WM : Bonjour Patrick Mensior et
toutes nos félicitations pour ces deux distinctions qui
sanctionnent la qualité de votre recherche. Alors
commençons par le début : comment êtes
vous tombé dans l’affaire de
Rennes-le-Château ? Pourquoi cette passion ?
C’est sur
l’initiative de ma compagne Nathalie que nous nous sommes
rendus pour la première fois dans cette belle
région audoise. C’était en juillet
1995. Après un séjour très
agréable, nous ne pouvions pas partir sans avoir
visité Rennes-le-Château dont elle connaissait
l’histoire pour avoir lu quelques livres, celui de
Gérard de Sède entre autres. Depuis, nous nous y
rendons au moins deux fois par an. Dès le retour de ces
congés fort enrichissants, j’entamai quelques
tracés sur la stèle qui, à la longue,
me donnaient des résultats inattendus qui me paraissaient
primordiaux à cette époque, notamment un
hexagramme régulier. Ce qui n’est plus le cas
aujourd’hui. Mais il y a plus de 10 ans ces
résultats encourageants ont toutefois contribué
à me convaincre que cette histoire était
fantastique. Je me suis donc piqué au jeu, devenu avec le
temps une vraie passion qui m’a permis – et me
permet toujours - de rencontrer des gens formidables mais aussi
d’approcher des domaines qui jusqu’alors
m’étaient pratiquement inconnus :
l’Histoire, l’Archéologie, la Peinture,
les Cathares, la Cryptographie et tant d’autres
encore.
WM : Pouvez-vous nous parler de
vos méthodes de recherche ? Comment travaillez-vous
concrètement ?
Je n’ai pas
à proprement parler de méthode clairement
définie. Je travaille sur archives historiques, sur les
témoignages humains, sur les informations que pourrait me
révéler le terrain et sur les documents
personnels des protagonistes. J’essaie ensuite de faire
rigoureusement, sur un point précis, se recouper toutes ces
informations en y mêlant, si cela
s’avère nécessaire, une touche de bon
sens. Mais je crois que la majorité des chercheurs travaille
de cette façon.
WM : Quels sont les sujets qui
vous tiennent plus particulièrement à
cœur ?
Tous les sujets qui
relèvent de cette aventure m’interpellent. La
personnalité de l’abbé
Saunière ainsi que l’époque
où se déroule son histoire sont très
intéressantes. Celle de son frère Alfred
l’est aussi mais à l’inverse de
Bérenger elle comporte une pénurie de documents
et de témoignages qui ne nous renseignent guère
si ce n’est sur quelques épisodes dramatiques de
sa vie. Il reste donc un gros travail de recherche à
entreprendre sur le plus jeune des deux prêtres
Saunière.
WM : En dehors de
l’aspect « honorifique » de la
nomination, comment voyez vous votre rôle au sein de
l’Académie ? Est-ce pour vous un canal
supplémentaire en matière de recherche ?
J’ai
été très agréablement
surpris quand M. Jean Fourié, avec qui je suis en relation
depuis plusieurs années et qui lit
régulièrement les bulletins de
l’association Rennes-le-Château.doc, m’a
aimablement proposé de me parrainer pour entrer à
l’Académie des Arts et des Sciences de
Carcassonne. Je tiens à lui exprimer à
l’occasion de cette interview mes chaleureux remerciements et
toute ma gratitude. En plus d’être le
témoignage de la reconnaissance de mon travail,
être membre de l’Académie est aussi un
très grand privilège que je
m’efforcerai d’honorer. Je suis persuadé
que cette nomination m’aidera dans mes recherches, cela au
sein même de l’Académie, mais aussi
auprès des nombreux centres d’archives, lesquels
sont un passage obligé pour mener à bien toutes
recherches sérieuses. Récemment, M. le
Président Jean Fourié m’a
invité à présenter une
étude qui, si elle est acceptée, sera
publiée dans le bulletin de 2008.
WM : L’ARTBS vous a
remis cette année le prix Bérenger eu
égard à la grande qualité de votre
revue, Parle moi de Rennes-le-Château Comment voyez-vous le
développement de cette publication ?
Je considère
l’hommage qui m’est rendu par l’ARTBS
comme un très grand honneur et une reconnaissance de la
qualité de mes recherches. A l’occasion de ce
colloque du 9 juin, je tiens à remercier bien vivement
l’association ainsi que tous les participants à
cette journée qui fut très agréable et
très chaleureuse. J’ai vraiment passé
de très bons moments riches en émotions et en
rebondissements. A ce propos, j’en profite pour faire un
aparté sur un élément selon moi
très important qui a été
révélé lors de l’un des
intéressants débats qui s’y sont tenus.
