affaire Bérenger Saunière encore quasiment inconnue en son fondement.

Entre deux notices sous la responsabilité du chanoine Gasc en poste principal à Notre Dame de Marceille, disparaîtra durant les grands travaux de 1859 à 1861, toute trace de jansénisme, c’est à dire au drame de la destruction de son patrimoine artistique unique et exceptionnel en France. La présence de l’évêque charismatique et saint homme Nicolas Pavillon fut pour beaucoup dans l’offrande janséniste reconnaissante à cette terre d’accueil, puis d’exil.

Pour la notice Migault de 1962, constatons le fait : « En 1858, l’abbé Gasc propose la restauration générale de l’église : trois ans de travaux. »

Tout concorde parfaitement : la destruction eut lieu dans ce court laps de temps au regard de l’Histoire des peuples. Très inquiétant est la suite : « Pour les peintures, il se fait aider par le curé de Pieusse. » Qu’est-ce à dire ? Que peut-on faire à des peintures sinon les encadrer, les déplacer, les épousseter avec grande prudence ? Le Révérend Père Migault n’arrête pas de dérouter dans son laconique commentaire : « On peut discuter certains aspects de cette restauration. » Gasc fut-il peintre parce qu’il enseigna le dessin ? Nulle toile de lui n’est restée à l’évêché ni ne fut jamais même signalée. Restauration ? Ces toiles en si grand nombre nécessitaient-elles une telle injonction complète ? La notice Migault achève nos doutes froidement et en point final : « Au XIX siècle, on n’aimait pas les arts des XVII et XVIII siècles. » Tenez-vous le pour dit ! L’inventaire des destructions volontaire est impressionnantes. Elles avaient toute un seul point commun : le tord d’avoir été jansénistes. L’assertion finale du Révérend Père pour commémorer le centenaire du couronnement de la Vierge noire de Marceille, n’a aucun sens ni ne reflète la moindre émotion. Chercherait-on un regret qu’on y perdra l’éternité d’avance. Chaque siècle de peinture est un siècle marquant de l’histoire de l’art parfaitement inscrit dans l’évolution et la marque des écoles de peintures nationales. Les œuvres de Jérôme Bosch ou de Salvador Dali ne sont point issues de la génération spontanée.

Qui pouvait signer une telle offense révisionniste sauvage ?

Toute ma question est là. Non à discuter sur les modes ou le sexe des anges, mais à comprendre en quoi le curé de Pieusse pouvait aider Gasc. Or nous serons amenés à découvrir l’ancienne église paroissiale d’origine avant la Révolution Française et d’énormes surprises sont là ! Comprenons également qu’une toile de David Teniers le Jeune ne vint en ce lieu par hasard. Par grand miracle, Henri Gasc n’eut que des pouvoirs restreints et ne put engager d’autres destructions dramatiques. Destructions ? Le propos n’est-il pas offensant ?

La Crucifixion en l'église de Pieusse par ce peintre janséniste mystique, a perdu naïvement sa signature sous le pinceau de Gasc en personne qui offrit cette toile rendue à l’interdit de la moindre identification officielle, justement à cet abbé de Pieusse, Jean-Marie Célestin Catuffe, qui l’aida tant pour l’affaire des tableaux jansénistes à détruire en Notre Dame de Marceille. Recteur, à traduire au sens strict la dédicade de son ami Henri Gasc, de la très ancienne chapelle de Pieusse de 1830 à 1842, il mourut cinq ans avant lui, en 1877, à l’âge de 76 ans.

Il est dramatique de constater que l’écriture de la fausse signature du Frédeau est parfaitement identique à la dédicace sur cette Crucifixion du XVII siècle.

Voici la signature actuelle du St Antoine :

  

Et voici la même signature avec les lettres reprises de la dédicace signée de Gasc sur la Crucifixion.

 

Nous n’observons aucun changement dans l’écriture ! La même main est commune aux deux originaux. Trop de zèle aura perdu Henri Gasc au regard de l'histoire locale.

Les fantômes de Notre Dame de Marceille.

En l’état, la Tentation de St Antoine laisse apparaître de médiocres raccords sur la base d’un modèle officiel de Jusepe de Ribera. 

 

Un dernier personnage que nous avons déjà cité, le diable au coquillage, sera l’objet d’une prochaine étude à part tant elle présente un lien direct avec l’Affaire Bérenger Saunière. Nous verrons comment nous sommes en présence dans ce tableau de l’original du diable au bénitier de l’église Sainte Marie Madeleine de Rennes-le-Château.

