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LE DEPLACEMENT DE
BERENGER SAUNIERE !
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Extraits de
l’article publié dans Parle Moi de Rennes-le-Château N°2
http://www.atelier-empreinte.com/pmensior.htm
De
nombreux chercheurs sont persuadés que la nomination de
Bérenger Saunière, le 1er juin 1885 à
Rennes-le-Château, ne serait pas fortuite mais découlerait
d’une volonté exprimée par l’évêque
d’alors, Mgr Billard.
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Des
années plus tard, le même évêque adresse
aux instances administratives une demande d’agrément
en vue de gratifier l’abbé Saunière d’un
Personnat. Cette démarche intervient un peu plus de
deux ans après qu'il se soit rendu à
Rennes-le-Château pour une visite pastorale, le 6 juin 1897,
jour de la Pentecôte (1). A l’occasion de cet
évènement, tout le village s’était
mobilisé et le prêtre se faisait une grande joie de
recevoir son évêque en mettant tout en œuvre
pour le contenter et ne point lui déplaire. Pourtant, selon
Gérard de Sède (2), Mgr Billard ne goûta pas
pleinement le bonheur de cette fête mais bien au contraire
en partit troublé par ce qu'il avait vu : « En
bonne logique, Mgr Billard aurait dû se réjouir sans
réserve de l’œuvre de son subordonné
qui, sans demander un liard à ses supérieurs, avait
en si peu de temps relevé les ruines d’édifices
appartenant à l’Eglise. Pourtant, sitôt sur
place, le prélat fut saisi d’un indéfinissable
malaise, le même qui vous étreindra quand vous
visiterez cet étrange sanctuaire. ».
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Gérard
de Sède conclut ensuite son commentaire par ces mots : « En
tous cas, il ne put résister au spectacle. Il se hâta de
sortir de l’église, bénit le calvaire en coup de
vent, murmura quelques mots de politesse et partit. Rennes-le-Château
fut désormais exclu de ses visites pastorales. ».
Lors
de sa première visite, en 1889, Monseigneur avait pu constater
les quelques améliorations apportées dans l’église
par son prêtre depuis son arrivée au village en juin
1885. Mais huit ans ont passé. Les réalisations qu’il
a sous les yeux n’ont plus rien de commun. L’église
est resplendissante, le presbytère accueillant et confortable,
les jardins autour du sanctuaire sont fleuris, etc. Sans partager
pour autant l’avis de Gérard de Sède qui dépeint
un évêque horrifié par ce qu’il voit à
Rennes-le-Château, il est on ne peut plus probable que Mgr
Billard, lors de cette dernière visite, eut confirmation de
l’étendue des moyens financiers que l’abbé
Saunière mit en œuvre pour mener à bien la
restauration complète des lieux. Ce qui, à l’évidence,
lui laissait également présager de ceux dont il
disposerait par la suite. Lors de cette rencontre, il est douteux que
le curé lui ait fait part de ses projets de nouvelles
constructions. Quelque temps plus tard, il n’est pas certain
non plus que Mgr Billard ait eu connaissance des terrains que son
subordonné acquit à partir de l’année
suivante. En revanche, le discours prononcé par l’abbé
ce jour de Pentecôte 1897 indique que, préalablement à
sa visite, l’évêque lui a demandé un compte
fidèle de son administration autant spirituelle que matérielle
(3).
(1)
Il n’a pas été possible de retrouver le
compte-rendu de cette visite qui, s’il a réellement
existé, semble avoir disparu. Ni les archives diocésaines
ni les archives départementales de l’Aude ne le
conservent. L’abbé Bruno de Monts, qui mentionne ce
document aux pages 14, 16, 17 et 36 de sa plaquette Bérenger
Saunière curé à Rennes-le-Château 1885 –
1909, éditions Bélisane, 1989, cite en fait des
passages du brouillon du discours que le prêtre a préparé
pour accueillir son évêque.
(2)
L’Or de Rennes par Gérard de Sède, pages 34
et 35, éditions Julliard (Le cercle du nouveau livre
d’histoire) 1968.
