L’histoire
“ officielle ” de Stenay est pourtant assez simple… L’excellent
petit guide [1] édité par le Cercle Saint-Dagobert II,
nous dit :
Au Nord‑Ouest de la forêt de Woëvre, sur la rive
droite de la Meuse, au milieu d'un bassin arrosé par ce fleuve, et sur le
canal de l’Est, la ville fut toujours une importante place de
guerre.
Connu déjà à l'époque celtique, devenu oppidum à
la période romaine, le lieu était particulièrement recherché à cause de
son importante position sur la Meuse, à l'entrée de la Woëvre. Thierry,
fils de Clovis, devenu roi d'Austrasie, frappé de la position de Stenay, y
fit bâtir un palais ; le bourg devint villa regia et chef-lieu d'un comté.
Lui-même, son fils et son petit-fils se firent enterrer dans la chapelle
castrale. En 679, Dagobert Il y demeura.
Au Xe siècle, Stenay appartenait à la maison
d'Ardenne; elle devint ensuite la possession des ducs de Bouillon; en
partant pour la Croisade, Godefroy de Bouillon vendit la ville avec le
château qu'il avait fait construire en 1077 à l'évêque de Verdun qui
l'engagea au comte de Luxembourg en 1110. Ce dernier vendit Stenay à
Renaud, comte de Bar, et jusqu'en 1641 la ville demeura presque
constamment en la possession des maisons de Bar puis de
Lorraine.
De 1609 à 1611, elle reçut de nouvelles
fortifications et devint une importante place de guerre. Louis XIV en
donna la propriété en 1646 au prince de Condé. Comme celui-ci était passé
au parti de l'Espagne, le roi en ordonna le siège. Fabert l'entreprit en
1654 en présence du souverain lui-même; il dura 56 jours. Par le traité
des Pyrénées en 1659, il lui rendit Stenay qui fut néanmoins démantelé en
1689. Ses descendants en jouirent jusqu'à la Révolution
française
Stenay fut un chef-lieu de bailliage de 1639 à
1697 puis d'une prévôté et en 1790 d'un district comprenant 75
municipalités. La cité tint tête aux Autrichiens en 1792 et fut occupée
pendant toute la guerre de 1914‑1918 par les Allemands. Le Kronprinz y eut
son Quartier Général.
Il reste à Stenay une usine métallurgique et une
papeterie.
AUX SOURCES
DU MYTHE
En fait le
mythe va se former en 1973, à la publication par Gérard de Sède d’un
ouvrage au titre “ sensationnel ”, La Race Fabuleuse,
extra-terrestres et mythologie mérovingienne (éditions J’ai Lu,
collection “ l’Aventure Mystérieuse). De Sède est un créateur de
légendes bien connu, ayant déjà sévi sur Gisors et son trésor ainsi que
sur Rennes-le-Château et le secret de l’abbé Saunière. Il récidive cette
fois pour nous expliquer, en substance, que la dynastie mérovingienne
était..... d’origine extra-terrestre....... Et d’opérer, dans le cadre de
sa démonstration, un large détour par Stenay. Essayons de reprendre les
points marquants de l’ouvrage tout en précisant que la source de l’auteur
est largement spéculative, puisqu’elle repose sur une série d’entretiens
avec un mystérieux Marquis de B. dont l’identité ne nous sera pas
révélée.... [2]
- Sur le blason de la ville figure la face
grimaçante et cornue du démon, une figure pourtant jamais utilisée en
héraldisme......Après enquête locale, étude des travaux d’un archéologue
du XIX ème siècle, un certain Jeantin, et conversations avec le Marquis de
B, de Sède arrive à la conclusion que Stenay s’est autrefois appelée
Shatan, puis Shatenay. Toujours d’après l’archéologue,
“ l’appellation de Shatan est à la fois géologique, cosmogonique et
hébraïco-celtique, c’est là le brevet d’antiquité le plus incontestable de
Stenay ”. Et de voir effectivement une connection hébraïque évidente
avec notre paisible région qui abrite les villages de Baalon (le dieu
Baal) et d’Avioth (av en hébreu signifie ancêtre).....
