Le nouveau site de la Librairie Atelier Empreinte

   A la une de Rennes le Chateau

Cédérom
Le cédérom (cdrom) consacré à l'affaire de Rennes le Chateau
CD-ROM

Eté 2007 Village  News !!! (=>Forums <=) Voyage à RLC Cartes postales  Atelier Empreinte

La Librairie de Rennes le Château
Le livre du mois, sélectionné par la librairie Atelier Empreinte à Rennes le Chateau
Livredumois
B.Saunière Alentours Documents Interviews Plan du Site Fonds d'écran
Personnages Parchemins Recherches  Liens Web Haute Vallée Economiseur
L'histoire Hypothèses Reportages Revue presse G.P.S Livre d'Or
Eglise Procès Web TV P.Annonces Crédits site Webcam
Bâtiments Bibliographie Fouilles ? =>Newsletter <= Mises à jour


Recherche Rennes le Chateau

Le tourisme dans la région de Rennes le ChateauTourisme dans la région de Rennes le Chateau
Les meilleures adresses
: Hotels, Restaurants, Chambres d'Hotes, Campings,  Santé, Relaxation, Locations de voitures, Equitation

Rennes le Chateau

 

PAUL SAUSSEZ
Présente
LE TOMBEAU DES SEIGNEURS

1) Depuis quand vous intéressez-vous à "l'affaire" de Rennes-le-Château ?

Cela fait environ dix ans que je m’intéresse à Rennes-le-Château. J’y suis arrivé par un assez long détour. J’ai toujours été passionné par l’égyptologie et plus particulièrement par les pyramides et le sphinx de Guizèh. La référence faite à ces monuments dans la symbologie franc-maçonnique m'a conduit à étudier les origines de cette institution, ce qui m'a conduit à m'intéresser aux Templiers, ces "Gardiens du Graal". Enfin, les connexions que les auteurs de "L'Enigme Sacrée" ont évoquées entre le Graal et Marie-Madeleine m'ont fait découvrir Rennes-le Château et son mystère. J'avais ainsi lu une grande partie des ouvrages "mythographiques" écrits sur le sujet avant même de m'être rendu à Rennes pour la première fois en 1997.

2) Quelles ont été vos premières impressions à Rennes-le-Château ?

Je m'attendais naïvement à trouver sur place le "souffle d'histoire" qu'une certaine littérature avait donnée au site. J'avais également imaginé pouvoir y trouver une documentation plus fondamentale sur l'histoire et l'architecture de l'église. J'ai été d'autant plus déçu de trouver si peu que Rennes-le-Château est nichée au cœur d'une région riche en vestiges médiévaux abondamment commentés et, pour la plupart, remarquablement valorisés au plan touristique. J'avais le sentiment qu'il devait y avoir un "chaînon manquant" entre ce que j'avais lu et la réalité que je venais de découvrir. En compensation, j'avais pris goût à un coin de France absolument magnifique et que je connaissais très peu. C'est l'attrait de la région, plus que mon intérêt fléchissant pour "l'affaire", qui m'a ramené à Rennes-le-Château l'année suivante.

3) C'est donc en 1998 que vous avez commencé l'étude "raisonnée" de l'affaire ?

C'est en assistant à une des conférences de la "Table de l'Abbé" en juillet 1998, que j'ai pris contact avec cette race si particulière à Rennes, celle des "chercheurs". Si j'ai bon souvenir, c'est Jean-Pierre Monteils qui m'a renseigné les ouvrages "sérieux" que je cherchais. J'ai alors dévalisé la librairie Empreinte (parmi d'autres !) des livres de Jarnac, Rivière, Bedu et Corbu-Captier, sans oublier ces fourmillères de renseignements utiles que sont les "Cahiers de Rennes-le-Château". Ces lectures, avec de nombreuses autres qui s'y sont ajoutées en quelques mois, venant doubler le volume de ma bibliothèque sur le sujet, ont relancé mon intérêt pour "l'affaire". Tout ceci –sans oublier des relevés effectués dans l'église dans des circonstances parfois rocambolesques- a finalement abouti aux hypothèses que j'ai développées lors de mes conférences à Rennes-le-Château en 2002 et 2003 et illustrées dans le CD que je viens de réaliser.

