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Le Codex Bezae et les Parchemins
Les parchemins sont une des pièces
maîtresses de l’affaire de Rennes-le-Château. Une récente découverte
pourrait amener à relancer la recherche dans de nouvelles
directions.
Un peu d’histoire tout d’abord (extrait
de la Gazette Fortéenne no 3, Editions de l’œil du Sphinx) :
C’est au cours de travaux effectués dans
l’église que l’abbé Saunière aurait mis la main sur différents
parchemins. Certains pensent qu’il s’agit de documents cachés dans
l’édifice par l’un des prédécesseurs de l’abbé Saunière, Antoine
Bigou, avant de partir en exil en Espagne lors de la révolution
française. Bigou étant le confesseur de la Dame de Blanchefort,
notabilité locale, les commentateurs en déduiront rapidement qu’il
s’agit de documents à caractère généalogique révélant de lourds
secrets sur la lignée royale française. D’autres, et ce n’est
pas contradictoire, verront dans cette découverte la mise à jour de
textes sacrés, savamment trafiqués pour cacher un redoutable
message…… Nous touchons ici un des points les plus savoureux de
l’affaire. Ces documents, connus sous les noms de « grand et petit
parchemins », sont évoqués pour la première fois par Noël Corbu en
1955. Noël Corbu avait hérité, par le biais d’un viager octroyé par
Marie Denarnaud, du domaine de l’abbé Saunière, et y avait installé
un hôtel-restaurant, « La Tour ». Pour égayer les visiteurs et
attirer les touristes, il avait coutume de raconter la belle
histoire du curé de Rennes-le-Château et de son trésor. Ce texte a
été enregistré sur bande magnétique et conservé par la famille Corbu/Captier.
En ce même mois de février 1892, le
maître autel de l'église actuelle tombant en ruines, il avait
demandé une aide au Conseil municipal qui la lui avait accordée pour
le remettre en état. Les ouvriers le démontant trouvèrent dans un
des piliers des rouleaux de bois contenant des parchemins. L'abbé
immédiatement alerté s'en empara et quelque chose dut retenir son
attention, car il fit arrêter immédiatement les travaux. Le
lendemain, il partait en voyage pour Paris, dit-on, mais nous n'en
avons aucune confirmation,
Cette affaire sera reprise par le
chercheur de trésors Robert Charroux, dans son ouvrage Trésors du
Monde (Fayard 1962). On notera dans la citation qui suit que la
principale source d’inspiration est encore Noël Corbu :
Un événement fortuit à cette époque, fit
entrer en jeu le curé Bérenger Saunière.
Il avait obtenu la cure de Rennes en 1885, et fut tout de suite
adopté par la famille Denarnaud dont la fille Marie avait dix-huit
ans et travaillait comme chapelière au bourg d'Espéraza.
Les Denarnaud, logés à l'étroit, ne
tardèrent pas à venir habiter la cure. En 1892, le curé Bérenger
jouissait de l'estime certaine de ses paroissiens, tant par son zèle
que par sa bonne humeur. C'est alors qu'il obtint un crédit
municipal de deux mille quatre cents francs pour refaire le
maître-autel wisigothique et la toiture de son église. Le maçon
Babon de Couiza se mit au travail et un matin, à neuf heures, il
appela le curé pour lui montrer dans un des piliers de l'autel
quatre ou cinq rouleaux de bois, creux et fermés à la cire.
- Je ne sais pas ce que c'est ! dit-il.
Le curé ouvrit l'un des rouleaux et extirpa un parchemin écrit,
pense-t-on, en vieux français mêlé de latin, où l'on pouvait à
première vue discerner des passages de l'Evangile.
- Bah, dit-il au maçon, ce sont de
vieilles paperasses qui datent de la Révolution. Ça n'a aucune
valeur. Babon à midi alla déjeuner à l'auberge, mais une pensée le
tracassait, si bien qu'il en fit part autour de lui. Le maire vint
aux renseignements ; le curé lui montra un parchemin auquel le brave
homme ne comprit goutte et l'affaire en resta là. Pas tout à fait
cependant, car Bérenger Saunière prit sur lui d'arrêter les travaux
de l'église. Voici d'après M. Corbu ce qui dut se passer ensuite :
Le curé cherche à déchiffrer les documents ; il reconnaît les
versets de l'Evangile et la signature de Blanche de Castille avec
son sceau royal, mais la suite demeure un rébus. Il va donc à Paris
en février 1892 consulter quelques linguistes à qui par prudence il
ne donne ses documents que par fragments.
Je ne puis pas révéler les sources de mon information [c'est Noël
Corbu qui parle] mais puis assurer qu'il s'agissait du trésor de la
Couronne de France : dix-huit millions en cinq cent mille pièces
d'or, des joyaux, des objets du culte, etc. Le curé revient à Rennes
sans connaître exactement le point de la cachette, mais avec des
indications précieuses et suffisantes. Il cherche dans l'église.
