Le nouveau site de la Librairie Atelier Empreinte

   A la une de Rennes le Chateau

Cédérom
Le cédérom (cdrom) consacré à l'affaire de Rennes le Chateau
CD-ROM

Eté 2007 Village  News !!! (=>Forums <=) Voyage à RLC Cartes postales  Atelier Empreinte

La Librairie de Rennes le Château
Le livre du mois, sélectionné par la librairie Atelier Empreinte à Rennes le Chateau
Livredumois
B.Saunière Alentours Documents Interviews Plan du Site Fonds d'écran
Personnages Parchemins Recherches  Liens Web Haute Vallée Economiseur
L'histoire Hypothèses Reportages Revue presse G.P.S Livre d'Or
Eglise Procès Web TV P.Annonces Crédits site Webcam
Bâtiments Bibliographie Fouilles ? =>Newsletter <= Mises à jour


Recherche Rennes le Chateau

Le tourisme dans la région de Rennes le ChateauTourisme dans la région de Rennes le Chateau
Les meilleures adresses
: Hotels, Restaurants, Chambres d'Hotes, Campings,  Santé, Relaxation, Locations de voitures, Equitation

Rennes le Chateau

 

Emma Calvé

Signature d'Emma Calvé

A notre brochette de dames d'antan, manquait assurément une cantatrice... La voici, la voilà : Emma Calvé, soprano de son état.
Née à Decazeville, dans l'Aveyron, le 15 août 1858, elle s'appelait en réalité Emma Calvet, du moins selon ses propres dires, car, d'après d'autres sources, son nom de baptême aurait été Rose Calvert... ou Emma de Roquer ! Personnellement, nous penchons plutôt pour la première hypothèse, ne voyant pas très bien pourquoi elle aurait menti là-dessus... Vers l'âge de 16 ans, elle s'installe à Paris, avec sa mère et ses deux frères, pour entreprendre des études musicales. Son premier professeur sera Jules Puget (comédien et chanteur, créateur de plusieurs rôles à l'Opéra-Comique). C'est à lui qu'elle devra la pose initiale de sa voix.
La mère d'Emma ne possède pour vivre que de maigres rentes, et la famille a bien du mal à joindre les deux bouts. Dans l'espoir d'aider les siens, la jeune fille, en cachette, va passer une audition à l'Eldorado où elle se présente, l'innocente, dans l'air de La Favorite : O mon Fernand... Pas tout à fait le genre de la maison ! Dès les premières mesures, on l'interrompt, tandis qu'un gros homme lui demande en se poilant si elle connaît la chanson : Arrête, Fifine, arrête ta machine. Humiliée, en larmes, elle s'enfuit... Très amusé par l'aveu de cette mésaventure, Puget, deux mois plus tard, procure à son élève un engagement pour des concert classiques dans les sociétés philharmoniques des principales villes de France. C'est Puget, également, qui lui obtient en 1881 un contrat pour le théâtre de la Monnaie de Bruxelles, où elle effectuera ses vrais débuts dans le rôle de Marguerite du Faust de Gounod. Supprimant le t de son nom, elle devient, dès lors, Emma Calvé. Bien accueillie par le public bruxellois, elle se voit confier, dans la foulée, le rôle de Chérubin des Noces de Figaro, puis rentre à Paris étudier de nouveaux rôles avec Mathilde Marchesi de Castrone (1821-1913), célèbre mezzo-soprano allemande qui, parmi ses autres élèves, compte notamment Mary Garden et Nellie Melba (et dont la fille, Blanche Marchesi, prendra la succession à la tête de son école).
En 1883, Paris donne enfin sa chance à Emma, en la personne du baryton Victor Maurel, directeur du Théâtre italien, qui lui demande de créer à ses côtés Aben-Hamet de Théodore Dubois (livret inspiré par Le Dernier Abencérage de Chateaubriand). Le spectacle ne tient que quinze jours, mais Emma n'y passe pas inaperçue et, l'année suivante, Carvalho l'engage à l'Opéra-Comique où elle débute - avec succès - dans une autre création : Hélène dans Le Chevalier Jean de Victorin Joncières. Carvalho lui confie d'autres rôles, les critiques louent sa jolie voix, mais la jeune fille n'est pas satisfaite. Elle a