- Notre
archéologue romantique, pour reprendre la fameuse expression de Jacques
Bergier [3]
, se met ensuite à la recherche de
l’église Saint Dagobert, édifiée sur les ruines d’un temple dédié à
Saturne, mais dont on a perdu la trace au cours de l’histoire. Grâce à une
vieille gravure, il finit par la localiser sous les maisons Matton et
Laplante [4] .
- Le lien
étant opéré avec les Mérovingiens, on nous explique alors que cette
dynastie était d’origine hébraïque et sacrée. Le sources sont toujours
notre bon Marquis de C et un ouvrage écrit sous le pseudo d’Henri
Lobineau [5] , “ Généalogie des Rois
Mérovingiens ”, trouvé à la Bibliothèque Nationale. On nous apprend
également que les rois mérovingiens ont été “ faits néant ”, car
oubliés progressivement par l’histoire......... Le dernier des souverains,
Dagobert II, fut assassiné près de Stenay, dans la forêt de la Woëvre. Et
de fait, Dagobert avait bien un fils, Sigebert, mais qui fut tué
lors d’une chasse au sanglier. Là s’arrête l’histoire
“ officielle ”. Mais elle cède rapidement la place à
l’histoire “ romantique ”, puisque d’après une chronique de
l’époque, “ Le Livre des Evêques de Strasbourg ” de Bruschius,
Sigebert fut ressuscité grâce à l’intervention de Saint Argobaste. De
Sède, bien connu pour son rationalisme, précise utilement qu’il ne faut
certainement pas croire à ce type de légende, l’héritier étant
vraisemblablement tombé dans le coma suite à l’accident de chasse.
L’affaire se termine, selon certains historiens (non cités), par l’exil du
monarque, soustrait par sa sœur Irmine aux menaces des nouveaux dirigeants
(les “ pépinistes ”), en Septimanie, c’est à dire dans la région
du Haut-Languedoc.
Abandonnons ici la lecture de cet ouvrage, la
suite étant une traque du Grand Monarque à travers les siècles pour
aboutir à la révélation ultime, faite bien sûr par le Marquis de B, à
savoir l’origine extra-terrestre des Mérovingiens. Précisons cependant que
d’après un vieil ouvrage découvert à Bruxelles par l’auteur, des tombeaux
auraient été retrouvés au XVIII ème siècle dans les cryptes de l’église
Saint Dagobert, révélant également que les Mérovingiens pouvaient être de
grande taille..... Des Géants venus d’Ailleurs......
Reprenons les données du
mythe :
STENAY, LA CITE de
SATAN
En fait, nul besoin de
faire de laborieuses recherches. La clef de l’énigme nous est donnée au
syndicat d’initiative par un petit tract “ le nom de Stenay ”
qui résume parfaitement les travaux réalisés par les historiens
locaux.
LE NOM DE
STENAY
L'origine du nom de Stenay s'est perdue. Mais
depuis un siècle, une bataille d'érudits s'est engagée pour essayer de la
préciser.
 |
En effet,
les armes de la ville (“d'argent au chevron d'azur accompagné en pointe
d'un lion d'or armé et lampassé de gueule ... ”, ainsi que les décrit
Denain avant la Révolution) sont directement inspirées de celles de
Godefroy de Bouillon 11e s.). Mais à la fin du 19e, et peut-être à
cause de la publication par Jeantin dans son “Manuel de la Meuse” (1860)
d'un article sur SATHENA Y ou SATHANAY, on vit l'écu de la ville bientôt
sommé d'une petite figure de diable, cornue et grimaçante. Jeantin cède en
effet à la manie de son temps : tout expliquer “scientifiquement”, et il
écrit: “L'appellation SATHAN est, à la fois, géologique, cosmogonique et
hébraïque ... ” De là à faire de Stenay la ville de Satan, il n'y avait
qu'un pas, vite franchi par les amateurs d'originalité. Dès 1885, le
papier à entête de la mairie porte cette nouveauté héraldique et,
lorsqu'en 1925 l'Hôtel de Ville actuel va remplacer la vieille maison
commune de la Porte de Bourgogne, l'architecte croit bon défaire sculpter
au fronton (mais non dans le grand salon) la célèbre face du diable.
