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Saunière et l'Evêché

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Le 15 janvier 1909, Saunière reçoit une lettre du Vicaire général de l'évêché de Carcassonne et les documents administratifs lui signifiant sa nomination à Coustouges pour le 1er février 1909. Après réflexion et de conseils de prêtres des paroisses environnantes qui lui apportent leur soutien, Saunière envoie sa démission le 28 janvier 1909. Elle est acceptée par Monseigneur de Beauséjour à la condition que Saunière quitte définitivement Rennes le Château. Le Maire écrit à l'évêque :

Rennes-le-Château, le 6 février 1909
Le Maire de Rennes-le-Château à Monsieur l'Evêque à Carcassonne.

Monsieur,
En réponse à votre lettre du 31 janvier dernier, j'ai l'honneur de vous faire savoir que je regrette le maintien de la décision prise à l'égard de M. l'abbé Saunière. En ne donnant pas à la démarche que le Conseil municipal de Rennes-le-Château a faite auprès de vous, les suites que nous vous demandions vous et votre Conseil avez été mal inspirés. Nous n'obtenons pas satisfaction ; tant pis ! Tant pis aussi que vous ayez retiré à M. Saunière ses pouvoirs. Quant à l'attitude de la population vis à vis de M. le curé d'Espéraza et du successeur de M. Saunière, elle sera tout à fait simple : l'Eglise désertée et les cérémonies religieuses remplacées par les cérémonies civiles. Vous voyez, Monsieur l'Evêque, que vous n'aurez pas à vous armer contre nous des foudres de l'Eglise. Quant au presbytère, il est loué pour une durée de cinq ans, à partir du 1er janvier 1907 à l'abbé Saunière. Mais je dois vous faire connaître qu'après l'expiration du bail et même actuellement, s'il devenait libre par suite du départ du locataire actuel, le Conseil municipal se refuse formellement à passer un nouveau bail avec le desservant que vous nous enverrez.
Je vous prie, Monsieur l'Evêque, d'agréer l'assurance de ma considération très distinguée.
Rennes-le-Château, le 6 février 1909
Le Maire

Saunière est convoqué plusieurs fois à l'Evêché, mais ne s'y rend jamais prétextant des problèmes de santé. Il le rencontre enfin le 31 mars 1909.Monseigneur Billard demandera à Saunière de ne plus demander d'honoraires de messes en dehors du diocèse. La suspicion du trafic de messes est en train de naître.... Saunière promettra s'engageant même à en demander l'autorisation à l'évêque.

Le 2 juillet 1909, l'abbé Marty, curé de Coustaussa, Aumônier des Orphelins à Espéraza, est nommé à Rennes le Château. Il s'installera le 4 juillet 1909.
Saunière sent "le vent tourné" et avec l'aide de l'abbé Le Vieux et d'un notaire de Chalabre, il va faire rédiger les brouillons de deux accords écrits, datés 3 mois auparavant, avec Marie Dénarnaud dans lequel il lui vend tous ses meubles et bibelots pour 4 000 F (140 000 F) et elle lui vend les terrains, maison... pour la somme de 12 000 F (420 000 F). Chiffres qui sont loin de ceux déclarés à l'évêque...

Le 18 décembre 1909 et le 22 décembre 1909, le Vicaire général écrit :

Evêché de Carcassonne, le 18 Décembre 1909
Monsieur l'abbé Saunière,
La supérieure de l'Hôpital St Joseph, rue Pierre-Larousse n. 7 à Paris, a écrit à Monseigneur, pour lui demander, si elle pouvait vous envoyer des honoraires de Messe, en toute sûreté de conscience. Vous devinez la réponse qui lui a été faite :
"Gardez-vous bien de continuer à faire de pareils envois; parce que nous n'avons aucune confiance de la manière dont ce Prêtre acquitte les intentions de Messes, qu'il se procure partout où il peut. "
Monseigneur constate avec peine, que vous continuez à demander des honoraires de Messes en dehors du Diocèse. Et cependant vous aviez promis et protesté que désormais vous n'en demanderiez jamais  plus qu'à lui seul, personnellement.
Voilà comment vous tenez votre promesse.
Sa Grandeur se demande, si sa conscience ne lui fait pas un devoir de prendre des mesures efficaces pour faire cesser, une manière d'agir si déplorable.
Je vous offre mes sincères salutations.
H. Rodière

