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Rennes le Chateau

 

Interview Alex Graisely (Mars 2006)

WM : Bonjour Axel Graisely, et merci d’avoir bien voulu répondre aux questions de www.renneslechateau.com à l’occasion de la sortie du livre Un autre Regard, Rennes-le-Château. Comment, avec vos co-auteurs (Alain Gouzy et Henri Petrucciani), êtes vous tombés dans l’affaire ? Trois parcours différents ou une aventure commune ?

 

C’est une aventure commune entre Alain Gouzy et moi, puis Henri Pétrucciani a rejoint notre épopée.  Revenant des hautes terres himalayennes, mille kilomètres pour la marche de la paix de Katmandou à Lhassa, je me suis pris quelques jours de repos. Peu de temps après, mon ami Michel responsable d’une agence photographique me contacte, il souhaitait que je me rende dans un petit village de L’Aude pour effectuer quelques clichés d’une église. Selon ses sources, un curé l’aurait décoré d’une façon mystérieuse avec de nombreuses anomalies. Comme de règle, j’acceptais. J’ai une méthode de travail qui surprend quelques fois mes confrères. Avant d’effectuer des clichés, je ne désire rien connaître du village, du sujet ou de l’histoire. J’ai toujours pris l’habitude d’effectuer un voyage pour percevoir et sentir les choses. Mon  premier séjour à Rennes-le-Château, comme je le raconte dans mon ouvrage, a été étrange : J’ai cheminé a travers l’esprit d’un haut lieu, d’une présence invisible, puissante à laquelle on ne saurait échapper. L’émotion a été immédiate, bien réelle, voir délectable. En rentrant dans le Var où je réside, j’ai pris contact avec mon ami de toujours, Alain Gouzy. Ensuite, nous avons réalisé des centaines de photographies, rencontré des dizaines de personnes sans dévoiler que nous étions des reporters. La plupart d’entre eux croyaient que nous étions des chercheurs de trésors. J’ai photographié l’église de Rennes-le-Château et les nombreux lieux qui encerclent cette superbe  terre. Ensuite, nous sommes retournés régulièrement dans cette cité où plane l’ombre de Bérenger Saunière. Bien des années après, mes clichés ont fait le tour du monde, j’ai voulu écrire, laisser mon empreinte sur cette histoire. Mon ami et voisin Henri Pétrucciani, nom célèbre dans le milieu des jazzmen a suivi et participé à la réalisation de la mise en page de l’ouvrage.  Une belle aventure à trois.

 

 

WM : Il est indiqué, sur la couverture, 17 ans d’enquête ! Vous êtes vous forgés une conviction, au terme de ces 17 années, et si oui laquelle ?

 

Rien n’est simple dans l’histoire de Rennes-le-Château. Un jour nous montions Alain et moi à RLC. Nous garons notre véhicule sur le promontoire qui a bien changé depuis. Nous nous sommes dirigés vers l’église Sainte Marie-Madeleine. Il était aux environs de 16h. L’église à cette époque était ouverte, on pouvait en toute liberté sortir et entrer librement sans surveillance. Nous pénétrons dans ce lieu sacré ; devant nous, un homme, debout sur une échelle, peignait la 14e station de croix. Surpris, nous le sollicitons gentiment. Pourquoi repeint-il cette station ? Calmement, il répondit : « je fais comme tout le monde, je veux que ma thèse soit en parfaite harmonie avec cette histoire ». J’ai compris à ce moment là, que connaître la véritable histoire de ce curé peu ordinaire serait difficile . Ma conviction : « rien n’est simple dans l’histoire de RLC, surtout quand la réalité s’entremêle avec la fiction et la fiction se mêle avec l’invisible.

 

WM : Dans le chapitre une prodigieuse découverte, vous prenez ouvertement le parti de nous raconter la « belle histoire », immortalisée en particulier par Gérard de Sède (découverte de parchemins, voyage à Paris, rencontre avec Emma Calvé etc)…… Les travaux menés depuis la parution de L’Or de Rennes par nombre de chercheurs amènent à faire preuve de beaucoup de réserve vis à vis de ces éléments. Pourquoi cette approche ?

 

J’ai eu une fois la chance de rencontrer Gérard de Sède. Nous avions eu une discussion très affable. A cette époque, je me rendais souvent dans la capitale et à Lyon. Lieux qui n’étaient pas inconnus à Bérenger Saunière. A cette époque, Gérard de Sède m’avait transmis quelques tuyaux intéressants qu’il n’a jamais relaté dans ses ouvrages comme le N inversé sur la tombe de Bérenger Saunière et qu’on retrouve à Saint-Sulpice dans un tableau de Signol.