 

Nous constatons dans l’abondance des descriptifs sous Gasc, une chronologie méthodique d’un inventaire, nullement établi pour rompre une oisiveté possible, mais bien, étape après étape, pour détruire tout le patrimoine hérétique en ce lieu. Monstruosité ou irresponsabilité viendraient mieux à décrire cette savante révision. Par Gasc, révisionniste dans les actes qu’il signe de sa main et en témoigne par ses brochures, a lieu avec concorde et assentiment de l’évêché de Carcassonne, la complète destruction d’un patrimoine artistique exceptionnel. Il faut trembler à l’idée que de tels personnages  auraient certainement voulu détruire bien plus, et si les responsabilités et le pouvoir lui avaient été élargi, que n’aurions-nous point perdu en France par les intentionnelles révisions picturales et nominatives d'Henri Gasc. Un grand malheur dont nous assurons la résurrection partielle par un travail acharné. Lazare maudit sortira vivant, et s’il sent encore le cadavre, le miracle n’en sera que plus méritoire. Toute l’approche de cet artcile, ici en extrait de présentation, s’est vouée à la restauration du patrimoine local et à l’honneur des anciens. Il est triste parfois que l’histoire nous heurte si fortement mais, à la différence du roman qu’on peut jeter s’il ne plaît pas, l’histoire, elle, devra se supporter tant que l’être humain agira en conscience et en toute neutralité. Pensez-y : nous sommes des Sysiphe condamnés à revivre l’histoire dans toute ses horreurs tant que nous l’oublierons. Tant que, au merveilleux ouvrage de Léonid Pliouchtch, nous resterons « Dans le carnaval de l’histoire ».

 

Les autres témoignages écrits.

Gasc fut un temps enseignant le dessin à la pension Saint Victor de Limoux, durant les années 1840, en parallèle de son ministère paroissial. Son rôle exact dans l'attribution de copies et d'originaux, tout autant que des ventes, seront prochainement inventoriés au domain restitué de l'Histoire locale authentique, devenue par le biais de l'affaire Bérenger Saunière, désormais partie intégrante du patrimoine historique national français dans sa pleine et entière territorialité.

 

Cibler la perte des tableaux et le montage des opuscules se reprenant à intervalles réguliers dans des contradictions de dates et d’inventaire de tableaux décrits, impose une vérification approfondie.

En 1838 paraît dans la Mosaïque du Midi, cette note fondamentale  concernant le sanctuaire de Notre Dame de Marceille :

« … et la nef, surmontée de voûtes hardies et légères, renferme une chaire habilement sculptée et de précieux tableaux parmi lesquels on ne se lasse point d’admirer La Tentation de saint Antoine. ».

Le titre du vrai tableau est donné : La tentation de St Antoine. Un point précieux.

 

En 1892 dans le livret remarquable « Histoire du Pèlerinage de Notre Dame de Marceille » de l'abbé Joseph Théodore Lasserre :

« Le plus estimé représente un moine de l’ordre de Saint-Antoine qui, au milieu de la nuit, paraît écouter dans l’extase de la contemplation un concert céleste. »

Il est fait description en l’état de la copie selon la volonté de Gasc d’après gravure reproduite d’une étude de Jusepe de Ribera, dit L’Espagnolet, base d’étude classique à la peinture du XVII siècle. Il semble possible que Gasc détenait dans ses cours une base de données constituée de gravures pour ses élèves. Rien que de très courant pour un enseignant au demeurant. Il en fut de même avec une gravure, donc inversée, d'une Annonciation de Philippe de Champaigne, pour perdre une toile d'étude remarquable d'un de ses élèves janséniste, la « Nonciation » selon la faute d'orthographe naïve du marguillier qui l'inscrivit en entrée, notant qu'il s'agissait d'un « anonyme ». Nous dévoilerons à terme son auteur au temps de son étude singulière.

Notons l’erreur descriptive de n’avoir point vu la lampe à huile suspendue toujours présente, et nettement plus visible à cette époque, le nouveau tableau n’ayant en réalité que trente ans depuis sa modification, la jeunesse en somme pour une toile, et Lasserre ne songe à vérifier s’il ne repose pas sur une toile ancienne repeinte. Cela aurait pu être, ne serait-ce que par économie sur une aussi grande toile, divisée en réalité en trois pans. Cela, il ne peut le constater car le tableau n’est pas encore tombé pour briser la base du cadre et fragiliser les supports arrières qui se sont hélas collés avec le temps au revers de la toile. Un autre détail qui n’aurait jamais du échapper à l’analyse sur une peinture désormais tragiquement si récente.