l'impression de tourner en rond, de piétiner... Pensant qu'un changement d'atmosphère serait profitable à son art, elle signe un contrat avec la Scala de Milan où on lui offre de créer la Flora Mirabilis de Samara ... Le soir de la première, en novembre 1884, elle est prise d'un tel trac qu'elle perd la tête... C'est la tasse, le bide ! Le désastre a été complet, avoue-t-elle elle-même, avec une sympathique sincérité (dans un livre de souvenirs, Sous tous les ciels, j'ai chanté, paru chez Plon en 1940). J'ai dû résilier mon contrat dès le lendemain et me voici revenue à Paris, fort humiliée, décidée à renoncer au théâtre, et à fabriquer des corsets... C'eut été dommage ! Heureusement, elle va voir Gounod qui lui remonte le moral mais l'incite à travailler, à se perfectionner sans relâche, et qui l'envoie à un nouveau professeur, Rosine Laborde (après des débuts au Théâtre italien de Paris, celle-ci avait été la doublure d'Adelina Patti dans une longue tournée aux États-unis, avait chanté dans les principales capitales d'Europe puis, pendant de nombreuses années, à l'Opéra de Paris). Ce fut incontestablement celui de ses professeurs qui marqua le plus Emma Calvé : Je dois certainement à cette admirable maéstra la souplesse et la virtuosité qui m'ont permis d'aborder les rôles les plus difficiles du répertoire, reconnaîtra-t-elle.
Après une saison (1885) au Théâtre italien de Nice (dans Les Pêcheurs de Perles, Hamlet, Faust), la jeune artiste voit sa ténacité récompensée : Sonzogno, le grand éditeur de Milan, lui offre un engagement de trois ans au cours desquels elle se produira sur les plus grandes scènes lyriques d'Italie. Florence, Rome, Naples, Venise, partout, le public lui fait un accueil triomphal. A la Scala de Milan, elle se surpasse dans le rôle d'Ophélie d'Hamlet d'Ambroise Thomas et obtient une presse dithyrambique : une revanche éclatante sur la gifle reçue, quelques années plut tôt, dans Samara. De plus, la Duse vient en personne féliciter Emma dans sa loge, à l'issue de la représentation. La Duse, Eleonora Duse... Rien ne pourrait procurer plus grande joie à la jeune cantatrice, car elle éprouve pour la tragédienne la plus passionnée des admirations. A son arrivée à Florence, en 1886, elle était allée la voir jouer et avait reçu un tel choc que, profitant de deux mois de liberté que lui laissait son propre contrat, elle l'avait suivie a Bologne et a Gênes pour l'entendre dans tous ses rotes, s'imprégner de ses gestes, de ses attitudes. Elle est fascinée par la sincérité et la simplicité de son jeu : Voilà l'art au-quel il faut aspirer, écrit-elle. Je n'aurais jamais cru possible qu'un être pût donner autant de soi. Elle semble appartenir à une humanité plus vibrante que la nôtre. Quels accents ! Quelle émotion communicative ! Emma rêvait d'être présentée à son idole, mais n'avait jamais osé l'approcher. Leur rencontre à Milan préluda à une profonde amitié. En 1890, au terme de cette longue tournée en Italie (ponctuée par la création de deux oeuvres de Mascagni : Cavalleria Rusticana à Florence, en 1886, et L'Amico Fritz à Rome, en 1888), la cantatrice n'est plus seulement une bonne chanteuse d'opéra : c'est désormais, de surcroît, une excellente comédienne. Dès son retour à Paris, elle s'impose dans le rôle de Santuzza lorsqu'elle crée, en français cette fois, Cavalleria à l'Opéra-Comique. Au cours des répétitions, pourtant, son effort de réalisme n'avait guère été apprécié de ses camarades : Dans ce théâtre quelque peu traditionaliste, explique-t-elle, on est surpris de la sincérité que j'apporte à jouer ce rôle de paysanne, sans maniérisme, pauvrement vêtue : chemise de toile rude, jupe de laine, sandales usagées, les cheveux lisses en simples bandeaux, et presque sans maquillage (op. cit.).

