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PAUL SAUSSEZ Présente LE TOMBEAU DES SEIGNEURS |

1) Depuis quand vous intéressez-vous à
"l'affaire" de Rennes-le-Château ?
Cela fait environ dix ans que
je m’intéresse à Rennes-le-Château. J’y suis arrivé par un assez
long détour. J’ai toujours été passionné par l’égyptologie et plus
particulièrement par les pyramides et le sphinx de Guizèh. La
référence faite à ces monuments dans la symbologie franc-maçonnique
m'a conduit à étudier les origines de cette institution, ce qui m'a
conduit à m'intéresser aux Templiers, ces "Gardiens du Graal".
Enfin, les connexions que les auteurs de "L'Enigme Sacrée"
ont évoquées entre le Graal et Marie-Madeleine m'ont fait découvrir
Rennes-le Château et son mystère. J'avais ainsi lu une grande partie
des ouvrages "mythographiques" écrits sur le sujet avant même
de m'être rendu à Rennes pour la première fois en 1997.
2) Quelles ont été vos premières
impressions à Rennes-le-Château ?
Je m'attendais naïvement à
trouver sur place le "souffle d'histoire" qu'une certaine
littérature avait donnée au site. J'avais également imaginé
pouvoir y trouver une documentation plus fondamentale sur l'histoire
et l'architecture de l'église. J'ai été d'autant plus déçu de
trouver si peu que Rennes-le-Château est nichée au cœur d'une région
riche en vestiges médiévaux abondamment commentés et, pour la
plupart, remarquablement valorisés au plan touristique. J'avais le
sentiment qu'il devait y avoir un "chaînon manquant" entre ce
que j'avais lu et la réalité que je venais de découvrir. En
compensation, j'avais pris goût à un coin de France absolument
magnifique et que je connaissais très peu. C'est l'attrait de la
région, plus que mon intérêt fléchissant pour "l'affaire",
qui m'a ramené à Rennes-le-Château l'année suivante.

3) C'est donc en 1998 que vous
avez commencé l'étude "raisonnée" de l'affaire ?
C'est en assistant à une des
conférences de la "Table de l'Abbé" en juillet 1998, que j'ai
pris contact avec cette race si particulière à Rennes, celle des
"chercheurs". Si j'ai bon souvenir, c'est Jean-Pierre Monteils
qui m'a renseigné les ouvrages "sérieux" que je cherchais.
J'ai alors dévalisé la librairie Empreinte (parmi d'autres !) des
livres de Jarnac, Rivière, Bedu et Corbu-Captier, sans oublier ces
fourmillères de renseignements utiles que sont les "Cahiers de
Rennes-le-Château". Ces lectures, avec de nombreuses autres qui
s'y sont ajoutées en quelques mois, venant doubler le volume de ma
bibliothèque sur le sujet, ont relancé mon intérêt pour
"l'affaire". Tout ceci –sans oublier des relevés effectués dans
l'église dans des circonstances parfois rocambolesques- a finalement
abouti aux hypothèses que j'ai développées lors de mes conférences à
Rennes-le-Château en 2002 et 2003 et illustrées dans le CD que je
viens de réaliser.
4) Parlez-nous de l'accusation de trafic
de messes lancée par Mgr Beuvain de Beauséjour. Pensez- vous que
Saunière ait pu bâtir sa fortune sur un trafic de messes ?
Nous savons, par les carnets
de comptes que tenait l’abbé Saunière, qu’il a sollicité à grande
échelle et de façon très organisée, des honoraires de messe auprès
de nombreux correspondants, tant en France qu’à l’étranger. Cette
pratique n’était pas inhabituelle et tolérée par les autorités
ecclésiastiques tant qu’elle ne dépassait pas le territoire du
diocèse et que les messes demandées étaient effectivement dites.
