Quelques notes dur Notre-Dame de Marceille
|

L’ouvrage de Franck Daffos (Le Secret
Dérobé, Editions l’œil du Sphinx 2005) a relancé l’intérêt sur
Notre-Dame de Marceille et son lien supposé avec Rennes-le-Château.
Quelques notes de lecture :
L’histoire de l’église de Notre-Dame de
Marceille (commune de Limoux) croise celle de Rennes-le-Château
d’une bien curieuse façon : par le biais de Monseigneur Billard,
evêque-protecteur de Bérenger Saunière, mais aussi propriétaire du
domaine lazariste de Marceille. Une propriété dont l’acquisition
s’est faite de façon pour le moins sulfureuse : l’évêque hérita en
effet, en 1891, et ce à titre privé, d’une somme très importante
(environ 1.200.000 francs de l’époque) de Madame Rose Denise
Marguerite Victorine Sabatier, résidant à Coursan. La famille de la
défunte contesta, sans succès, cette donation qu’elle considérait
être une captation d’héritage. Cette somme permit à Billard
d’acquérir Notre-Dame de Marceille en 1893. Les chercheurs
romantiques (Picknett et Prince notamment, dans la Révélation des
Templiers, cf 1997) investiguèrent sur ce domaine, à la suite
d’un chercheur belge, Jos Bertaulet qui consacra en 1991 une étude à
ce site (De verloren koning en de bronnen van de graallegende).
Il en résulte que deux grandes salles souterraines
se déploient sous l’église ; on parle alors de chapelle secrète et,
si l’on suit Jos Bertaulet qui aurait décrypté La Vraie Langue
Celtique, d’un reliquaire contenant la tête d’un roi sacré !
L’auteur ajoute que Boudet rattachait cette salle aux légendes du
Saint Graal...

Mais rien ne vaut que le retour aux
sources authentiques pour nous faire une idée précise de ce site
entré dans la légende. L’ouvrage de référence est certainement
L’Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Marceille de l’abbé
Lasserre, publié en 1891 et réédité chez Lacour en 1998.
Un ouvrage qui d’emblée renvoie effectivement à La Vraie Langue
Celtique puisque l’auteur commence par nous expliquer que c’est
Boudet qui, le premier, a trouvé l’origine de Marceille. L’église
est construite sur un site païen, remarquable par son allée qui
monte des rives de l’Aude jusqu’à l’esplanade où fut construite
l’église (Voie Sacrée), ainsi que par sa fontaine miraculeuse en ce
sens que son eau serait d’une excellente thérapie pour les troubles
de la vision. L’étude qui nous est proposée sur les traditions
bibliques, druidiques et sibyllines concernant la Vierge qui devait
enfanter est tout à fait pertinente. Car l’autre curiosité de
l’église est sa fameuse Vierge Noire, dont l’origine se confond avec
une pieuse légende :
« A une époque bien lointaine qui se
perd dans la nuit des temps, un laboureur qui cultivait son champ
sur le coteau de Marcellan voit ses bœufs arrêtés soudain par un
obstacle invisible. Il a beau les presser, les exciter, ils
demeurent immobiles et résistent à l’aiguillon. Le laboureur,
d’abord stupéfait, se sent bientôt envahir par une impression
indéfinissable : il se prosterne en invoquant le secours du Ciel.
Poussé par une inspiration subite, il creuse la terre pour découvrir
l’obstacle qui arrête ses bœufs.
Tout à coup une madone de bois, à la
figure brune, au sourire céleste, se présente à ses regards étonnés.
Il prend avec respect la statue de Notre-Dame et la porte dans sa
maison où elle est accueillie avec bonheur par toute la famille.
Mais hélas ! le lendemain la madone a disparu ! ! !
Le laboureur revient à son champ, et
il retrouve l’image vénérée dans le lieu où la veille, il avait eu
le bonheur de la découvrir. Vainement il l’emporte une deuxième et
une troisième fois : la statue miraculeuse disparaît toujours pour
regagner la Colline de Prédilection »
Suit toute l’histoire des pèlerinages
organisés sur ce lieu au travers de l’histoire, afin de remercier la
Vierge à laquelle on prêta de nombreux miracles.
L’auteur part ensuite à la recherche de
la localisation de la chapelle primitive autour de laquelle fut
construite l’église actuelle. Il nous décrit ensuite par le menu
détail l’édifice, sans du reste faire allusion aux nombreux symboles
alchimiques que certains chercheurs croient voir sur les murs et le
plafond. Il nous parle également de la Comtesse de Chambord qui
connaissait bien ce haut lieu de pèlerinages, par son cousin, le
docteur Carrière de Limoux. La Comtesse a du reste donné à l’église
un tableau très précieux, représentant la Vierge-Mère avec l’enfant
Jésus sur son bras.
Pas d’allusion dans ce livre aux salles
souterraines, mais une évocation intéressante : celle d’un vaste
réservoir souterrain construit aux bord de l’Aude permettant, grâce
à un mécanisme ingénieux, de faire monter l’eau dans le domaine et
d’alimenter un vaste bassin. On trouve du reste également, dans
l’église elle-même, l’entrée d’un puits (aujourd’hui fermé).
L’abbé Lasserre enfin, tout au long de
son étude, rend hommage à Monseigneur Billard, considéré comme étant
le véritable bienfaiteur des lieux. Il ne croyait pas si bien dire !

Philippe Marlin ©