Célèbre en effet car depuis lors, on en a beaucoup
parlé: historiens, héraldistes, linguistes, romanciers même, et citoyens
de Stenay aussi ‑ qui ne prennent cependant pas trop au sérieux leur
prétendue origine diabolique, puisque les “Crottes de Satan” sont devenues
une spécialité de la confiserie locale et que le Maire, voulant agrémenter
l'institution d'une médaille commémorative de la ville en fit l'insigne
d'une “Confrérie des Diablotins de Stenay” créée sur le mode souriant en
Juin 1983...
Le
chanoine Vigneron, curé doyen de Stenay de 1941 à 1966, passionné
d'histoire locale et savant linguiste [6] , n'allait pas, bien sûr, accepter
cette étymologie. Il dresse d'abord la liste assez impressionnante des
anciennes appellations de Stenay au travers des actes historiques
authentiques, puis ses déductions, qui paraissent bien conduites,
l'amènent à conclure que Stenay pourrait signifier “ Villa de Setinius”,
personnage du ler siècle après J.C. originaire de la cité de Setia (Sezze
aujourd'hui) à 80 km au S.E. de Rome...
Voici quelques variantes puisées dans le tableau
qu'il dresse de 25 noms recensés de la ville, avec leur époque
d'apparition : SATENAIUM et SATANIACUM (10 ème s.), SATANACUM (1069),
SATINNACUM et SATINIA CUM (1086), SETUNIA (Ile S.), SEPTINIACUM (1107),
SETENAE (1208), SETTENAI (1243). SATANAY (1284), sans oublier le SATHANAI
du sceau de la Prévôté (1320) et le STENA du patois local. Mais il faut
attendre 1643 pour trouver enfin écrit le nom de
STENAY.
Je n’ai
évidemment pas pu m’empêcher de remonter aux sources et d’acquérir à la
librairie de la ville l’ouvrage de référence, “ Grandes Heures de
l’Histoire de Stenay ” par l’abbé Vigneron [7] .
Alors, Il faut renoncer à faire de Stenay la «
ville de Satan. Jamais le mot de Satan n'aurait dû être retenu pour
expliquer le nom de Stenay.
Voici trois raisons péremptoires d'exclure cette
explication :
1) Le nom de Satan était complètement inconnu chez
nous quand le nom de Stenay s'est formé, pour la bonne raison que Satan
est un mot hébreu qui n'a pénétré chez nous qu'avec l'Evangile, donc guère
avant le Ve siècle pour notre région : trop tard pour entrer dans le nom
d'une localité gallo-romaine qui remonte à 50 avant
J.‑C.
2) A supposer par impossible qu'on ait pu loger ce
mot hébreu (Satanas) dans le nom de notre ville, ce nom aurait été alors
si facile à retenir que nous n'aurions pas 25 formes, mais une seule forme
de ce nom dans les archives, et le nom lui-même de « Stenay », dont
l'avant-dernière forme était Settenay, n'aurait pu exister phonétiquement;
ni historiquement non plus, car les Stenaisiens du Moyen-Age n'auraient
pas admis que leur ville soit appelée la cité de Satan. L'Académie
française n'a admis le mot « satanique ‑ qu'en 1798 et celui de
–«satané » en 1878 seulement.
Chacune de ces deux raisons était suffisante à
elle seule pour exclure cette explication du nom de Stenay. En voici
pourtant une troisième.
3) JAMAIS PERSONNE avant 1850 n'avait sérieusement
pensé à loger Satan dans le nom de Stenay; il a fallu que se trouve à
Montmédy un ancien président du tribunal, qui fut le premier à éditer sur
l'histoire du Nord‑Meusien un livre important en trois tomes. Jeantin,
c'est son nom, avait une manière insensée d'expliquer les noms de lieux
qui faisait le désespoir de sa famille. Sa nièce, Madame feue Pérot de
Médy‑haut, le jugeait complètement égaré dans sa manie aberrante
d'expliquer tous les noms de lieux par des racines hébraïques et des
considérations géologiques si farfelues que personne ne peut les prendre
au sérieux. .
