
Les sculptures et
les cavités des anciens piliers d'autels
par Patrick Mensior
« Nous remarquons
encore, dans un autre petit jardin, un socle en pierre supportant une
Vierge ; ce socle, très ancien et d'un beau travail, a été retouché
sous prétexte de donner à celui-ci plus de relief, et tout au
contraire l'ouvrier a fait perdre à la sculpture toute note d'art et
enlevé le précieux de cette pièce antique. » notait, en 1905, Elie
Tisseyre dans son compte-rendu d’excursion à Rennes-le-Château (1).
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Seule la plaque
sculptée, exposée au Musée Lamourguier de Narbonne, permettait une
comparaison avec le pilier de Rennes-le-Château jusqu’à ce que
d’autres pièces similaires soient découvertes dans la région. |
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Pilier de
Rennes-le-Château |
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Réemployée dans
l'ancienne cuisine des archevêques à Narbonne, cette sculpture est
aujourd'hui exposée dans le musée lapidaire Lamourguier. |
Dans le bulletin Pégase n° 3 (2), Pierre Jarnac consacrait
un article au pilier d'Oupia non loin de Béziers (3) et en mentionnait un
troisième dans l'église Saint-Mamès à Boutenac dans les Corbières, tous deux
présentant de nombreuses similitudes avec celui de Rennes-le-Château.
A la suite de cet enrichissant article, un quatrième pilier
est à signaler. De la même facture que celui de Rennes-le-Château (réalisé
entre le VIIème et le IXème siècle), il était encore visible en 1973 au sud du
village de Vendémies (4), près de Limoux, où il servait de socle à une croix.
Le temps et les intempéries ayant accompli leur ouvrage, on peut néanmoins
encore distinguer une croix byzantine gemmée avec un cabochon ou rouelle en
son centre.
L’érosion de cette pierre pose le problème de la présence
ou non à l’origine de certains motifs tels l'Alpha et l'Oméga, généralement
suspendus aux branches de la croix. Dans leur étude, à propos de ce pilier, A.
et R. Soulères (5) précisent : « Au-dessous des branches latérales de la croix
et reliés à celle-ci on distingue l’alpha et l’oméga. ». Brigitte Lescure,
quant à elle, semble ne pas les avoir observés : « L’alpha et l’oméga, souvent
accrochés aux bras de la croix par des liens – Oupia, Narbonne, Boutenac – ne
sont pas représentés sur le support de Vendémies. » (6).
De même A. et R. Soulères précisent : « au-dessus des
branches, on devine un motif très effacé, qui pourrait être, sans aucune
certitude, des oiseaux affrontés », Mme Lescure ne reconnaît leur présence que
sur les sculptures de Narbonne et d’Oupia.
M. Frédéric Fons s'est rendu sur les lieux où il a constaté
qu'aujourd'hui l’ancien support d'autel de Vendémies n'était plus à l'endroit
qu'il occupait jadis. Il est à espérer qu'il a rejoint d'autres vestiges exposés
dans un musée de la région.

Le pilier anciennement situé à Vendémies (7)
(commune de Limoux)
La majorité des historiens
semble s'accorder sur l’origine probable de ces piliers qui seraient tous
issus d’un modèle unique situé en Italie : l’autel de l’église Saint-Martin de
Cividade, qui fut exécuté par le duc de Frioul. L’emploi d’un grès local
permettrait de conclure aussi à l’existence d’un atelier dans la région
audoise, grès sculpté à l'époque par des artisans formés à l'école
narbonnaise.
"Le pilier de
Rennes-le-Château est-il creux ?" se demandaient encore de nombreux
chercheurs jusqu'à 1996, année où il fut retiré du petit jardin où l'avait
placé l’abbé Saunière pour supporter la Vierge de Lourdes inaugurée le 21 juin
1891 devant les villageois. L'original, creusé d'une cavité appelée "capsa",
fut exposé au musée de Rennes-le-Château situé dans le presbytère, la Vierge
de Lourdes reposant, depuis, sur une copie conforme.
De nombreux piliers possèdent
une cavité généralement pratiquée pour le dépôt de reliques ou pour celui d’un
document, quelquefois pour les deux. C'est le cas entre autres de celui
longtemps présent à l'entrée du cimetière de Rennes-les-Bains, de ceux de
Vendémies et d'Oupia etc. Le plus souvent, le manuscrit (s'il y en avait un)
était déposé dans ce creusement l'année de la consécration de l'église ou de
la chapelle.

Hormis l'absence de motifs,
le pilier de Rennes-les-Bains offre plusieurs ressemblances dans sa forme
avec celui de Rennes-le-Château.
Mais il arrive aussi qu'un même
support d'autel comporte plusieurs cavités à reliques tel celui de l'église
Sainte-Marie-de-Buc dont l'une a été creusée sur la face supérieure comme
rencontré généralement, une seconde, de pratique moins courante, étant visible
sur la face antérieure (8).
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L'emplacement de
cette dernière cavité permet de supposer, qu'à l'origine, la
face arrière du pilier, où elle était creusée, devait être
accolée à un mur de l'église pour l'obstruer.
Pilier de l'église
Sainte-Marie-de-Buc (7) |
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Le nombre de ces vestiges ne
saurait, à l'évidence, s'arrêter à ceux énoncés dans cet article car, en
effet, pour ce qui concerne la région audoise, un autre pilier est déjà
localisé dans une autre église de la vallée de Saint-Polycarpe.
Gageons que l'avenir saura
encore nous surprendre !
Patrick Mensior
(1) Bulletin de la SESA tome XVII, 1906.
Actuellement haut de 75,5 cm, la reprise des ornementations des côtés du
pilier de Rennes-le-Château montre qu’il devait certainement mesurer 95 cm de
hauteur avant sa mutilation. Sa largeur est de 39,2 cm, sa profondeur est de
40,4 cm.
(2) Pégase, Le chaînon manquant,
Rennes-le-Château le Bulletin, n° 3, mai/aout 2002, pages 28 et 29.
(3) Le pilier de l'église Saint-Etienne d'Oupia
est aussi cité par M. Durliat dans l'étude "Le groupe des sculptures
wisigothiques à Narbonne, Etudes mérovingiennes" – Acte des journées de
Poitiers, 1953, page 98.
(4) Le pilier de Vendémies est mentionné d’une
part en mai 1971 par M. J.-C. Fau dans une thèse du IIIème cycle d'histoire,
demeurée inédite "Les origines du chapiteau roman à entrelacs et la zone de
diffusion de ce thème dans le sud-ouest de la France", d’autre part en 1978
par Mme Brigitte Lescure dans son mémoire de Maîtrise d’histoire de l’art
Recherches archéologiques à Rennes-le-Château (Aude) du VIIIème au XVIème
siècle, pages 29 et 30.
(5) Notes sur quelques découvertes faites dans
la vallée de Saint-Polycarpe (Aude) par A. et R. Soulères, Bulletin de la SESA
tome LXXIII 1973 page 157.
(6) Brigitte Lescure, mémoire de Maîtrise
d’histoire de l’art Recherches archéologiques à Rennes-le-Château (Aude) du
VIIIème au XVIème siècle, page 29.
(7) Photographie extraite de l'étude intitulée
Notes sur quelques découvertes faites dans la vallée de Saint-Polycarpe (Aude)
par A. et R. Soulères, Bulletin de la SESA tome LXXIII 1973, et publiée avec
l'aimable autorisation de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude.
(8) Lors de son démontage pour la restauration
d'un retable en bois doré, les cavités du pilier étaient vides car il avait
déjà été déplacé au XVIIème siècle.
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