Dans le cas de l’abbé Saunière, ces honoraires se sont montés à
environ 48.000 francs sur une période de 23 ans. On sait également
qu’il a bénéficié de dons, parfois importants, consentis par de
riches familles. Ce n’était pas inhabituel non plus. Saunière
lui-même les a évalués à 80.000 francs. Pourtant, ces sommes ne
justifient pas les dépenses engagées pour la restauration de
l’église et les constructions privées de l’abbé, soit un total de
193.000 francs. Il persiste toutefois un doute sur la réalité de ces
montants, qui sont ceux que Saunière a déclarés à l’Officialité lors
du procès canonique qui l’opposa à Mgr Beuvain de Beauséjour. D’une
part, Saunière n’a pu produire des factures qu’à concurrence de
38.000 francs. D’autre part, dans les brouillons que l’on a
retrouvés de ses déclarations, son bilan ne totalise que 71.600
francs, dont 15.000 francs seulement de dons. Enfin, le montant de
165.600 francs déclaré pour la construction de son domaine, semble
exagérément élevé. Par comparaison, une grosse maison bourgeoise
dans les meilleurs quartiers de Paris valait à l’époque aux
alentours de 100.000 francs. Ces manipulations font évidemment
suspecter une dissimulation. Il pourrait s’agir des honoraires de
messe non acquittés, ou alors d’autres revenus provenant de sources
probablement moins avouables.
5) Ce trafic de messes ne semble
pourtant pas avoir inquiété Mgr Billard. Qu'en pensez-vous ?
Il est curieux, à première
vue, que Saunière n’ait jamais été inquiété par sa hiérarchie tant
que Mgr Billard occupait le siège archiépiscopal. Ses ennuis ont
commencé avec Mgr Paul-Félix Beuvain de Beauséjour. Je crois pour ma
part que le procès intenté à l’abbé Saunière n’était qu’une
péripétie dans une opération de nettoyage beaucoup plus vaste, au
sujet de laquelle les autorités ecclésiastiques sont restées jusqu’à
ce jour très discrètes. En effet, Mgr Billard était un manieur
d’argent menant grand train. L’origine de sa fortune, qui n’était
pas insignifiante, reste ténébreuse. Il fut lui-même suspendu “a
divinis” pour sa gestion suspecte des fonds de l’archevêché et
eut à subir plusieurs procès pour simonie et captation d’héritage.
Notamment, les circonstances douteuses qui ont entouré le rachat par
Mgr Billard, à titre privé, du domaine de pèlerinage de Notre-Dame
de Marceille près de Limoux, n’auront pas échappé à l’enquête
diligentée par Mgr de Beauséjour.
6) Saunière aurait donc effectué de
nombreux voyages, surtout quand il était à court d'argent ?
C’est ce que rapportent les témoignages.
Quand il était à court de ressources, Saunière lui-même disait “Je
n’ai plus le sou, il faut que j’aille en chercher”. Et il
disparaissait, en effet, pour plusieurs jours. Ceci semble indiquer
que l’abbé n’a jamais eu à portée de main un coffre rempli de pièces
d’or. Saunière gérait ses ressources avec prudence et étalait le
règlement de ses factures, parfois sur plusieurs mois. Il s’est même
trouvé à plusieurs reprises endetté vis-à-vis de l’une ou l’autre de
ses paroissiennes. La période réellement faste ne s’est située que
sur une dizaine d’années, entre 1898 et 1908, c’est à dire l’époque
où il a fait construire la villa Béthania, la tour Magdala et les
jardins. Saunière voyageait-il pour monnayer quelqu’objet ou
information ? C’est possible. En tout état de cause, ces
transactions devaient se dérouler aussi loin que possible de témoins
directs. On sait par exemple qu’il avait des avoirs sur un compte en
banque à Perpignan, mais Saunière ne les a jamais déclarés aux
bilans qu’il a présentés à l’Officialité lors de son procès.
7) D'après vous, Sauniere aurait été
informé par avance de l'existence du tombeau ?
La découverte du tombeau en
1891 ne me paraît pas fortuite. Mgr Billard, qui tenait
l’information de son mentor Mgr de Bonnechose, avait probablement
mis l’abbé au courant d’un tombeau “intéressant” lors de sa
nomination à Rennes en 1885. En tous cas, Saunière en obtient la
confirmation dès 1887, lorsqu’il découvre un parchemin rédigé vers
1790 par son lointain prédécesseur, l’abbé Bigou, lui révélant le
secret de son église. C’est le point de départ de toute l’aventure.
Il retrouve, dans la foulée, l’ancien registre paroissial caché par
l’abbé Bigou à l’approche de la Révolution, qui confirme l’existence
du tombeau. Dès le début de 1891, Saunière entreprend une série de
démarches qui trahissent un plan prémédité pour fouiller son église
et les alentours sans éveiller les soupçons. Quelques mois plus
tard, il “découvre” le tombeau.

8) Le registre paroissial qui parle de l'inhumation des seigneurs
de Rennes est-il authentique ?
