AU PAYS DES AVEUGLES.....

 

 

Prenez donc garde, répliqua Sancho; ce que nous voyons là-bas ne sont pas des géants mais des moulins à vent.

Cervantès.

 

 

 

 

 

DU SECRET DES MOULINS A VENT...

 

L'ingénieux hidalgo, qui exercait ses multiples talents dans la province de la Mancha, n'eut point trop à chercher pour provoquer les géants aux longs bras en combat singulier. Ils étaient si nombreux, en ce plat pays aux rares cours d'eaux, qu'il ne pouvait échapper à leur rencontre. Dans ce pays-ci, par contre, il en va tout différemment. Depuis le Moyen-Age, la vallée de l'Aude en amont de Limoux était bordée d'une multitude de moulins à eau. Ceux-ci étaient occupés en permanence pour les besoins des habitants, et surtout pour le commerce du minot qui se faisait avec l'Espagne et apportait une certaine prospérité à la région. La farine provenant de ces moulins était portée, à dos de mulet, au col de Saint-Louis. Avant que le Roussillon ne devint français, c'était là que se situait la frontière d'Espagne. Et l'Espagnol payait la farine en monnaie d'or sonnante et trébuchante (1). C'est dire que dans le pays, sans être considérés comme une curiosité ou une anomalie, les moulins à vent n'en présentaient pas moins une certaine rareté. Dans un assez large rayon il ne s'en trouvait guère que quatre à cinq, dont deux situés, assez inexplicablement, à Rennes le Château.

Une légende tenace, dont Louis Fédié s'est fait le chantre passionné, situe justement l'antique cité wisigothique de Rhedae sur le plateau qui s'étend au pied de ce village. Pourtant, lorsque depuis la place de la Salasse, située au pied de la tour Magdala, le visiteur contemple ce vaste espace, il ne peut qu'être surpris par la vacuité du lieu. Comment pourrait-il penser, en effet, qu'une aussi importante cité ait pu se fondre dans la nature, même après huit siècles, sans laisser nulle trace visible de son existence. Seuls les vestiges de deux édifices ressemblant à des tours, dressent leurs silhouettes caractéristiques en des points opposés du plateau, et rompent la monotonie du paysage. L'un est situé immédiatement sous le village, près de l'intersection de la route de Couiza et du chemin de Couleurs. L'autre se trouve en bordure sud-est de la falaise des Bals, à environ 800 mètres à vol d'oiseau de l'agglomération.

Fédié, s'appuyant sur une tradition locale encore vivace au siècle dernier, prétend que lorsque Alphonse II, roi d'Aragon, détruisit la ville en 1172, il ne laissa que deux tours qui garnissaient l'enceinte: l'une du côté du midi et l'autre du côté du couchant. L'emplacement de ces deux tours lui a d'ailleurs servi, dit-il, à déterminer approximativement la surface qu'occupait la cité wisigothique. Il semble ,qu'en réalité, il ne soit pas allé vérifier de très près la nature exacte de ces vestiges qui ne paraissent avoir, avec les tours de défense, qu'une lointaine parenté. Celui qui est situé du côté du couchant, immédiatement sous le village et sur la bordure supérieure d'une cuvette, ne semble être que les restes d'un petit moulin à vent. L'assise cylindrique maçonnée sur laquelle il est bâti, pourrait toutefois resssembler à la substructure d'une tour de faible diamètre. Ce qu'il appelle la tour du midi, ne présente aucun des caractères que l'on est en droit d'attendre d'un élément défensif. Sa forme tronconique, ses murs d'une faiblesse insigne, et sa porte d'entrée tournée vers l'extérieur en font, incontestablement, un édifice plus utilitaire que guerrier. S'il s'était agi d'une tour, son emplacement aurait sans doute été situé plus au sud, vers l'angle de la falaise, et sa structure aurait été toute différente. Si l'on en croit Viollet le Duc, les Wisigoths avaient accoutumé de construire des tours pleines jusqu'à la hauteur du chemin de ronde des courtines, afin d'offrir une meilleure résistance mécanique au bélier (2). Il ne peut donc s'agir, ici aussi, que des restes d'un moulin à vent.

Les vestiges présumés de la ville paraissent donc se résumer, à première vue, à ceux de deux moulins à vent fort ordinaires. C'est bien peu pour une ancienne place forte à laquelle la tardition légendaire attribuait trente mille habitants! Mais c'est beaucoup pour un village qui, à la fin de l'ancien régime, devait compter une cinquantaine de feux. Un moulin est un édifice indispensable en économie de subsistance fermée, mais en fallait-il vraiment deux pour subvenir aux besoins de cette population clairsemée? L'implantation du moulin du bas, enclavé à l'extrémité du plateau, loin du village et très en contrebas de celui-ci, ne semble répondre à aucun critère logique ni économique. Pourquoi un édifice fonctionnel de ce type, ou pouvant être, de par sa structure caractéristique considéré comme tel, était-il donc implanté en ce lieu inadapté? Son utilité n'étant pas à priori prouvée, le problème qui se pose est donc de savoir si la présence de deux édifices semblables, en des points aussi éloignés du plateau, était totalement "innocente"? Ou si, au contraire, il s'agissait là de repères significatifs pouvant être utilisés, comme l'a fait Fédié, pour situer l'antique et légendaire Rhedae.