4) Parlez-nous de l'accusation de trafic de messes lancée par Mgr Beuvain de Beauséjour. Pensez- vous que Saunière ait pu bâtir sa fortune sur un trafic de messes ?

Nous savons, par les carnets de comptes que tenait l’abbé Saunière, qu’il a sollicité à grande échelle et de façon très organisée, des honoraires de messe auprès de nombreux correspondants, tant en France qu’à l’étranger. Cette pratique n’était pas inhabituelle et tolérée par les autorités ecclésiastiques tant qu’elle ne dépassait pas le territoire du diocèse et que les messes demandées étaient effectivement dites. Dans le cas de l’abbé Saunière, ces honoraires se sont montés à environ 48.000 francs sur une période de 23 ans. On sait également qu’il a bénéficié de dons, parfois importants, consentis par de riches familles. Ce n’était pas inhabituel non plus. Saunière lui-même les a évalués à 80.000 francs. Pourtant, ces sommes ne justifient pas les dépenses engagées pour la restauration de l’église et les constructions privées de l’abbé, soit un total de 193.000 francs. Il persiste toutefois un doute sur la réalité de ces montants, qui sont ceux que Saunière a déclarés à l’Officialité lors du procès canonique qui l’opposa à Mgr Beuvain de Beauséjour. D’une part, Saunière n’a pu produire des factures qu’à concurrence de 38.000 francs. D’autre part, dans les brouillons que l’on a retrouvés de ses déclarations, son bilan ne totalise que 71.600 francs, dont 15.000 francs seulement de dons. Enfin, le montant de 165.600 francs déclaré pour la construction de son domaine, semble exagérément élevé. Par comparaison, une grosse maison bourgeoise dans les meilleurs quartiers de Paris valait à l’époque aux alentours de 100.000 francs. Ces manipulations font évidemment suspecter une dissimulation. Il pourrait s’agir des honoraires de messe non acquittés, ou alors d’autres revenus provenant de sources probablement moins avouables.

5) Ce trafic de messes ne semble pourtant pas avoir inquiété Mgr Billard. Qu'en pensez-vous ?

Il est curieux, à première vue, que Saunière n’ait jamais été inquiété par sa hiérarchie tant que Mgr Billard occupait le siège archiépiscopal. Ses ennuis ont commencé avec Mgr Paul-Félix Beuvain de Beauséjour. Je crois pour ma part que le procès intenté à l’abbé Saunière n’était qu’une péripétie dans une opération de nettoyage beaucoup plus vaste, au sujet de laquelle les autorités ecclésiastiques sont restées jusqu’à ce jour très discrètes. En effet, Mgr Billard était un manieur d’argent menant grand train. L’origine de sa fortune, qui n’était pas insignifiante, reste ténébreuse. Il fut lui-même suspendu “a divinis” pour sa gestion suspecte des fonds de l’archevêché et eut à subir plusieurs procès pour simonie et captation d’héritage. Notamment, les circonstances douteuses qui ont entouré le rachat par Mgr Billard, à titre privé, du domaine de pèlerinage de Notre-Dame de Marceille près de Limoux, n’auront pas échappé à l’enquête diligentée par Mgr de Beauséjour.

6) Saunière aurait donc effectué de nombreux voyages, surtout quand il était à court d'argent ?