(3)
Ce discours a été intégralement publié
dans l’ouvrage L’héritage de l’abbé
Saunière de Claire Corbu et Antoine Captier, pages 105 à
110, éditions Bélisane, 1985.
Les documents
à notre disposition montrent que les autorités
administratives connaissaient parfaitement l’état de
fortune du prêtre de Rennes-le-Château et qu’en
conséquence son supérieur ne pouvait l’ignorer.
Il est donc probable qu’en quittant le village, Mgr Billard
avait déjà une idée certainement bien arrêtée
sur l’origine de la fortune de son prêtre et qu’il
en était bien embarrassé.
René
Descadeillas écrit dans Mythologie du trésor de
Rennes, (page 45) : « A plusieurs reprises, Mgr
Billard et, après lui, Mgr de Beauséjour avaient
interdit à Saunière de quémander des intentions
de messes hors du diocèse. L’abbé n’avait
jamais tenu compte de cette interdiction ».
Le fait
rapporté par l’ancien Conservateur de la Bibliothèque
de Carcassonne, qui, comme l’abbé Bruno de Monts, eut le
privilège de consulter les archives de l’Officialité
(1), est confirmé par le prêtre lui-même dans l’un
de ses courriers à Mgr de Beauséjour : « Mgr
Billard, ayant appris par des personnes auxquelles j’avais
écrit mes demandes réitérées de messes,
me fit défendre de continuer à en demander et m’ordonna
de m’adresser à lui lorsque je n’en aurai pas.
Sans en demander, j’ai continué à en recevoir,
aussi je ne lui en ai pas demandé. » (2). En
lui attribuant un Personnat, le prélat espère
mettre fin au trafic de messes auquel il est persuadé que son
curé s’adonne.
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Carcassonne
le 2 octobre 1899
Monsieur
le Sous-Préfet
Monsieur
l’abbé
Saunière,
Desservant de
Rennes-le-Château,
proposé
à
mon agrément, par Mgr
L’Evêque
de Carcassonne
pour
un personnat
Agréez,
Monsieur le Sous-Préfet
l’assurance
de ma considération
très
distinguée
Monsieur
le Sous-Préfet
à
Limoux
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(1)
Depuis quelques années, par un arrêté épiscopal,
ces archives ne sont plus consultables. Cette décision fut
prise à la suite de la malveillance d’un auteur qui,
sans aucune autorisation de l’évêché,
publia des documents issus des archives religieuses. Il s’ensuivit
alors un différend entre l’évêché et
les archives départementales de l’Aude.
(2)
Bérenger Saunière curé à
Rennes-le-Château 1885 – 1909, par l’abbé
Bruno de Monts, page 32, éditions Bélisane 1989.
En
toute hypothèse, il est possible d'imaginer que deux raisons,
diamétralement opposées dans l'esprit, incitèrent
Mgr Billard à proposer son curé à cette prébende
donnant préséance sur les simples chanoines. Est-ce une
marque de reconnaissance et de gratitude offerte par le prélat
à son prêtre pour la restauration complète des
bâtiments et des lieux religieux qu’il a menée
avec brio à Rennes-le-Château ? Ou bien, Mgr Billard,
alerté par le train de vie mené par Bérenger
Saunière sur sa colline, n’a t-il pas proposé ce
Personnat sachant qu'il impliquait nécessairement le
changement d'affectation de son bénéficiaire pour une
église cathédrale ou collégiale ? En 1899,
les églises de l’Aude susceptibles d’accueillir un
prêtre Personnat ne sont pas nombreuses. Sans être
exhaustif, on peut citer les cathédrales de Carcassonne et de
Narbonne ainsi que les collégiales de Montréal et de
Castelnaudary. Mais quel que soit le lieu choisi par l’évêque,
l’abbé Saunière aurait été entouré
de plusieurs religieux (1). Situation nouvelle pour lui qui le
dissuaderait sans aucun doute de continuer ses anciennes pratiques
exercées quand il se trouvait seul et indépendant à
Rennes-le-Château. En agissant ainsi, Mgr Billard alliait
l’utile à l’agréable.