« MAIS UN LIVRE RÉCENT A RETENU L'OPINION DE
JEANTIN ! » ‑ C'est vrai d'une certaine façon , Gérard de Sède, dans
un livre de poche intitulé « La race fabuleuse », a soulevé sur l'histoire
des mérovingiens toute une série de questions qu'il ne cherche pas à
résoudre dans cet opuscule ; G. de Sède s'est bien gardé de prétendre
écrire un livre d'histoire. Certes il n'invente pas, mais sa manière de
présenter « ce qu'il a lu » n'est ‑pas celle d'un chercheur critique, mais
celle d'un homme qui désire avant tout étonner et faire rêver ses lecteurs
sur ce que d'autres ont pu écrire au sujet d'évènements mal connus. Il est
possible qu'il se soit amusé le premier à découvrir ce qui a été écrit par
des auteurs de tous les temps sur les sujets qu'il aborde ; et il préfère
les plus bizarres. Pour lui, UN LIVRE DE JEANTIN EST UNE AUBAINE : en fait
de bizarreries et de solennelles affirmations non contrôlées, il va être
servi, mais il n'est pas dupe, et parfois il le fait
voir.
C'est bien le cas pour l'explication du nom de
Stenay: croyez-vous qu'il ait pu écrire au sérieux cette phrase réelle de
Jeantin (promu par lui archéologue) « L'appellation Sathan est à la fois
géologique, cosmogonique et hébralco‑cerltique c'est là le brevet
d'antiquité le plus incontestable pour la ville de Stenay » (page 20). A
la page 13, de Sède affirme que le nom de Stenay dérive à la fois de
Sathan et de la Pierre (en allemand Stein). Disons qu'on accumule les
invraisemblances, puisque dans la même page 13, l'ancien nom de Stenay
signifie, en plus, « Domicile de Saturne »... Concluons que ni Jeantin, ni
de Sède, n'apportent aucune lumière à l'explication du nom de Stenay. Ils
esquivent tous deux la question ; De Sède ne veut pas expliquer, Jeantin
ne sait pas.
LA PIERRE
MYSTERIEUSE DE STENAY
La crypte Saint-Dagobert II de Stenay nous montre une
mystérieuse pierre, reconstituée par Gino Frua, membre du Cercle. Voilà ce
qu’en dit l’Abbé Vigneron dans son “ histoire de Stenay ”
:
LA PIERRE
MYSTERIEUSE ":
Le Carré SATOR Documents tirés de l' " Histoire de
Stenay " de l'Abbé Vigneron
CHRETIENS CLANDESTINS A
STENAY
Il nous semble que cette pierre mystérieuse peut
s'expliquer comme un geste de chrétien en un temps où les chrétiens
n'étaient qu'un petit nombre à Stenay.
Pour l'expliquer, il faut rappeler que toutes les
pierres sculptées trouvées à Stenay se trouvaient dans les fondations de
la basilique St-Rémi, antérieure à l'église St-Dagobert qui l'a remplacée
au IX ème siècle,
Ces pierres, réemployées dans les fondations,
étaient des stèles funéraires : celle dont nous parlons est aussi une
stèle, mais d'un genre particulier.
Mr Plantard, en travaillant sur l’histoire de
Stenav, a étudié cette stèle : il estime que les lettres gravées à gauche
et le chevron tracé à droite de ces lettres étaient une "clé" capable de
permettre à des initiés de se reporter au fameux "Carré
Sator'.
C'est pourquoi nous reproduisons ci-contre ce carré
Sator bien connu. Notre dessin du carré a volontairement grossi certaines
lettres pour faire comprendre l'explication de M. Plantard : ces lettres
SRNPR, remises à leur place dans le carré, dessinent exactement le chevron
gravé sur notre pierre. M. Plantard a donc bien trouvé la clé qui explique
les lettres mystérieuses de la stèle de Stenay.
