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Interview Patrick Mensior (Janvier 2006)

RLC.com : Bonjour Patrick Mensior, je vois que vous venez de créer une association, Rennes-le-Château.doc. Quel en est le but ?

PM : L’association Rennes-le-Château.doc a été créée en 2004 dans le but de favoriser « la diffusion de témoignages, d’informations et de documents probants, ayant un lien direct ou indirect avec Rennes-le-Château, village du département de l’Aude en France, et son histoire insolite.». Il existe en effet de nombreux écrits et témoignages restés jusqu’alors inconnus des chercheurs dont certains sont évidemment primordiaux pour une meilleure compréhension de cette affaire. L’association tentera donc, au travers de ses publications, d’en faire connaître le plus grand nombre.

RLC.com : Nous recevons toujours avec plaisir votre revue, Parle moi de Rennes-le-Château. Nous avons trouvé le numéro deux particulièrement riche et souhaitons y revenir quelques instants. Bravo d’abord pour la mise à disposition des chercheurs et des curieux de certains documents qui ont participé à l’histoire de la colline et qui sont difficiles à trouver. Je pense à l’article du Soir de 1948 sur « Rennes-le-Château ville morte » ; je pense aussi au transcript de l’émission passée en juillet 1962 sur France Inter avec Robert Arnaud, Noël Corbu et Robert Charroux. Vous semblez du reste accorder beaucoup d’importance à ce document. Est ce parce qu’il propose déjà, c’est à dire avant l’ouvrage de Gérard de Sède, les principaux ingrédients de la saga castelrennaise ?

PM : Je suis très heureux que vous ayez apprécié le dernier bulletin de l’association et vous remercie de votre sympathique commentaire. L’ensemble des écrits de cette époque est très important. Lorsque l’on prend la peine de rassembler tous ceux publiés entre 1955 et 1967 - et ils sont nombreux - on s’aperçoit rapidement que L’Or de Rennes était déjà écrit en grande partie bien avant sa publication en 1967. A ces parutions, Gérard de Sède a eu le talent de savoir mêler les diverses histoires locales, les rumeurs du village, les documents apocryphes de la Bibliothèque Nationale, et, grâce à son génie de l’écriture, a su créer à partir de cette subtile alchimie un récit passionnant. Néanmoins, sa seule véritable contribution directe réside dans la publication des deux parchemins que Noël Corbu évoque aussi dans l’émission de 1962.

RLC.com : Vous proposez également une étude sur le sanctuaire de Notre-Dame de Marceille et sur le tableau d’Ambroise Frédeau. Vous n’ignorez pas que ce tableau est l’un des éléments importants de la recherche de Franck Daffos dans son ouvrage Le Secret Dérobé. Pourquoi n’y faites vous pas allusion ?

PM : Je ne fais pas non plus allusion à la théorie de Franck Daffos sur la relation Billard/Saunière dans l’article « Le déplacement de Bérenger Saunière ! » qui la recadre cependant clairement. En ce qui concerne sa recherche sur le tableau d’Ambroise Frédeau, ma démarche est pourtant identique : tous les auteurs cités dans cette étude apportent chacun spontanément leur témoignage en dehors d’un supposé lien tissé entre la chapelle de Marceille, le tableau d’Ambroise Frédeau et l’histoire de Rennes-le-Château. Franck Daffos, lui, comme il le fait pour la relation Billard/Saunière, n’intervient pas en tant que témoin mais émet une hypothèse. Celle-ci est basée sur une partie de ces témoignages, notamment la notice de 1859, fruit collectif des religieux qui avaient en charge l’administration de Notre-Dame de Marceille. A ce propos, il me semble que la description qui y est faite, à savoir : « l’ermite Saint-Antoine dans une grotte éclairée par une lampe » ne concerne pas forcément le tableau d’Ambroise Frédeau. D’une part la lampe y est absente, absence également constatée sur la gravure d’avant 1850 qui représente son tableau, d’autre part le sanctuaire de Marceille comptait également, parmi les éléments de sa décoration, un tableau de Saint-Antoine. Tableau disparu aujourd’hui mais bel et bien exposé dans la chapelle jusqu’à 1893 au moins et cela depuis 1644. Dès lors, qui peut affirmer que cette description concerne exclusivement le tableau du peintre Frédeau ? En réalité, rien n’interdit de supposer que la notice de 1859 décrit le tableau de Saint-Antoine où figurait une lampe ; que celles de 1876 et 1886, rédigées par d’autres religieux, parlent au contraire de celui d’Ambroise Frédeau. D’autres scénarii sont également envisageables. A mon sens, il est impossible de trancher une telle question en regard des éléments pour le moins incertains contenus dans les différents écrits à notre disposition. J’ai d’ailleurs été surpris que Franck Daffos, connaissant l’existence du tableau de Saint-Antoine, ne le mentionne pas dans son livre et qu’ainsi son hypothèse fasse abstraction de cet élément majeur.

