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DU MONT PILAT A RENNES-LE-CHÂTEAU
Une interview de Thierry
Rollat
Thierry Rollat vient de publier un fort intéressant ouvrage, « Le
Vieux Secret », dans lequel il nous fait goûter aux charmes et aux
mystères du Mont Pilat et de la chartreuse de Sainte-Croix en Jarez.
Il y évoque également les liens supposés entre cette région et
Rennes-le-Château. Ce livre est disponible à l’Atelier Empreinte :
http://www.renneslechateau.com/librairie/rollat.htm
La rédaction : Bonjour
Thierry. En deux mots, pouvez-vous vous présenter ?
Bonjour à tous. Je peux
avant tout me définir comme un curieux et un passionné, qui aime
aller au bout de ses pensées, de ses idées. Je suis tombé tout petit
dans le chaudron de l’Histoire et de la recherche qui l’accompagne,
que ce soit celui de la petite ou de la grande Histoire, ayant en
l’occurrence un père cultivé en la matière. Mais, mes attirances
personnelles pour le passé se sont révélées progressivement, voire
tardivement. J’ai la chance de vivre dans une merveilleuse région,
le Pilat, qui ne manque ni de belles choses, ni d’authentiques
mystères que l’on a soif de percer, ou tout simplement l’envie de
mieux cerner. Devant les secrets du passé, il faut savoir rester
humble et aussi se contenter parfois d’infimes progressions dans les
investigations entreprises.
La
rédaction :Comment est née cette passion pour le Mont Pilat et la
Chartreuse de Sainte-Croix en Jarez ?

Le Mont Pilat est donc pour
moi par définition un environnement géographique quotidien. La
passion, qui a progressivement pris le pas sur le simple observateur
que j’étais, s’est construite au contact de tierces personnes qui
m’ont fait part, à leur manière et en fonction de leurs
connaissances, de savoirs captivants. Je ne peux que constater que
je me suis depuis pris au jeu.
Pour ce qui est de la
Chartreuse de Sainte-Croix en Jarez, je la qualifie, dans mon livre
‘le Vieux secret’, de Monument du Pilat : je pense que le terme
n’est pas trop fort. Son Histoire est tout sauf banale.
Personne ne peut
sérieusement aujourd’hui prétendre appréhender totalement cette même
Histoire et tous les mystères qui gravitent autour. Je préciserai ma
pensée, en vous citant deux exemples concrets. D’abord sa fondation
demeure particulièrement énigmatique. Je vous fais grâce du songe
merveilleux qu’aurait fait sa fondatrice, la Noble Béatrix de
Roussillon, mais plus sérieusement je préfère attirer l’attention,
sur la date charnière où s’est concrétisée cette fondation : 1280.
Sans faire long ou compliqué, l’époux de cette châtelaine est
soi-disant disparu en combattant héroïquement aux Croisades au tout
début de 1277 ; 3 ans plus tard les Chartreux débarquent à Sainte
Croix en Jarez ! Ce qui est certain c’est que l’héritier des
Roussillon était l’allié de Guillaume de Beaujeu, alors Grand Maître
de l’Ordre du Temple. Ce dernier appartenait à l’illustrissime
famille de Forez qui régnait, avec les Roussillon, sur toute notre
région. Des liens très forts existaient entre les deux Guillaume.
Pourquoi Guillaume de Roussillon est-il parti en Terre Sainte, là
est la vraie question. Mais la réponse n’est pas, comme de nombreux
livres régionalistes nous l’indiquent, pour prendre part aux
Croisades.
Que l’on regarde un peu
l’Histoire de France, la vraie, on s’aperçoit déjà que Guillaume de
Roussillon ne figure pas sur la liste officielle de la noblesse
ayant prêté main forte aux combats sacrés. Et pourtant, il était
bien en Terre Sainte, aux années indiquées (1275-1277). Qu’y
faisait-il et pourquoi sa veuve fonda-t-elle une Chartreuse en 1280,
avec quels fonds, avec l’appui de quelles forces occultes ? Ajoutons
toujours à propos des premières années de cette Chartreuse, qu’un
Prieur, sans aucune expérience, Ponce de la Sabliaire, parent des
Roussillon, fut imposé par cette même famille : pourquoi ? Qu’y
avait-il donc de si important à contrôler en ces lieux ? Un autre
personnage, très important et influant, vint finir ses jours dans
cette même Chartreuse, il y fut enterré en 1327. Je veux parler de
l’archidiacre de Lyon, Thibaud de Vassalieu. Lorsque l’on sait que,
des années plus tôt, il fut le négociateur officiel du rattachement
de la ville de Lyon (1312) à la couronne de France détenue alors par
Philippe le Bel, on peut se demander pourquoi il choisit de venir
finir ses jours à Sainte-Croix, monastère isolé et presque perdu en
pleine nature, en tous les cas très loin de la vie publique qu’il
connut auparavant. Bien des questions restent sans réponse fiable,
ce sont précisément celles qui me passionnent.