C’est ce que rapportent les témoignages. Quand il était à court de ressources, Saunière lui-même disait “Je n’ai plus le sou, il faut que j’aille en chercher”. Et il disparaissait, en effet, pour plusieurs jours. Ceci semble indiquer que l’abbé n’a jamais eu à portée de main un coffre rempli de pièces d’or. Saunière gérait ses ressources avec prudence et étalait le règlement de ses factures, parfois sur plusieurs mois. Il s’est même trouvé à plusieurs reprises endetté vis-à-vis de l’une ou l’autre de ses paroissiennes. La période réellement faste ne s’est située que sur une dizaine d’années, entre 1898 et 1908, c’est à dire l’époque où il a fait construire la villa Béthania, la tour Magdala et les jardins. Saunière voyageait-il pour monnayer quelqu’objet ou information ? C’est possible. En tout état de cause, ces transactions devaient se dérouler aussi loin que possible de témoins directs. On sait par exemple qu’il avait des avoirs sur un compte en banque à Perpignan, mais Saunière ne les a jamais déclarés aux bilans qu’il a présentés à l’Officialité lors de son procès.

7) D'après vous, Sauniere aurait été informé par avance de l'existence du tombeau ?

La découverte du tombeau en 1891 ne me paraît pas fortuite. Mgr Billard, qui tenait l’information de son mentor Mgr de Bonnechose, avait probablement mis l’abbé au courant d’un tombeau “intéressant” lors de sa nomination à Rennes en 1885. En tous cas, Saunière en obtient la confirmation dès 1887, lorsqu’il découvre un parchemin rédigé vers 1790 par son lointain prédécesseur, l’abbé Bigou, lui révélant le secret de son église. C’est le point de départ de toute l’aventure. Il retrouve, dans la foulée, l’ancien registre paroissial caché par l’abbé Bigou à l’approche de la Révolution, qui confirme l’existence du tombeau. Dès le début de 1891, Saunière entreprend une série de démarches qui trahissent un plan prémédité pour fouiller son église et les alentours sans éveiller les soupçons. Quelques mois plus tard, il “découvre” le tombeau.


8) Le registre paroissial qui parle de l'inhumation des seigneurs de Rennes est-il authentique ?

Oui, le registre paroissial est authentique. C’est un livre dont les feuillets sont timbrés aux armes de l’archevêché d’Alet. Les entrées sont manuscrites, de la main même des curés qui se sont succédé à la paroisse de Rennes entre 1694 et 1726. Ce document exceptionnel, que j’ai pu consulter, a été retrouvé dans les papiers de l’abbé Saunière par Claire Corbu et Antoine Captier, ses propriétaires actuels. Je rappelle que Claire Corbu est la fille de Noël Corbu, qui était le légataire universel de Marie Dénarnaud, décédée en 1953, qui elle-même avait hérité de Bérenger Saunière.

9) Si les fameux "parchemins" étaient des faux confectionnés par Plantard et de Cherisey, que dire de la stèle de Marie de Nègre ?. On raconte également qu'elle ne serait pas authentique.

Il faut bien distinguer la stèle de la dalle. La dalle horizontale, portant les inscriptions “ET IN ARCADIA EGO”, “REDDIS REGIS CELLIS ARCIS” et “PS - PRAECUM” ne me semble pas entièrement authentique. Son existence n’est pas attestée du temps de Saunière, ni avant. La stèle verticale, portant l’épitaphe “CIT GIT NOBLE M...” est, en revanche, authentique. L’original a disparu, mais il en existe un relevé fait en 1905 par Elie Tisseyre lors d’une excursion de la Société d’Etudes Scientifiques de l’Aude. La reproduction qu’en donnent la plupart des ouvrages est incomplète. Le dessin original renseigne, outre la vue de face, une vue de dessus, où l’on voit, gravés sur la tranche de la stèle, les mots “PS-PRAECUM”. Ainsi, les 128 lettres nécessaires au décryptage de l’épitaphe pour donner l’anagramme “BERGERE PAS DE TENTATION...” se sont toujours trouvées sur une seule et même pierre. Cette petite découverte renforce ma conviction que seule la dalle horizontale est inauthentique.

