Le
premier décodage du plus grand des deux parchemins est livré en 1978
par Franck Marie dans son "Etude Critique". Il est ensuite
repris en 1991 par Henry Lincoln dans "Le Message" où
l'auteur précise notamment que la solution lui a été communiquée
par Gérard de Sède. Le document a été décrypté en partant de
certaines anomalies inscrites sur la stèle de la marquise de
Blanchefort permettant de composer le mot-clé "Mortépée"
et en utilisant plusieurs fois la table de Vigenère. Le résultat
final, obtenu par le saut du cavalier, est une parfaite anagramme de
l'épitaphe augmentée des mots latins "prae cum". Dès
lors, faut-il en conclure que le lien existant entre la stèle et le
grand manuscrit est antérieur à une présumée découverte de
celui-ci dans l'église ? Pour répondre à cette question, il faut
reprendre la vide des faits.
Dès
les premiers écrits rapportant l'histoire de Bérenger Saunière, la
majorité des auteurs prétend que le curé de Rennes-le-Château
s'est rendu à Paris sur les conseils de son évêque Mgr Billard pour
confier le décryptage des manuscrits à des spécialistes religieux.
Dans
les pages 55 à 60 de "L’Héritage de l’Abbé Saunière",
Claire Corbu et Antoine Captier présentent un texte racontant les
aventures de l'ancien curé. Cette histoire, enregistrée sur une
bande magnétique, est diffusée dans les années 1955/56 par le
narrateur Noël Corbu aux visiteurs de son restaurant "La
Tour". C'est dans ce texte qu'est évoqué pour la première fois
le déplacement du prêtre dans la capitale. Dans son récit, le
restaurateur situe ce voyage dès le lendemain de la découverte de
manuscrits faite par Bérenger Saunière dans son église au cours du
changement de l'autel en février 1892 (1). Noël Corbu précise
toutefois qu'il n'existe aucune confirmation de ce voyage.
Dans
son ouvrage, "L'Or de Rennes" paru en 1967, Gérard de Sède
fixe ce même épisode au début de l'année 1893. Vingt ans plus
tard, dans "Rennes-le-Château, le Dossier, les Impostures, les
Phantasmes, les Hypothèses", ce même auteur écrit : « Mais
ce qu’il y a de plus énigmatique dans le voyage de Bérenger Saunière
à Paris, que nous croyons pouvoir situer au cours de l’été 1891,
… ». Jean-Luc Chaumeil, quant à lui, précise le départ
du curé pour Paris en mars 1892 dans "Le Trésor des
Templiers".
Il
est donc clair que cet hypothétique évènement de la vie de l'abbé
Saunière (il n'en existe aucune preuve), est entouré du plus grand
flou historique. Peu importe ! Tous ces informateurs s'accordent à
dire que, de retour à Rennes-le-Château, le prêtre rapporte dans
ses bagages le message "BERGERE PAS DE TENTATION QUE POUSSIN
TENIERS GARDENT LA CLEF PAX DCLXXXI PAR LA CROIX ET CE CHEVAL DE DIEU
J'ACHEVE CE DAEMON DE GARDIEN A
MIDI POMMES BLEUES". Or, la fin de cette phrase "à
midi pommes bleues" m'a interpellé.
Dans
l'église Sainte Marie-Madeleine, au cours de jours ensoleillés de
janvier, à midi vrai, un phénomène lumineux apparaît. Les rayons
du soleil, alors bas sur l'horizon, transpercent un vitrail du mur sud
de l'église et projettent sur le pan opposé un arbre se déplaçant
de gauche à droite et d'où, parmi ses fruits, se détachent
"trois pommes bleues". Arrivé à son extrémité droite,
l'effet finissant son mouvement disparaît soudainement.
Que
faut-il savoir sur les vitraux ?
A
la page 73 de leur ouvrage commun, Claire Corbu et Antoine Captier
indiquent : « En 1887, il (l'abbé
Saunière) commande des vitraux
à la maison Henri Feur (2)
de Bordeaux,… ». René Descadeillas dans sa
"Mythologie du Trésor de Rennes, page 17" dit aussi : « En
même temps (en 1887),
l’abbé s’était occupé de remplacer les vitraux. ».
