Pour ces chercheurs, la pierre
possédait peut-être un secret dont les erreurs étaient autant d'indices révélateurs.
A mon stade d'intéressement de cette histoire, il m'était difficile de trancher
catégoriquement cette question même si le bon sens voulait que je donne une préférence
à cette seconde explication. La découverte dont je vous livre ci-dessous les détails
m'a délivré de ce doute. Un jour que la règle et le compas me démangeaient,
j'entrepris quelques tracés. Je pris pour base de travail les erreurs impliquant le plus
souvent la même lettre, en l'occurrence, le "T". En effet, on peut aisément
constater que quatre "T" sur six sont anormalement placés dans le texte :
le "T" de
"CT" mis pour un "I",
la mauvaise césure de "SOIXANTE" qui inclut un "T",
celui de "SEpT" qui est mal placé,
la césure incorrecte de "REQUIES CATIN PACE" qui concerne aussi un
"T".
Je m'engageai donc sur cette
piste. Quelques traits plus tard, il m'apparaissait un résultat pour le moins original.
En combinant les lettres "T" d'une certaine façon, j'obtenais un hexagramme
parfaitement symétrique. Si vous le permettez, refaisons le chemin ensemble.
Pour la bonne compréhension de
cette étude, il me faut vous apporter une précision indispensable. Quand j'écris par
exemple "joindre CATIN et BLANCHEFORT" ou encore "tracer ANTE et
SEpT", vous avez compris qu'il s'agit des lettres "T" contenues dans ces
mots, non les mots eux-mêmes. Cela étant posé, je vous invite à me suivre pas à pas
ou plutôt trait à trait.
1) - Joindre CT et GÎT.
2) - Joindre CATIN et BLANCHEFORT pour couper la droite CT - GÎT en un point (a).
3) - Tracer un cercle de centre BLANCHEFORT et de rayon BLANCHEFORT (a) qui coupe
BLANCHEFORT - CATIN en (b).
4) - Tracer CT - SEPT qui coupe le cercle en (c).
5) - Tracer ANTE - SEPT qui coupe le cercle en (d) et (e).
6) - Tracer ANTE et BLANCHEFORT qui coupe le cercle en (f).
7) - Relier (a) avec (d), puis (d) avec (e), et (e) avec (a).
8) - Relier (c) avec (f), puis (f) avec (b), et (b) avec (c).

La symétrie de la figure obtenue à partir "d'erreurs
fortuites" serait bien troublante
Le hasard trouve t-il une place
dans ce résultat ? Si oui, il faut admettre qu'il existe autant de coïncidences qu'il y
a de "T" et surtout elles impliquent que ces derniers soient impérativement
placés aux endroits que nous leur connaissons ! Si un seul devait être positionné
différemment, la figure serait difforme !
Cela tendrait à expliquer deux
erreurs contenues dans la première ligne, le "T" de "CT" substitué
au "I" originel et le décalage de la première ligne par rapport à
l'alignement général des suivantes.
Et le "M" isolé me
direz-vous fort à propos ? Je ne peux traiter de tous les sujets dans un article aussi
court. Pour répondre succinctement, certains y voient une allusion à la tombe de la
Marquise qui n'a jamais été localisée dans le cimetière, pour d'autres, ce seraient
les initiales de Marie-Madeleine patronne de l'église de Rennes-le-Château. Mais cela
relève de l'interprétation, terrain où votre serviteur ne s'aventure pas.
Un dernier constat cependant
n'aura pas manqué de vous interpeller. Ce sceau de Salomon était l'emblème de celle à
qui était destinée l'épitaphe ! Bravo M. Bigou !
Parmi les anomalies de
l'épitaphe, certaines sont moins discrètes que d'autres et se détectent au premier
regard. Je pense principalement aux quatre petites lettres qui ne peuvent former qu'un
seul mot cohérent : "épée".
Pour expliquer leur présence,
certains ont avancé l'hypothèse suivante : "Lors du relevé de l'épitaphe fait sur
place par Elie Tisseyre en 1905, des lettres manquaient. ¾ Il s'agissait sûrement
d'omissions faites par notre graveur incompétent. ¾ Pour remédier à ces manques,
l'excursionniste prit sur lui de combler les trous". A l'époque, cette opération
aurait été faite en présence de témoins.
Nos sympathiques contradicteurs
s'empressèrent donc de demander : "Pourquoi Elie Tisseyre inscrivit-il ces manques
par des lettres plus petites ?" La réponse semblait évidente : "pour montrer
distinctement qu'elles manquaient à l'origine !". Et cela en est resté là pendant
plusieurs années.
Or, pour qui s'intéresse de
près à cette extraordinaire histoire, il n'est pas difficile de trouver matière à
contredire ces assertions. Les soi-disant témoins ayant assisté à cet épisode n'ont
pas d'identité. De plus, aucun argument n'est avancé pour expliquer pourquoi Elie
Tisseyre aurait écrit les mêmes caractères de façon différente (le "e" de
NOBLe en minuscule et ceux de "NEGRE" et de "DE" en majuscules).
Pourquoi le "e"
minuscule est placé en bas de NOBLe alors que les deux autres sont en haut des mots qui
les contiennent ? Tout cela ne me semblait pas très convaincant. Il me fallait en avoir
le cur net.
Mes premiers travaux
géométriques m'ayant apporté quelques résultats encourageants, mes instruments
n'avaient pas pris la poussière. Une bonne règle, un bon compas, et la stèle n'avait
qu'à bien se tenir.
Partant du principe que
l'épitaphe fut conçue par Antoine Bigou (j'en étais de plus en plus persuadé) pour
léguer un héritage à la postérité, je me posais l'interrogation suivante : si l'abbé
Bigou voulait nous signifier le mot épée par quatre lettres distinctes, il n'avait que
l'embarras du choix. En effet, le texte ne manque ni de "e" (23) ni de
"p" (3). Alors pourquoi a t-il choisi celles-ci délibérément? La réponse ne
saute pas à l'il, pourtant, elle est évidente
Les quatre lettres du mot
"épée" s'inscrivent sur un cercle !

Que signifie ce message ?
Le diamètre de ce cercle est
égal à la plus grande distance séparant deux "T" ! Mais cela est une autre
histoire. Revenons à nos lettres. Ce résultat va permettre, à vous lectrice et lecteur,
de faire une expérience. Pour mener celle-ci, il faut une feuille blanche, un compas, un
crayon et un volontaire. Demander à ce dernier de placer aléatoirement sur une feuille
de papier 3 points non alignés. La suite du travail vous revient. A l'aide du compas, il
vous sera aisé, après quelques tâtonnements, de relier ces points par un cercle. Rien
d'extraordinaire à cela puisqu'en géométrie, il est une loi qui dit : "Trois
points disposés au hasard pour former un triangle s'inscrivent obligatoirement sur un
plan et sur un cercle".
Pour la stèle, il s'agit de
quatre points. Je vous invite donc à renouveler l'expérience. Et là, le problème se
corse car il est impossible de déterminer un cercle pour relier ces points. Excepté
s'ils ont été délibérément placés
Bravo M. Bigou !
Patrick Mensior