10) D'après Corbu-Captier, Saunière aurait trouvé quelque chose sous la "Dalle des Chevaliers" en 1887. Saunière note par ailleurs la découverte d'un tombeau dans son cahier-journal 1891.

Claire Corbu et Antoine Captier, ainsi que beaucoup d’autres, rapportent que c’était la “Dalle des Chevaliers”qui recouvrait l’entrée souterraine du tombeau, dont Saunière mentionne la découverte dans son cahier-journal le 21 septembre 1891. Pour ma part, je ne le pense pas. En effet, les témoignages les plus fiables racontent qu’une dalle avait été relevée, et que celle-ci “tenait toute la largeur de l’autel”. Or, la “Dalle des Chevaliers” ne mesure que 134cm de large. C’est fort peu pour un autel qui était soutenu par deux piliers, mesurant chacun 45cm de côté. Il faut savoir qu’il existait dans l’église un second autel, dédié à la Vierge. C’est sous cet autel, élevé sur une dalle, que Saunière a découvert l’entrée du tombeau. Quant à la “Dalle des Chevaliers”, je pense qu’il s’agit d’un panneau de sarcophage, probablement remonté du tombeau.


11) Comment Mgr Billard a-t-il eu connaissance de l'existence d'un tombeau sous l'église ?

Monseigneur Félix-Arsène Billard devait sa mitre épiscopale au Cardinal Henri de Bonnechose, dont il était le protégé depuis 1860, à l’époque où celui-ci était archevêque de Rouen (Normandie). Or, de 1848 à 1865, Mgr de Bonnechose avait lui-même été archevêque de Carcassonne. C’est très certainement à l’occasion de l’une ou l’autre de ses nombreuses et, semble-t-il, méticuleuses, visites pastorales aux églises de son diocèse, qu’il aura appris l’existence du tombeau des Seigneurs et de la crypte de Rennes. Il aura naturellement transmis cette information à son protégé Billard, dont il appuyera la nomination à Carcassonne en 1881.


12) Quels étaient les rapports entre l'abbé Saunière et Mgr Billard ?

Mgr Billard était le supérieur hiérarchique de l’abbé Saunière. C’est lui qui, en 1879, le nommera vicaire à Alet, puis, en 1882, curé à Le Clat, petite paroisse perdue dans le pays de Sault. Il est intéressant de noter que Le Clat est situé dans l’ancien fief des Nègre d’Ables. Avait-il reçu pour mission de s’informer sur la famille de Nègre ? C’est tout à fait plausible, car Saunière passera beaucoup de temps chez l’abbé Cros, curé de Roquefeuil, berceau de la famille de Nègre. Cros deviendra plus tard vicaire général, c’est à dire le bras droit de Mgr Billard. Cros est une des personnes que Saunière informera en premier de la découverte du tombeau. L’hypothèse que je crois la plus vraisemblable, étant donné les antécédents de Billard et les prédispositions de Saunière, est que l’un et l’autre se sont entendus sur le pillage du tombeau, le premier entraînant le second dans une sinistre affaire de trafic et de recel.

13) Et avec l'abbé Gélis ?

L’abbé Gélis était parmi ceux, avec le vicaire général Cros, que Saunière avait informés de la découverte du tombeau. C’est l’un des “4 confrères” qui lui ont rendu visite à Rennes le 6 octobre. Saunière, avec l’acquiescement de Billard, a probablement acheté le silence de ces “4 confrères”, qui ont fermé les yeux sur le pillage du tombeau. Le 31 octobre 1897, Gélis a été retrouvé assassiné dans son presbytère. On a retrouvé une fortune en pièces et billets de banque chez lui, alors que son traitement ne dépassait pas 900 francs par an. L’argent n’était donc pas le mobile du crime, mais le mystère reste entier quant à l’origine de cette fortune. L’enquête judiciaire concluera au vol de documents, mais lesquels ? Laffaire n’est, à ce jour, pas élucidée.

