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Interview de Patrick Mensior (Juin 2007) 

Patrick Mensior a été coopté comme membre de l’Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne en avril 2007

Il vient par ailleurs de recevoir le prix Bérenger 2007 délivré par l’Association pour les Recherches Thématiques sur Bérenger Saunière (ARTBS) à l’occasion de son Colloque de Limoux (9 juin 2007)

WM : Bonjour Patrick Mensior et toutes nos félicitations pour ces deux distinctions qui sanctionnent la qualité de votre recherche. Alors commençons par le début : comment êtes vous tombé dans l’affaire de Rennes-le-Château ? Pourquoi cette passion ? 

C’est sur l’initiative de ma compagne Nathalie que nous nous sommes rendus pour la première fois dans cette belle région audoise. C’était en juillet 1995. Après un séjour très agréable, nous ne pouvions pas partir sans avoir visité Rennes-le-Château dont elle connaissait l’histoire pour avoir lu quelques livres, celui de Gérard de Sède entre autres. Depuis, nous nous y rendons au moins deux fois par an. Dès le retour de ces congés fort enrichissants, j’entamai quelques tracés sur la stèle qui, à la longue, me donnaient des résultats inattendus qui me paraissaient primordiaux à cette époque, notamment un hexagramme régulier. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Mais il y a plus de 10 ans ces résultats encourageants ont toutefois contribué à me convaincre que cette histoire était fantastique. Je me suis donc piqué au jeu, devenu avec le temps une vraie passion qui m’a permis – et me permet toujours - de rencontrer des gens formidables mais aussi d’approcher des domaines qui jusqu’alors m’étaient pratiquement inconnus : l’Histoire, l’Archéologie, la Peinture, les Cathares, la Cryptographie et tant d’autres encore. 

WM : Pouvez-vous nous parler de vos méthodes de recherche ? Comment travaillez-vous concrètement ? 

Je n’ai pas à proprement parler de méthode clairement définie. Je travaille sur archives historiques, sur les témoignages humains, sur les informations que pourrait me révéler le terrain et sur les documents personnels des protagonistes. J’essaie ensuite de faire rigoureusement, sur un point précis, se recouper toutes ces informations en y mêlant, si cela s’avère nécessaire, une touche de bon sens. Mais je crois que la majorité des chercheurs travaille de cette façon. 

WM : Quels sont les sujets qui vous tiennent plus particulièrement à cœur ? 

Tous les sujets qui relèvent de cette aventure m’interpellent. La personnalité de l’abbé Saunière ainsi que l’époque où se déroule son histoire sont très intéressantes. Celle de son frère Alfred l’est aussi mais à l’inverse de Bérenger elle comporte une pénurie de documents et de témoignages qui ne nous renseignent guère si ce n’est sur quelques épisodes dramatiques de sa vie. Il reste donc un gros travail de recherche à entreprendre sur le plus jeune des deux prêtres Saunière. 

WM : En dehors de l’aspect « honorifique » de la nomination, comment voyez vous votre rôle au sein de l’Académie ? Est-ce pour vous un canal supplémentaire en matière de recherche ? 

J’ai été très agréablement surpris quand M. Jean Fourié, avec qui je suis en relation depuis plusieurs années et qui lit régulièrement les bulletins de l’association Rennes-le-Château.doc, m’a aimablement proposé de me parrainer pour entrer à l’Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne. Je tiens à lui exprimer à l’occasion de cette interview mes chaleureux remerciements et toute ma gratitude. En plus d’être le témoignage de la reconnaissance de mon travail, être membre de l’Académie est aussi un très grand privilège que je m’efforcerai d’honorer. Je suis persuadé que cette nomination m’aidera dans mes recherches, cela au sein même de l’Académie, mais aussi auprès des nombreux centres d’archives, lesquels sont un passage obligé pour mener à bien toutes recherches sérieuses. Récemment, M. le Président Jean Fourié m’a invité à présenter une étude qui, si elle est acceptée, sera publiée dans le bulletin de 2008. 

WM : L’ARTBS vous a remis cette année le prix Bérenger eu égard à la grande qualité de votre revue, Parle moi de Rennes-le-Château Comment voyez-vous le développement de cette publication ? 