SIGNIFICATION DU
CARRE
Le carré sator contient 5 mots qui peuvent se lire
dans tous les sens : SATOR, AREPO, TENET, OPERA, ROTAS. Les païens, qui
ont utilisé le carré avant les chrétiens, plaçaient le mot ROTAS en tête,
à la place du mot SATOR (ainsi Pompéi). Cette inversion de deux mots, ne
change pas le sens :
Le créateur (SATOR), passons AREPO, qui n'a de
sens qu’en le disant à l’envers, tient (TENET) avec soin (OPERA) les roues
(ROTAS) Autrement dit : Celui qui a fait, qui a '« semé ' (la vie,
l'homme, le monde) surveille, dirige soigneusement sa marche. Et pour les
chrétiens : le Créateur de l'homme en est aussi la
Providence.
SIGNIFICATION DE LA PIERRE DE
STENAY
L'occultisme de cette stèle suppose qu'elle a été
gravée en un temps où les chrétiens ne pouvaient se manifester ouvertement
: nous la daterions volontiers de la fin du V ème siècle ou du début du VI
ème, époque où une poussée de zèle païen s'exprime, par réaction, après la
conversion Clovis en 496.
Malheureusement la dite pierre de Stenay n'est plus à Stenay Elle
avait été déposée vers 1910 par M. Rivart chez Mgr Mangin, curé de Stenay,
habitant alors place du Marché. M Mangin, mort en 1914, n’a pas été témoin
de l'enlèvement de cette pierre en 1917 par le fameux Kronprinz, qui
l'aurait fait briser ensuite en déclarant (c'est curieux) qu'il était le "
Maître de la Croix ". Ainsi a disparu, (une fois de plus un monument
intéressant pour l'Histoire).
C.Vigneron
La
reconstitution de la " pierre de Stenay, est l’œuvre de Gino Frua,
membre du Cercle.
Cette pierre est exposée dans la crypte Saint
Dagobert Il.
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S |
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0 |
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A |
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P |
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A |
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R |
0 |
T |
A
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S |
L’ineffable Plantard a manifestement sévi dans ce décryptage. Le
carré Sator est pourtant bien connu des cabalistes et autres alchimistes
du verbe. Nous trouvons par exemple dans “ L’Actualité de l’Histoire
Mystérieuse [8] ” :
LE CARRE DE SATOR
Avec le carré de Sator, on retrouve le temple et
le projet originel. Multiples sont les manières de le décrypter et
cependant, il conserve son caractère énigmatique. Cabale de lettres ou
sens caché, sa signification demeure encore incertaine.
SATOR - AREPO - TENET - OPERA -
ROTAS
5 mots, 5 consonnes et 3 voyelles, déjà le 8
de l'infini. La croix de TENET a pu faire dire à certains qu'il s'agissait
d'un symbole chrétien. Ne nous égarons pas : il s'agit du Grand Œuvre.
Celui qui signe du carré SATOR a su réaliser la Pierre.
SATOR, c'est le Laboureur. Ceux qui oeuvrent
par la vole humide, lente mais dextre, se prétendent des jardiniers,
travaillant avec assiduité, car pour eux, le temps n'est que fluctuation
de saisons tournant en rond. A un niveau plus subtil, il est le
Créateur.
AREPO serait un instrument aratoire, dans les
langues celtisantes. Les Gaulois ont inventé la charrue, plus opérative
que la binette du jardinier, pour fendre la Terre ou la materia, dont on
doit s'emparer par une opération magique, dans un temps
favorable.
Mais il faut la tenir fermement et voici
TENET. Le laboureur tient la croix qui structure l'édifice ou la charrue
qui opère.