Si l'on opte pour la seconde éventualité, s'offre encore une nouvelle alternative. Soit penser, comme Fédié, que ces éléments faisaient partie de la périphérie défensive de la ville, ce qui de par la structure des vestiges est partiellement contestable, soit les utiliser comme des repères intégrés dans un contexte à la signification plus cachée. L'implantation du moulin du bas ne semble, à première vue, correspondre à aucun critère identifiable. Ceci conduit à penser que son emplacement, pour tout aléatoire qu'il paraisse, pourrait donc obéir à une logique toute différente. En clair, ce "faux" moulin aurait pu être construit à cet endroit précis par l'un des anciens seigneurs de Rennes, dans le seul but de créer un systême de référence avec le moulin du haut bâti sur une structure préexistante. Ce référentiel aurait pu permettre, par exemple, de retrouver les traces d'un édifice important, dont il était indispensable d'assurer la pérennité malgré sa disparition. Ceci suppose donc, chose déja connue, que les successeurs de la famille de Voisins étaient en possession d'informations historiques de première importance sur Rhedae. Mais aussi, que ces informations devaient être tenues cachées pour des raisons inconnues.

Du moins pour le moment...

 

 

A L'ENIGME DES DALLES GRAVEES.

 

De la même manière qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, les ruines de deux moulins à vent ne peuvent, semble-t-il, conférer une quelconque réalité à la cité légendaire de Rhedae. Son promoteur, Louis Fédié, se fiait sans doute trop à son intuition et avait, en outre, la fâcheuse manie d'accommoder les périodes incertaines de l'histoire à la sauce des traditions orales. En notre siècle qui se veut rationaliste, l'intuition n'est pas un paramètre qui se puisse, hélas, prendre en considération dans une analyse conduite de façon cartésienne. Cependant, par respect pour la mémoire de l'historien du terroir qu'il fut, la moindre des politesses à lui rendre est de lui accorder, à défaut de la réalité, au moins le crédit de l'existence passée de la ville en ce lieu.

Si donc l'on fait des moulins un élément significatif d'un contexte qui ne peut çetre que topographique, cela conduit à la résolution d'un simple problème de géométrie élémentaire. En effet, par deux points on ne peut faire passer qu'une droite, et une seule. Le problème se trouve contenu en entier dans l'énoncé suivant: "la preuve virtuelle de l'existence de la ville de Rhedae devrait se trouver quelque part sur la droite joignant les centres des deux moulins". Il suffit donc, en théorie, de rechercher le point de la ligne ou se trouve cette preuve.

Toutefois, avant de se déplacer avec armes et bagages sur le terrain, il semble beaucoup plus intéressant de continuer ce petit jeu intellectuel. Si l'un des seigneurs de Rennes le Château, en des temps fort reculés, à moins que ce ne fut Alphonse II lui-même - comme le prétend Fédié,- a laissé deux indices fixes et identiques, bien en évidence sur le terrain, il devait inévitablement exister aussi un mode d'emploi ou une règle du jeu! Ce qu'avait peut-être trouvé Saunière! Où les retrouver, s'ils existent encore, sous quelle forme et en quel endroit?

Ici encore, il n'y a guère de mystère. Les seuls documents permettant de transmettre une information à travers les siècles avec le minimum d'altération, ne peuvent être que les documents épigraphiques. Le malheur, hélas, veut que ces objets fassent aujourd'hui partie de l'environnement fantasmagorique habituel du lieu. Les lecteurs de l'abondante littérature qui lui est consacrée, auront tout de suite reconnu les fameuses dalles gravées!

Deux d'entre elles présentent un intérêt particulier et sont susceptibles d'apporter des informations déterminantes. Il s'agit de la dalle qui servait de pierre tombale à Marie de Nègre d'Able, épouse de Francois d'Hautpoul, marquis de Blanchefort, et de la dalle dite "de Coume Sourde".

Concernant la première citée il convient, pour bien situer le problème, d'indiquer qu'il ne s'agit pas de la stèle qui portait l'épitaphe de la marquise. Cette dernière, sur les inscriptions de laquelle s'exerce depuis longtemps la sagacité des chercheurs, a été subtilisée dans le cimetière par un groupe de chercheurs carcassonnais conduits par monsieur René Descadeillas, vers 1956.(3) La pierre tombale dont il s'agit, qui était disposée horizontalement sur la tombe, est celle dont dont le curé Saunière s'évertua à effacer certaines inscriptions à l'aide d'un burin. Heureusement, celles-ci avaient pu être relevées auparavant par un chercheur local nommé Ernest Cros et nous sont heureusement parvenues. Cette dalle, sur laquelle apparaissent les traces du burinage effectué par l'abbé, est encore visible, brisée en plusieurs morceaux, dans le musée historique et lapidaire de Rennes-le-Château. D'aucuns pensent qu'elle aurait été confectionnée par l'abbé Bigou, chapelain de la marquise, lors du décès de cette dernière, en 1781. Devenu prêtre réfractaire, il devait quitter définitivement Rennes en 1792 pour passer en Espagne, en compagnie du marquis de Fleury, gendre de Marie de Nègre d'Able. Il convient de préciser que le fait que cette dalle ait été utilisée comme pierre tombale de la marquise en 1781, n'implique nullement qu'elle ait été gravée à cette fin, ni à cette époque. De par les inscriptions sibyllines qu'elle comporte, et qui semblent avoir plutôt trait au site de Rennes qu'à la personnalité de la défunte, il se pourrait bien qu'elle ait existé longtemps auparavant. Elle aurait pu être utilisée comme pierre tombale simplement pour la sauvegarder et lui assurer ainsi une certaine pérennité. Il est en effet connu que la plupart des humains éprouvent une crainte superstitieuse à toucher au domaine des morts et, ici, seul le curé Saunière, pour des motivations sans doute très puissantes, osa le faire