 

Premier travail : savoir si l’abbé s’est rendu un jour à Paris. Comme en être certain ? J’ai plusieurs fois écrit au clergé pour accéder aux lettres et écrits de Monseigneur Félix Billard.  Refus catégorique du clergé, qui me stipule que les lettres de monseigneur Billards existent bien (avis aux chercheurs) mais qu’elle ne peuvent pas être divulguées. Pourquoi ?

Réponse : vous voulez savoir si Bérenger Saunière est monté à Paris ? Peut-être, il a fait de nombreux déplacements… On peut présupposer à ce moment précis que Bérenger Saunière a pu se rendre à Paris. La piste n’est pas fausse…

 

Découverte de parchemins ? 

Bérenger Saunière a découvert dans un balustre un petite fiole (témoignage d’Antoine Captier) comportant un document. Après avoir décodé la clef, il déplace un pilier wisigothique. Surprise ! Il est creux et contient des parchemins… Aucune preuve, les parchemins n’ont jamais à ce jour été retrouvés…

Mais ce qui est certain, et je suis formel, c’est que j’ai eu la chance d’ observer de près le pilier en question. Il a été un jour déplacé par la municipalité pour l’installer (aujourd’hui) à l’espace Bérenger Saunière ; le pilier est bien creux. Je pense sincèrement que Bérenger Saunière a mis la main sur une carte, un plan (cimetière), ou un texte codé pour récupérer un trésor dissimulé il y a des années,  voir des siècles.

 

Emma Calvé ?

Je me suis rendu à l’office de tourisme de Millau. J’ai été reçu par le responsable, un homme charmant et d’une très grande connaissance sur la Diva Emma Calvé, car il a écrit deux livres sur cette cantatrice. Mon but étant bien sûr de découvrir l’histoire de cette chanteuse exceptionnelle et de savoir si Emma Calvé avait séjourné à RLC. Sur l’histoire d’Emma Calvé là, aucun souci. L’homme connaissait très bien sa vie, ses mœurs et son destin.

 Quand je lui ai parlé de Bérenger Saunière, il s’est vraiment mis en colère. Pour lui, Emma Calvé était pure, irréprochable, voir une sainte. En aucun cas, elle n’aurait pu avoir une relation amoureuse avec un prêtre. Il écourta la conversation, s’excusa et prit la fuite, prétendant un autre rendez vous.. Je cheminais à travers la ville de Millau, puis j’eus la lumineuse idée de me rendre au cimetière de la ville. Je me recueillis un petit instant sur sa tombe dont l’épitaphe « j’ai chanté sous tous les cieux » reflète parfaitement la vie remuante de cette diva. Je quittai le cimetière, quand un vieux monsieur m’étonna. Il déposa sur sa stèle un petit bouquet de fleurs. Je m’approchais, le saluais, puis pour finir, nous nous sommes retrouvés à causer comme de vieux copains dans un café de la ville. Il était un ami de la famille d’Emma Calvé dans la branche indirecte. Je lui demandais si Emma Calvé connaissait Bérenger Saunière… Sa réponse fût oui, j’ai un jour vu un télégramme écrit de la main d’Emma Calvé qui demandait les horaires pour se rendre à la gare de Couzia. Le télégramme existe toujours (avis aux chercheurs).

Si elle s’est rendue à Couzia, ne n’est pas pour chanter, mais certainement pour rencontrer Bérenger Saunière. Mais, de là à prétendre qu’elle est devenue sa maîtresse, je ne le pense pas…

 

WM : Lorsque vous évoquez la bibliothèque de l’abbé, vous indiquez qu’il possédait Le livre des neuf portes du Royaume des Ombres, imprimé en 1666 par Aristide Torchia ? Quelles sont vos sources, car à ma connaissance on n’a jamais pu reconstituer le catalogue de la bibliothèque de Saunière ?

