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L'épitaphe de Marie d'Haupoul

par Patrick Mensior

L'épitaphe gravée sur la sépulture de Marie d'Haupoul forme à elle seule une intrigue. En effet, il est rare, pour ne pas dire unique, de constater autant d'erreurs de toute sorte dans un texte aussi court. Dès la connaissance de cette pièce, les erreurs furent attribuées au travail approximatif de l'ouvrier ayant eu en charge à l'époque la gravure de la pierre. Cette explication ne contenta pas d'autres chercheurs rétorquant qu'il était impossible qu'un tel ouvrage fût accepté et payé par son commanditaire. De surcroît, cet argument était étayé par la présence inacceptable du mot CATIN dans l'épitaphe de la seigneuresse de Rennes-le-Château.

L'épitaphe de Marie d'Hautpoul
L'épitaphe de la Dame de Blanchefort contient-elle un secret ?

Pour ces chercheurs, la pierre possédait peut-être un secret dont les erreurs étaient autant d'indices révélateurs. A mon stade d'intéressement de cette histoire, il m'était difficile de trancher catégoriquement cette question même si le bon sens voulait que je donne une préférence à cette seconde explication. La découverte dont je vous livre ci-dessous les détails m'a délivré de ce doute. Un jour que la règle et le compas me démangeaient, j'entrepris quelques tracés. Je pris pour base de travail les erreurs impliquant le plus souvent la même lettre, en l'occurrence, le "T". En effet, on peut aisément constater que quatre "T" sur six sont anormalement placés dans le texte :

le "T" de "CT" mis pour un "I",
la mauvaise césure de "SOIXANTE" qui inclut un "T",
celui de "SEpT" qui est mal placé,
la césure incorrecte de "REQUIES CATIN PACE" qui concerne aussi un "T".

Je m'engageai donc sur cette piste. Quelques traits plus tard, il m'apparaissait un résultat pour le moins original. En combinant les lettres "T" d'une certaine façon, j'obtenais un hexagramme parfaitement symétrique. Si vous le permettez, refaisons le chemin ensemble.

Pour la bonne compréhension de cette étude, il me faut vous apporter une précision indispensable. Quand j'écris par exemple "joindre CATIN et BLANCHEFORT" ou encore "tracer ANTE et SEpT", vous avez compris qu'il s'agit des lettres "T" contenues dans ces mots, non les mots eux-mêmes. Cela étant posé, je vous invite à me suivre pas à pas ou plutôt trait à trait.

1) - Joindre CT et GÎT.
2) - Joindre CATIN et BLANCHEFORT pour couper la droite CT - GÎT en un point (a).
3) - Tracer un cercle de centre BLANCHEFORT et de rayon BLANCHEFORT (a) qui coupe BLANCHEFORT - CATIN en (b).
4) - Tracer CT - SEPT qui coupe le cercle en (c).
5) - Tracer ANTE - SEPT qui coupe le cercle en (d) et (e).
6) - Tracer ANTE et BLANCHEFORT qui coupe le cercle en (f).
7) - Relier (a) avec (d), puis (d) avec (e), et (e) avec (a).
8) - Relier (c) avec (f), puis (f) avec (b), et (b) avec (c).


La symétrie de la figure obtenue à partir "d'erreurs fortuites" serait bien troublante …

Le hasard trouve t-il une place dans ce résultat ? Si oui, il faut admettre qu'il existe autant de coïncidences qu'il y a de "T" et surtout elles impliquent que ces derniers soient impérativement placés aux endroits que nous leur connaissons ! Si un seul devait être positionné différemment, la figure serait difforme !

Cela tendrait à expliquer deux erreurs contenues dans la première ligne, le "T" de "CT" substitué au "I" originel et le décalage de la première ligne par rapport à l'alignement général des suivantes.

