WM : Bon
anniversaire Torkain, et commençons par le commencement.
Quand et comment est tu tombé dans la « marmite
» de l’affaire de Rennes-le-Château ?
Il y a 20 ans,
j'étais passionné de jeux de rôles. Un
court article dans le magazine des Lion's (dont mon père
faisait partie) attira mon attention. On parlait de la sortie d'un
ouvrage consacré au mystère d'un curé
qui aurait trouvé un trésor... Un jeu de
rôle "pour de vrai". J'achetais l'ouvrage et me plongeais
dans cette étrange histoire. Etant très souvent
sur Carcassonne à l'époque, je
décidais d'aller voir ce village sur sa colline. J'ai eu la
chance de rencontrer Antoine Captier qui m'a raconté en
détail l'histoire de Bérenger
Saunière. Ce fut le coup de foudre. Je me suis
précipité sur la plupart des livres
écrits sur le sujet et commencé à
faire mes propres recherches. De rencontres en découvertes
le simple curieux que j’étais deviendra un grand
passionné par cette histoire et cette région.
WM
: Peux tu nous raconter pourquoi et comment tu as
créé cet espace de recherche, au milieu de
l’année 1997 ?
Par hasard... A cette
époque, je travaillais en complément de mes
études dans une société
télématique qui créait et entretenait
des services minitels. Je me familiarisais avec l'informatique, les
réseaux et la création de pages
vidéotextes (les gros carrés des
écrans minitels). Une de mes autres passions
était l'Amiga, un ordinateur très
évolué. Il m'est alors venu l'idée de
faire sur Amiga, un serveur minitel consacré à
Rennes-le-Château. C'était la naissance de
"Sortilège", un magazine sur minitel (en tarif local),
consacré à Rennes-le-Château, aux
mystères et à tout ce qui touche
l'étrange et le paranormal. Nous sommes en 1995, ce serveur
est à peine terminé, et c'est pour moi une
deuxième grande découverte, Internet ! Je range
l'Amiga, achète un PC, et mets en ligne le 20 mai 1997, "Les
archives de Rennes-le-Château", première version
de ce qui deviendra www.rennes-le-chateau.com.
Le site tient sur 3 pages et 5 photos. La partie «
Mystères et Etrange » du serveur minitel, est
remisée dans un carton. Elle ressortira quelques
années plus tard pour donner naissance au site Alchimia
Magazine qui est maintenant l’un des sites leader de son
secteur.
WM
: Quel était, à l’époque, le
paysage de l’internet castelrennais ? Existait-il
d’autres sites de même nature ?
Il y avait deux sites. Celui de
A.Kaser (si ma mémoire est bonne) et une partie RLC dans le
site de Philippe Contal, cathares.org (C’est
d’ailleurs lui qui m’a envoyé le premier
mail de ma vie d’internaute). Le paysage était
donc pauvre et les internautes peu nombreux. En 1998 naissait le site
de JP Pourtal, apportant quelques nouveautés en termes de
services web (dont les forums). Nos sites, parfois concurrents, mais
surtout complémentaires, apportaient une certaine dynamique
dans le milieu des internautes castelrennais, dont le nombre augmentait
tous les mois. Les gens allaient d’un site à
l’autre. L’ambiance était excellente.
L’explosion d’internet en France verra
apparaître une multitude de sites souvent
médiocres dans leur gestion, plagiant les contenus et
n’apportant rien de bien innovant. Dix ans après, renneslechateau.com
reste le site de référence et le site n°1.
WM
: Tu as géré ce site pendant près de
sept années. Quels sont tes meilleurs souvenirs ?
Les rencontres ! C’est
le premier mot qui me vient à l’esprit et je pense
quelques personnes en particulier : Sonia Moreu, Gérard de
Sède, Henry Lincoln, Paul Saussez, Octonovo. Mais je
n’oublie pas également les amitiés et
les relations qui se sont créées avec des
chercheurs, des auteurs et des passionnés.
WM
: Et les moins bons ?
Les mauvaises rencontres. Je ne
vais pas les énumérer toutes, mais
hélas la liste est longue. J’ai vraiment eu de
mauvaises expériences : des faussaires, des mythomanes, des
escrocs, des jaloux… Mais il faut relativiser ces mauvais
souvenirs, une poignée de personnes par rapport aux
centaines de milliers que j’ai pu croiser sur le Net et
à RLC. Ces gens sont souvent aigris de
l’échec de leurs propres recherches. Ils sont
arrivés ici comme moi d’ailleurs, avec beaucoup de
passion pour cette histoire mais leur passion s’est
estompée face aux réalités de la vie
dans cette région.
WM
: Il est frappant de constater que les forums de discussion, et cela
est valable pour pratiquement tous les sites actuels, ont tendance
à se transformer en espaces de règlements de
comptes. Que penses-tu de ce phénomène ?