OPERA : c'est l’œuvre, la réalisation tant
dans un plan matériel - la Pierre - que dans un autre plus éthéré - le bel
canto. Notre jardinier a les manches en main et il est sur la voie de la
réalisation de l'Œuvre.Rotas, les roues, correspond à SATOR inversé. En
fait, le carré de SATOR devrait s'appeler le carré de ROTAS, s'il a été
conçu dans une langue qui se lit de droite à gauche. L'inversion évoque le
Pendu du Tarot et une connaissance de la loi d'inversion des
pôles.
L'art du SATOR est de placer le subtil en bas
et l'épais en haut. SATOR maîtrise la charrue, I'Œuvre et la roue, qui
signifie le Feu secret. Il réalise son rêve dans le plan
matériel.
LE TEMPLE
SATOR
Dans le carré de Sator, les consonnes structurent
l'espace, par les diagonales majeures et les points clés qu'elles
occupent, à chaque rangée. C'est l'ossature du nom divin. Les voyelles en
sont l'âme. Celles-ci se développent en des diagonales secondaires,
rythmant l'édifice.
Ce dernier a pour équivalent la triple enceinte
et comme développement tridimensionnel, la pyramide à degrés. SRN ou RPN
en constituent les arêtes, alors que la lettre T en ouvre les portes. Ces
quatre portes cardinales renvoient aux quatre voies qui attendent celui
qui se destine à l'initiation ou à l'alchimie.
Voie de droite, voie de gauche, passage par la
mort et voie royale que peu d'élus empruntent.
Le premier degré apparaît dans les Rotas du
Sator, tracées par l'araire Arepo. C'est ainsi que les prêtres creusaient
le premier sillon, délimitant l'enceinte ou que l'étudiant ouvre la Terre,
pour débuter son oeuvre.
La deuxième enceinte est justement celle de
l'Œuvre, encore incomplète, encore inachevée REP et PER participent du mot
Opera, et à I'Œuvre sans la réaliser. Ici, la materia est prête à être
fécondée.
Le Feu secret se tient au troisième étage,
dans le N. Vibratoirement ce N correspond au feu. Dans certains carrés de
Sator, ce N est dessiné à l'envers, ce qui augmente sa capacité opérative
et en fait le feu secret de l'opérateur, le mystère de sa
réussite.
Le carré de Sator n'est-il qu'un jeu futile?
Au-delà de recherches purement arithmétiques, les carrés magiques de
nombres ont une signification métaphysique. De même, le carré de Sator
devient la structure réduite du temple, et pour l'adepte, un athanor et
une image simplifiée de la réalisation de I'Œuvre.
Bon, le “ mystère ” reste épais, et on
peut le densifier à loisir en ajoutant avec G.C Mouny (Rennes-le-Château,
un autre regard sur l’Enigme, cf nos chroniques)
-
que cette pierre mystérieuse
aurait été partagée en deux, et que la seconde pièce aurait été introduite
à Alet-les-Bains, près de RLC.
-
Que les villes de Jarnac-Champagne, Montrevel, Gisors,
Stenay et RLC possèdent non seulement une représentation du carré
magique, mais furent toutes le siège d’une commanderie du Prieuré de Sion.
LA FIN DE
LA DYNASTIE MEROVINGIENNE ?
Les affaires
précédentes ne sont que des hors-d’œuvre, somme toute mineurs. La
problématique mérovingienne est certainement le cœur du mythe et la
connexion la plus évidente avec l’affaire de Rennes-le-Château. Si l’on
résume à traits grossiers, au risque de déformer, l’abbé Saunière aurait
découvert :
-
des parchemins faisant état
d’une survivance occulte de la dynastie mérovingienne, par l’intermédiaire
du fils de Dagobert II, Sigebert, qui se serait réfugié dans le
Razès.
-
voire même la tombe de
l’héritier sacré.