Oui, le registre paroissial est
authentique. C’est un livre dont les feuillets sont timbrés aux
armes de l’archevêché d’Alet. Les entrées sont manuscrites, de la
main même des curés qui se sont succédé à la paroisse de Rennes
entre 1694 et 1726. Ce document exceptionnel, que j’ai pu consulter,
a été retrouvé dans les papiers de l’abbé Saunière par Claire Corbu
et Antoine Captier, ses propriétaires actuels. Je rappelle que
Claire Corbu est la fille de Noël Corbu, qui était le légataire
universel de Marie Dénarnaud, décédée en 1953, qui elle-même avait
hérité de Bérenger Saunière.
9) Si les
fameux "parchemins" étaient des faux confectionnés par
Plantard et de Cherisey, que dire de la stèle de Marie de Nègre ?.
On raconte également qu'elle ne serait pas authentique.
Il faut bien distinguer la stèle de la
dalle. La dalle horizontale, portant les inscriptions “ET IN ARCADIA
EGO”, “REDDIS REGIS CELLIS ARCIS” et “PS - PRAECUM” ne me semble pas
entièrement authentique. Son existence n’est pas attestée du temps
de Saunière, ni avant. La stèle verticale, portant l’épitaphe “CIT
GIT NOBLE M...” est, en revanche, authentique. L’original a disparu,
mais il en existe un relevé fait en 1905 par Elie Tisseyre lors
d’une excursion de la Société d’Etudes Scientifiques de l’Aude. La
reproduction qu’en donnent la plupart des ouvrages est incomplète.
Le dessin original renseigne, outre la vue de face, une vue de
dessus, où l’on voit, gravés sur la tranche de la stèle, les mots “PS-PRAECUM”.
Ainsi, les 128 lettres nécessaires au décryptage de l’épitaphe pour
donner l’anagramme “BERGERE PAS DE TENTATION...” se sont toujours
trouvées sur une seule et même pierre. Cette petite découverte
renforce ma conviction que seule la dalle horizontale est
inauthentique.
10) D'après Corbu-Captier, Saunière
aurait trouvé quelque chose sous la "Dalle des Chevaliers" en 1887.
Saunière note par ailleurs la découverte d'un tombeau dans son
cahier-journal 1891.
Claire Corbu et Antoine Captier, ainsi
que beaucoup d’autres, rapportent que c’était la “Dalle des
Chevaliers”qui recouvrait l’entrée souterraine du tombeau, dont
Saunière mentionne la découverte dans son cahier-journal le 21
septembre 1891. Pour ma part, je ne le pense pas. En effet, les
témoignages les plus fiables racontent qu’une dalle avait été
relevée, et que celle-ci “tenait toute la largeur de l’autel”. Or,
la “Dalle des Chevaliers” ne mesure que 134cm de large. C’est fort
peu pour un autel qui était soutenu par deux piliers, mesurant
chacun 45cm de côté. Il faut savoir qu’il existait dans l’église un
second autel, dédié à la Vierge. C’est sous cet autel, élevé sur une
dalle, que Saunière a découvert l’entrée du tombeau. Quant à la
“Dalle des Chevaliers”, je pense qu’il s’agit d’un panneau de
sarcophage, probablement remonté du tombeau.
11) Comment Mgr Billard a-t-il eu connaissance de l'existence
d'un tombeau sous l'église ?
Monseigneur Félix-Arsène Billard devait
sa mitre épiscopale au Cardinal Henri de Bonnechose, dont il était
le protégé depuis 1860, à l’époque où celui-ci était archevêque de
Rouen (Normandie). Or, de 1848 à 1865, Mgr de Bonnechose avait
lui-même été archevêque de Carcassonne. C’est très certainement à
l’occasion de l’une ou l’autre de ses nombreuses et, semble-t-il,
méticuleuses, visites pastorales aux églises de son diocèse, qu’il
aura appris l’existence du tombeau des Seigneurs et de la crypte de
Rennes. Il aura naturellement transmis cette information à son
protégé Billard, dont il appuyera la nomination à Carcassonne en
1881.
12) Quels étaient les rapports entre l'abbé Saunière et Mgr
Billard ?