14) Parlez-nous des aspects historiques et architecturaux de l'église.

Il semble qu’à l’origine, l’église Ste Madeleine ait été la chapelle attenante au château comtal qui s’élevait à l’emplacement actuel du domaine de l’abbé Saunière, point culminant de la colline de Rennes. Partie de l’ancienne marche d’Espagne, la Septimanie, dont le Razès, avait été érigée en comté par Charlemagne au bénéfice de son cousin Guillaume de Gellone, en récompense de ses faits d’armes contre les Sarrasins. Il est possible que Guillaume, plus connu comme fondateur de l’abbaye St Guilhem-le-Désert en 804, ait érigé une place forte à Rennes, sur des substructures déjà construites par les wisigoths. Ce château comtal sera détruit par les troupes de Simon de Montfort en 1209, lors des croisades contre les Cathares. Plusieurs vestiges, tels le pilier d’autel et la “Dalle des Chevaliers” ainsi qu’une colonne et un chapiteau retrouvés dans le clocher, sont de facture carolingienne. L’église de Rennes daterait ainsi du début du IX° siècle, voire de la fin du VIII° siècle. L’abside semi-circulaire avec ses bandes lombardes est typique du premier art roman méridional, apparu en Septimanie au X° siècle. L’église a subi d’importantes destructions en 1575, lors des guerres de Religion. Elle ne sera reconstruite qu’à la fin du XVII° siècle. L’oculus rond de l’abside date de cette époque. Vers 1740, l’église est dotée d’un ensemble mobiliaire en bois de noyer, notamment d’une chaire et d’une tribune au-dessus de l’entrée. Le clocher est rehaussé à la même époque. Dans les années qui suivent la révolution de 1789, privée de desservants, l’église est laissée à l’abandon. Elle sera réhabilitée au fur et à mesure au cours du XIX° siècle. Elle est dans un état de délabrement avancé lorsque l’abbé Saunière arrive à Rennes en 1885. Il entreprendra des réparations à la toiture, remplacera les vitraux cassés, fournira de nouveaux bancs. Il changera l’autel en 1887, remplacera la chaire et construira un porche en 1891, démontera la tribune en 1895. Le décor que l’on connaît aujourd’hui est tel que l’abbé Saunière l’a réalisé de 1896 à 1897.

15) Il existerait donc une nécropole sous l'église ?

En effet, c’est le registre paroissial qui nous l’apprend. On y mentionne l’inhumation, en 1705 et en 1724, de deux personnes “en l’église de ce lieu, au tombeau des seigneurs, qui est auprès du Balustre”. Ce qui nous fait penser, comme Corbu-Captier, que le tombeau est assez vaste, c’est qu’il reçoit encore au XVIII° siècle, la sépulture de personnages qui ne sont pas les seigneurs du lieu, mais des parents, amis ou alliés. Le testament de Henri d’Hautpoul du 24 avril 1695 fait également allusion au tombeau: “...voulant qu’après mon décès, mon corps soit enseveli dans l’église paroissiale dudit Rennes, tombeau de mes prédécesseurs...”. Outre le tombeau, je suis convaincu que l’église de Rennes recèle également en son sein une crypte. Il s’agit de bien faire la différence. La crypte est un lieu où l’on expose à la vénération des fidèles, les reliques d’un ou de plusieurs saints. Sachant que l’église date de la fin du VIII° siècle, il est très probable qu’elle ait été érigée sur un site de dévotion ou de pèlerinage plus ancien. C’est le cas de nombreuses églises du Languedoc-Roussillon. On pourrait donc se trouver en présence d’une des plus anciennes cryptes de France. Cette seule raison est suffisante pour justifier l’intérêt de fouilles archéologiques.

16) Parlez-nous de la "litre". On a dit que c'était le signe de la sépulture d'un personnage important.