Quant à la seconde dalle, si l'on en croit la littérature sur le sujet, elle fut découverte en 1928 sur la colline de Coume Sourde située à quelque distance à l'est du village. Le relevé de cette dalle, dont on parle beaucoup mais que fort peu de personnes ont vue aurait été également effectué par le fameux Ernest Cros.

Les deux dalles ont en commun des signes ressemblant à des croix de Malte, ainsi que les termes PS et PRAE-CUM, dont la signification est inconnue à ce jour. Elles pourraient donc avoir une origine commune, et dans le cas contraire, la plus récente aurait pu être gravée pour compléter les indications de la plus ancienne. L'inscription 1292, que la dalle de Coume- Sourde aurait comporté à son verso, pourrait être la date effective de gravure. Cette dalle comporte deux signes semblables à des croix de Malte, et a été retrouvée à mi-distance de Rennes et du château du Bézu où, selon les écrits de l'abbé Mazières, aurait séjourné à cette époque un détachement de Templiers venus de la Commanderie de Mas Deu, en Roussillon. Il s'agissait donc de moines-soldats espagnols installés en France sur les terres de Pierre de Voisins, seigneur de Rennes, pour des raisons non élucidées à ce jour.

Pour conserver au raisonnement une nécessaire homogénéité, la copie de la dalle de la marquise qui a été retenue pour l'analyse est celle qui comporte les mêmes signes que la dalle de Coume Sourde, c'est à dire des croix de Malte. Ce choix à priori est totalement prémédité, et son intérêt ne va pas tarder à apparaître. Le postulat retenu pour l'analyse est que, même si les dalles ne sont pas contemporaines l'une de l'autre, elles sont inséparables, la dernière gravée venant apporter le complément d'information nécessaire à la résolution de l'énigme. Et aussi que les copies, pour aussi imparfaites qu'elles soient, n'en ont pas moins conservé l'essentiel de l'information qu'elles recélaient à l'origine.

Afin de faciliter la compréhension de la suite de l'exposé, une description succinte mais suffisante est donnée ci-après à l'appui de la figure.

La dalle horizontale de la tombe de Marie de Nègri d'Able présente une symétrie par rapport à l'axe longitudinal. Elle comporte des inscriptions en alphabet grec ainsi qu'en latin. Ces inscriptions sont réparties de part et d'autre de l'axe longitudinal, matérialisé par une ligne fléchée aux deux extrémités.

Tout d'abord on peut y reconnaître, en lettres grecques majuscules gravées verticalement sur deux colonnes symétriques, la célèbre épigraphe figurant sur le tombeau du tableau "Les Bergers d'Arcadie" de Nicolas Poussin: "ET IN ARCADIA EGO". La seule particularité est que chaque colonne possède une lettre doublée, précédée - ou incluant - un signe rappelant une croix de Malte.

Ensuite, en lettres latines majuscules, et également réparties sur deux colonnes, les inscriptions:

- à gauche: REDDIS, CELLIS

- à droite: REGIS, ARCIS

Enfin, aux extrémités de l'axe de symétrie longitudinal, les inscriptions: PS, en haut, et: PRAE-CUM en bas.

La gravure de la dalle dite "de Coume Sourde", comporte un grand triangle avec la pointe en bas. Cette pointe est matérialisée par un signe rappelant - comme sur la dalle précédente,- une croix de Malte. Les deux autres sommets portent les inscriptions: SAE à gauche et SIS à droite.

A l'intérieur, dans la partie haute, s'inscrit un second triangle déterminé par les médianes partielles issues des deux sommets du triangle principal. Dans ce triangle interne, une seconde croix de Malte. De part et d'autre de cette croix, les mots IN et MEDIO. Dans la partie basse, l'inscription suivante:LINEA UBI M SECAT LINEA PARVA. Enfin, au dessous et de part et d'autre de la ligne fictive joignant les croix de Malte, les mots PS et PRAE-CUM déjà rencontrés, comme les croix d'ailleurs, sur la dalle précédente. Enfin, au verso, les inscriptions CEIL, BEIL et, comme déjà indiqué, l'indication en chiffres romains MCCXCII, c'est à dire 1292.

Avant de tenter de procéder à une analyse, il semble nécessaire de préciser les orientations choisies et d'émettre pour cela des hypothèses qui sont les suivantes:

· ces dalles, de par leur présentation, pourraient contenir des informations d'ordres topographique, géométrique et, peut-être, historique.

· ces informations sont relatives à la géographie du lieu et à son histoire, à une époque largement antérieure à celle de leur réalisation.

· certains signes et inscriptions étant communs aux deux dalles, la solution de l'énigme pourrait être trouvée dans leur interprétation combinée, comme cela a été dit auparavant.