Sur ces allégations -jamais confirmées- s’est
développée une mythologie extraordinaire, faisant remonter l’origine de la
dynastie mérovingienne aux extra-terrestres (cf supra), ou plus fort
encore, au Christ lui-même. La “ belle histoire ” est bien
connue et a été largement popularisée par l’ouvrage de Lincoln &
co, “ L’Enigme Sacrée ” : le Christ n’est pas mort sur la
croix ; il a épousé Marie-Madelaine dont il a eu des enfants ;
laquelle Marie-Madelaine s’est réfugiée en France…… etc. Cette filiation
occulto-divine s’inscrit par ailleurs dans le cadre d’une mystérieuse
société secrète, le Prieuré de Sion, qui serait à l’origine de l’Ordre des
Templiers. Le Prieuré serait toujours actif de nos jours, sous la houlette de Pierre Plantard
de Saint Clair, prétendant caché au trône de France. Ajoutons encore que
d’étranges documents, déposés à la Bibliothèque nationale (Dossiers
Secrets, Le Serpent Rouge, Généalogie des rois mérovingiens) sous diverses
signatures dont celle d’Henri Lobineau, attesteraient de cette fabuleuse
descendance. Ce n’est pas ici le lieu de montrer que le dit Prieuré n’a
aucune existence historique, ni que ces fameux documents sont des faux.
D’autres l’ont fait mieux que moi, et notamment Gérard de Sède qui dans un
ouvrage de 1988 racontera comment “ il s’est fait avoir ” par
une inquiétante équipe de mystagogues (cf nos Chroniques, infra).

Revenons donc à
l’histoire et à nos mérovingiens de Stenay. Un numéro spécial de
“ Etudes Mérovingiennes ”, bulletin du Cercle Saint Dagobert II
(juin 2000) nous explique ainsi la fin de la
dynastie :
Dagobert
II est né vers 650 et succède au trône d'Austrasie à son père
défunt, encore enfant, selon la coutume à cette époque. Le Maire du Palais
(sorte de Premier ministre tout puissant), GRIMOALD imagina une ruse pour
éloigner l'enfant en exil en Irlande, en espérant que le jeune roi serait
oublié. Mais, DAGOBERT fut remarqué par le futur évêque d'YORK, WILFRID.
Ce dernier éduqua et instruisit le jeune prince. Informés par WILFRID, les
seigneurs d'AUSTRASIE réclamèrent le retour du roi. DAGOBERT Il, de retour
dans ses Etats qui avaient été ravagées par les guerres et les factions
rivales au cours de son exil, rétablit la paix et la prospérité. Il fit
beaucoup de fondations de monastères et d'églises.
Cependant, sa réussite suscita la jalousie
d'EBROIN, Maire du Palais de NEUSTRIE et de BURGONDIE. Ayant appris le
séjour de DAGOBERT, courant décembre 679 à STENAY, un complot visant à
assassiner le roi fut organisé et réussit près de la FONTAINE D'ARPHAYS,
aujourd'hui FONTAINE SAINT DAGOBERT.
Le corps du roi fut ramené à CHARMOIS, puis
enseveli dans la basilique St Rémi de Stenay. Son fils SIGEBERT IV,
héritier du trône, disparut en même temps que son père ou, selon la
légende, fut exilé dans le RAZES, où il aurait fait
souche.
La mémoire du pieu Dagobert fut longtemps
conservée par le peuple, si bien que le roi carolingien CHARLES Il «le
CHAUVE», a pris une part personnelle dans l'hommage rendu au roi
martyr.
Il réunit en l'an 872, le 10 septembre, un concile
à DOUZY (Ardennes) qui sous l'égide d'HINCMAR, archevêque de REIMS,
béatifia DAGOBERT II.
A cette même date, fut érigée une nouvelle
basilique à Stenay, plus tard fut adjoint un prieuré à la chapelle. Un
pèlerinage perdura jusqu'à la Révolution. Il rassemblait près de 36
paroisses des environs.
en
valeur le portail entreposé en plusieurs
Force est donc de
constater que la “ survivance ” mérovingienne, dans le Razès ou
ailleurs du reste, est du domaine de la légende. Mais comme me le dit
régulièrement une de mes relations dans le milieu
“ ésotérico-journalistique ”, ce n’est pas parce que ce n’est
pas prouvé que c’est faux ! ”.
Dont
acte.
Philippe
Marlin