Mgr Billard était le supérieur
hiérarchique de l’abbé Saunière. C’est lui qui, en 1879, le nommera
vicaire à Alet, puis, en 1882, curé à Le Clat, petite paroisse
perdue dans le pays de Sault. Il est intéressant de noter que Le
Clat est situé dans l’ancien fief des Nègre d’Ables. Avait-il reçu
pour mission de s’informer sur la famille de Nègre ? C’est tout à
fait plausible, car Saunière passera beaucoup de temps chez l’abbé
Cros, curé de Roquefeuil, berceau de la famille de Nègre. Cros
deviendra plus tard vicaire général, c’est à dire le bras droit de
Mgr Billard. Cros est une des personnes que Saunière informera en
premier de la découverte du tombeau. L’hypothèse que je crois la
plus vraisemblable, étant donné les antécédents de Billard et les
prédispositions de Saunière, est que l’un et l’autre se sont
entendus sur le pillage du tombeau, le premier entraînant le second
dans une sinistre affaire de trafic et de recel.
13) Et avec l'abbé Gélis ?
L’abbé Gélis était parmi ceux,
avec le vicaire général Cros, que Saunière avait informés de la
découverte du tombeau. C’est l’un des “4 confrères” qui lui
ont rendu visite à Rennes le 6 octobre. Saunière, avec
l’acquiescement de Billard, a probablement acheté le silence de ces
“4 confrères”, qui ont fermé les yeux sur le pillage du
tombeau. Le 31 octobre 1897, Gélis a été retrouvé assassiné dans son
presbytère. On a retrouvé une fortune en pièces et billets de banque
chez lui, alors que son traitement ne dépassait pas 900 francs par
an. L’argent n’était donc pas le mobile du crime, mais le mystère
reste entier quant à l’origine de cette fortune. L’enquête
judiciaire concluera au vol de documents, mais lesquels ? Laffaire
n’est, à ce jour, pas élucidée.
14) Parlez-nous des aspects historiques
et architecturaux de l'église.
Il semble qu’à l’origine,
l’église Ste Madeleine ait été la chapelle attenante au château
comtal qui s’élevait à l’emplacement actuel du domaine de l’abbé
Saunière, point culminant de la colline de Rennes. Partie de
l’ancienne marche d’Espagne, la Septimanie, dont le Razès, avait été
érigée en comté par Charlemagne au bénéfice de son cousin Guillaume
de Gellone, en récompense de ses faits d’armes contre les Sarrasins.
Il est possible que Guillaume, plus connu comme fondateur de
l’abbaye St Guilhem-le-Désert en 804, ait érigé une place forte à
Rennes, sur des substructures déjà construites par les wisigoths. Ce
château comtal sera détruit par les troupes de Simon de Montfort en
1209, lors des croisades contre les Cathares. Plusieurs vestiges,
tels le pilier d’autel et la “Dalle des Chevaliers” ainsi
qu’une colonne et un chapiteau retrouvés dans le clocher, sont de
facture carolingienne. L’église de Rennes daterait ainsi du début du
IX° siècle, voire de la fin du VIII° siècle. L’abside
semi-circulaire avec ses bandes lombardes est typique du premier art
roman méridional, apparu en Septimanie au X° siècle. L’église a subi
d’importantes destructions en 1575, lors des guerres de Religion.
Elle ne sera reconstruite qu’à la fin du XVII° siècle. L’oculus rond
de l’abside date de cette époque. Vers 1740, l’église est dotée d’un
ensemble mobiliaire en bois de noyer, notamment d’une chaire et
d’une tribune au-dessus de l’entrée. Le clocher est rehaussé à la
même époque. Dans les années qui suivent la révolution de 1789,
privée de desservants, l’église est laissée à l’abandon. Elle sera
réhabilitée au fur et à mesure au cours du XIX° siècle. Elle est
dans un état de délabrement avancé lorsque l’abbé Saunière arrive à
Rennes en 1885. Il entreprendra des réparations à la toiture,
remplacera les vitraux cassés, fournira de nouveaux bancs. Il
changera l’autel en 1887, remplacera la chaire et construira un
porche en 1891, démontera la tribune en 1895. Le décor que l’on
connaît aujourd’hui est tel que l’abbé Saunière l’a réalisé de 1896
à 1897.
15) Il existerait donc une nécropole
sous l'église ?