· les auteurs des inscriptions n'étaient sans doute pas des spécialistes du cryptage. Ils n'ont donc pu utiliser qu'un codage relativement simple mais astucieux, faisant appel à la logique et au bon sens.

Ceci posé, l'analyse va débuter par la dalle dite "de Coume-Sourde" qui, de par sa présentation géométrique, semble à la fois la plus abordable et la plus significative. La figure principale en étant un triangle inversé, sa signification pourrait être recherchée sur un double plan symbolique et géométrique, ou topographique.

Au plan symbolique, si l'on se réfère au grand spécialiste de la tradition qu'était René Guénon, le triangle inversé est l'un des symboles fondamentaux de la science sacrée qui représente la caverne et, par extension, les choses souterraines. Mais il est aussi, chose non moins intéressante, la représentation symbolique du Saint Graal!

Au plan géométrique, ce triangle pourrait représenter, schématiquement, l'emprise au sol de l'antique cité de Rhedae qui affecte, à l'orientation près, une forme quelque peu semblable. Demeure un simple problème de positionnement qui semble pouvoir être facilement résolu. Les deux signes qui ont été identifiés, à priori, à des croix de Malte pourraient avoir, eux aussi, une signification ambivalente: d'abord une indication d'origine, la signature des chevaliers du Temple et, ensuite, l'indication topographique recherchée. En effet, de par son allure générale, la croix de Malte rappelle aussi, à s'y méprendre, les ailes d'un moulin à vent.(4) Sur la dalle, ces signes sont au nombre de deux et dans des dispositions semblables à celles des moulins du plateau de Rennes. Il suffit, pour s'en convaincre, d'incliner la figure d'une vingtaine de degrés vers la gauche.

Le triangle, dont les moulins sont situés sur la médiane issue du sommet sud ainsi positionné, semble bien être construit sur des points caractéristiques de la cité disparue. Le sommet gauche, repéré SAE, pourrait correspondre à l'entrée ouest virtuelle de la ville basse, située sur l'actuel chemin de Couleurs, entre deux virages en S. Le sommet droit, repéré SIS, pourrait correspondre, quant à lui, à l'entrée de l'ancienne citadelle, le castel de Valens. Quant au sommet du bas, c'est tout simplement celui qui a été qualifié de "faux" moulin à vent et décrit par Fédié comme étant une tour.

Pour en terminer avec l'analyse de cet dalle, demeure à en traduire les inscriptions latines qui, de toute évidence, apportent également des informations de nature géométriques. Celles-ci sont les suivantes:

IN MEDIO LINEA UBI M SECAT LINEA PARVA. PS / PRAE-CUM.

La seule traduction - relativement libre,- pouvant apportaer une information cohérente semble être la suivante:

Sur la ligne du milieu (là est) M coupé (par la) petite ligne PS/PRAE-CUM.

Ainsi, sur la ligne du milieu devrait donc se trouver un mystérieux "M", à l'intersection de la petite ligne repérée PS/PRAE-CUM. S'agirait-il d'un monument? Il semble donc nécessaire de considérer avec attention ces deux derniers termes dont la signification exacte nous échappe totalement. En effet, comme les signes identifiés aux ailes des moulins, ce sont des repères caractéristiques communs aux deux dalles. Ils sont situés dans la partie basse du triangle, et de part et d'autre de la droite fictive reliant les moulin: la ligne du milieu. Ils vont être joints eux-mêmes par une deuxième droite qui va couper la précédente au point O1.

Passons, à présent, à la dalle dite "de Nègre d'Able". Dans le schéma qu'elle figure, les signes représentant les ailes de moulins à vent se trouvent inclus dans les lettres grecques, de part et d'autre de l'axe longitudinal matérialisé par la droite doublement fléchée et repérée PS et PRAE-CUM. Ils vont être également joints par une droite. Celle-ci coupe l'axe longitudinal pratiquement en son centre, et suivant un angle d'environ 70 degrés. Cette intersection sera appelée O2.

Entamons, enfin, la dernière opération.

1. après avoir été tracé à l'échelle adéquate, le dessin de la dalle de "Coume Sourde" va être superposé à la carte dite "d'Etat-Major. Pour cela, il convient de le basculer d'une vingtaine de degrés vers la gauche, et de superposer les croix de Malte aux emplacements des moulin figurant sur la carte.

2. le dessin de la dalle de "Marie de Nègre d'Able" va également être basculé vers la gauche de 90°, de façon à donner à la ligne qui y joint les deux croix de Malte la même inclinaison que la précédente.

3. enfin, les deux dessins vont être superposés en plaçant le point O2 sur le point O1, et en faisant coïncider les deux droites joignant les moulins.

Le schéma ainsi créé comporte donc cette droite, M1M2, faisant un angle d'une vingtaine de degrés avec le nord géographique, coupée dans le bas par la droite repérée PS-PRAECUM et orientée pratiquement est-ouest.

Un système de référence, pour lequel la dalle de "Coume Sourde" a fourni l'information de position, et celle de "Nègre d'Able" l'information angulaire, vient d'être créé. Selon toute vraisemblance, de par les informations qu'il recèle, ce référentiel devrait permettre de localiser avec une certaine précision ce mystérieux "M", sans doute un édifice, qui pourrait présenter une symétrie par rapport à l'axe orienté est-ouest.

