WM : Bonjour Axel Graisely, et merci
d’avoir bien voulu répondre aux questions de
www.renneslechateau.com à l’occasion de la
sortie du livre Un autre Regard, Rennes-le-Château. Comment,
avec vos co-auteurs (Alain Gouzy et Henri Petrucciani), êtes vous
tombés dans l’affaire ? Trois parcours différents ou une aventure
commune ?
C’est une aventure commune entre Alain
Gouzy et moi, puis Henri Pétrucciani a rejoint notre épopée.
Revenant des hautes terres himalayennes, mille kilomètres pour la
marche de la paix de Katmandou à Lhassa, je me suis pris quelques
jours de repos. Peu de temps après, mon ami Michel responsable d’une
agence photographique me contacte, il souhaitait que je me rende
dans un petit village de L’Aude pour effectuer quelques clichés
d’une église. Selon ses sources, un curé l’aurait décoré d’une façon
mystérieuse avec de nombreuses anomalies. Comme de règle,
j’acceptais. J’ai une méthode de travail qui surprend quelques fois
mes confrères. Avant d’effectuer des clichés, je ne désire rien
connaître du village, du sujet ou de l’histoire. J’ai toujours pris
l’habitude d’effectuer un voyage pour percevoir et sentir les
choses. Mon premier séjour à Rennes-le-Château, comme je le raconte
dans mon ouvrage, a été étrange : J’ai cheminé a travers l’esprit
d’un haut lieu, d’une présence invisible, puissante à laquelle on ne
saurait échapper. L’émotion a été immédiate, bien réelle, voir
délectable. En rentrant dans le Var où je réside, j’ai pris contact
avec mon ami de toujours, Alain Gouzy. Ensuite, nous avons réalisé
des centaines de photographies, rencontré des dizaines de personnes
sans dévoiler que nous étions des reporters. La plupart d’entre eux
croyaient que nous étions des chercheurs de trésors. J’ai
photographié l’église de Rennes-le-Château et les nombreux lieux qui
encerclent cette superbe terre. Ensuite, nous sommes retournés
régulièrement dans cette cité où plane l’ombre de Bérenger Saunière.
Bien des années après, mes clichés ont fait le tour du monde, j’ai
voulu écrire, laisser mon empreinte sur cette histoire. Mon ami et
voisin Henri Pétrucciani, nom célèbre dans le milieu des jazzmen a
suivi et participé à la réalisation de la mise en page de
l’ouvrage. Une belle aventure à trois.

WM : Il est indiqué, sur la
couverture, 17 ans d’enquête ! Vous êtes vous forgés une
conviction, au terme de ces 17 années, et si oui laquelle ?
Rien n’est simple dans l’histoire de
Rennes-le-Château. Un jour nous montions Alain et moi à RLC. Nous
garons notre véhicule sur le promontoire qui a bien changé depuis.
Nous nous sommes dirigés vers l’église Sainte Marie-Madeleine. Il
était aux environs de 16h. L’église à cette époque était ouverte, on
pouvait en toute liberté sortir et entrer librement sans
surveillance. Nous pénétrons dans ce lieu sacré ; devant nous, un
homme, debout sur une échelle, peignait la 14e station de
croix. Surpris, nous le sollicitons gentiment. Pourquoi repeint-il
cette station ? Calmement, il répondit : « je fais comme tout le
monde, je veux que ma thèse soit en parfaite harmonie avec cette
histoire ». J’ai compris à ce moment là, que connaître la véritable
histoire de ce curé peu ordinaire serait difficile . Ma
conviction : « rien n’est simple dans l’histoire de RLC, surtout
quand la réalité s’entremêle avec la fiction et la fiction se mêle
avec l’invisible.
WM : Dans le chapitre une
prodigieuse découverte, vous prenez ouvertement le parti de nous
raconter la « belle histoire », immortalisée en particulier par
Gérard de Sède (découverte de parchemins, voyage à Paris, rencontre
avec Emma Calvé etc)…… Les travaux menés depuis la parution de
L’Or de Rennes par nombre de chercheurs amènent à faire preuve
de beaucoup de réserve vis à vis de ces éléments. Pourquoi cette
approche ?
J’ai eu une fois la chance de rencontrer
Gérard de Sède. Nous avions eu une discussion très affable. A cette
époque, je me rendais souvent dans la capitale et à Lyon. Lieux qui
n’étaient pas inconnus à Bérenger Saunière. A cette époque, Gérard
de Sède m’avait transmis quelques tuyaux intéressants qu’il n’a
jamais relaté dans ses ouvrages comme le N inversé sur la tombe de
Bérenger Saunière et qu’on retrouve à Saint-Sulpice dans un tableau
de Signol.
