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DU MEURTRE DE L'ABBÉ
GÉLIS
CURÉ DE COUSTAUSSA
AU TRÉSOR DE
L'ABBÉ SAUNIÈRE...
André Goudonnet
Tous ceux qui se sont intéressé à
l’affaire de Rennes le château connaissent la fin tragique de l'abbé
Gélis trouvé assassiné le premier novembre 1897 dans son presbytère
de Coustaussa. Pour les lecteurs qui ne seraient pas au courant de
cette énigme, ils leur faudra consulter le journal du Midi Libre aux
dates du 3, 4 et 5 octobre 1975 ou alors l'excellent livre de Pierre
Jarnac "Les archives de Rennes-le-Château Tome 2 (édition Bélisane
Nice 1988) " ou plus récemment, « Le secret de l’abbé Gelis, la
piste corse » J. Rivière, G. Tappa et C. Boumendil aux éditions
Bélisane 1996. En effet, en 1974, deux Audois, Me Julien Coudy,
avocat à la cour d'appel de Paris, et Me Maurice Nogué, de
Carcassonne s’intéressèrent à l’enquête que donna lieu le crime de
l'abbé Gélis perpétré dans la nuit du 31 octobre au 1er Novembre
1897. Leur compte rendu fut publié dans le quotidien Midi-Libre aux
dates déjà citées ci-dessus. Je ne reproduirai donc pas ces articles
dans leur intégralité car ce n'est pas mon but, mais je citerai
surtout les parties susceptibles de nous intéresser :
« Comme curé, sous le régime
concordataire, il percevait de l'État environ 900 francs par an. Ses
comptes des années 1895 à 1897 prouvent qu'il vivait avec 700 francs
dépensés dans l'année. Or, l'un de ses vieux amis, le
curé-doyen de Trèbes, dira au cours de l'instruction, que, depuis
trois années environ, Gélis lui confia 1000 francs par an à placer
pour lui en obligations du chemin de fer. Le doyen l'a reçu en
visite le 24 septembre 1897; à cette occasion, Gélis lui a remis
encore 1200 francs aux mêmes fins, ajoutant « de ne jamais lui
écrire à ce sujet... » « De ce drame sanglant, commis sans
motif apparent, nous n'avons qu'un témoin muet » observe le juge.
L'indice est sérieux. Alors que l'abbé Gélis ne fume pas et déteste
les fumeurs, flotte dans la deuxième flaque de sang, celle de
l'hallali, près de la fenêtre, un carnet entier de papier à
cigarettes, de marque « Le Tzar », presque intact, sur l'une des
feuilles duquel une main « peu habituée à écrire » a tracé au crayon
« Viva Angelina »...
Et la fin de l'article :
« Enfin, en ce qui concerne le carnet
de feuilles à cigarettes de marque « Le Tzar » , l'instruction ne
fut pas en mesure d'en expliquer la provenance, sinon « qu'il venait
d’au-delà... du département avec son détenteur ». La mention « Viva
Angelina » resta un mystère total. On pensa au prénom d'une des
belles de quelque maison close du département, mais les enquêteurs
ne découvrirent rien de concret à cet égard. »
VIVA ANGELINA :
« Viva Angelina » Traduit le cri d'une
idéologie particulière. Cette mention est peut-être même la solution
de cette ténébreuse affaire qui plongea le diocèse tout entier dans
la plus grande consternation écrit Jacques Rivière dans son livre
« Le fabuleux trésor de Rennes-le-château »...
De la réalité à la légende :
Comme vous avez pu le constater,
personne n'a pu apporter une explication à ces mots « Viva
Angelina » et je ne pense pas en apporter une non plus. Non! ce que
je vous propose c'est de vous faire découvrir une légende qui met en
scène la famille de Joyeuse qui possédait un château à Couiza petite
ville située à quelques kilomètres de Coustaussa et de Rennes le
Château. Les légendes sont très utiles aux chercheurs de trésors car
elles contiennent souvent un fait historique réel qui s'est transmis
de générations en générations sous forme de conte. Nombreuses sont
les histoires de trésors à découvrir la nuit de Noël et celle que je
vais vous conter n'échappe pas à la règle.
La légende des renards :
Le Duc et la Duchesse de Joyeuse et
leurs deux garçons se préparent pour fêter Noël dans leur château de
Couiza. Le plus jeune fils part seul à la chasse
dans la montagne du côté de VERAZA et Saint SALVAYRE.
Il suivit un sentier à travers les bruyères quand il vit un renard
dont la fourrure blanche avait des franges d'or. Il tira une flèche
qui au lieu d'atteindre l'animal parti en l'air. Les chiens étaient
paralysés. Il reconnut alors que cet animal étrange devait être
enchanté. Il savait que ces montagnes étaient peuplées de génies, de
sorcière, de géants et de fées qui vivaient le plus souvent dans des
palais souterrains dont les salles splendides communiquaient avec
l'enfer, mais qu'ils en sortaient parfois pour inquiéter les hommes.