Cette opération terminée, il importe à présent d'essayer de donner une interprétation des inscriptions grecques et latines de la dalle de "Marie de Nègre d'Able". Ce qui fait défaut, en effet, est la nature et la destination de l'édifice dont la localisation vient d'être déterminée. S'il pouvait être identifié, il serait possible, du même coup, de l'insérer dans un contexte historique précis.

Cette dalle comporte des inscriptions en lettres grecques et latines. Une traduction qui se voulait cohérente des seules inscriptions latines: REDDIS, REGIS, CELLIS, ARCIS, a déjà été donnée dans l'abondante littérature consacrée au site sans aboutissement notable (5). Elle était la suivante, selon que la lecture était effectuée horizontalement ou verticalement:

A Rennes Royale, dans les Caves de la Forteresse.

Tu restitues par les caves, tu gouvernes par les coffres.

L'analyse qui va en être proposée ici, présente l'avantage d'aboutir à une interprétation beaucoup plus significative. Elle est la suivante:

· Reddis est la forme du toponyme local usitée entre 1185 et 1347, ce qui pourrait laisser penser que la dalle aurait pu être gravée entre ces deux dates (6).

· il est possible de remarquer que les quatre termes de l'expression ont été rendus "homogènes" par utilisation de la rime en "is" de Reddis.

Si l'on remplace Reddis par sa forme canonique latine Rheda - celle du poême de Théodulf,- et si l'on reconduit la rime basée sur le premier terme, cette inscription devient plus explicite et prend la forme suivante:

RHEDA, REGIA, CELLA, ARCA.

Rheda" étant reconnu comme le toponyme, les trois autres termes restent donc à interpréter.

· "Cella" semble, d'entrée, le plus significatif. Il évoque en effet irrésistiblement un temple et, par extension, un édifice religieux.

· "arca": l'une des acceptions les plus homogènes avec le terme précédent est celle de "cercueil" ou, par extension, de "sarcophage" qui est un cercueil de pierre. Dans ce cas, la "cella" pourrait être la "crypte" d'une église ou d'un temple, dont on sait qu'il s'agit d'un lieu souterrain pouvant recéler les dépouilles de monarques ou de saints.

· "regia", est un terme qui recouvre, au sens le plus large, la notion de royauté. Il peut signifier en particulier "la cour" et, par extension, la "famille royale".

Parmi les vingt-quatre combinaisons qu'il est possible de réaliser avec ces quatre termes, l'une des plus significative paraît être la suivante:

 

 

"A RHEDA, LES SARCOPHAGES DE LA FAMILLE ROYALE SONT DANS LA CRYPTE"

 

L'édifice, si édifice il y a, est donc un lieu où étaient inhumés des monarques. Il ne peut donc s'agir que d'un "Mausolée Royal". Il ne reste plus, à présent, qu'à découvrir la clef qui pourrait permettre d'identifier les rois dont ce lieu fut la dernière demeure.

Les inscriptions de la dalle - ou, en tout cas, les relevés d'Ernest Cros tels qu'ils nous sont parvenus,- présentent, en effet, une "anomalie" qui est une entorse à la logique et une incohérence. L'épigraphe du tableau de Nicolas Poussin, "ET IN ARCADIA EGO", qui est en langue latine, est écrite, ici, en alphabet grec. Alors que le reste des inscriptions l'est en alphabet latin, qui est le même que le nôtre. La restitution qui en est donnée est la suivante:

E T I N A P X A D I A E G W

S'agissant de la tranlittération d'une sentence latine en alphabet grec, on peut, en toute logique, y relever deux erreurs: un khi (X) - dont la correspondance est "ch",- mis en lieu et place d'un kappa (K), et un oméga (W ) - dont la correspondance est "Ô",- mis pour un omicron (O). La bonne transcription serait donc la suivante:

E T I N A P K A D I A E G O

Le fait qu' Ernest Cros ait transcrit cela de la sorte - s'il s'agit bien de son oeuvre - implique, soit que ces erreurs figuraient sur l'original grec, soit qu'il ne s'agissait pas de caractères rédigés en alphabet grec mais ressemblaient à ces derniers. Cette assertion est confortée par la présence de l'oméga (W ) et permet d'émettre une conjecture qui, pour être quelque peu osée, n'en semble pas moins intéressante. Si, par le plus grand des hasards, l'inscription figurant sur la dalle avait été rédigée en écriture gotique wulfilienne - qui offre une certaine ressemblance avec le grec puisqu'elle est grandement inspirée de cet alphabet,- elle aurait eu la forme suivante:

On voit que, dans cet alphabet, la lettre "O" - qui n'est autre que la rune othal,- possède une forme ressemblant à l'omega majuscule. Ce qui laisse penser que sa présence dans la transcription pourrait ne pas résultre d'une erreur

Mais l'inscription "ET IN ARCADIA EGO" ne fit théoriquement son apparition qu'au seizième siècle, sur des tableaux peints en Italie par Guerchin et Poussin. Etat de fait qui conduit, inévitablement, à se demander comment elle aurait pu être rédigé dans un alphabet dont l'usage a été abandonné après 589! Peut-être existait-elle déjà avant cette date. Nicolas Poussin aurait-il pu la découvrir, par le plus grand des hasards, dans quelque vieux codex d'une mystérieuse et riche bibliothèque romaine tel que l'Histoire des Goths de Cassiodore!

