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Rennes le Chateau, Alfred Saunière

Enne speculari

Domenico Migliaccio

Sur la tombe de Saunière, dans le petit cimetière de Rennes, se dresse une croix. L'INRI de cette croix a un N inversé.

Si vous demandez à votre entourage s’il a déjà vu un "N" spéculaire gravé ou imprimé, vous verrez que la plupart s’en souviennent. Mais ils seront peu à se rappeler de l’endroit OÙ ils l’ont vu.

C'est un mécanisme subliminal extraordinaire qui nous fait accepter une faute comme s’il s’agissait de quelque chose de "naturel". Peut-être parce que nous tous (quand nous étions enfants), aux premières armes avec cette forêt de lignes qu’est l'alphabet, nous avons au moins une fois tracé ce "N" inversé. Quelqu'un vous dira que le "N" peut être écrit à l’envers, tout bien réfléchi, il n'y a pas de mal !

J'ai ailleurs mentionné Signol et son Titulus Crucis : N et Z inversés avaient là un sens… toute l'inscription se lisait de droite à gauche ! Or, nous ne parlons pas du cyrillique. Dans l'usage de l'austère et immortel alphabet latin, les N inversés sont difficiles à trouver. J'ai observé des dizaines de pierres tombales d'époque romaine : sur ces marbres, je ne l'ai jamais vu. Vous savez... un des éléments pour attribuer une valeur aux choses, est leur rareté.

Il est difficile de croire que les tableaux et gravures puissent être le fruit d'une erreur de l'artiste. Et encore plus difficile de penser que, sur le papier imprimé, elle dépend d'une distraction de l'imprimeur : il faut avoir un poinçon spécifique parce qu’à partir d'une lettre normale N mise tête-bêche, on obtient toujours une autre lettre normale N !

Ça nous fait penser qu'il ne s’agit pas d’un symbole "tête-bêche" (sur les signifié profonds de lequel il a très clairement écrit déjà Guenon) mais d’un symbole "réfléchi", comme il est le miroir de "Alice au Pays des Merveilles", ou quelconque "Stargate", ou l'Escalier de Jacob, ou la phrase palindrome « SI SEDES NON IS » (si tu t'assieds, tu ne vas pas) gravée sur l’échelon de la Porte Magique à Rome que, après l’avoir virtuellement traversée, lue à l’inverse il signifie "si tu ne t'assieds pas, tu vas" : pas le contraire de l'idée premier mais son "achèvement".

Le "N inversé" n’est pas un détail simple à clarifier... C'est un symbole étrange : au distrait, il passe inaperçu ; l'ignorant qui se croit savant l'attribue à une faute du graveur ou du peintre ; le chercheur le localise immédiatement et aisément. Les Templiers le connaissait et l'utilisait. La preuve est sur l'obélisque de Lésina, dans La Pouille italienne. La croix templière est insérée dans une bague, sur laquelle est gravé le nom de Nazarenus avec un N "normal" et un N "inversé" (courtoisie S. Ferrulli).

En vérité, sur ce N, j'en ai vu et lu de toutes les couleurs...

La position centrale de la lettre N dans les alphabets mériterait à elle seule la symbolicité de "Centre du Monde" ou "Cœur Alchimique", emblématiquement souligné par le renversement de lui-même. J'ai lu qu’il pouvait correspondre au signe de reconnaissance distinctive d'un puissant Ordre ou d'une ancienne Confrérie.

Certains auteurs francophones affirment que le N inversé, dans la "langue des oiseaux" (ce langage que Salomon connaissait très bien et que Sigurd apprend magiquement après avoir involontairement bu une goutte du sang de Fafnir, le Dragon) se lit comme "l’inverse de la Haine : l’Amour". Cette circonstance pourrait justifier son insertion dans l'INRI de quelques crucifix comme par exemple, cet ivoirin, vraiment merveilleux, gardé dans la troisième salle du Trésor de S. Pietro. L’œuvre devrait remonter à la fin du XVII siècle.

Pour d’autres, il exactement inséré dans l'INRI ; il signifierait la négation de la résurrection ou de la même crucifixion du Christ.

Un autre courant le voudrait comme clé pour résoudre l'acrostiche I.N.R.I, dans la phrase maçonnique du goût alchimique : "Integra Natura Renovatur Igne - La nature entière est renouvelée par le feu".