Après
qu'il ait pris connaissance de la requête épiscopale, le
8 octobre 1899, M. le Préfet de l’Aude sollicite à
son tour par écrit l’avis de M. le Sous-Préfet à
Limoux.
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Limoux,
le 16 octobre 1899.
Monsieur
le Préfet
M.
l’abbé Saunière est dans une situation de
fortune aisée. Il n’a pas de charge de famille. Sa
conduite est bonne.
Professe
des opinions
antigouvernementales
Attitude :
réactionnaire militant
Avis
défavorable
Le
Sous-Préfet
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C’est à
cet avis défavorable, prononcé par M. Henri Sereno,
sous-préfet à Limoux, et entériné par son
supérieur, M. le préfet de l’Aude Félix
Regnault, que l’abbé Saunière doit d’être
resté à Rennes-le-Château où des
intentions de messes arrivent toujours plus nombreuses.
(1) Selon la
définition donnée par le Dictionnaire du Droit
Canonique, le Personnat est une prébende
capitulaire à laquelle est attachée une préséance
sans juridiction.
Mais la
liste des messes dites qu’il envoie trimestriellement ne
contente plus sa hiérarchie (1). Le 1er mars 1901,
Mgr Billard charge le vicaire général de Carcassonne
d’écrire à Bérenger Saunière pour
lui intimer l’ordre de ne plus demander d’honoraires de
messes. Ce courrier ne trouvant aucun écho, le 16 mai suivant,
un second avis lui est envoyé. Après avoir noté
ce dernier de façon peu habituelle dans son carnet (2), il
brise le silence dès le lendemain en répondant qu'il ne
fera plus de demandes de messes.

Mais
l’engagement du prêtre n’est que de très
courte durée, deux semaines tout au plus, et n’a été
pris que pour calmer l’autorité religieuse. Le premier
juin suivant, il adresse de nouvelles demandes de messes dans son
diocèse, mais également dans d’autres quelques
jours après.

Plusieurs
éléments de la vie du prêtre semblent indiquer
qu’il a toujours ignoré les projets de son évêque,
cela tant pour le privilège du Personnat que pour le
changement d’affectation qui en découle. En effet, à
cette même époque, les achats de terrains au nom de sa
servante, pour accueillir les futures constructions du curé,
montrent qu'il n’envisageait aucune nouvelle paroisse (3). Les
acquisitions du 20 juillet et du 16 août 1899 des parcelles n°
582 et 583 qui entourent le presbytère, n’intervenant
seulement que quelques semaines avant que l’évêque
n’adresse sa demande au préfet de l’Aude,
corroborent particulièrement cette opinion.
Terrains
acquis au sud de l’église et du presbytère par
Marie Dénarnaud (4)
22
octobre 1898 200 francs n° 576 27 avril 1899 - 300 francs n°
581
20
juillet 1899 200 francs n° 582 16 août 1899 110 francs n°
583
5
juin 1900 100 francs n° 593 20 mai 1902 600 francs n° 613
4
avril 1905 40 francs n° 648
(1)
Les documents connus à ce jour ne permettent pas de situer
avant le 31 décembre 1896 le premier envoi à l’évêché
d’une feuille trimestrielle. Il s’agit de la liste des
messes dites par Bérenger Saunière. L’évêché
n’a pas pu préciser si cette disposition était
particulière au curé de Rennes-le-Château ou si
elle était généralisée à
l’ensemble des prêtres du diocèse.