De nombreuses créations émailleront la carrière d'Emma Calvé : La Navarraise de Massenet (en 1894 à Covent Garden, l'année suivante à l'Opéra-Comique), Sapho du même Massenet (Opéra-Comique, 1897), La Carmélite de Reynaldo Hahn (Opéra-Comique, 1902), Messaline de De Lara (théâtre de la Gaîté, 1904), etc. Mais le rôle de sa vie fut sans nul doute Carmen. Aujourd'hui encore, on la considère comme l'une des meilleures interprètes que l'ouvrage de Bizet ait eu. Le rôle avait été créé par Célestine Galli-Marié mais, depuis que celle-ci avait pris sa retraite, Carmen n'avait quasiment plus été monté. Quand, à la suite du succès de Cavalleria, Carvalho propose à Emma de faire revivre le personnage, elle est folle de joie. Perfectionniste, elle file aussitôt en Espagne pour se mettre dans le bain. Elle engage une jeune gitane, Lola, qui l'initie à toutes les subtilités du flamenco. A son retour en France, elle doit de nouveau lutter pour défendre son interprétation résolument non-conformiste : Aux répétitions, se plaint-elle, on me parle à tout propos de trrradition. On critique ma danse. Il est certain qu'elle ne ressemble nullement à la «polka piquée» accompagnée de castagnettes qu'on voudrait m'imposer (op. cit.).
La première a lieu le 25 novembre 1892 à l'Opéra-Comique. C'est un triomphe ! Le public délire, la critique aussi, les lettres de félicitations affluent. Très chère amie, lui écrit Jean Lorrain, vous avez été adorable de grâce, hier soir, inquiétante, sauvage, sensuelle. La nature s'est montrée pour vous généreuse. Vous avez tous les dons : la beauté, la voix, le mouvement de la vie. Cependant, vous avez su ombrer toutes ces lumières et vous avez chanté et joué comme peignait Goya.
Emma Calvé emmènera sa Carmen (et ses autres rôles) dans le monde entier. Après une série de représentations en Angleterre (à Covent Garden, ainsi qu'au Château de Windsor où elle joue devant la reine Victoria, à la demande de celle-ci qui ne se déplace jamais pour aller au théâtre), elle s'embarque en 1893 pour l'Amérique, où elle fait un tabac au Metropolitan Opera de New York, puis à Boston, à Chicago, etc. A l'Université de Columbia, le public la rappelle plus de vingt fois. Son enthousiasme est tel qu'il ne veut plus partir ! Pour le disperser, on est obligé de l'arroser avec une lance à incendie.
Partout fêtée, partout acclamée, Emma ira chanter jusqu'aux Indes, jusqu'au Japon, jusqu'en Australie, ce qui n'est pas pour lui déplaire car elle adore voyager. Le voyage, écrit-elle, m'est aussi nécessaire que le chant. En me déplaçant, j'éprouve la vague sensation d'échapper au temps, à la destruction, et lorsque je chante, j'éprouve une sorte d'ivresse, il me semble vivre hors de moi, hors du monde. J'espère mourir en chantant (op. cit.). Chanter, chanter... Son art, me demanderez-vous, était-il donc sa seule passion ? Tout sur la scène, rien au pageot ? Difficile de répondre... En tout cas, si elle eut des aventures, celles-ci ne furent guère tapageuses. Et dans ses mémoires (elle a publié aussi une autobiographie, My Life, éditée à Londres et à New York en 1922), elle demeure d'un mutisme de carpe sur sa vie intime... A une exception près : lorsqu'elle évoque un grand chagrin, une déception cruelle, inattendue, qui, en 1899, lui fait fuir Paris pour Venise où elle va chercher consolation auprès de la Duse (exactement comme Isadora Duncan, en 1913, après la mort de ses enfants : cf. Fascination n° 27)... Quand on possède pour s extérioriser, lui écrit un peu plus tard son amie, une voix unique, faite de toutes les couleurs du prisme, pure comme toutes les sources des montagnes, on n'a pas le droit de pleurer. Et Emma de conclure : Ayant tout sacrifié au théâtre, je n'ai pas mérité le bel amour qui contente et qui dure. Toutefois, elle ne cite aucun nom... Devant une telle discrétion, on la soupçonnerait volontiers d'avoir été obligée, pour une raison impérieuse, de cacher l'identité de cet amant perdu. Et c'est fort possible, car, selon certaines sources, il se serait agi... d'un prêtre. Lors d'une soirée chez Debussy, en 1892, elle avait en effet rencontré (par son amie Georgette Leblanc, soeur de Maurice Leblanc et compagne de Maeterlinck), un étrange abbé, féru de sciences occultes, l'abbé Béranger Saunière, dont elle serait secrètement devenue la maîtresse. Par une coïncidence assez frappante, entre 1892 et 1899 elle fréquente assez assidûment Camille Flammarion et sa femme, un couple chez lequel on parle volontiers d'occultisme, sujet qui passionne le grand astronome dans le cadre de ses études sur les phénomènes paranormaux. Par ailleurs, Emma semble avoir eu un penchant pour une certaine forme de mysticisme teintée d'ésotérisme : parmi ses amis les plus chers, elle compte un authentique gourou indien, le Swami Vivi Kananda, rencontré en 1894 à Chicago où il donnait une série de conférences. Eh oui ! Y'en avait déjà, des comme ça ! Mais, à l'époque, c'était pas courant, et Emma en était baba : une pionnière, en somme...
En 1907, à l'occasion de la millième de Carmen, elle annonce qu'elle renonce à la scène : Mon bon sens rouergat me suggère qu'à quarante-sept ans, on n'a plus le droit de jouer les amoureuses ! déclare-t-elle, se rajeunissant allègrement de deux ans au passage.
Si, effectivement, elle cesse de jouer, elle continue toutefois de courir le monde en donnant des concerts. En 1914, elle négocie une série de récitals à Berlin quand elle rencontre, par hasard, la cantatrice Lily Lehmann qui la presse instamment de rentrer au plus vite en France. Presque aussitôt, la guerre éclate. Emma part en tournée en Amérique où elle chante au profit des blessés de guerre et de la Croix-Rouge française. Au bazar des Alliés, à New-York, trente mille personnes viennent entendre sa Marseillaise. C'est du délire, tout le monde pleure. On la hisse sur un pavois, elle fait la quête dans un casque de poilu... En tout, la soirée rapportera cinq cent mille francs de l'époque : une fortune !