Cette corélation virtuelle ayant été mise en évidence, rien n'interdit de penser que cette inscription pourrait également recéler un message caché. Mais ceci implique la présence d'un codage, qui ne peut être que simple étant donné le faible nombre de signes.

Si une personne ne connaissant pas l'alphabet grec -ce qui est sans doute le cas le plus général,- voulait traduire les inscriptions, elle y réussirait partiellement. Elle pourrait, en effet, reconnaître toutes les lettres à l'exclusion de trois d'entre elles. Si, de plus, cette personne reconnaissait dans l'inscription l'épigraphe du tableau de Poussin, elle pourrait procéder à ce que l'on nomme, en mathématiques, une identification. Elle y verrait, en particulier, que certaines lettres dont le graphisme est commun, n'ont pas la même signification dans les deux alphabets. C'est le cas pour les lettres P (Rho) et X (Khi) qui, en latin, sont R et C et non P et X. Mais elle pourrait identifier, également, les trois seuls signes inconnus pour elle qui sont: D (Delta), G (Gamma) et W (Oméga) à, respectivement, D, G et O. Une lecture en alphabet latin, le seul que connaissent pratiquement la plupart des gens, de l'inscription "ET IN ARCADIA EGO" fait donc apparaître, en surimpression, trois signes qui ne peuvent qu'attirer l'attention du lecteur non averti. Ces signes, fait du hasard, sont en outre répartis dans l'inscription de manière à faire apparaître de façon séparée les entités D et G W soit, en alphabet latin, D et GO.

Il suffit, à présent, d'un minimum de logique et de bon sens pour découvrir la clef du codage, fort simple, utilisé par l'auteur des inscriptions. Il s'agit, tout simplement, d'un codage phonétique. En effet, replacées dans le contexte historique de la région - la Septimanie,- et du lieu - Rhedae,- les deux entités D et GO pourraient, phonétiquement, signifier "DES GOTHS". Ce qui se recoupe avec l'hypothèse de l'utilisation d'un alphabet gotique. L'édifice disparu, localisé sur le plateau sud de Rennes le Château porrait donc être, selon toute probabilité le mausolée des rois goths

Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la virtualité de cette découverte pouvait se transformer en réalité tangible. C'est donc nantis de l'espoir qu'une "chose", historiquement très importante, gît sur le plateau de Rennes, qu'une phase plus pragmatique de la recherche va être entamée. Il suffit pour cela de se transporter sur les lieux.

La zone où se situe l'emplacement présumé de l'édifice, pratiquement plate, est occupée par un vaste champ cultvé. Lors de la visite effectuée au début du printemps, celui-ci avait été ensemencé et les pousses de blé - ou d'orge,- commençaient à apparaître. Bien que la surface du sol fut encore très visible, et après un examen attentif, aucune trace notable des fondations d'un quelconque édifice n'apparaissait. Le terrain étant passé au soc de la charrue depuis des temps fort reculés, cela n'avait en soi rien pour surprendre. Devant la stérilité de cette quête, il allait falloir, par la force des choses, changer de mode exploratoire. Si rien n'était visible du sol, peut-être en irait-il différemment en prenant un peu de hauteur.

De la même façon que nulle proie terrestre ne peut échapper à l'oeil du rapace, les secrets que recèle notre planète peuvent difficilement résister à la perspicacité de l'homme utilisant les drôles de machines que sont l'avion et le satellite artificiel. Il existe en effet, de nos jours, un moyen moderne d'investigation et de recherche qui est la prospection par photographie aérienne. Encore faut-il, pour que cela soit efficace, que la photographie ait été réalisée dans ce but bien précis, c'est à dire à la saison propice des labours profonds ou des blés mûrs et à une heure déterminée permettant d'exploiter les ombres portées.

La seule alors disponible pour cette recherche était très belle et prise à haute altitude. Malheureusement les blés venaient d'être coupés, et rien n'est plus uniforme qu'un champ de blé fraîchement moissonné. De plus, elle avait été prise à quatre heures de l'après-midi en juillet. Autant dire que pour la recherche de vestiges archéologiques, cela allait être le fiasco le plus complet!

Mais l'enfer, si l'on en croit l'adage, est pavé de bonnes intentions. Et ici, chacun sait que le diable n'est pas loin! L'année où fut prise la photographie, l'un des rares champs à n'être pas dévolu à la culture céréalière était celui de l'emplacement virtuel de l'édifice! Dans cet espace couvert de luzerne ou autre plante fourragère, gisait effectivement la forme de la "chose" que de nombreuses personnes cherchent depuis des décennies, depuis que les tribulations "aurifiques" de l'abbé Saunière ont mis ce lieu à la mode à travers une littérature aux buts parfois fort contestables.

Cette forme, très visible au demeurant, était dessinée de façon classique par une impression d'affleurement du substrat calcaire, déterminant des zones claires par opposition aux endroits où la couche de marne, plus épaisse, donnait une végétation plus dense.

Cette "apparition" quasi-miraculeuse venait, peut-être, de mettre un terme aux polémiques sur la réalité de l'existence de Rhedae. Et, du même coup, de confirmer la thèse de Louis Fédié.

 

Notes

(1) Cité par le baron Trouvé. Description générale et statistique du département de l'Aude. 1818.

(2)Viollet le Duc dans La Cité de Carcassonne. Réédition du C.A.L.O. 1970.

