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Rennes le Chateau

 

Interview Octonoco (Avril 2008)


Rennes-le-Château - Une Affaire Paradoxale

WM : Comment es-tu tombé dans l’affaire de Rennes-le-Château ?

Octonovo : Je suis tombé dans l’affaire de Rennes-le-Château assez jeune, en 1985. Avec un ami nous cherchions une destination de vacances pour l’été et il est arrivé avec un article consacré au village. Il connaissait déjà la région qui est très belle avec un beau patrimoine historique. J’étais déjà un passionné d’histoire et nous avions trouvé là un but qui nous semblait amusant. Ca et les châteaux cathares, nous avions trouvé un beau programme pour un mois. Le fait est que la région est extraordinaire, l’affaire nous a passionné et nous sommes revenus l’année d’après, puis les suivantes. C’était il y a 23 ans !

Octonovo


WM : Tu es à la fois un chercheur « terrain » et un chercheur « archives ». Commençons par le terrain. Quelles ont été tes découvertes marquantes ?

Octonovo : Je garde beaucoup de discrétion sur mes activités terrains car le fait est que, parmi les chercheurs de trésors, il y a d’authentiques vandales qui ne respectent rien et à qui je ne veux pas donner d’indications. Précisons que je n’ai jamais trouvé de pièces d’or ou de trésors et que cela ne fait pas partie de ma démarche.
Par contre, mes recherches ont été l’occasion de belles découvertes, des lieux archéologiques sympas très peu connus du grand public voire des collègues. Et puis, par goût, beaucoup de spéléologie dans des grottes magnifiques et des mines anciennes (une activité à ne pratiquer que si l’on a la formation nécessaire).


WM : Pour ce qui est des « archives », tu as apporté une contribution importante à la compréhension de l’affaire en mettant sur la table une grande partie de la comptabilité de l’abbé, et ses notes y afférentes. Y a-t-il encore aujourd’hui beaucoup de documents à « redécouvrir » ? As-tu des pistes ?

Octonovo : Lorsque l’abbé Saunière est décédé, Marie Denarnaud a conservé la quasi-totalité de ses papiers personnels, puis après elle Noël Corbu. Si une partie est encore en possession de la famille Corbu Captier, une autre partie a été dispersée dans des conditions diverses.
Il reste donc probablement encore pas mal de documents dans la nature, une partie de ses carnets personnels, de ses cahiers de messes à dire, de ses notes quotidiennes…
Une partie est clairement identifiée comme étant en possession de quelques particuliers. C’est parce que l’un d’eux en avait déposé une copie aux Archives Départementales de l’Aude que j’ai pu mener mon étude, alors que dire ? Que j’encourage les personnes en possession de tels documents à les rendre publics.


WM : Toujours pour ce qui est des documents, tu gères un site considéré comme très riche, mais qui végète depuis un certain temps. Comptes-tu le réanimer ?

Octonovo : J’ai régulièrement des demandes et cela fait partie de mes projets mais j’ai manqué de temps depuis 2005. J’y pense néanmoins régulièrement avec une diversification sur l’histoire de l’ésotérisme et des sociétés secrètes qui me passionne de plus en plus. Néanmoins vu mes projets immédiats, il faudra attendre quelques mois encore, Septembre ou la nouvelle année.

WM : En lisant ton premier livre, on a l’impression d’assister, par préface interposée, à une partie de ping pong avec Antoine Captier sur le thème du « trésor ». Tu ne crois pas à l’hypothèse du trésor significatif, qualifié de trésor d’Eglise par ce dernier ?

Octonovo : La recherche avance souvent par l’échange et il est exact que je reste très attentif aux remarques d’un auteur tel qu’Antoine Captier. Mais mon sujet n’est pas de croire ou de ne pas croire mais de prouver et de comprendre.
Si par trésor significatif on entend des objets de valeur qui auraient pu être monnayés, la réponse est simple : sa comptabilité montre très clairement et sans aucune ambigüité possible que l’abbé Saunière s’est enrichi par le biais d’un trafic de messes. C’est ce qu’avaient déjà avancés René Descadeillas, Jean-Jacques Bedu et quelques autres et que je précise de manière plus claire et plus argumentée.
Reste le problème de la motivation de ses donateurs. La question peut être : l’abbé Saunière était il en possession d’éléments qui auraient constitué le prétexte de cet afflux d’argent ? Effectivement, le réseau des financiers de l’abbé peut sembler structuré : régularité des dons, faible taux d’échec apparent à ses demandes, soutien ciblé sur certaines périodes en particuliers lors du procès.
Néanmoins mes recherches n’ont pas permis de valider ce qui reste une hypothèse : un réseau de financement organisé et motivé. L’intuition permet plutôt d’envisager un groupe monarchiste radical qu’une société secrète ésotérique mais cela reste à prouver.
Cette motivation était t’elle liée à une découverte qu’aurait fait l’abbé Saunière ? Rien ne s’y oppose et rien ne le prouve non plus. La discussion avec Antoine Captier n’est donc pas close.