Rien ! Marie, pour sa part, est intriguée par une vieille dalle du
cimetière portant une inscription bizarre ; c'est la pierre tombale
de la comtesse Hautpoul-Blanchefort. Si le trésor était dessous ? Le
curé ferme à clef la porte du cimetière et, aidé de Marie, durant
plusieurs jours, se livre à un mystérieux travail. Un soir, ils sont
récompensés de leurs efforts et finissent par reconstituer le
puzzle, dont les inscriptions de la pierre tombale leur avaient
donné les premiers éléments. Dès cet instant, la situation de Marie
Denarnaud change à la cure : elle devient la confidente, la
collaboratrice.
Mais c’est Gérard de Sède qui dans L’Or
de Rennes (Julliard, 1967) va donner toute sa dimension à ces
documents, en en proposant une reproduction, et en précisant qu’ils
ont été soumis à un expert militaire du chiffre. Mais sans en donner
à ce moment, suspense oblige, le décryptage. Et l’auteur du reste
d’enrichir la collection par un troisième document, dit « manuscrit
du Sôt Pêcheur », qui fera le bonheur des exégètes de tous poils !
Inutile de dire que personne n’a jamais
vu les originaux de ces documents…. Encore que le journaliste
Jean-Luc Chaumeil exhibe volontiers les « grand et petit
parchemins », en expliquant que ce sont des faux fabriqués par
Philippe de Cherisey, personnage haut en couleur. Il affirme de
surcroît avoir la copie d’un manuscrit de ce dernier, Pierre et
Papier, dans lequel le mystificateur explique comment il a
fabriqué et codé ces pièces. Le chercheur Jean Robin, dans La
Colline Envoûtée (Trédaniel 1982), retrace avec beaucoup
d’humour les propos de notre farceur érudit :
« M'étant rendu à Rennes les Bains en
1961 et ayant appris qu’après la mort de l'abbé la mairie de
Rennes-le-Château avait brûlé (avec ses archives), j'ai profité de
l'occasion pour inventer que le maire s'était fait délivrer un
calque des Parchemins découverts par l'abbé. Alors sur l'idée de
Francis Blanche, je me suis mis en devoir de composer un calque codé
sur des passages d'évangiles et de décoder moi-même ce que j'avais
codé Enfin par voie détournée je faisais parvenir à Gérard de Sède
le fruit de mes veilles. Cela a marché au-delà de mes espoirs. » En
effet...
Comme nos lecteurs seront peut-être
surpris par cette apparition inattendue du fantaisiste Francis
Blanche, nous nous en voudrions de ne pas leur citer le récit que
fit le marquis de Chérisey journaliste puis acteur de sa
rencontre avec l'immortel auteur de Signé Furax : « Je l'ai
rencontré pour la première fois dans un night-club proche de la
place Saint Georges à Paris. Il jouait à faire peur et y
réussissait ».
« Il a joué un grand rôle dans ma vie
d'acteur à Bruxelles en 1961, à l'occasion du tournage de Vive le
Duc, un film belge dont le moins on dira, mieux vaudra [sic].
Ensuite nous nous sommes rencontrés chez Cornehs, un spécialiste des
marionnettes puis encore dans un night-club de la gare du Nord,
aujourd'hui aboli. Il me fit raconter mes histoires de trésor, celle
des rouleaux de bois d'où l'abbé Bérenger Saunière avait sorti des
Parchemins qui depuis s'étaient éclipsés Pour rejoindre les coffres
d'une banque anglaise.
Fabrique-moi ça. Je suis preneur...
Fabriquer quoi ?
Des parchemins. Torche-moi cette farce
et adresse-la chez Arnaud de Chassipoulet. Elle paraîtra dans mon
feuilleton radiophonique.
« Signé Furax » était le nom de ce
feuilleton radiophonique qui a laissé quelques traces dans la
mémoire des auditeurs. Croirait-on pourtant que Pierre-Arnaud de
Chassipoulet (avec un nom pareil) existât vraiment ? J'ai rencontré
ce monsieur qui avait un magasin de magnétophones près de la rue de
la Boëtie, mais sans rien lui remettre. Les pseudo-parchemins
avaient occupé une part si importante de mes activités, que leur
histoire dépassait le cadre d'un feuilleton »
Telle est donc la genèse des célèbres
Parchemins de l'abbé Saunière.
***
Un chercheur de l’université de Brême en
Allemagne, Wieland Willker, vient de faire une étonnante découverte.
Le texte du Petit Parchemin est issu d’un document en vieux latin,
connu sous le nom de Codex Bezae. On ne connaît pas l’origine
précise de ce document dont les premières traces datent du XVI ème
siècle. Sa première édition complète remonte à 1864. Excepté
quelques différences mineures, les véritables modifications
apportées à la version connue par le livre de Gérard de Sède sont
des ajouts : UXUO ( ?), REDIS BLE (on injecte une allusion à Rhedae
et au trésor) et bien sûr les glyphes PS (renvoyant au Prieuré de
Sion). On lira l’intéressante étude du chercheur sur
http://www-user.uni-bremen.de/~wie/Rennes/ que l’on
pourra compléter par une analyse du Codex sur
http://www.newadvent.org/cathen/04083a.htm
Philippe Marlin ©. |