(3) C'est René Descadeillas lui-même qui rapporte cela dans son ouvrage "Mythologie du trésor de Rennes", alors que dans son ouvrage précédent, "Rennes et ses derniers seigneurs", il prétendait qu'elle avait disparu depuis le début du siècle! Si on le suit toujours, les inscriptions grecques de la seconde dalle ne faisaient pas partie de la restitution initiale d'Ernest Cros. Elles auraient été rajoutées par la suite, dans le cadre d'une entreprise de désinformation - depuis longtemps éventée,- qui avait trait à la présence de descendants Mérovingiens à Rennes-le-Château. Mais nous entrons ici dans le cadre d'une controverse connue et, en l'occurence, le témoignage de l'ancien bibliothécaire de Carcassonne, ne semble pas digne de foi.

(4) Il fallait un esprit curieux et neuf pour faire le rapprochement entre les croix de MLalte et des ailes de moulin à vent. cette découverte a été faite par mon fils cadet.

(5) Cette interprétation a été donné par Gérard de Sède dans son ouvrage "L'or de Rennes".

(6) Les deux croix de Malte ainsi que la date de 1292 figurant sur la dalle de Coume-Sourde, font inévitablement penser aux templiers de Mas-Deù; installés à cette époque au Bézu si l'on en croit les écrits de feu l'abbé Mazières.Demeurait le problème de la pierre tombale de Marie de Nègre d'Ables dont la date de gravure était inconnue et supposée largement postérieure à cette date par certains. Or le toponyme qu'elle porte est Reddis, forme qui ne semble avoir été utilisée que dans une période centrée sur la fourchette 1185-1347. Voir à ce sujet le Dictionnaire Topographique de l'Abbé Sabarthès. La probabilité pour que ces deux dalles soient contemporaines est donc loin d'être négligeable!

 

ANALYSE DE L'EMPREINTE

 

Le champ du temple de la vierge vestale,
Non éloisgné d'Ethene & monts Pyrenees:
Le grand conduict est caché dans la male,
North getez fleuves et vignes mastinées.

Nostradamus (II. XVII)

Sur la droite joignant les deux moulins, et à 170 mètres environ de celui du sud, dans la zone où permettait de la situer effectivement l'interprétation des dalles, apparaît sur un cliché I.G.N l'empreinte d'un édifice d'une importance considérable. Elle possède une forme de tendance ovoïdale prolongée, à l'ouest, par une excroissance de faibles dimensions du genre abside et, bizarrement, elle rappellerait la section plane longitudinale d'une poire. Ses dimensions sont très importantes, pour ne pas dire impressionnantes, puisqu'elle est inscriptible dans un rectangle d'environ quatre-vingt-dix mètres de long sur une soixantaine de large. Ce sont là, à peu près, les dimensions d'un terrain de football.

Outre la relative étrangeté de sa forme, le second élément caractéristique de cette figure est son orientation. En effet, son axe de symétrie longitudinal est orienté est-ouest avec une remarquable précision: la normale à cet axe ne présente qu'un décalage de l'ordre de 2° environ avec la direction du nord géographique. Enfin, dans la partie la plus renflée, située à l'est, on distingue nettement la présence de formes d'allure rectangulaire, dont trois sont arrondies à leur extrémité ouest. L'ordonnance de leur disposition, relativement aux axes de la structure, est tout à fait remarquable. Il doit s'agir d'anciennes excavations actuellement comblées, sans doutes des tombeaux ou hypogées de grandes dimensions. A n'en pas douter, la "géométrie" de cette structure est trop sophistiquée pour qu'elle puisse être d'origine naturelle. Elle n'est donc autre que l'empreinte d'une ancienne et très importante construction humaine.

L'examen du cliché montre clairement que la conformation ovoïdale est générée à partir d'un élément circulaire de grand diamètre, prolongé vers l'ouest par une dégénérescence qui, au premier abord, semble être de forme trapézoïdale isocèle. Une étude plus poussée de la photographie montre qu'il s'agit plutôt d'un second élément circulaire de plus faible diamètre. L'ambiguïté de l'interprétation provient du fait qu'il devait exister une continuité de construction, dans la partie sud, entre les deux cercles et leur tangente commune. Enfin, une protubérance de plus faibles dimensions, de forme légèrement oblongue et arrondie à son extrémité, située à l'ouest sur l'axe de symétrie, complète la figure.

En première analyse, les deux formes circulaires accolées, la présence d'excavations, l'importance des dimensions enfin, auraient pu laisser éventuellement penser à d'anciens tumuli arasés. Cependant, certains éléments déterminants, de nature géométrique, concourent à prouver qu'il ne peut s'agir d'une structure archaïque de ce type. Ce sont:

· la régularité du tracé global,

· sa symétrie remarquable par rapport à l'axe longitudinal,

· l'orientation est-ouest très précise de cet axe,

· la forme relativement élaborée du tracé des excavations,

· leur orientation est-ouest très précise,

· l'ordonnance de leur disposition.