Premier travail : savoir si l’abbé s’est
rendu un jour à Paris. Comme en être certain ? J’ai plusieurs fois
écrit au clergé pour accéder aux lettres et écrits de Monseigneur
Félix Billard. Refus catégorique du clergé, qui me stipule que les
lettres de monseigneur Billards existent bien (avis aux chercheurs)
mais qu’elle ne peuvent pas être divulguées. Pourquoi ?
Réponse : vous voulez savoir si Bérenger
Saunière est monté à Paris ? Peut-être, il a fait de nombreux
déplacements… On peut présupposer à ce moment précis que Bérenger
Saunière a pu se rendre à Paris. La piste n’est pas fausse…
Découverte de parchemins ?
Bérenger Saunière a découvert dans un
balustre un petite fiole (témoignage d’Antoine Captier) comportant
un document. Après avoir décodé la clef, il déplace un pilier
wisigothique. Surprise ! Il est creux et contient des parchemins…
Aucune preuve, les parchemins n’ont jamais à ce jour été retrouvés…
Mais ce qui est certain, et je suis
formel, c’est que j’ai eu la chance d’ observer de près le pilier en
question. Il a été un jour déplacé par la municipalité pour
l’installer (aujourd’hui) à l’espace Bérenger Saunière ; le pilier
est bien creux. Je pense sincèrement que Bérenger Saunière a mis la
main sur une carte, un plan (cimetière), ou un texte codé pour
récupérer un trésor dissimulé il y a des années, voir des siècles.
Emma Calvé ?
Je me suis rendu à l’office de tourisme
de Millau. J’ai été reçu par le responsable, un homme charmant et
d’une très grande connaissance sur la Diva Emma Calvé, car il a
écrit deux livres sur cette cantatrice. Mon but étant bien sûr de
découvrir l’histoire de cette chanteuse exceptionnelle et de savoir
si Emma Calvé avait séjourné à RLC. Sur l’histoire d’Emma Calvé là,
aucun souci. L’homme connaissait très bien sa vie, ses mœurs et son
destin.
Quand je lui ai parlé de Bérenger
Saunière, il s’est vraiment mis en colère. Pour lui, Emma Calvé
était pure, irréprochable, voir une sainte. En aucun cas, elle
n’aurait pu avoir une relation amoureuse avec un prêtre. Il écourta
la conversation, s’excusa et prit la fuite, prétendant un autre
rendez vous.. Je cheminais à travers la ville de Millau, puis j’eus
la lumineuse idée de me rendre au cimetière de la ville. Je me
recueillis un petit instant sur sa tombe dont l’épitaphe « j’ai
chanté sous tous les cieux » reflète parfaitement la vie remuante de
cette diva. Je quittai le cimetière, quand un vieux monsieur
m’étonna. Il déposa sur sa stèle un petit bouquet de fleurs. Je
m’approchais, le saluais, puis pour finir, nous nous sommes
retrouvés à causer comme de vieux copains dans un café de la ville.
Il était un ami de la famille d’Emma Calvé dans la branche
indirecte. Je lui demandais si Emma Calvé connaissait Bérenger
Saunière… Sa réponse fût oui, j’ai un jour vu un télégramme écrit de
la main d’Emma Calvé qui demandait les horaires pour se rendre à la
gare de Couzia. Le télégramme existe toujours (avis aux chercheurs).
Si elle s’est rendue à Couzia, ne n’est
pas pour chanter, mais certainement pour rencontrer Bérenger
Saunière. Mais, de là à prétendre qu’elle est devenue sa maîtresse,
je ne le pense pas…
WM : Lorsque vous évoquez la
bibliothèque de l’abbé, vous indiquez qu’il possédait Le livre
des neuf portes du Royaume des Ombres, imprimé en 1666 par
Aristide Torchia ? Quelles sont vos sources, car à ma connaissance
on n’a jamais pu reconstituer le catalogue de la bibliothèque de
Saunière ?