Evêché de Carcassonne
Carcassonne, le 22 Décembre 1909
Monsieur l'abbé Saunière,
Vous affirmez, que depuis la promesse que vous avez faite à Mgr vous n'avez plus demandé des honoraires de Messes à la Supérieure de l'Hôpital St Joseph, à Paris. Or voici ce qu'elle nous écrit, à la date de 28 octobre dernier... "Pendant qu'il était encore à Rennes-le-Château, comme Curé, Mr l'abbé Saunière s'était adressé à moi, sans me connaître, (il avait eu mon adresse par quelqu'un), pour me demander si je pourrais lui procurer quelques honoraires de Messes... Il m'a écrit dernièrement, qu'il était maintenant Prêtre en retraite, restant dans son ancienne Paroisse, et qu'il pourrait toujours acquitter les Messes, qu'on lui enverrait. Comme je n'ai pas l'avantage de le connaître, je vous serai reconnaissante de me dire, si on peut en conscience, lui envoyer des honoraires de Messes. "
Voilà, deux affirmations, évidemment contradictoires.
Monseigneur vous sera reconnaissant, si vous voulez bien lui dire, qu'elle est celle, qui est conforme à la vérité.
Recevez Monsieur l'abbé Saunière, mes sincères salutations.
H. Rodiére
v.,g.

Saunière niera puis reconnaîtra le fait d'avoir encaisser ces honoraires de messes en toute bonne foi.

Le 12 mai 1910, l'évêché envoie la lettre suivante :

Evêché de Carcassonne
Carcassonne, le 12 mai 1910
Monsieur l'abbé,
Voici le texte de la réponse, que Mgr me charge de donner à Mme Gabrielle Camus, faubourg des Vosges à Mirecourt, qui demande si on peut vous envoyer des honoraires de Messes en toute confiance.
M...
"Gardez-vous bien d'envoyer des honoraires de Messes à Mr l'abbé Saunière, ancien curé de Rennes-le-Château, et retiré dans cette Paroisse, parce que Mgr l'Evêque n'a aucune confiance en la manière, dont ce Prêtre acquitte ses obligations, sur ce point".
Sa Grandeur voit avec peine, que vous ne tenez pas la promesse formelle, que vous lui avez faite, de ne vous adresser qu'à elle, quand vous seriez dépourvu d'honoraires.
Recevez, Monsieur l'abbé Saunière, mes sincères salutations.
H. Rodière

Saunière est allé trop loin... Le 27 mai 1910 Monseigneur de Beauséjour demande à Monsieur le promoteur de l'Officialité de traduire Bérenger Saunière devant le tribunal pour lui interdire de demander des intentions de messes hors du diocèse.
Le 7 juillet 1910, Saunière est convoqué par Monsieur l'Official Cantegril pour le 16 juillet 1910. Il doit faire connaître son avocat avant le 12 juillet 1910. Il ne se manifeste pas jusqu'au 15 juillet 1910, veille de sa convocation, il envoie ceci :