On discerne en effet une bande claire sur la muraille nord de l’église, du côté du cimetière. Il s’agit d’une ancienne litre, du latin “litra” qui signifie lisière ou bordure. Certains ont cru voir dans ce bandeau le signe exclusif d’une sépulture royale: c’est inexact. La litre était un droit qu’avaient les seigneurs du lieu, du XVI° siècle jusqu’à la Révolution, de faire apposer leurs armoiries sur les églises qui ressortissaient à leurs domaines. Ce droit était le plus souvent exercé à la mort du seigneur. On traçait alors sur les murs de l'église, tantôt à l’intérieur, tantôt à l’extérieur, une bande peinte en noir sur laquelle on ajoutait les armoiries du personnage. Cela se pratiquait aussi dans les cathédrales à la mort de l'évêque. Les blasons de plusieurs personnages pouvaient ainsi se superposer. A la Révolution, la plupart des blasons ont été grattés et les litres blanchis à la chaux. Ce fut le cas pour l’église de Rennes.

17) Expliquez-nous les travaux faits par saunière dans l'église.

Saunière découvre le tombeau des seigneurs en 1891. Il en a trouvé l’entrée sous l’ancien autel de la Vierge, dans une arcature de la muraille nord, à l’emplacement actuel de l’escalier qui conduit à la chaire. Il se rend rapidement compte qu’il ne pourra pas utiliser cette entrée sans fermer l’église et éveiller l’attention des fidèles. Il la barricade donc avec des planches en bois, qui resteront en place plusieurs années. Saunière découvre une seconde entrée, contre la muraille sud et à côté de la sacristie, qui conduit directement à la crypte par une baie en sous-œuvre. C’était par ce chemin que’autrefois les pèlerins visitaient la crypte. Vers 1894, Saunière érigera une absidiole à l’aplomb de cette baie, qui communique avec la sacristie par une porte dérobée dans un faux placard. C’est la fameuse “pièce secrète”. Saunière a tenté, en 1894 et 1895, de trouver la baie correspondante du côté du cimetière en creusant au pied de la muraille nord. Il a du abandonner ce projet devant les protestations des habitants, qui voyaient les tombes familiales toutes remuées.

18) Parlons maintenant des fouilles projetées par l'équipe américaine. Qu'en-est il exactement ?

Une demande d’autorisation de fouilles archéologiques avait effectivement été introduite en mars 2003 par l’équipe américano-italienne, qui, depuis avril 2001, avait procédé à des sondages au GPR (Ground Penetrating Radar). Cette demande a été rejetée en avril 2003. L’avis du CIRA (Comité Interrégional d’Archéologie) est motivé par “l’absence de projet scientifique, de stratégie de fouille et d’équipe compétente au regard du site”. Ce jugement sévère est, à mon sens, en grande partie justifié. L’argumentaire scientifique de la demande situe Rennes comme une acropole culturelle depuis le V° siècle avant JC, avec l’accent mis sur la période gallo-romaine, au détriment de toute l’histoire médiévale, moderne et contemporaine, qui me semble à priori plus pertinente au regard de la région, du site et de l’église. Quant à l’interprétation des sondages GPR, le dossier néglige de prendre en compte les perturbations causées notamment par l’apport de centaines de tonnes de terre exogènes lors de l’aménagement de ses jardins par Saunière, et par les fouilles et travaux effectués dans l’église, tant par Saunière lui-même que par les chercheurs des années 50 et 60. J’en veux pour preuve la découverte sous la tour Magdala, au mois d’août 2003, d’un simple caillou en lieu et place du prétendu coffre révélé par le GPR. Enfin, l’argumentaire reste flou quant aux raisons impératives pour lesquelles il aurait été intéressant de fouiller le site. Le tombeau des seigneurs n’est mentionné qu’en passant, et il n’est nulle part question de crypte. J’ai résolu pour ma part de mettre sur pied un groupe de travail avec des collaborateurs qualifiés, parmi lesquels une caution académique incontestable au plan scientifique, afin d’élaborer un nouveau dossier de demande de fouilles. J’espère que ce projet aboutira d’ici à un ou deux ans.