Pierre Jarnac écrit à la page 143 de son "Histoire du Trésor
de Rennes-le-Château" : « Le 30 septembre 1887, la maison Henri Feur lui délivre une
facture de 1.350 francs pour des vitraux qu’elle a placés dans le
chœur et la nef. ». Dans "Le Fabuleux Trésor de
Rennes-le-Château page 77", Jacques Rivière apporte quelques précisions
supplémentaires : « Les
magnifiques vitraux qui décorent, aujourd’hui, l’église ont été
posés par la maison Henri Feur de Bordeaux, le peintre-verrier met
son travail en place, en septembre 1887 et délivre une facture de
1350 frs. ».
Ces
auteurs, qui s'appuient tous sur les documents personnels du curé,
semblent unanimes à dire que la commande des vitraux a été passée
en 1887. Dans sa séance du 8 avril 1888, le Conseil de Fabrique
accuse en dépense la somme de 2.478 francs "pour
le paiement de lourdes réparations faites à notre église dans le
courant de l'année 1887". Par ailleurs, sans connaître de
dette au curé, nous savons qu’il utilisait souvent l'étalement des
paiements de ses factures. Parfois même, il attendait une lettre de
relance de certains créanciers. Concernant les vitraux, deux
documents ont été publiés : un état des règlements de l'abbé
Saunière à Henri Feur avec un dernier versement de 309,70 francs
pour solde de tout compte (C.Corbu-A.Captier, "L'Héritage"
page 89), et un duplicata de 1905 pour reçu de 4 règlements effectués
par l'abbé Saunière pour la somme de 1.350 francs, le premier
intervenant le 30 septembre 1887 (J. Rivière, "Le Fabuleux Trésor"
page 76).
Tous
ces témoignages tendent à démontrer qu'en 1887, Bérenger Saunière
effectua un premier versement au peintre-verrier pour acompte d'une
seule et même commande de l'ensemble des vitraux qu'il solde ensuite
par 3 autres remboursements, le 12 avril 1897, le 26 avril 1899 et le
7 janvier 1900, c’est-à-dire au fur et à mesure que ses finances
permettront d’honorer sa commande initiale. La villa Béthanie,
construite sur plusieurs années, en est un exemple significatif. En
ce sens, l'abbé Saunière apporte un élément déterminant puisqu'il
précise lui-même dans le discours qu’il prononce en l'honneur de
Mgr Billard venu en visite à Rennes-le-Château le jour de la Pentecôte
1897 : « Depuis votre dernière visite (juillet 1889),
dans le sanctuaire, deux nouvelles fenêtres, ornées de riches
vitraux, continuant à reproduire les principaux traits de la vie de
notre illustre Patronne sont venues s’ajouter à notre belle rosace
et donner ainsi et plus de régularité et plus de lumière à la
partie essentielle de la maison de Dieu. ».
Or,
si une commande passée en 1887 intéresse les vitraux du sanctuaire,
l’un d'eux (la résurrection de Lazare) produit le phénomène des
trois pommes bleues. Dans ce cas, il paraît douteux que le curé soit
rentré d'un voyage à Paris en 1891, 1892 ou 1893 muni d'un décodage
du manuscrit signifiant ce même effet de lumière ! Ce détail
pourrait confirmer que les manuscrits et leurs messages ont été élaborés
peu avant l’époque où ils apparaissent littérairement ! Le débat
est ouvert …
Patrick Mensior
(1)
Le changement de l'autel eut effectivement lieu en juillet 1887, une découverte
de document(s) fut réellement faite dans le balustre lors du démontage
de l'ancienne chaire en 1889.
(2)
Pierre Henri Feur est né le 18 juillet 1837 à Bordeaux. D'abord élève
de Joseph Villiet, il devient son collaborateur puis son successeur le
15 août 1877. Il décède le 18 mai 1925. Plusieurs années
auparavant, son fils Marcel avait repris la société.