Il prit donc le parti de suivre le renard qui se dirigea vers une
roche énorme au-dessus duquel tournoyait un aigle.
– A ce moment le renard se transforma en
une ravissante jeune fille (robe blanche et franges d'or) – Me veux-tu joli garçon ? - Je te veux
jolie fille. – Pour m'avoir il faut être plus fort
que moi . – Veux-tu lutter ? je te défie. – Elle le vainc et entrave ses membres. – Tu n'es pas assez fort pour mériter la
fée MALEINE...(écho) Voici du pain, du vin, des figues et du
miel (écho) – Qui que tu sois – ô jeune fille, sois
bénie pour ta bonté – Je suis ANGELINA , la sœur cadette de
MALEINE. La nuit de Noël se passa dans
l'angoisse. Après la messe de minuit le réveillon dans la salle des
Dames se déroulât tristement et la nuit personne ne trouva le
sommeil. L’aîné partit à la recherche de son
cadet au matin. En chemin il rencontra un vieillard aux longs
cheveux blancs et à la barbe blanche qui lui demanda l’aumône. Il
lui donne une bague. Le vieillard la prit et partit sans rien dire. Le fils Joyeuse n'avait pas fait cent
pas que le mendiant réapparut et lui dit : « Ton frère est prisonnier des fées. Va
les trouver, l'une d'elle te provoquera. Pour la vaincre tu n'auras
qu'a pousser avec ton pouce sous le sein gauche entre les côtes.
Elle tombera et tu seras le maître. Va, ton chemin te sera indiqué
par un scarabée, un papillon et un criquet. Adieu et bonne chance. » Le fils Joyeuse parti et arriva jusqu’à
un carrefour : « Faut-il prendre à droite ? Faut-il
prendre à gauche ? … » A ce moment apparurent devant lui un
scarabée, un papillon et un criquet. Le premier trottinait, le
second voletait, le troisième sautillait, mais ils se retrouvaient
toujours ensemble.
Il les suivit donc.
– Landes de bruyères, des haies de
chênes verts, pentes abruptes tapissées de lavande et de thyms. Il
arriva au vallon et à ce moment les trois compères disparurent. – Il voit son frère... – MALEINE – Halte là, beau jeune homme,
si tu veux ton frère il faut me vaincre. – J'essaierai jolie fée. – et si tu es vainqueur, tu seras maître
de moi et de tous mes trésors.
Ils se touchèrent la paume des mains et
bondirent l'un sur l'autre. Elle le prit à bras le corps et allait
le jeter à terre quand il pressa du pouce sous le sein gauche entre
les côtes. Du coup la fée pâlit, tomba et murmura « Je suis vaincue
! » et comme il la regardait étonné de sa victoire si facile, elle
se releva et dit « – je n'ai qu'une parole. Je suis à toi, tout est
à toi ! »
– Juste à ce moment là, sa sœur ANGELINA
apportait le repas du prisonnier en chantant: – « Voici du pain, du vin, des figues et
du miel » – « Et voici mon vainqueur » dit
MALEINE.
Ils retournèrent tous les quatre au
château de Couiza, heureux de se revoir.
– Et quelles sont ces belles filles
demanda le Duc. – Nos fiancées, mon père si vous le
voulez bien – Par saint Denis, votre mère excepté,
jamais n'ai vu plus beaux visages et je vous félicite. Or ça nous
avons fait hier soir un triste réveillon. Nous ferons un souper plus
joyeux, j'en suis sur aujourd'hui.
Souper salle des Preux. Vers minuit on
frappe doucement à la porte « Qui est là ? que voulez-vous ? » – Ce sont les petits serviteurs
d'ANGELINA et de MALEINE qui leurs apportent leurs trésors. Torches,
bande de farfadets (visages d'enfants et pattes de grenouilles). Ils
portaient deux par deux, cassettes, vases et coffrets. Ils entrèrent
et déposèrent aux pieds de leur maîtresse ce qu'ils avaient apporté. Dans les cassettes pièce d'or, dans les
vases diamants, perles et pierres précieuses et dans les coffrets
robes magnifiques tissées d'or et de soie…
Soudain des coups formidables
ébranlèrent la grande porte du château .
« Qui est là ? Qui est là ? » – Sans réponse, la porte cède et un
géant entra dans la salle des preux. Les flambeaux s'éteignirent et
on ne vit que les yeux du géant qui lançaient des flammes dans la
nuit. – Père ! père ! aie pitié ! dit
ANGELINA. Nous te suivrons ! nous t’obéirons ! Ne leur fais pas de
mal ! – Ne leur fais pas de mal dit avec
autorité une voix inconnue.