Mon second exemple, le
voici. La Révolution de 1789, précipita la fin de la Chartreuse de
Sainte-Croix, puisque cette dernière fut vendue comme bien national
et divisée entre une trentaine de nouveaux propriétaires laïcs. Les
Chartreux ont incontestablement eu le temps de sentir venir l’orage,
puisque la vente définitive ne fut entérinée seulement que trois ans
plus tard, en 1792. Qu’avaient-ils à cacher ? Là demeure aussi une
bonne question. On prétendit durant très longtemps que les
révolutionnaires auraient brûlé tous les riches écrits que
possédaient les moines. A présent, on est beaucoup moins sûrs. La
bibliothèque unique des Pères Chartreux, la collection de livres
rarissimes légués par Thibaud de Vassalieu, ne furent pas forcément
perdus pour tout le monde ! Quels secrets étaient protégés à
Sainte-Croix ? Voilà, brièvement résumé ce qui me fait,
m’interroger, entre autres, sur l’histoire de Sainte-croix.
Le Monument, pour les
nombreux visiteurs qui viennent chaque année en ‘pèlerinage’, impose
un profond respect. Quelle que soit la saison, c’est un vrai plaisir
pour les yeux et l’imagination.

La
rédaction : Vous nous racontez dans votre livre l’histoire d’une
passionnante recherche, celle d’un mystérieux souterrain. Mais une
recherche non aboutie. Continuez-vous aujourd’hui vos
investigations ?
La quête du souterrain qui
prendrait forme sous le versant Nord de la petite commune de Trèves,
au nord du Pilat, à moins de 10 kilomètres de Sainte-Croix, de plus
situé en territoire Chartreux, me tient effectivement
particulièrement à cœur. Mon livre ‘le Vieux Secret’ s’efforce de
faire le point sur les données en notre possession, ainsi que sur
l’avancée des recherches. Des pistes se précisent, les raisons qui
expliquent la construction de ce souterrain également. Mon ouvrage
est à ce titre devenu un formidable ‘catalyseur’ qui nous apporte à
présent de très nombreuses informations : c’est là, à mon sens, très
positif. Nous avons par exemple depuis, retrouvé des traces écrites
de la présence du souterrain, antérieures de 12 ans, à celles
connues jusque-là. Nous avons également maintenant la preuve que la
maison, que je qualifie ‘d’énigmatique’ dans mon livre, a jadis
appartenu aux Chartreux de Sainte-Croix et ce jusqu’à la Révolution.
Personne jusqu’alors dans le village de Trèves, ni ailleurs du
reste, n’avait eu connaissance de cette information et pour cause,
les archives départementales n’en font nullement mention. Alors, à
votre question, de savoir si les recherches continuent, je ne peux
que vous répondre plus que jamais.
La rédaction : Dans
les hypothèses émises sur la « raison » de ce souterrain, vous
évoquez rapidement une piste Templière. Pouvez-vous préciser votre
pensée ?
La trace incontestable des
Templiers dans le Pilat se retrouve exclusivement dans la petite
commune de Marlhes, près de Saint-Etienne, très proche du col de la
République. Cette commanderie était alors rattachée au Velay, par
conséquent sans lien direct avec le Pilat, à proprement parler.
D’autres rumeurs, en revanche, tendent à élargir le rôle des
Templiers ici même. J’en partage certaines. Effectivement, je pense
que l’ordre du Temple a pu jouer un rôle de tout premier plan dans
les coulisses de la fondation de Sainte-Croix. J’ai évoqué plus haut
les liens qui ont existé entre les deux Guillaume, je pense que
Guillaume de Roussillon avait une mission précise en étroite
collaboration avec les Templiers, à savoir rapatrier des richesses
de Terre Sainte, à une période cruciale, où il fallait sauver
l’essentiel. Les Croisades étaient terminées en 1275, bon nombre
d’historiens crédibles, les font se terminer à la mort de Saint
Louis en 1270 ; la noblesse n’y croyait plus et ne voulait plus
fournir des hommes pour une cause qui était perdue. Même si Saint
Jean d’Acre n’est tombé qu’en 1291, il n’y avait plus de volonté, ni
de moyens suffisants pour espérer encore renverser les données, ni
les forces en présence. Guillaume de Roussillon ne s’est pas
sacrifié en allant combattre les infidèles, il avait évidemment une
chance de revenir et de réussir sa mission.