En effet, c’est le registre
paroissial qui nous l’apprend. On y mentionne l’inhumation, en 1705
et en 1724, de deux personnes “en l’église de ce lieu, au tombeau
des seigneurs, qui est auprès du Balustre”. Ce qui nous fait
penser, comme Corbu-Captier, que le tombeau est assez vaste, c’est
qu’il reçoit encore au XVIII° siècle, la sépulture de personnages
qui ne sont pas les seigneurs du lieu, mais des parents, amis ou
alliés. Le testament de Henri d’Hautpoul du 24 avril 1695 fait
également allusion au tombeau: “...voulant qu’après mon décès,
mon corps soit enseveli dans l’église paroissiale dudit Rennes,
tombeau de mes prédécesseurs...”. Outre le tombeau, je suis
convaincu que l’église de Rennes recèle également en son sein une
crypte. Il s’agit de bien faire la différence. La crypte est un lieu
où l’on expose à la vénération des fidèles, les reliques d’un ou de
plusieurs saints. Sachant que l’église date de la fin du VIII°
siècle, il est très probable qu’elle ait été érigée sur un site de
dévotion ou de pèlerinage plus ancien. C’est le cas de nombreuses
églises du Languedoc-Roussillon. On pourrait donc se trouver en
présence d’une des plus anciennes cryptes de France. Cette seule
raison est suffisante pour justifier l’intérêt de fouilles
archéologiques.
16) Parlez-nous de la "litre". On a
dit que c'était le signe de la sépulture d'un personnage important.
On discerne en effet une bande
claire sur la muraille nord de l’église, du côté du cimetière. Il
s’agit d’une ancienne litre, du latin “litra” qui signifie
lisière ou bordure. Certains ont cru voir dans ce bandeau le signe
exclusif d’une sépulture royale: c’est inexact. La litre était un
droit qu’avaient les seigneurs du lieu, du XVI° siècle jusqu’à la
Révolution, de faire apposer leurs armoiries sur les églises qui
ressortissaient à leurs domaines. Ce droit était le plus souvent
exercé à la mort du seigneur. On traçait alors sur les murs de
l'église, tantôt à l’intérieur, tantôt à l’extérieur, une bande
peinte en noir sur laquelle on ajoutait les armoiries du personnage.
Cela se pratiquait aussi dans les cathédrales à la mort de l'évêque.
Les blasons de plusieurs personnages pouvaient ainsi se superposer.
A la Révolution, la plupart des blasons ont été grattés et les
litres blanchis à la chaux. Ce fut le cas pour l’église de Rennes.
17) Expliquez-nous les travaux faits par
saunière dans l'église.
Saunière découvre le tombeau
des seigneurs en 1891. Il en a trouvé l’entrée sous l’ancien autel
de la Vierge, dans une arcature de la muraille nord, à l’emplacement
actuel de l’escalier qui conduit à la chaire. Il se rend rapidement
compte qu’il ne pourra pas utiliser cette entrée sans fermer
l’église et éveiller l’attention des fidèles. Il la barricade donc
avec des planches en bois, qui resteront en place plusieurs années.
Saunière découvre une seconde entrée, contre la muraille sud et à
côté de la sacristie, qui conduit directement à la crypte par une
baie en sous-œuvre. C’était par ce chemin que’autrefois les pèlerins
visitaient la crypte. Vers 1894, Saunière érigera une absidiole à
l’aplomb de cette baie, qui communique avec la sacristie par une
porte dérobée dans un faux placard. C’est la fameuse “pièce
secrète”. Saunière a tenté, en 1894 et 1895, de trouver la baie
correspondante du côté du cimetière en creusant au pied de la
muraille nord. Il a du abandonner ce projet devant les protestations
des habitants, qui voyaient les tombes familiales toutes remuées.
18) Parlons maintenant des fouilles
projetées par l'équipe américaine. Qu'en-est il exactement ?
Une demande d’autorisation de
fouilles archéologiques avait effectivement été introduite en mars
2003 par l’équipe américano-italienne, qui, depuis avril 2001, avait
procédé à des sondages au GPR (Ground Penetrating Radar). Cette
demande a été rejetée en avril 2003. L’avis du CIRA (Comité
Interrégional d’Archéologie) est motivé par “l’absence de projet
scientifique, de stratégie de fouille et d’équipe compétente au
regard du site”. Ce jugement sévère est, à mon sens, en grande
partie justifié. L’argumentaire scientifique de la demande situe
Rennes comme une acropole culturelle depuis le V° siècle avant JC,
avec l’accent mis sur la période gallo-romaine, au détriment de
toute l’histoire médiévale, moderne et contemporaine, qui me semble
à priori plus pertinente au regard de la région, du site et de
l’église. Quant à l’interprétation des sondages GPR, le dossier
néglige de prendre en compte les perturbations causées notamment par
l’apport de centaines de tonnes de terre exogènes lors de
l’aménagement de ses jardins par Saunière, et par les fouilles et
travaux effectués dans l’église, tant par Saunière lui-même que par
les chercheurs des années 50 et 60. J’en veux pour preuve la
découverte sous la tour Magdala, au mois d’août 2003, d’un simple
caillou en lieu et place du prétendu coffre révélé par le GPR.