RLC.com : Vous nous livrez également une étude très complète sur l’affaire des fouilles Cholet. Il est intéressant de voir que cette affaire aussi a été « enrichie » par l’apparition subite de faux documents. Pourquoi tant de « falsifications » dans l’affaire de Rennes-le-Château ?

PM : Dans son déroulement, cette passionnante histoire possède beaucoup de « vides » que quelques rares personnages tentent absolument de combler. Hélas, manquant d’une découverte personnelle exclusive, de celle dont on parlera, ou d’un rôle de témoin important, que l’on s’empressera d’interroger, ils finissent par matérialiser leurs fantasmes par des faux documents qu’ils proposent à la sagacité des curieux, ou inventent encore des récits dans lesquels ils tiennent un rôle important. Cette démarche découle probablement d’une recherche profonde de reconnaissance. Pierre Plantard a fort bien réussi dans ce domaine. Cela fait partie intégrante de cette histoire de trésor qui fascine. Pour ce qui concerne le manuscrit découvert par Rolland Domergue, l’esprit était différent car ses sympathiques concepteurs n’avaient pas pour intention d’introduire un faux document supplémentaire dans l’histoire de Rennes-le-Château mais seulement de faire une blague au chercheur. D’ailleurs, il n’a pas fallu très longtemps pour qu’elle soit découverte puisque René Descadeillas en parle en 1972 dans sa Mythologie.

Mis à part son rapport, les chercheurs disposaient de peu d’informations sur Jacques Cholet et ses fouilles menées sur place. Un tel manque profite souvent aux mystificateurs. Il était donc utile d’apporter des précisions qui, j’en suis heureux, ont permis à un ami chercheur de relancer sa propre enquête.

RLC.com : Toujours au sujet des « falsifications », vous terminez votre travail critique sur l’affaire de la maquette dite de l’abbé Saunière. Vous classez cette affaire dans le domaine des « œuvres d’imagination ». Vous montrez qu’il s’agit d’un objet de série qui n’a pu être modifié à la demande de Saunière et que la fonderie évoquée par le chercheur de Durban n’a jamais existé. Est-ce que vous pensez également que les thèses de ce chercheur sur la présence de l’abbé dans la région lyonnaise sont du ressort de l’imaginaire ?

PM : Au début de mes recherches sur Rennes-le-Château, comme beaucoup sans doute, j’ai été intrigué par cette maquette. En y regardant de plus près, tout ce qui était lié à cet objet comportait un grand nombre d’incohérences. L’une de celles-ci, dont je ne fais pas mention dans l’article, allait carrément à l’encontre des pratiques que le curé de Rennes-le-Château utilisait toujours pour le règlement de factures à ses fournisseurs : l’étalement. Or, curieusement, la maquette demeurait la seule commande payée d’avance ! Quant à votre question à propos de l’abbé Saunière à Lyon, j’avoue ne pas m’être penché sur cet aspect des recherches du chercheur de Périllos ni sur sa nouvelle maquette dont nous ne connaîtrons jamais ni le nom ni l’implantation de la communauté religieuse de laquelle, nous dit-on, elle provient…

RLC.com : De façon plus générale, et en reprenant vos travaux de façon synthétique, il en ressort une tonalité globalement critique, voire sceptique ? Est ce à dire qu’il n’y a rien à trouver dans l’affaire de Rennes ?

PM : Je ne connais pas des centaines d’histoires de trésors, mais, hormis celui de Rennes, en existe t-il un seul autre dont la recherche est menée à partir de parchemins codés, d’un chemin de croix codé, de statues codées, de pierres gravées codées, d’un livre codé, de tableaux codés, j’en oublie probablement ? Tout cela sur différents lieux, sur plusieurs siècles et à travers d’innombrables personnages. Il y a de quoi être sceptique non ? D’autant plus que depuis cinquante ans, sur ces bases, absolument rien n’a été découvert !

C’est en toute neutralité et pour le pur plaisir de la recherche que je m’intéresse à cette affaire car je n’ai aucune théorie sur son aboutissement. Trésor ou pas ne conditionne donc aucunement mon analyse. Mon opinion s’est forgée au gré des témoignages et des documents collectés depuis 10 ans. En cela, les carnets de correspondances retrouvés par Laurent Buchholtzer ont été déterminants et les chercheurs ne pourront plus désormais composer sans eux. Bien sûr, au début de mes recherches, j’étais persuadé, à 90%, qu’un trésor était à découvrir au terme de cette quête. Aujourd’hui, je suis bien obligé d’admettre que cette valeur s’est inversée. Tout ce que j’ai lu et entendu sur cette affaire n’a pas réussi à me convaincre de son existence. Les dernières théories, qui font la tendance actuelle, n’ont pas opéré davantage.