Rennes-le-Château, le 15 juillet 1910
Monseigneur
Comme j'ai eu l'honneur de le dire à Votre Grandeur dernièrement, ainsi qu'à Monsieur le Vicaire général, pour les motifs que je vous ai exposés, je ne viendrai point demain samedi, 16 courant, devant le tribunal de l'Official, non pas que je ne le veuille point, mais parce que je ne le puis. Pour paraître devant mes juges avec quelque chance de succès, comme m'y invite la citation du 7 juillet, il me faudrait d'abord être autorisé à faire connaître les noms des personnes qui m'ont donné les fonds nécessaires à mes divers travaux, or cette autorisation je ne l'ai point.
Il me faudrait ensuite le courage et l'énergie nécessaire, la présence d'esprit, le sang froid et surtout la facilité de m'exprimer et je ne possède absolument rien de tout cela. - Je sais bien ce que vous allez me dire :
pourquoi ne pas prendre un avocat pour me représenter ? Oui tout cela est fort bien, mais qui choisir ne connaissant, parmi le clergé aucun membre apte à ma défense ? Et puis cet avocat en supposant que j'eusse réussi à en trouver un susceptible d'être agréé par le tribunal, vous aurait-il appris autre chose que ce que vous savez déjà ? Non Enfin, comme je vous l'ai encore dit, les fortes émotions, avec mon naturel impressionnable, étant excessivement contraires et nuisibles à mon état de santé, d'après les conseils et les ordres de mon médecin, je dois à tout prix les éviter, si je ne veux pas m'exposer aux pires catastrophes. Et maintenant quant à la question des honoraires de messes, laissez moi vous redire, Monseigneur, que depuis votre défense,, je n'en ai plus demandé, bien que certaines pièces de mon dossier semblent prouver le contraire et que ma conscience n'est pas aussi coupable que ce que vous paraissez croire. Avant de clore ces quelques lignes que j'ai cru bon de vous adresser, je demande à Dieu de pardonner à mes ennemis et à tous ceux qui ont cherché à me nuire et à me faire du mal, et je le prie, en même temps de m'accorder la force nécessaire pour faire sa sainte volonté et accepter en esprit de pénitence, ma condamnation quelle qu'elle soit.
Daignez agréer, etc ..
B. Saunière

P-S- La maison que j'ai construite avec toutes ses dépendances, comme semble l'insinuer un passage de la citation, n'a pas été édifiée pour m'enrichir et pour y couler mes jours dans le luxe et la mollesse, ma pensée, Monseigneur, comme il y a quelques années j'ai eu l'honneur de vous le communiquer, était de vous l'offrir pour une maison de retraite en faveur des prêtres âgés et infirmes - habitation confortable - chapelle, bibliothèque, promenade, jardin, terrasses, bon air, splendide panorama, rien n'aurait manqué aux pauvres vieux, pas même une place réservée dans le cimetière de la paroisse.
Je persiste toujours dans mon idée première, bien que le ciel semble aujourd'hui se mettre en travers de mes projets et ne pas vouloir les agréer.

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Le 16 juillet 1910, Saunière ne se présente pas. Il reçoit une convocation péremptoire pour le 23 juillet 1910. Il répond le 20 juillet 1910, et annonce que l'abbé Molinier, doyen d'Azille sera son avocat ainsi que Maître Mis, avocat à Limoux. Il demande 8 jours de plus afin d'organiser sa défense. N'ayant pas de réponse, il renvoie une lettre le 22 juillet.

Le 25 juillet 1910, il reçoit un courrier de l'Officialité lui annonçant que ses lettres n'étaient pas parvenues à l'Officialité mais à l'évêché. L'évêque étant absent, il n'a pu les transmettre et donc... Le 23 juillet le tribunal a rendu son jugement...

Jugement contre Bérenger Saunière défaillant.
Nous Official du Diocèse de Carcassonne, au nom de la Sainte Trinité et n'ayant en vue que la gloire de Dieu et le bien de l'Eglise.
Attendu que M. l'abbé Bérenger Saunière cité péremptoirement à comparaître à ce jour devant notre tribunal a fait défaut et a été déclaré contumace;
Ouï l'acte d'accusation de M. le promoteur reprochant à M. l'abbé Saunière le trafic des messes, la désobéissance à son évêque et des dépenses exagérées et non justifiées auxquelles semblent avoir été consacrés les honoraires des messes non acquittées.
Après avoir pris l'avis de messieurs les assesseurs, jugeant par défaut,
Condamnons M, l'abbé Bérenger Saunière à une suspense a divinis pour le diocèse de Carcassonne d'une durée d'un mois.
de la sentence qui va vous être faite je mets un délai de 15 jours pour la rendre exécutoire.
Votre tout dévoué en N.S
G.Cantagril v.g

Saunière est accablé. Il écrit à l'évêque pour demander que le procès soit revu car il n'a pu être représenté par ses avocats.
Le 31 juillet 1910, l'évêque accepte que le procès soit refait et le convoque pour le 23 août. Les vacances judiciaires étant là, le procès est reporté au 15 octobre.