Nous y avons en effet appris, par la voix de M. Gérard Jean
qui est l’une des mémoires du
département de l’Aude puisqu’il est
à la fois archiviste de l’A.A.S.C et de la
S.E.S.A, que quelques mois après l’excursion de
1905 à Rennes-le-Château, l’un des
participants, originaire de Carcassonne, probablement sur une
initiative personnelle, est revenu au village et en est reparti en
emportant avec lui la stèle de la marquise. Cette pierre
gravée est encore aujourd’hui en possession de ses
héritiers qui, dans les années 1980, ont
entamé des démarches auprès du
Musée lapidaire de Carcassonne afin de la leur confier.
Hélas si cette pierre possède bien un haut
intérêt pour les curieux de
Rennes-le-Château, le Musée considérait
quant à lui qu’elle en était
dépourvue sur le plan historique et
archéologique. Dès lors, il ne souhaita pas
l’intégrer dans ses riches collections. La
stèle de la marquise, toujours en possession de ces
particuliers, a donc bien existé matériellement.
Personnellement, je n’en ai jamais douté.
L’enquête continue donc … Par ailleurs
il est important de souligner que la remarque faite par René
Descadeillas en bas de la page 73 de sa Mythologie du Trésor
de Rennes prend ici toute son importance ! Sur le fond de ma
publication, je tiendrai la ligne que je me suis imposée
dès le premier bulletin : la qualité et le
sérieux des études, des documents choisis et des
articles proposés. J’ai souhaité
notamment en ouvrir les pages à des spécialistes
qui, depuis quelque temps, répondent favorablement
à mes invitations. Je m’en félicite car
c’est pour moi un pari remporté. C’est
ainsi que le seul article « La bibliographie de
l’Aude » paru en 2006 et
dédié à l’abbé
Henri Boudet se voit enrichi d’éminentes opinions
et analyses de spécialistes de la science linguistique mais
aussi de l’avis d’un historien, et enfin
d’une conclusion fort pertinente de Jean
Fourié.
WM : Vous nous aviez dit, lors
d’un entretien précédent, travailler
sur un livre consacré à Henri Boudet et
Rennes-les-Bains. Ce projet a-t-il avancé ?
Hélas non. A la
lumière de ce que je sais aujourd’hui, ce projet
pourrait bien s’éloigner davantage de mes
priorités littéraires. Beaucoup attribuent
d’emblée le rôle du personnage principal
à Henri Boudet mais je crois cependant, au risque
d’étonner, que La Vraie Langue Celtique et son
original et sympathique auteur ne sont, pour ce qui concerne au moins
les découvertes de son confrère de
Rennes-le-Château, que des pièces inutilement et
récemment rapportées.
WM : Toujours dans cet entretien
précédent, et concernant le fond de
l’affaire Saunière, tout en vous
défendant d’être sceptique, vous nous
déclariez ne pas avoir de thèse à
priori. Est-ce encore le cas aujourd’hui ? Avez-vous fait des
progrès dans la compréhension du dossier
?
A ce jour, je n’ai
toujours pas de thèse. En revanche depuis quelque temps
j’ai des certitudes. L’abbé
Saunière a bien découvert un trésor.
Je veux parler d’un immense trésor. D’un
trésor autre que le magot trouvé dans
l’église. J’ai eu, il y a peu, le
privilège de voir les photographies d une partie de ce
trésor. Je n’en parlerai pas davantage si ce
n’est de dire que ce trésor était une
sorte d’héritage que le curé
s’est accaparé et sur lequel pourtant il
n’avait aucun droit. Il y a puisé à
volonté. On comprend d’autant mieux
l’aversion de Marie pour ce dépôt auquel
elle s’est toujours refusée de toucher. Pour ma
part, même s’il reste toujours, sur son ensemble,
d’importantes zones d’ombre, je crois que la partie
de l’énigme qui concerne le curé de
Rennes-le-Château est pratiquement résolue. Dans
quelques mois, un livre donnera toutes les explications et,
à ce moment, les lecteurs en sauront autant que moi
aujourd’hui. Cet ouvrage fera incontestablement date en
marquant de façon indélébile cette
affaire. Il deviendra très vite incontournable et, en plus
d’apporter une véritable compréhension
de l’histoire de l’abbé
Saunière telle qu’elle s’est vraiment
déroulée et qu’il l’a
vécue, confectionnera de vraies et solides bases pour les
recherches qu’il reste à entreprendre en
écartant, du même coup et de manière
définitive, de nombreuses fausses pistes et les mauvaises
fables. Je vous conseille de ne pas rater ce rendez-vous !
WM : Et reste t-il quelque chose
de ce trésor ?
Je ne sais pas
répondre catégoriquement à cette
question mais je crois que nous pouvons avoir toute confiance en Marie
Dénarnaud. Elle disait en effet : « Vous marchez
sur de l’or. Avec ce qu’a laissé
Monsieur le Curé, le village pourrait vivre cent ans et
encore il en resterait !
WM : Merci Patrick Mensior et
bonnes recherches.