WM : Ta thèse favorite reste celle de la « plate-forme » financière gérée par Saunière. As-tu de nouvelles pistes pour avancer dans la compréhension de cette mécanique ?

Octonovo : Il faut bien comprendre la logique de mon travail : il s’agit d’une étude rationnelle basée sur des documents authentiques. Cela permet d’acquérir des certitudes, par exemple le montant de ses revenus, environs 220.000 F or sur 20 ans, l’origine de ces fonds, un trafic de messes très bien organisé, l’emploi de ces sommes…
Cela permet aussi de préciser des éléments de sa biographie : ses relations avec Monseigneur Billard et l’abbé Boudet qui sont fictives alors que ses véritables relations sont des inconnus après 50 ans de recherches, certains évènements comme le procès de 1911 ou ses soi disant relations avec les Habsbourg ou des sociétés initiatiques.
Mais une telle démarche a ses limites. Arrive un moment ou l’on n’a pas les éléments suffisants pour être affirmatif. Dans le cas de mon étude, divers éléments m’ont donc amenés à formuler ce qui reste une hypothèse de travail : le réseau de financement de l’abbé Saunière est peut-être structuré. Une telle hypothèse expliquerait beaucoup de choses mais elle reste à prouver de manière formelle.
En substance, le réseau existe, il suffit de consulter ses carnets de correspondance pour en connaitre les noms. Son comportement, fidèle et régulier, voire discipliné est tout aussi facile à constater. Mais étaient ils liés entre eux par un projet, par une association ou est-ce une impression donnée par les talents d’organisateur de l’abbé ?
Cela reste pour moi une des dernières énigmes à résoudre. Le problème est difficile et j’avance lentement.
 


WM : Tu sembles, dans cet ouvrage, mais aussi au travers de plusieurs de tes conférences, éprouver une fascination ambigüe pour le Prieuré de Sion et ses artisans. Pourquoi attacher autant d’intérêt à ce qui n’est qu’une machination ?

Octonovo : C’est vrai que vu par un esprit rationnel, un tel niveau d’irrationalité a quelque chose de fascinant et que vu de l’extérieur, cela doit paraître franchement ambigüe.
Le premier intérêt que j’ai trouvé à l’étude de l’histoire du Prieuré de Sion, c’est pour quelqu’un qui aime résoudre des énigmes, celle-ci s’est avérée passionnante. Il est vrai que le résultat peut sembler décevant tant les prétentions de Pierre Plantard se révèlent creuses, voire malsaines. Mais ce qui reste fascinant c’est l’impact que cela a eu sur l’affaire et même dans l’esprit du grand public. Un malentendu qui est appelé à durer probablement.
Ce qui est intéressant ensuite, c’est d’approfondir la question. Pierre Plantard n’est pas un cas isolé dans l’histoire de l’ésotérisme, loin de là. Faut-il le rappeler ? L’ésotérisme n’est pas un sujet sérieux d’un point de vue rationnel. Il existe énormément d’exemples de sociétés secrètes ou de doctrines qui ont à leur origine un illuminé ou un escroc mais qui ont perdurées quitte à se modifier pour s’adapter à l’air du temps, selon chaque époque. Avec Pierre Plantard et le Prieuré de Sion nous avons un exemple contemporain. Il me semble important d’en écrire l’histoire réelle dès maintenant avant d’en perdre le fil car cela intéresse autant l’historien que le sociologue.
Si effectivement ce sujet est creux, il est devenu un mythe qui a échappé à ses inventeurs et qui va probablement continuer sa propre existence dans l’esprit du grand public. Une légende urbaine à la campagne en somme.

WM : Tu balayes d’un revers de main les thèses fort à la mode parlant de Marie-Madeleine et du Tombeau du Christ. Pourquoi ?