Alors un torche s'alluma d'elle même et
on vit un vieillard aux cheveux blancs et à la barbe blanche qui
étendait ses mains vers les Joyeuses comme pour les défendre, tandis
que les farfadets, qui avaient repris cassettes, vases et coffrets
prenaient la fuite de tous côtés. Le géant ne dit rien, il toucha
seulement l'épaule de ses filles et on vit... Qu'est-ce qu'on vit ?
On vit trois renards à la fourrure blanche avec des franges d'or
sortir ensemble de la salle des preux, franchir d'un seul bond le
fossé du château et disparaître dans la nuit. Le vieux mendiant les
suivit. Il avait une auréole autour de ses cheveux...
Hypothèses :
Il se peut qu'effectivement il n’existe
aucun rapport entre le « Viva Angelina » du papier à cigarette et la
fée Angelina de la légende, mais n'oublions pas une chose qui à son
importance, c'est que l'abbé Gélis, au même titre que son confrère
l'abbé Saunière, avait des revenus bien supérieurs aux revenus d'un
prêtre de l'époque. Comment ne pas être troublé par les
détails de cette légende. En effet il faut appuyer sous le sein
gauche et entre les côtes de la fée Maleine pour la vaincre, mais
n'en est-il pas de même pour le diable de l'église de
Rennes-le-Château qui avec le sein gauche dévoilé et avec les côtes
apparentes porte l’inscription « Par ce signe tu le vaincras ». Je vous accorde qu'entre un diable et
une fée il y a une différence mais au début du conte il nous est
précisé que les fées « Vivaient le plus souvent dans des palais
souterrains dont les salles splendides communiquaient avec
l'enfer... »
Gérard de Sède, dans son livre « Signé
Rose croix », dit qu'il existe au bord du plateau de
Rennes-le-château un endroit appelé le pla de la coste et un mamelon
qui aurait supporté une ancienne tour à signaux connu sous le nom de
sein du diable. Même si cet auteur est souvent sujet à cautions, (il
est d’ailleurs le seul à citer ce détail ), il faut savoir que le
pla de la coste se trouve bordé au nord par un endroit qui a pour
nom pla de las brugos qui veux dire plateau des fées...( voir
l’article publié dans la semaine religieuse du diocèse de
Carcassonne le jeudi 1er juin 1967). Il est aussi curieux de constater qu'au
nord ouest de St Salvayre existe un menhir qui figure sur toutes les
cartes d'état major et qu'au nord de ce même village se trouve un
lieu appelé l'homme mort. Comment à ce moment là ne pas penser à
l'abbé Boudet et à son cromlech, au ruisseau de l'homme mort et à la
trame de laine citée dans son livre . En effet l'abbé Boudet aurai
sûrement écrit MA LAINE ou MADE LAINE pour la fée Maleine...et
Saunière n'y aurait-il pas vu un rapprochement entre MALEINE et MA
de LEINE la patronne de l'église de Rennes-le-château ?
La Famille de Joyeuse:
Si l'on en croit Louis Fédié (Le comté
de Razés et le diocèse d'Alet ): « Dans les premières années du
seizième siècle, la branche des Voisins, seigneurs de Couffoulens,
s'étaient éteinte, et son héritage passa à Jean de Voisins, baron
d'Arques et de Couiza, Jean de Voisins étant décédé laissa pour
unique héritière, sa fille Françoise de Voisins. Françoise de Voisins, la noble orpheline
épousa, en 1518, le vicomte Jean de Joyeuse, digne descendant de
Bernard de Joyeuse qui, au commencement du quatorzième siècle, était
un des plus puissants seigneurs du Vivarais. » Nous voici donc en terre connue car la
famille de Voisins est une famille dont le nom revient souvent dans
l'affaire de Rennes. Si les Voisins possédaient le secret du trésor
de Rennes-le-château celui-ci aurai pu passer dans la famille de
Joyeuse avec le mariage de Françoise de Voisins. Mais cette légende peut laisser supposer
que si la famille de Joyeuse fut un jour dépositaire du trésor elle
ne le garda pas longtemps. (d’après la légende une journée seulement
mais ceci reste une légende…)
Conclusion :
Il est bien évident que le seul lien qui
puisse exister entre les deux prêtres hormis le fait qu'ils se
connaissaient, est cette histoire de trésor qui met en scène d'un
côté une fée que l'on doit vaincre en appuyant entre les côtes sous
son sein gauche et de l'autre un diable aux côtes en reliefs et dont
le sein gauche est dévoilé. Vous avouerez que ce n'est tout de même
pas banal. Mais je laisse le soin au lecteur de
conclure lui-même et de décider si effectivement les deux prêtres
ont puisé à la même source. On peut supposer aussi que le "Viva
Angelina" du papier a cigarette soit le cri de cette fameuse société
angélique décrite par Michel Lamy dans son excellent livre « Jules
Verne initié et initiateur, le secret du trésor royal de
Rennes-le-Château » édition Payot 1984.
© Oeil du Sphinx
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