(2)
Je tiens tout particulièrement à rendre hommage ici aux
deux personnes grâce auxquelles il est aujourd’hui
possible de consulter les carnets de correspondances de l’abbé
Saunière pour les années 1896 à 1915 : à
Jean-Pierre Quignard, qui en déposa un exemplaire aux Archives
Départementales de l’Aude, à Laurent Buchholtzer,
qui les a redécouverts et a eu la générosité
de les mettre à disposition de chacun. Ce dernier a
laborieusement effectué une saisie détaillée et
une étude très complète de l’ensemble de
ces cahiers qui est consultable sur son site internet à
l’adresse : http://www.octonovo.org/
(3)
En mai et juin 1899, le curé de Rennes-le-Château reçoit
deux propositions en provenance de personnes de Bizanet qui
souhaitent lui vendre une maison. Il ne peut s’agir là
d’une éventuelle nouvelle affectation de l’abbé
Saunière relative au Personnat car l’église
paroissiale du lieu, consacrée à St Pierre et à
la charge de l’abbé Lignon (l'un de ses donateurs en
intentions de messes), n’est ni cathédrale ni collégiale
et ne possède donc pas la condition requise. D'autre part,
rien n'indique dans ses papiers qu'il voulait acheter cette maison
pour lui-même. Bizanet étant proche de Névian, où
demeurait Martial, et de Narbonne où était Alfred,
peut-être la destinait-il à ce dernier ? Quoiqu'il en
soit, l'affaire n'aboutit pas.
(4)
Mythologie du trésor de Rennes par René
Descadeillas, page 24, éditions Collot 1991.
De plus,
après 1909, dans aucune de ses lettres relatives aux procès
qui lui sont intentés, l’abbé Saunière ne
se défend par le fait, pourtant à son avantage, que Mgr
Billard voulait le distinguer pour ses réalisations à
Rennes-le-Château tandis que Mgr de Beauséjour, son
successeur, lui réclame au contraire des comptes pour les
justifier (1).
Enfin,
dans ses carnets de correspondances, l’abbé Saunière
n’a noté aucun courrier en provenance de l’évêché
qui concerne une promotion ou une mutation.
Le décès
de Mgr Billard, survenu le 3 décembre 1901 des suites d’une
longue maladie, marque une trêve dans les ennuis de l’abbé
Saunière. Son remplaçant, Mgr Beuvain de Beauséjour,
nommé à Carcassonne le 9 juin 1902, ne prend cependant
ses fonctions à l’évêché qu’après
mars 1904, aux prémices de la loi de séparation des
Eglises et de l’Etat (2).
Le 9 juin
1903, dans ses carnets, Bérenger Saunière, dont le
système d’où il tire ses fonds est à son
apogée, note un nouvel avis de l'évêché
lui intimant encore de ne plus demander d’honoraires de messes.

Le 14 août
1904, il reçoit une énième mise en garde de
l'autorité religieuse.

Les
innombrables avertissements de l’évêché
n’ont guère d’effet sur le prêtre qui,
quelques jours plus tard, les 8 et 9 septembre 1904, requiert de
nouvelles demandes de messes.

Cela
durera jusqu’à 1909. La suite est connue …
« L’abbé
Saunière ne fut pas nommé. Mais il n’est pas
certain qu’il eût désiré quitter Rennes »
écrit René Descadeillas à la page 28 de sa
Mythologie. Certes, le prêtre pouvait refuser sa
nouvelle affectation, comme il le fera en 1909 quand Mgr de
Beauséjour le mute à Coustouge. Mais cela fut une autre
histoire ! Ce qui est avéré, s’il avait
quitté effectivement Rennes-le-Château en 1899, c’est
que la légende d’un trésor aurait été
bien différente de celle qui se raconte aujourd’hui.
Patrick
Mensior
(1) Dans un
brouillon de lettre à l’évêché,
écrit vers 1909-1910, l’abbé Saunière
énonce pour sa défense l’ensemble des points en
sa faveur pour lesquels il fut nommé et maintenu à
Rennes-le-Château. Il n’y est nullement question d’une
promotion, G. Tappa – Cl. Boumendil – A. Corbu-Captier,
L’incroyable destin de l’abbé Saunière,
Le Procès 1909-1910, page 51, éditions Bélisane
1994.
(2) Au décès
de Mgr Billard, M. de Beauséjour est vicaire général
de Mgr Petit à Besançon. L'épiscopat lui est
alors offert pour remplacer l'évêque défunt.
Nommé par décret présidentiel du 13 mai 1902, il
est préconisé le 9 juin. En raison du nobis
nominavit, il est tardivement sacré en l'église
St-Georges de Vesoul le dimanche 20 mars 1904. Il rejoint la Cité
peu après.
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