Octonovo : Mis à part parce qu’à première vue cela a l’air débile ?
Parce que la genèse de cette théorie est connue. Pour quelqu’un qui arrive, cela doit sembler sensationnaliste à souhait mais pour quelqu’un qui est là depuis longtemps c’est justement une de ces vieilles fadaises qu’on a vu se transformer peu à peu, chaque année. Son origine est très bien connue et Henry Lincoln s’en est déjà expliqué et excusé plusieurs fois.
Parce qu’il n’y a pas l’embryon d’un élément tangible en faveur de telles affirmations, ce que confirme mon étude personnelle entre autres.
Il est vrai que ces thèses ont encore quelques défenseurs acharnés. Mais quels sont leurs arguments ? Des rapprochements plus imaginatifs que symboliques ? Des suppositions en chapelets de la part de personnes qui partent de la conclusion souhaitée plutôt que de se livrer à des études sérieuses ? Des spéculations pseudo-savantes mais absolument pas étayées ?
Je me souviens il y a quelques années d’une lettre ouverte de Georges Bertin, un universitaire et un esprit érudit qui dénonçait déjà les méthodes, ou plutôt l’absence de méthode, de ces soi disant chercheurs. Des amalgames, un manque absolu de rigueur et de références, l’art d’affirmer sans rien prouver. Ne nous trompons pas, c’est de la prestidigitation intellectuelle mais pas un travail sérieux.
Le but c’est apparemment de faire rêver le public. Pourquoi pas ? Avec des méthodes pareilles, ils vont pouvoir entretenir le suspens longtemps mais ne nous y trompons pas, c’est du rêve, du roman, pas du réel. Pourquoi pas disais-je ? Mais ne ce qui me concerne, je reste concentré sur une recherche d’éléments tangibles. Or là, au risque de me répéter, il n’y en a pas.

WM : Que veux-tu répondre à ceux qui t’accusent de casser le rêve ?

OctonovoQue l’idée d’opposer rationalité et irrationalité me semble franchement limitative.
Prenons un exemple : dans l’antiquité, les anciens pensaient que la terre était plate et chacun s'y croyait au centre, les exemples sont nombreux. Arrive Galilée qui prouve qu’il s’agit d’un corps rond flottant dans l’espace, comme les autres planètes. Les implications de la réalité lui ont valus les ennuis que l’on sait et pourtant, c’est grâce à lui que l’on s’est pris à imaginer que les autres planètes étant de même nature, elles pouvaient abriter la vie. C’est le début du mythe martien. Quelques esprits rationnels ayant à nouveau fait avancer nos connaissances et prouvés que ces planètes étaient très probablement incapables d’héberger des formes de vie et notre imaginaire s’est à nouveau adapté. Maintenant nos rêves se portent vers des formes de vie venues d’autres étoiles.
Ainsi les progrès de nos connaissances objectives sont une occasion de faire progresser notre imaginaire, de lui ouvrir de nouvelles voies.
A l’inverse, tous les scientifiques rationnels se sont étonnés que les missions vers la lune soient habités et qu’on ne se soit pas contenté d’envoyer des robots qui, scientifiquement parlant, nous auraient apportés les mêmes réponses à moindre coût et surtout, à moindre risque. Mais c’est bien un sacré rêve qui a été réalisé là, preuve que les influences sont réciproques et que nos rêves sont des moteurs incroyables même dans la réalité.
L’intérêt de l’affaire de Rennes-le-Château se limite à faire rêver les gens. A un moment il faut bien se confronter à la réalité. Si certains rêves tombent, d’autres viendront les remplacer. En la matière, l’esprit humain me semble doté de capacité sans limites.
Alors que leur répondre ? Non, je ne pense pas casser le rêve et surtout oui : je crois au progrès des connaissances.

WM : Quel est le meilleur souvenir que tu gardes de tes aventures castelrennaises ?

OctonovoSi je n’avais pas pris du plaisir à chacun de mes passages dans la région, cela ferait longtemps que je n’y viendrais plus. Cela fait en réalité beaucoup de bons souvenirs : de chouettes aventures, des rencontres sympas qui sont devenus de vrais amis, de l’émotion… La meilleure d’entre elles ? La découverte des carnets aux Archives Départementales de l’Aude probablement.
Imaginez un passionné, un mordu qui a déjà consacré beaucoup d’énergie à son sujet et qui, tout à coup, trouve des tels documents ! A chaque page qui défile (et il y en a plus de 800 !) le moyen de répondre à des questions auxquelles on n’espérait plus avoir de réponses. Pour quelqu’un d’aussi curieux que moi, une sorte de graal…
Le pied !

WM : Et le moins bon ?