Emma poursuivra sa carrière jusqu'en 1926, puis elle ouvrira une école de chant au château de Cabrières qu'elle avait acquis, en 1894, dans son Aveyron natal. Elle mourra à Millau, le 6 janvier 1942. Elle a enregistré des disques mais il semble qu'on n'en ait pas tiré beaucoup de repiquages. Nous n'en connaissons que deux (l'un consacré pour moitié à Emma et pour moitié à Mary Garden, l'autre consacré aux plus remarquables interprètes de Carmen), édités aux U.S.A. par Everest Records (collection «Great Volces Of The Century», réf. SC-829 et SC-866), devenus difficilement trouvables... On vient de mettre les disques de Patli, Caruso, Renaud, Melba, Plançon et les miens dans un cercueil de plomb qui sera placé dans les sous-sols de l'Opéra et qu'on exhumera dans un siècle, en l'an 2002, afin que les générations futures apprennent comme on chantait un siècle auparavant, raconte Emma dans ses souvenirs. Et elle ajoute : Qui sait ? On se moquera peut-être de nous ! Moi, je me demande si elles y sont vraiment, ces vieilles cires, dans les sous-sols de l'Opéra. Je rêve de faire un casse...

 (c) Paule Libert

Recevez les mises à jour du site, inscrivez-vous sur notre Newsletter

inscriptiondésinscription

© 1997-2007 - Tous droits réservés.