Il choisi l'abbé Huguet (chanoine, curé d'Espiens par Nérac dans le Lot et Garonne et ancien professeur de l'université de Paris, docteur en théologie et droit canonique et postulateur de la cause de Pellevoisin devant le Saint-Office).

Le procès a lieu le 15 octobre 1910 pour les griefs de : Trafic de messes, dépenses exagérées et non justifiées, désobéissance formelle à Monseigneur l'évêque.

Le jugement sera rendu le 5 novembre 1910. Pour la désobéissance, il est condamné " à se rendre dans une maison de retraite sacerdotale ou dans un monastère à son choix pour y faire les exercices spirituels d'une durée de dix jours " dans un délai de 2 mois. Pour le trafic de messe, le tribunal n'a pas été " suffisamment et juridiquement convaincu d'avoir trafiqué des honoraires de messe " .
Pour les dépenses, Saunière est condamné à communiquer ses comptes à l'évêque dans un délai d'un mois.

Saunière a un délai de 10 jours pour faire appel. Il ne présente pas ses comptes à l'évêque.

Sur le conseil de l'abbé Huguet, il laisse passer le délai est présente son cas devant la Sacré Congrégation du Concile à Rome. Ce dernier plaidera début février 1911.

Le 13 mars 1911, Saunière envoie à Carcassonne, au vicaire général Saglio qui dirigeait la commission d'enquête, un dossier de 61 pages. La commission demandera à Saunière des précisions sur certaines pièces, il ne répondra pas...

Le 5 mai 1911, Saunière a purgé sa peine de 10 jours effectuée au monastère de Prouilles.

 

Le 14 juillet 1911, il envoie un relevé de comptes :
- Achat 3 terrains....................................1 550 F
- Restauration Eglise............................16 293 F
- Calvaire ............................................11 200 F
- Villa Béthania....................................90 000 F
- Tour Magdala....................................40 000 F
- Jardins.............................................19 050 F
- Aménagements intérieurs....................5 000 F
- Ameublement...................................10 000 F

TOTAL.............................................193 093 F
(Il s'agit de Franc-or.)

Contrairement à ce qui a été dit sur ce document, il ne s'agit certainement pas du papier envoyé à la commission mais plutôt du brouillon ayant servi à la lettre.
Tableau d'équivalence monétaire

Francs-Or

Francs actuels

Achat 3 terrains      1 550 F             54 250 F
Restauration Eglise    16 293 F           570 255 F
Calvaire    11 200 F           392 000 F
Villa Béthania    90 000 F        3 150 000 F
Tour Magdala    40 000 F        1 400 000 F
Jardins    19 050 F           666 750 F
Aménagements intérieurs      5 000 F           175 000 F
Ameublement    10 000 F           350 000 F
  --------------- ----------------------
  193 093 F       6 758 255 F

A l'évidence, les chiffres envoyés par Saunière sont faux. Il les a "gonflés". A titre d'exemple, à la même époque, un château et 380 hectares se vendait 100 000 F-or.

Le 30 octobre 1911, il reçoit de l'Officialité une citation à comparaître pour le 21 novembre 1911. Saunière ne s'y présente pas sur les conseils de Huguet.

Le 5 décembre 1911, il est condamné pour dilapidation et détournement de fonds à une suspense à divinis pour 3 mois qui durera jusqu'à la restitution des fonds détournés. "Il ressort que le prêtre  Bérenger Saunière est coupable de dilapidation et de détournement de fonds dont il était le dépositaire..."

De 1912 à 1913, le procès traîne en longueur...

Le Vatican déboutera Monseigneur de Beauséjour mais un contre-recours de ce dernier décide finalement du sort de Saunière et le 11 avril 1915, il est interdit d'exercer. Pendant toute cette histoire, il aura des ennuis financiers qui l'obligeront à hypothéquer pour 6 000 F.or un de ses immeubles auprès du Crédit Foncier.

 

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