OctonovoMes mauvais souvenirs n’ont aucun intérêt en général, que ce soient ceux liés à Rennes-le-Château ou les autres. L’important est devant.

WM : Quels sont les chercheurs dont tu te sens le plus proche ?

OctonovoTout d’abord de deux d’entre eux qui sont décédés récemment et qui nous manquent : René Choy et Jean-Luc Robin. Il s’était établi une vraie relation entre nous et ils vont me manquer longtemps.
En règle générale, j’apprécie des chercheurs qui gardent les pieds sur terre et font preuve d’exigences dans leurs démarches : Paul Saussez, Morgan Roussel et Patrick Mensior font partie des gens dont je me sens particulièrement proche dans l’esprit mais il y en a plein d’autres moins connus ou qui n’ont pas publié leurs recherches. Une bonne bande de potes en vérité.

WM : Rennes-le-Château, c’est aussi une bibliothèque colossale que tu viens d’enrichir par cette publication. Quels sont les quelques livres qui t’ont vraiment marqué dans ton cheminement ?

Octonovo : Gérard de Sède bien entendu. Il a eu une trajectoire remarquable, d’abord parce qu’il a fait connaitre le mythe mais aussi parce qu’il a accepté de remettre en cause ses théories avec un véritable esprit de progrès. Tous ses livres sont bons à lire même s’il faut les appréhender avec le recul nécessaire. C’est valable pour Henry Lincoln aussi même si je reste très circonspect sur ses derniers développements.
Il y a aussi toute une série d’auteurs qui ont réussi à fournir des informations sérieuses malgré un contexte qui ne l’était pas vraiment. Pierre Jarnac dont les ouvrages (Histoire du Trésor de Rennes-le-Château et les Archives de Rennes-le-Château) sont toujours actuels et qui a su diffuser beaucoup de documents originaux. Antoine Captier et Claire Corbu qui grâce à la documentation qui est en leur possession ont produit un livre qui reste fondamental (L’Héritage de l’abbé Saunière). Il faut rendre hommage à leur démarche, à leur honnêteté et à leur ouverture d’esprit. Que seraient beaucoup d’auteurs sans l’accès très ouvert qu’ils ont donné aux archives de l’abbé Saunière ?
Et puis une foule de personnes beaucoup moins connues qui n’ont pas cherché la célébrité ou le sensationnel mais publiés ponctuellement, de ci de là, des études savantes et sérieuses qui ont permis d’avancer pas à pas mais surement en fin de compts. Rennes-le-Château c’est d’abord une passion qui se partage.

WM : Rennes-le-Château, c’est encore un village avec ses querelles de clocher. La municipalité vient de changer et semble se montrer plus « ouverte » que la précédente aux chercheurs et aux associations. Quels seraient tes souhaits pour cette mandature ?

Octonovo : Les passionnés peuvent avoir beaucoup de souhaits mais que cela reste d’abord l’affaire des gens qui vivent là toute l’année. J’espère que pour eux ce sera une occasion de continuer à faire vivre leur village et d’en profiter.
En ce qui me concerne, j’espère d’abord qu’ils sauront entretenir ce patrimoine avec intelligence et respect et le rendre plus accessible aussi, l’église en particulier qui a beaucoup souffert ces dernières années.
Surtout j’espère qu’elle saura accorder un bon accueil aux travaux de Paul Saussez et que ce sera l’occasion de procéder à des fouilles officielles concernant la crypte qui est très probablement sous l’église. Voilà un élément tangible à portée de main qu’il serait bon d’éclaircir.

WM : Quels sont tes projets en cours ?

Octonovo : Sur Rennes-le-Château, d’une part résoudre cette question de l’éventuelle structuration du réseau des donateurs de l’abbé et de leurs motivations et d’autre part, éclaircir la biographie des véritables proches de l’abbé Saunière qui restent, étonnamment, de grands inconnus.
Approfondir nos connaissances sur Pierre Plantard et le Prieuré de Sion serait aussi un bon projet pour mieux comprendre comment cette histoire a pu s’éloigner à ce point de la réalité dans l’esprit du grand public. Mais je pense que ce sera difficile tant le personnage apparait fantasque et les témoignages à son sujets sont peu fiables. Maintenant si quelqu’un possède des éléments sérieux, qu’il n’hésite pas à les faire connaitre.

WM : Merci Laurent et bon vent.

Octonovo

Cet ouvrage est en vente sur  http://www.atelier-empreinte.fr/renneslechateauuneaffaireparadoxale-p-2065.html

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