 

C’est exact, une petite anecdote : J’ai pu me rendre sur le tournage de la Neuvième Porte à Puivert à quelques kilomètres à vol d’oiseau du village de RLC. Jourda le Maire de l’époque, m’avait transmis quelques tuyaux, je désirai rencontrer Roman Polanski. Je séjournais  au camping du village. Un matin, je grimpais vers le site du château quand  un hélicoptère atterrit  sur la plate forme en terre, en face du château. Johnny Depp sortit le premier, puis Roman Polanski. Les présentations furent rapides puis hâtivement, nous échangeâmes quelques mots. Pourquoi tourner un film, la Neuvième Porte à Puivert ? Sa réponse fût directe : l’abbé Saunière possédait l’ouvrage d’Aristide Torchia (1). Puis quelques temps après, j’ai pu lire dans un ouvrage consacré à RLC que le curé possédait une riche bibliothèque avec des livres extrêmement rares dont un livre imprimé en 1666 s’intitulant « les Neufs Portes du Royaume des Ombres ». Mais personnellement, je n’ai jamais pu lire cet ouvrage. 

 

 

WM : L’iconographie, de grande qualité, n’est pas le moindre intérêt de votre ouvrage. Lorsque vous évoquez le sujet de « Rennes-le-Château et de la magie noire », on peut voir une photo représentant une porte au-dessus de laquelle est écrit « le Braconnier de Dieu ». Il ne me semble pas avoir vu cela à Rennes. Quel est la signification de cette illustration et d’où provient-elle ?

 

Une question qui démontre vos connaissances parfaites de l’histoire et du site. Cette porte est toute une histoire. Elle existe bien, elle se situe dans le Lot. Elle a une relation directe avec RLC. La personne qui a inscrit cette phrase insolite au dessus de sa porte d’entrée interpelle. Ce que je peux dire, c’est que ce  mystérieux individu  a contribué à l’histoire de RLC.

 

 

WM : J’ai beaucoup apprécié votre chapitre d’hommage à Noël Corbu. Pensez-vous, comme beaucoup, que c’est lui le « créateur «  de l’affaire ?

 

Le premier créateur de l’affaire est le curé Bérenger Saunière et la mémoire collective. J’avais, à une époque photographié, certains anciens. Tous se rappelaient du discours de leurs  parents : le curé est devenu riche – il vivait comme un seigneur – il a du  trouver un trésor . Puis, l’affaire a été relayée aux oubliettes, tout en existant. Un jour, un homme apprend que le domaine est à vendre. Il acquiert le domaine du curé par viager et cohabite avec la servante Marie Denarnaud. Il la soigne et la cajole. Puis, un jour, le grand voyage l’appelle. Le domaine devient la propriété de Noël Corbu. Ce dernier le transforme en hôtel / restaurant : la Tour.  C’est le début d’une longue aventure. Il enregistre sur bande sonore, l’histoire de Bérenger Saunière et pour la première fois on parle du trésor Blanche de Castille. Il reçoit à sa table des illustres personnalités et des chercheurs de trésors. Noël Corbu a laissé chacun à son imaginaire, sans  limite de frontière…

 

WM : Votre livre est publié sous l’égide de l’association ART 890. Quel est le but de ce groupement ?


 

Ce n’est pas un groupement, mais une association loi 1901. 890 correspond au code postal  de mon village. L’association est composée de cinq reporters photographes, chacun sa personnalité et sa destinée. Nos ouvrages sont le fruit de notre travail, de nos recherches sérieuses. La collection «  un autre regard » tente d’expliquer et d’établir les liens qui nous unissent entre attirances, peurs, légendes, croyances. Les bases même de l’imaginaire de l’homme.

 

WM : D’autres projets en cours ?


 

Oui, deux ouvrages sont en cours. Le premier : le Tibet Interdit – et le deuxième s’intitulera : le peuple de la falaise. Un ouvrage qui relate la fabuleuse histoire d’un jeune Dogon paralysé qui est devenu guide dans son pays… Vne histoire qui démontre la volonté de vouloir vivre en toute humilité.

Et pourquoi pas, un autre ouvrage sur RLC avec des superbes photographies… Nous recherchons un éditeur…

 

WM : Merci à vous et à vos amis.


 

Notes de la rédaction

  1. Une discussion sur le livre de Tochia et de sa présence dans la Bibliothèque de Saunière a eu lieu sur nos forums.

Voir
http://www.renneslechateau.com/forums/viewtopic.php?p=28011&sid=567eff9ef6a045552e08ea2ccafa170a

 

 

Photos ODS et Alain Brethereau ©

 

Ouvrage disponible sur http://www.atelier-empreinte.com/graisely.htm

 (c) www.renneslechateau.comm

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