Depuis quelque temps, il semble que tout repose sur l’authenticité ou non des manuscrits publiés par Gérard de Sède. L’on doit à Wieland Wilker d’avoir découvert, par le Codex Bezae, le modèle à partir duquel le plus petit des deux a été réalisé. Mais cette importante découverte ne suffit sûrement pas à déterminer leur réel parcours, ni la façon dont ont été agencés, s’ils existent vraiment, les originaux, et par conséquent à se prononcer sur leur véridicité. Aux arguments des partisans et des détracteurs de ces documents s’ajoutent les témoignages que j’ai recueillis. A ce jour, tout bien pesé, la balance ne penche pas en faveur de leur authenticité. Je reste donc dans l’attente d’un élément réellement probant qui me fasse changer d’avis sur ces parchemins. Pour l’anecdote, en février 2005, j’ai eu le privilège de rencontrer une personne qui fut l’ami intime de Noël Corbu. Leur amitié les conduisit au tout début des années 50 à tenter d’entrer en politique. Se faisant pour la circonstance animateurs d'un meeting à Carcassonne, ils rassemblèrent près de mille militants et sympathisants. Mais hélas, cette aventure ne fut qu'une courte parenthèse. Les banderoles et les tracts furent définitivement abandonnés car nos deux compères prônaient une idéologie trop en avance pour l'époque. De cette expérience négative demeura tout de même entre eux une solide et sincère amitié jamais entachée. Bien entendu, au cours des conversations avec cette personne, le curieux que je suis n’a pu contenir certaines questions : « Noël Corbu détenait-il des parchemins et les avez-vous vus ? ». Un sourire naissant, l’ancien ami du restaurateur me fit cette réponse : « Noël n’a jamais eu de parchemins, c’était l’une de ses inventions. ». Comment pourrais-je ne pas être sceptique après une telle déclaration, d’autant plus qu’elle est la confirmation d’autres témoignages ? Je précise que cette personne, qui occupait l’une des plus hautes charges administratives, ne s’est jamais intéressée d’aucune façon à l’histoire de Rennes-le-Château.

Mais le scepticisme n’est pas une réponse en soi. De plus, je n’abandonne une enquête que si j’ai la certitude qu’elle a été menée au bout. J’ai donc récemment découvert une possible piste au travers d’autres éléments susceptibles de concerner ces parchemins. Antoine Captier m’a fait l’amitié d’accepter de la poursuivre sur place. Je les lui ai donc confiés. Pour en parler très brièvement, il existe peut-être un lien entre un personnage indissociable du Codex Bezae et une famille de Rennes-le-Château. Un détail : deux des frères de ce personnage étaient des religieux …Tout cela est au conditionnel. Je ne sais pas où mènera cette piste ! Peut-être d’ailleurs n’aboutira t-elle nulle part ! Mais les recherches continuent. Preuve que mon intéressement n’est pas atteint.

RLC.com : Quels sont vos projets en cours ?

PM : J’ai commencé l’écriture des bulletins de 2007 et 2008 qui comporteront également de nombreuses nouveautés. J’ai aussi écrit 150 pages d’un livre sur Henri Boudet et Rennes-les-Bains qu’il faudrait que je termine. Pour l’heure, le prochain bulletin, dont il est encore prématuré de parler, m’occupe déjà beaucoup. J’espère le faire paraître avant l’été 2006.

Concernant cette fois l’histoire du trésor de Rennes-le-Château, je nourris un projet ambitieux né du constat que la plupart des domaines de la recherche connaît une réelle pénurie de spécialistes. Depuis René Descadeillas, archéologues, historiens, numismates, historiens de l’art religieux, linguistes, théologiens, latinistes, généalogistes, etc. manquent à l’appel. C’est extrêmement regrettable. Aussi, j’ai déjà réussi à en intéresser quelques-uns à certains des aspects de cette histoire, ce n’était pas facile car ce qui en a été fait ne plaide pas en sa faveur. Beaucoup plus difficile, il me reste à les convaincre d’écrire des articles pour le bulletin !

RLC.com : Merci Patrick Mensior et bon vent !

Consulter la réponse de Franck Daffos sur www.renneslechateau.com/francais/daffos1.htm

Ouvrages de Patrick Mensior disponibles sur http://www.atelier-empreinte.com/mensior.htm

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