Et le "M" isolé me direz-vous fort à propos ? Je ne peux traiter de tous les sujets dans un article aussi court. Pour répondre succinctement, certains y voient une allusion à la tombe de la Marquise qui n'a jamais été localisée dans le cimetière, pour d'autres, ce seraient les initiales de Marie-Madeleine patronne de l'église de Rennes-le-Château. Mais cela relève de l'interprétation, terrain où votre serviteur ne s'aventure pas.

Un dernier constat cependant n'aura pas manqué de vous interpeller. Ce sceau de Salomon était l'emblème de celle à qui était destinée l'épitaphe ! Bravo M. Bigou !

Parmi les anomalies de l'épitaphe, certaines sont moins discrètes que d'autres et se détectent au premier regard. Je pense principalement aux quatre petites lettres qui ne peuvent former qu'un seul mot cohérent : "épée".

Pour expliquer leur présence, certains ont avancé l'hypothèse suivante : "Lors du relevé de l'épitaphe fait sur place par Elie Tisseyre en 1905, des lettres manquaient. ¾ Il s'agissait sûrement d'omissions faites par notre graveur incompétent. ¾ Pour remédier à ces manques, l'excursionniste prit sur lui de combler les trous". A l'époque, cette opération aurait été faite en présence de témoins.

Nos sympathiques contradicteurs s'empressèrent donc de demander : "Pourquoi Elie Tisseyre inscrivit-il ces manques par des lettres plus petites ?" La réponse semblait évidente : "pour montrer distinctement qu'elles manquaient à l'origine !". Et cela en est resté là pendant plusieurs années.

Or, pour qui s'intéresse de près à cette extraordinaire histoire, il n'est pas difficile de trouver matière à contredire ces assertions. Les soi-disant témoins ayant assisté à cet épisode n'ont pas d'identité. De plus, aucun argument n'est avancé pour expliquer pourquoi Elie Tisseyre aurait écrit les mêmes caractères de façon différente (le "e" de NOBLe en minuscule et ceux de "NEGRE" et de "DE" en majuscules).

Pourquoi le "e" minuscule est placé en bas de NOBLe alors que les deux autres sont en haut des mots qui les contiennent ? Tout cela ne me semblait pas très convaincant. Il me fallait en avoir le cœur net.

Mes premiers travaux géométriques m'ayant apporté quelques résultats encourageants, mes instruments n'avaient pas pris la poussière. Une bonne règle, un bon compas, et la stèle n'avait qu'à bien se tenir.

Partant du principe que l'épitaphe fut conçue par Antoine Bigou (j'en étais de plus en plus persuadé) pour léguer un héritage à la postérité, je me posais l'interrogation suivante : si l'abbé Bigou voulait nous signifier le mot épée par quatre lettres distinctes, il n'avait que l'embarras du choix. En effet, le texte ne manque ni de "e" (23) ni de "p" (3). Alors pourquoi a t-il choisi celles-ci délibérément? La réponse ne saute pas à l'œil, pourtant, elle est évidente…

Les quatre lettres du mot "épée" s'inscrivent sur un cercle !


Que signifie ce message ?

Le diamètre de ce cercle est égal à la plus grande distance séparant deux "T" ! Mais cela est une autre histoire. Revenons à nos lettres. Ce résultat va permettre, à vous lectrice et lecteur, de faire une expérience. Pour mener celle-ci, il faut une feuille blanche, un compas, un crayon et un volontaire. Demander à ce dernier de placer aléatoirement sur une feuille de papier 3 points non alignés. La suite du travail vous revient. A l'aide du compas, il vous sera aisé, après quelques tâtonnements, de relier ces points par un cercle. Rien d'extraordinaire à cela puisqu'en géométrie, il est une loi qui dit : "Trois points disposés au hasard pour former un triangle s'inscrivent obligatoirement sur un plan et sur un cercle".

Pour la stèle, il s'agit de quatre points. Je vous invite donc à renouveler l'expérience. Et là, le problème se corse car il est impossible de déterminer un cercle pour relier ces points. Excepté s'ils ont été délibérément placés… Bravo M. Bigou !

Patrick Mensior

 

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