19) Y aurait-il l'un ou l'autre obstacle politique qui empêcherait ces fouilles ?

Il n’existe pas à proprement parler de problèmes politiques. Il y a bien entendu des formalités administratives à remplir, et c’est bien normal. Les fouilles archéologiques sont soumises à autorisation préalable du ministère de la Culture. Conformément aux dispositions de la loi du 01/12/1989, il faut présenter à la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) un dossier argumenté au plan scientifique. C’est un Comité Interrégional d’Archéologie (CIRA) qui se prononce sur la demande. Il faut en outre obtenir l’accord du propriétaire des lieux où les fouilles sont projetées. En l’occurrence, l’Eglise de Rennes est la propriété de la commune. Comme les fouilles sont interdites à Rennes-le-Château par un arrêté municipal pris en 1965, il faut que cet arrêté soit suspendu une décision de la mairie. Le maire actuel avait levé cette interdiction pour la demande introduite en mars 2003 par l’équipe américano-italienne.

20) Pour conclure, quel est votre point vue sur toute cette affaire ?

A mon sens, Rennes-le-Château est le siège d’une énigme historique et/ou religieuse réelle.

Le voile aurait sans doute été levé depuis longtemps si une mythographie extravagante ne s’était emparée de l’affaire jusqu’à polluer tout débat scientifique et faire fuir les historiens et archéologues sérieux.

On peut distinguer deux courants.

Le premier est celui d’un trésor monétaire, poursuivi avec acharnement par des chercheurs sur le terrain depuis les révélations de Noël Corbu dans les années 50. Je qualifierais ce courant de franco-français.

Le second courant est apparu à la fin des années 60 avec le livre de Gérard de Sède “L’Or de Rennes” et s’est amplifié à l’échelle planétaire dans les années 80 avec le livre “Holy Blood, Holy Grail” de Baigent, Leigh et Lincoln, suivi par “The Tomb of God” de Andrews et Schellenberger. C’est le courant pseudo-historique privilégié par les anglo-saxons, dont les bases reposent entièrement sur ce que j'estime être un canular monté de toutes pièces par Pierre Plantard et Philippe de Chérisey. Il vient encore récemment d’être ravivé par le roman “Da Vinci Code” de Dan Brown, qui s’est vendu à plus de 4 millions d’exemplaires. On remarquera cependant, dans cette fable, que l’épilogue ne se situe pas à Rennes-le-Château comme on aurait pu s’y attendre, mais à Rosslyn Chapel en Ecosse, puis, invraisemblablement, dans la pyramide du Louvre à Paris.

Les temps sont peut-être en train de changer. Rennes commence à intéresser des amateurs un peu plus éclairés ainsi que de jeunes universitaires qui jettent un regard entièrement neuf sur l’affaire. C’est prometteur pour l’avenir. Au niveau local et régional, dans un contexte de société qui privilégie la mise en valeur du patrimoine historique et culturel, Rennes-le-Château mérite mieux qu'une bouillie de légendes pour être mise en valeur aux plans culturel et touristique. Seules des fouilles archéologiques permettront une fois pour toutes d’achever ces débats stériles, mais surtout d’en ouvrir d’autres plus enrichissants.

Pour ma part, je citerai en conclusion ces paroles de Fontenelle (1657-1757): «Il est vrai qu’on ne peut trouver la pierre philosophale, mais il est bon qu’on la cherche. En la cherchant, on trouve de forts beaux secrets qu’on ne cherchait pas.»


Copyright Paul SAUSSEZ - Juillet 2004

Recevez les mises à jour du site, inscrivez-vous sur notre Newsletter

inscriptiondésinscription

© 1997-2007 - Tous droits réservés.