Un alchimiste m'a suggéré que : le N étant le symbole de l'Azote (du grec "A-zoe" = sans vie), le N inversé serait lu comme "A-mor" (sans mort). D’autres alchimistes lui attribuent la valeur de "point d'équilibre" ou d’"État Zéro": c’est ainsi que, dans la chimie moderne, il est utilisé pour indiquer le "ph-neutre", l'absence des Acides et Alcali dans les Solutions, qui correspond à l'eau distillée.

Quelqu'un théorise que, là où on le rencontre, il devrait être appliqué à la "Clé de David". Le code cryptographique qu'il prévoit la "coupe" de la tête de quelques mots, mais seulement si nous la trouvons en phrases plus ou moins complexes, clairement.

D’autres supposent la présence d'une "chambre secrète" dans les alentours de l'endroit où il apparaît. Et encore, par quelques analogies extrapolées par les évangiles, celui qui l'expose entre les lettres de son nom ou dans ses œuvres, manifesterait l’état de "retour" à la lumière après le passage d’endroits obscurs... l'éclairage, la révélation, la réalisation.
L'extase mystique de S.Thomas Aquinate peut nous donner une idée.

Enfin, quand il apparaît sur une tombe, il indiquerait que la personne défunte atteignit, en vie, cette Grâce Divine. Il est allé au-delà de sa condition de mortel et il a vaincu, non pas la Mort Physique, mais la Mort Spirituelle. Les photos suivantes sont celles des pierres tombales du théologien danois Knudsen (dans le Cimetière Acatholique de Rome) et de la jeune Elisabeth Raynaund (courtoisie M. Tomatis).

Il est humain qu'après une moisson si riche d'hypothèses, je n'ai pas l’intention d'en rajouter… Je peux supposer seulement qu'il s'agit d'un "indicateur", parfois délicieusement géométrique, en tableaux et pierres tombales, d’autres fois topographiques. Un "message" laissé pour indiquer qu’il y a quelque chose à bien observer, à comprendre, à découvrir : parfois en suivant les lignes et les angles de la lettre, d’autres fois qui en tâchent de mettre la maxime attention aux particuliers.

On le voit par exemple dans ces photos : une chapelle privée dédiée à la Magdalena (signalée par R. Raineri).

À l'intérieur de la petite église nous trouvons une sculpture de la Sainte, un cartouche avec le "Terribilis", une Vierge Assomption sur un croissant de lune, et autres éléments. Avec tous ces signaux, il est clair que nous devenons "circonspects" et nous observons soigneusement tout ce qui se trouve autour.

Puis notre attention s'arrête sur les sculptures de ce mur (côté Nord).
Tous les objets présents font partie, dans l'ensemble, de l'épisode de la Passion de Christ. Il manque peut-être le coq… mais pour le reste il y a tout : la lance du centurion Longinus, le marteau et les clous, l'éponge, la couronne d'épines, le "flagellum", le lin de la Véronique, la "colonne infâme" enchaînée à laquelle Jésus fut fustigé, la tenaille, les bois du martyre, la tunique, l'escalier, la Croix et finalement l'INRI. Cependant, le N inversé nous dit… attention… c’est un couac…
Cette fausse note, cette anomalie, est le gant. Le mur entier devait donner l'impression d'un tableau pieux et orthodoxe sur la Passion du Christ. Cependant, c’est que peu de gens auraient vu une "Passion avec le message". Quel message ? Le gant sur colonne !?

Une charade linguistique ? Un rébus figuré ? Une symbolisation mystérieuse ? Non... plus simplement : une colonne tournante - ou creusée à l'intérieur - qui peut être actionnée et qui cache une cachette ! Et qu'est-ce qu'il y a dans cette cachette ? Or et bijoux ? Une Sacrée Relique ? Un Livre de Connaissance ? Un manuscrit de Baron Rolfe adressé à Corto Maltese ?... nous ne le saurons jamais. La petite cavité est là encore mais, aujourd’hui, elle est vidée de quelconque contenu. Mais est-il si important de trouver un "objet" ? En plus d'une circonstance il m'est arrivé de penser que le vrai « jeu », le vrai amusement n'est pas le trésor, mais en vérité, la « chasse au trésor ».

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