Je considère l’hommage qui m’est rendu par l’ARTBS comme un très grand honneur et une reconnaissance de la qualité de mes recherches. A l’occasion de ce colloque du 9 juin, je tiens à remercier bien vivement l’association ainsi que tous les participants à cette journée qui fut très agréable et très chaleureuse. J’ai vraiment passé de très bons moments riches en émotions et en rebondissements. A ce propos, j’en profite pour faire un aparté sur un élément selon moi très important qui a été révélé lors de l’un des intéressants débats qui s’y sont tenus. Nous y avons en effet appris, par la voix de M. Gérard Jean qui est l’une des mémoires du département de l’Aude puisqu’il est à la fois archiviste de l’A.A.S.C et de la S.E.S.A, que quelques mois après l’excursion de 1905 à Rennes-le-Château, l’un des participants, originaire de Carcassonne, probablement sur une initiative personnelle, est revenu au village et en est reparti en emportant avec lui la stèle de la marquise. Cette pierre gravée est encore aujourd’hui en possession de ses héritiers qui, dans les années 1980, ont entamé des démarches auprès du Musée lapidaire de Carcassonne afin de la leur confier. Hélas si cette pierre possède bien un haut intérêt pour les curieux de Rennes-le-Château, le Musée considérait quant à lui qu’elle en était dépourvue sur le plan historique et archéologique. Dès lors, il ne souhaita pas l’intégrer dans ses riches collections. La stèle de la marquise, toujours en possession de ces particuliers, a donc bien existé matériellement. Personnellement, je n’en ai jamais douté. L’enquête continue donc … Par ailleurs il est important de souligner que la remarque faite par René Descadeillas en bas de la page 73 de sa Mythologie du Trésor de Rennes prend ici toute son importance ! Sur le fond de ma publication, je tiendrai la ligne que je me suis imposée dès le premier bulletin : la qualité et le sérieux des études, des documents choisis et des articles proposés. J’ai souhaité notamment en ouvrir les pages à des spécialistes qui, depuis quelque temps, répondent favorablement à mes invitations. Je m’en félicite car c’est pour moi un pari remporté. C’est ainsi que le seul article « La bibliographie de l’Aude » paru en 2006 et dédié à l’abbé Henri Boudet se voit enrichi d’éminentes opinions et analyses de spécialistes de la science linguistique mais aussi de l’avis d’un historien, et enfin d’une conclusion fort pertinente de Jean Fourié. 

WM : Vous nous aviez dit, lors d’un entretien précédent, travailler sur un livre consacré à Henri Boudet et Rennes-les-Bains. Ce projet a-t-il avancé ? 

Hélas non. A la lumière de ce que je sais aujourd’hui, ce projet pourrait bien s’éloigner davantage de mes priorités littéraires. Beaucoup attribuent d’emblée le rôle du personnage principal à Henri Boudet mais je crois cependant, au risque d’étonner, que La Vraie Langue Celtique et son original et sympathique auteur ne sont, pour ce qui concerne au moins les découvertes de son confrère de Rennes-le-Château, que des pièces inutilement et récemment rapportées. 

WM : Toujours dans cet entretien précédent, et concernant le fond de l’affaire Saunière, tout en vous défendant d’être sceptique, vous nous déclariez ne pas avoir de thèse à priori. Est-ce encore le cas aujourd’hui ? Avez-vous fait des progrès dans la compréhension du dossier ? 

A ce jour, je n’ai toujours pas de thèse. En revanche depuis quelque temps j’ai des certitudes. L’abbé Saunière a bien découvert un trésor. Je veux parler d’un immense trésor. D’un trésor autre que le magot trouvé dans l’église. J’ai eu, il y a peu, le privilège de voir les photographies d une partie de ce trésor. Je n’en parlerai pas davantage si ce n’est de dire que ce trésor était une sorte d’héritage que le curé s’est accaparé et sur lequel pourtant il n’avait aucun droit. Il y a puisé à volonté. On comprend d’autant mieux l’aversion de Marie pour ce dépôt auquel elle s’est toujours refusée de toucher. Pour ma part, même s’il reste toujours, sur son ensemble, d’importantes zones d’ombre, je crois que la partie de l’énigme qui concerne le curé de Rennes-le-Château est pratiquement résolue. Dans quelques mois, un livre donnera toutes les explications et, à ce moment, les lecteurs en sauront autant que moi aujourd’hui. Cet ouvrage fera incontestablement date en marquant de façon indélébile cette affaire. Il deviendra très vite incontournable et, en plus d’apporter une véritable compréhension de l’histoire de l’abbé Saunière telle qu’elle s’est vraiment déroulée et qu’il l’a vécue, confectionnera de vraies et solides bases pour les recherches qu’il reste à entreprendre en écartant, du même coup et de manière définitive, de nombreuses fausses pistes et les mauvaises fables. Je vous conseille de ne pas rater ce rendez-vous ! 

WM : Et reste t-il quelque chose de ce trésor ? 

Je ne sais pas répondre catégoriquement à cette question mais je crois que nous pouvons avoir toute confiance en Marie Dénarnaud. Elle disait en effet : « Vous marchez sur de l’or. Avec ce qu’a laissé Monsieur le Curé, le village pourrait vivre cent ans et encore il en resterait ! 

WM : Merci Patrick Mensior et bonnes recherches.

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