La fondation de Sainte-Croix prend, à mon avis, tout
son sens dans ce contexte précis. J’y reviens largement dans mon
ouvrage et effectivement je fais un lien avec la raison d’être du
souterrain sur la commune de Trèves, village où jamais le moindre
château ne vit le jour. Je ne vais pas ici re-préciser tous les
arguments développés dans mon livre, je reviendrai simplement sur un
curieux fronton que je présente sur une photo en page quatre du
‘Vieux Secret’. Une croix pattée apparaît, paradoxalement à côté
d’une date, 1757. Je précise que la vieille bâtisse, qui possède ce
fronton, se trouve sur le territoire de la commune de Trèves, au
beau milieu du fameux versant nord. Est-ce un indice nous permettant
d’établir un lien avec les Templiers ? A première vue non, en raison
de la date 1757. Et bien pourtant j’ai la certitude que ce signe a
volontairement été laissé bien en vue pour la pérennité.
Rappelons-nous que les Chartreux possédaient cette maison, sans
doute fortifiée, et ceci durant cinq cents ans. Je peux vous
préciser ici qu’un chercheur nantais, maintenant complètement
investi dans ‘l’Affaire’ de Trèves, nous a apporté de nombreux
éléments nouveaux dans la ‘lecture’ de ce fronton. Permettez-moi de
rester discret pour l’heure sur ses avancées, mais sachez qu’elles
confirment pleinement les présomptions que je développe, là aussi
largement, dans mon ouvrage : les Templiers sont à mon avis, à
l’origine de transactions secrètes sur le sol, et ‘sous’ le sol du
versant Nord de la petite commune de Trèves.

La
rédaction : Vous classez le « lien » entre le Pilat et
Rennes-le-Château dans la catégorie des légendes. Pourquoi ?
J’évoque effectivement dans
‘le Vieux Secret’ le lien présumé qui existerait entre
Rennes-le-Château et le Pilat. Si je l’ai mentionné, c’est déjà, à
mon sens, que les présomptions sont suffisamment sérieuses pour être
développées. Mais, il est vrai que je classe cette théorie au rang
de légende, car un détail me gêne. L’élément central sur lequel
repose ce lien, certes alléchant, est le bas relief de l’église de
Rennes-le-Château, représentant Marie Madeleine en prière, qui prend
place sur l’autel au centre de cette église. Saunière, pour les
chercheurs qui défendent cette thèse, se serait inspiré d’une toile
qui se trouvait encore il y a trois ans dans une chapelle du Pilat.
Pour information, depuis cette toile a mystérieusement été volée.
Nous aurions donc ainsi la preuve visuelle que le célèbre religieux
audois se serait rendu jadis dans le Pilat, et là toute une théorie,
même plusieurs, sont argumentées.
On retrouve notamment la
piste Mérovingienne, avec les Roussillon précédemment évoqués, comme
descendants directs de cette dynastie, qui auraient un temps, avec
un certain Girard de Roussillon, préservé les reliques de Marie
Madeleine à Sainte-Croix, avant de fonder l’abbaye de Vézelay en
Bourgogne, où elles auraient été conservées. Mais voilà, la très
crédible Société Visages de Notre Pilat, par l’intermédiaire de son
président d’honneur, nous apprend que la toile du Pilat aurait
été peinte seulement en 1920, par un certain Bonnel. Saunière,
décédé en 1917, aurait par conséquent eu du mal à s’inspirer d’une
toile qui n’existait pas de son vivant. Je n’ai pas de preuve
formelle de cette date de 1920, aussi le doute doit continuer de
profiter aux théories liant le Pilat à Rennes-le-Château.
Néanmoins, Visages de Notre
Pilat persiste et enfonce le clou, par l’intermédiaire de sa revue
DAN L’TAN et des courriers de ses lecteurs. Au début du vingtième
siècle, la revue Pèlerin aurait diffusé un portrait de Marie
Madeleine ressemblant, à ceux représentés à la chapelle de la
Madeleine du Pilat, autant qu’à celui de l’église de
Rennes-le-Château. Des artistes locaux se seraient donc par
conséquent inspirés de cette revue, y ajoutant des détails
régionaux, éliminant par là-même tout lien entre le Pilat et
Rennes-le-Château. Là encore, il est important de prendre un peu de
recul et peut-être de nuancer tout ceci, mais pour l’heure, je
classe personnellement ce lien au chapitre des légendes. Mais vous
comprendrez que pour être complet dans la présentation de
l’environnement ‘historique’ de la Chartreuse de Sainte-Croix, je me
devais de mentionner Rennes-le-Château, car les arguments des
chercheurs demeurent somme toutes pertinents et pour certains
d’entre eux pourquoi pas fiables. |