 

En 1893 Jacques Escargueil écrit :

« La nef est surmontée d’une voûte hardie et légère. Elle renferme une chaire habilement sculptée et de précieux tableaux. Nous signalerons : 1° celui où est représenté la tentation de saint Antoine ; 2° le tableau d’Ambroise Frédeau. On y voit un moine qui, dans le silence de la nuit, écoute des mélodies célestes. ».

Cette fois, la part inventive est inquiétante. D’un seul et même tableau, Escargueil compose son descriptif sur la base de notices anciennes qu’il croise. Forcément, il manque à l’appel un tableau. S’il y a le Teniers, où est le Frédeau ? S’il y a le Frédeau, où est le Teniers ? Escargueil se décide pour citer les deux séparément. Il remplace « concert céleste » par « mélodies célestes », ou comment faire du neuf avec de l’ancien. S’il le faut, cet abbé ne prit pas la peine de consacrer un peu de son temps à observer attentivement ce tableau.  

La brochure commémorative du centenaire de 1962 par le R.P. Gabriel Migault sur laquelle nous revenons au final :

« En 1684, on suspendait un tableau d’Ambroise Frédeau, peintre et sculpteur, né à Paris en 1589, et moine de l’Ordre de St-Antoine de Vienne, mort à Toulouse en 1673. Ex-voto de son Ordre qui possédait un fief dans le territoire de Limoux ; le tableau représente un moine, en méditation, au milieu de la nuit, et paraissant écouter un concert céleste. »

On a dit combien Migault est partisan et léger dans sa notice. L’important était de marquer le centenaire du couronnement de la Vierge noire en 1882. Il offre un travail superficiel, comportant de nombreuses erreurs car, dans une recherche louable de documents anciens, il ne fait qu’empiler des extraits d’études et de rapport sans participer personnellement. Seuls quelques avis par ci par là, viennent agrémenter les désaccords profonds qu’il ne prend pas peine à résoudre. Pour la seule phrase descriptive recopiée mot à mot, il ajoute simplement un extrait de vie d’Ambroise Frédeau.

En 1973 Robert Debant développe indépendamment après ses propres recherches :

« Il est une réunion de peintures qui furent exécutées, ou qui semblent tout au moins avoir été inspirées et offertes à Marceille par les Augustins de Toulouse, qui possédaient un bien dans le terroir de Limoux et vouaient un culte ardent à la Vierge locale. On doit à Ambroise Frédeau (vers 1620-1673), artiste parisien qui suivit peut-être l’enseignement de Simon Vouet et mourut au couvent des Ermites sous l’habit de frère lai, un Moine en méditation nocturne, un genou en terre, les yeux tournés vers le ciel. L’église possédait aussi, depuis 1644 au moins, un Saint Antoine et elle avait d’ailleurs passé commande, en 1655, à un artiste narbonnais, Lavernye, d’un « saint Pol ermite dans le désert avec l’image de la Vierge ».

Travail sérieux, la description est minutieuse, ses sources sont originales. Il ne reconnaît pas un saint, et préfère de fait parler anonymement d’un moine pour éviter la confusion. Le genou en terre sonne curieux. Genou à terre convient moins mal, quand on peut constater qu’il est assis. Le trouble lui vient de ce que ce tableau fut hélas dessous un très grand reposoir de cierges. Les fumées le salirent grandement et dans les années 1960, il était devenu noirâtre, illisible en certaines parties. Il propose l’inventaire du Frédeau au respect des notices sous la responsabilité du chanoine Gasc, tout en constatant que le Saint Antoine existait bien indépendamment. En quelque sorte, il a raison.

  

La recherche fut sérieuse de sa part, tout à son honneur. 1644 est bien la date de référence de réception de cette exceptionnelle Tentation de Saint Antoine de David Teniers le Jeune.

 © Julien Gertal (dit Ludmila sur le site http://www.renneslechateau.com/ )

Extrait de l’étude complète des tableaux dans l’affaire Bérenger Saunière, comportant en réalité de très nombreux lieux distincts.

(1) Il y a plusieurs mois que j'ai fait la découverte de cette signature apposée sur le rocher dans le coin inférieur gauche du tableau qui est l'objet de la présente étude. Toutefois par respect des conventions de la parution, j'en laisse bien volontiers la paternité à monsieur Jean-Pierre Garcia qui l'expose sur son site. http://www.rennes-le-chateau-archive.com

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