Enfin, l’argumentaire reste flou quant aux raisons impératives pour
lesquelles il aurait été intéressant de fouiller le site. Le tombeau
des seigneurs n’est mentionné qu’en passant, et il n’est nulle part
question de crypte. J’ai résolu pour ma part de mettre sur pied un
groupe de travail avec des collaborateurs qualifiés, parmi lesquels
une caution académique incontestable au plan scientifique, afin
d’élaborer un nouveau dossier de demande de fouilles. J’espère que
ce projet aboutira d’ici à un ou deux ans.
19) Y aurait-il l'un ou l'autre
obstacle politique qui empêcherait ces fouilles ?
Il n’existe pas à proprement parler de
problèmes politiques. Il y a bien entendu des formalités
administratives à remplir, et c’est bien normal. Les fouilles
archéologiques sont soumises à autorisation préalable du ministère
de la Culture. Conformément aux dispositions de la loi du
01/12/1989, il faut présenter à la Direction Régionale des Affaires
Culturelles (DRAC) un dossier argumenté au plan scientifique. C’est
un Comité Interrégional d’Archéologie (CIRA) qui se prononce sur la
demande. Il faut en outre obtenir l’accord du propriétaire des lieux
où les fouilles sont projetées. En l’occurrence, l’Eglise de Rennes
est la propriété de la commune. Comme les fouilles sont interdites à
Rennes-le-Château par un arrêté municipal pris en 1965, il faut que
cet arrêté soit suspendu une décision de la mairie. Le maire actuel
avait levé cette interdiction pour la demande introduite en mars
2003 par l’équipe américano-italienne.

20) Pour conclure, quel est votre point
vue sur toute cette affaire ?
A mon sens, Rennes-le-Château est le
siège d’une énigme historique et/ou religieuse réelle.
Le voile aurait sans doute été levé
depuis longtemps si une mythographie extravagante ne s’était emparée
de l’affaire jusqu’à polluer tout débat scientifique et faire fuir
les historiens et archéologues sérieux.
On peut distinguer deux courants.
Le premier est celui d’un trésor
monétaire, poursuivi avec acharnement par des chercheurs sur le
terrain depuis les révélations de Noël Corbu dans les années 50. Je
qualifierais ce courant de franco-français.
Le second
courant est apparu à la fin des années 60 avec le livre de Gérard de
Sède “L’Or de Rennes” et s’est amplifié à l’échelle
planétaire dans les années 80 avec le livre “Holy Blood, Holy
Grail” de Baigent, Leigh et Lincoln, suivi par “The Tomb of
God” de Andrews et Schellenberger. C’est le courant
pseudo-historique privilégié par les anglo-saxons, dont les bases
reposent entièrement sur ce que j'estime être un canular monté de
toutes pièces par Pierre Plantard et Philippe de Chérisey. Il vient
encore récemment d’être ravivé par le roman “Da Vinci Code”
de Dan Brown, qui s’est vendu à plus de 4 millions d’exemplaires. On
remarquera cependant, dans cette fable, que l’épilogue ne se situe
pas à Rennes-le-Château comme on aurait pu s’y attendre, mais à
Rosslyn Chapel en Ecosse, puis, invraisemblablement, dans la
pyramide du Louvre à Paris.
Les temps sont peut-être en train de
changer. Rennes commence à intéresser des amateurs un peu plus
éclairés ainsi que de jeunes universitaires qui jettent un regard
entièrement neuf sur l’affaire. C’est prometteur pour l’avenir. Au
niveau local et régional, dans un contexte de société qui privilégie
la mise en valeur du patrimoine historique et culturel,
Rennes-le-Château mérite mieux qu'une bouillie de légendes pour être
mise en valeur aux plans culturel et touristique. Seules des
fouilles archéologiques permettront une fois pour toutes d’achever
ces débats stériles, mais surtout d’en ouvrir d’autres plus
enrichissants.
Pour ma part, je
citerai en conclusion ces paroles de Fontenelle (1657-1757):
«Il est vrai qu’on ne
peut trouver la pierre philosophale, mais il est bon qu’on la
cherche. En la cherchant, on trouve de forts beaux secrets qu’on ne
cherchait pas.»
Copyright Paul SAUSSEZ - Juillet 2004