C’est exact, une petite anecdote : J’ai
pu me rendre sur le tournage de la Neuvième Porte à Puivert à
quelques kilomètres à vol d’oiseau du village de RLC. Jourda le
Maire de l’époque, m’avait transmis quelques tuyaux, je désirai
rencontrer Roman Polanski. Je séjournais au camping du village. Un
matin, je grimpais vers le site du château quand un hélicoptère
atterrit sur la plate forme en terre, en face du château. Johnny
Depp sortit le premier, puis Roman Polanski. Les présentations
furent rapides puis hâtivement, nous échangeâmes quelques mots.
Pourquoi tourner un film, la Neuvième Porte à Puivert ? Sa réponse
fût directe : l’abbé Saunière possédait l’ouvrage d’Aristide Torchia
(1). Puis quelques temps après, j’ai pu lire dans un ouvrage
consacré à RLC que le curé possédait une riche bibliothèque avec des
livres extrêmement rares dont un livre imprimé en 1666 s’intitulant
« les Neufs Portes du Royaume des Ombres ». Mais personnellement, je
n’ai jamais pu lire cet ouvrage.

WM : L’iconographie, de grande
qualité, n’est pas le moindre intérêt de votre ouvrage. Lorsque vous
évoquez le sujet de « Rennes-le-Château et de la magie noire », on
peut voir une photo représentant une porte au-dessus de laquelle est
écrit « le Braconnier de Dieu ». Il ne me semble pas avoir vu cela à
Rennes. Quel est la signification de cette illustration et d’où
provient-elle ?
Une
question qui démontre vos connaissances parfaites de l’histoire et
du site. Cette porte est toute une histoire. Elle existe bien, elle
se situe dans le Lot. Elle a une relation directe avec RLC. La
personne qui a inscrit cette phrase insolite au dessus de sa porte
d’entrée interpelle. Ce que je peux dire, c’est que ce mystérieux
individu a contribué à l’histoire de RLC.

WM : J’ai beaucoup apprécié votre
chapitre d’hommage à Noël Corbu. Pensez-vous, comme beaucoup, que
c’est lui le « créateur « de l’affaire ?
Le premier créateur de l’affaire est le
curé Bérenger Saunière et la mémoire collective. J’avais, à une
époque photographié, certains anciens. Tous se rappelaient du
discours de leurs parents : le curé est devenu riche – il vivait
comme un seigneur – il a du trouver un trésor . Puis, l’affaire a
été relayée aux oubliettes, tout en existant. Un jour, un homme
apprend que le domaine est à vendre. Il acquiert le domaine du curé
par viager et cohabite avec la servante Marie Denarnaud. Il la
soigne et la cajole. Puis, un jour, le grand voyage l’appelle. Le
domaine devient la propriété de Noël Corbu. Ce dernier le transforme
en hôtel / restaurant : la Tour. C’est le début d’une longue
aventure. Il enregistre sur bande sonore, l’histoire de Bérenger
Saunière et pour la première fois on parle du trésor Blanche de
Castille. Il reçoit à sa table des illustres personnalités et des
chercheurs de trésors. Noël Corbu a laissé chacun à son imaginaire,
sans limite de frontière…
WM : Votre livre est publié sous
l’égide de l’association ART 890. Quel est le but de ce groupement ?
Ce
n’est pas un groupement, mais une association loi 1901. 890
correspond au code postal de mon village. L’association est
composée de cinq reporters photographes, chacun sa personnalité et
sa destinée. Nos ouvrages sont le fruit de notre travail, de nos
recherches sérieuses. La collection « un autre regard » tente
d’expliquer et d’établir les liens qui nous unissent entre
attirances, peurs, légendes, croyances. Les bases même de
l’imaginaire de l’homme.
WM : D’autres projets en cours ?
Oui, deux ouvrages sont en cours. Le
premier : le Tibet Interdit – et le deuxième s’intitulera : le
peuple de la falaise. Un ouvrage qui relate la fabuleuse histoire
d’un jeune Dogon paralysé qui est devenu guide dans son pays… Vne
histoire qui démontre la volonté de vouloir vivre en toute humilité.
Et pourquoi pas, un autre ouvrage sur
RLC avec des superbes photographies… Nous recherchons un éditeur…
WM : Merci à vous et à vos amis.
Notes de la rédaction
-
Une discussion sur le livre de
Tochia et de sa présence dans la Bibliothèque de Saunière a eu
lieu sur nos forums.
Voir
http://www.renneslechateau.com/forums/viewtopic.php?p=28011&sid=567eff9ef6a045552e08ea2ccafa170a
Photos ODS et Alain Brethereau ©
Ouvrage disponible
sur
http://www.atelier-empreinte.com/graisely.htm