Actuellement, je ne peux
m’exprimer sur le sujet, n’ayant hélas,
plus de temps à passer sur les forums de rennes-le-chateau.com.
Rennes le Château est, avant tout, une affaire de
passionnés. Les gens s’emballent vite et
l’anonymat encourage certains propos et
débordements. Au début du site, je
gérais les messages manuellement avant leur publication.
Cela permettait, non pas une censure, mais une retenue de la part de
certains intervenants au sang chaud. Quand je suis passé
à un système automatisé,
j’ai dû faire face à une bande de
trublions qui ont finalement dégagé le terrain
pour créer leurs propres forums. L’ambiance est
redevenue plus saine. Je ne crois pas qu’il y ait de solution
miracle à part modérer, modérer et
encore modérer. Je gère le site d’une
chanteuse très connue, et il y a une personne dont le boulot
consiste à surveiller les forums quotidiennement
à cause de certains dérapages. Comme quoi, il
n’y a pas qu’à Rennes le
Château.
WM
: Est-ce que ton expérience d’échange
avec les chercheurs t’a permis, personnellement,
d’avancer dans la compréhension de
l’affaire Saunière ? Dit autrement,
t’es-tu forgé une conviction ?
Je pense être
passé par tous les stades dans ma conviction de la nature du
trésor de Saunière. Peut être pas le
côté extra terrestres… En
découvrant Rennes le Château, je pensais
être à la recherche d’un
trésor composé de monnaies sonnantes et
trébuchantes. En fait mon parcours est parallèle
à la façon dont la littérature
castelrennaise évolue dans la nature du trésor.
De monnaies je suis parti en quête d’un objet
sacré comme l’arche d’alliance, la
menora ou encore le graal. Au hasard de rencontres, je fus convaincu de
la présence d’un tombeau dans la
région, Jésus, Marie Madeleine voire les
deux… J’étais dans la mouvance de
l’ouvrage La Montagne Sacrée. Des documents
circulaient dans la région, dans les greniers de Limoux. On
avait envie d’y croire, envie de croire à la
théorie du complot organisé par le Vatican, les
services secrets, le Mossad, de croire que le moindre symbole sur une
pierre codifie un secret merveilleux. Avec le recul, c’est
très drôle et un peu puéril, mais cette
région est propice au rêve et au merveilleux.
C’est en vivant sur place que mon opinion a
profondément changé et que mon approche a
été beaucoup plus cartésienne et
historique. Plus d’affirmation sans preuves
vérifiées et vérifiables. Et
c’est sous cet angle que certaines
vérités apparaissent. On constate
également que quelques pistes n’ont pas
été suivies ou approfondies. Les carnets mis
à jour par Octonovo sont d’une grande importance
dans la compréhension de la machinerie Saunière.
WM
: Tu as tourné aujourd’hui la page et est
passé à d’autres activités.
Continues-tu, à titre personnel, à
t’intéresser à l’affaire
Saunière ? Comment la vois-tu aujourd’hui avec
recul ?
La page a
été tournée il y a maintenant 3 ans et
pendant ces années, j’étais sur
d’autres chantiers, bien moins spirituels et bien que cette
page ait été tournée, le livre
n’est peut être pas complètement
fermé. N’oublions pas que je suis un
véritable passionné de cette affaire.
J’ai peut être encore deux ou trois choses
à raconter… Comment Saunière
approvisionnait en vin, avec l’aide de son père et
de Monseigneur Billard, l’ensemble du diocèse. Que
Marie de Nègre a certainement fini ces jours en
Ariège et y repose. Que Fouquet, Poussin et
Saunière savaient surement que Louis XIV
n’était pas le fils de Louis XIII et que par
conséquent que des « usurpateurs »
auraient régné sur le trône de France.
Que Julie Fons, la sœur de lait de Marie
Dénarnaud, a hérité d’un
secret concernant l’abbé Saunière, que
les N inversés ne sont pas mystérieux…
Actuellement
j’ai l’impression que nous allons revenir
à une affaire un peu plus historique, l’effet
DaVinci Code / Marie Madeleine s’estompant.
J’espère que la crypte sous
l’église, qui représente un grand
trésor archéologique, intéressera
à nouveau la DRAC et un peu moins les médias.
L’affaire de Rennes le Château est faite de
périodes :
- Sauniere,
la source
- Corbu, les
prémices
- De
Sède, le lancement national
- Lincoln,
l’internationalisation
- Internet,
la mondialisation de l’espace de recherche
(période à laquelle je pense avoir
contribuée)
- Saussez,
la révélation archéologique
- Dan Brown,
la consécration.
Et
maintenant ?
WM
: Merci Torkain et bon vent.