Il est donc permis de conjecturer que nous sommes en présence des vestiges enterrés d'un ancien édifice commémoratif ou cultuel, sans doute chrétien: ceux d'un mausolée de type "martyrium". A priori, son plan ne serait pas tout à fait conforme aux modèles classiques du parti architectural, de type constantinien sans doute, auquel il est possible de le rattacher. L'étrangeté de cette forme en plan, qui accroche le regard, n'est pas dénuée d'un certain équilibre, mais elle est manifestement le résultat de dispositions géométriques relativement inhabituelles en la matière. La précision de l'orientation générale, et la distribution des tombeaux, semblent indiquer qu'il s'agit d'un système très bien organisé dans la genèse duquel la part laissée au hasard semble inexistante.

Quelle peut bien être la signification de tout ceci? Pour le savoir, il est nécessaire d'aborder le problème de façon rationnelle, en essayant de dégager certaines particularités géométriques décelables globalement et, éventuellement, l'unité de mesure utilisée par les constructeurs.

Concernant le premier point, au delà de l'étude morphologique déjà présentée, on s'aperçoit assez facilement que le rapport des côtés du rectangle dans lequel la structure est inscriptible est d'environ 1,6. En toute autre circonstance cela aura pu n'être d'aucun intérêt, mais ici, étant donné que nous sommes confrontés à un problème de type architectural, cette valeur prend un certain relief puisqu'elle est très proche du Nombre d'Or des Anciens: F = 1,618

Concernant le second point, et compte-tenu de la nature supposée de l'édifice, l'éventail des unités de mesure éventuellement utilisées par les bâtisseurs est relativement restreint: il ne peut s'agir que du pied romain ou du pied byzantin, dont les valeurs moyennes couramment admises sont respectivement 0,296 et 0,3123 mètre. Pour le savoir, un calcul d'échelle du cliché a été effectué en prenant pour référence la distance séparant, sur le terrain, deux éléments fixes visibles sur le cliché. Ensuite un échantillonnage de mesures, effectué sur le cercle principal du cliché, et tenant compte du "bruitage" du contour de l'empreinte, a permis d'évaluer son diamètre à une valeur moyenne de 56 ± 0,50 mètres. Ce qui donne des valeurs de l'ordre de 180 pieds byzantins et 190 pieds romains.

La structure ayant été identifiée à un édifice de parti architectural constantinien, donc chrétien, il semblerait que le choix de l'unité de mesure puisse être, éventuellement, guidé par des considérations religieuses. Il existe en effet, pour cela, un modèle idéal: la Rotonde de la Résurrection de Jérusalem, élevée sur l'emplacement du Saint-Sépulcre, dont on sait que le diamètre extérieur primitif était de 120 pieds byzantins. De l'avis de certains spécialistes, cette valeur n'avait pas été choisie au hasard, mais par référence aux Saintes Ecritures: elle évoque à la fois les douze apôtres du Christ et les douze tribus d'Israël puisque 120 est un multiple parfait de12. En toute logique il convient donc, dans notre cas, de privilégier la valeur qui est également un multiple de douze, c'est à dire 180 = 12 x 15. Il se trouve qu'elle correspond à la mesure en pieds byzantins.

Une étude de recherche de forme et de modélisation géométrique a été réalisée, en tenant compte de la présence potentielle de la proportion dorée, à partir du cliché aérien et au moyen d'un ordinateur équipé de terminaux appropriés et d'un logiciel spécialisé.

 

 

Destination supposée de cet édifice.

 

Tout d'abord, le fait que la structure soit "orientée" confirme qu'il s'agit bien d'un édifice chrétien. Ensuite, sa nature composite, basée sur un élément de plan central circulaire et dans laquelle apparaît potentiellement le Nombre d'Or, permet raisonnablement de l'identifier à un édifice de parti constantinien ou post-constantinien. Il s'agit selon toute vraisemblance d'un mausolée, dont l'élément de base était une vaste rotonde à laquelle avait été accolé un second élément du même type, prolongé lui-même par une abside terminale située, paradoxalement, à l'ouest. La première rotonde constituait le Martyrium, la rotonde secondaire était sans doute vouée à la liturgie, et l'abside n'était autre que la cella ou sanctuaire.

Depuis Auguste, certains empereurs et membres de leur famille étaient inhumée dans de grands tombeaux circulaires bâtis sur le modèle des héroons grecs. Les plus connus sont ceux des empereurs Auguste et Hadrien, ce dernier étant devenu le château Saint-Ange. A partir de 306, date de son accession à la pourpre impériale, Constantin continua cette tradition et adopta ce parti architectural pour les édifices commémoratifs chrétiens. Il fit bâtir, à Rome, le mausolée Sainte-Hélène pour sa mère et, pour sa soeur, le mausolée Sainte-Constance. Tous deux sont des édifices de plan central circulaire, tout comme le monument dans lequel il fut enseveli lui-même. Cependant, l'archétype bien connu de ces édifices religieux et commémoratifs a été déjà évoqué. Il s'agit de la Rotonde de la Résurrection - ou encore Anastasis,- élevée sur ordre de Constantin par les "méchanikos" Zénobius et Eustache sur le Saint-Sépulcre, à Jérusalem. Elle mesurait 120 pieds byzantins de diamètre et était prolongée, à l'est, par une basilique à cinq nefs, dénommée Martyrium, de qui elle était séparée physiqueent par le Saint-Jardin.

Après la mort de Constantin, un certain nombre d'édifices cultuels chrétiens de plan central circulaire virent encore le jour. Parmi ceux-ci, l'église Saint-Georges de Salonique, aménagée par Théodose, en 390, dans un ancien héroon et décorée de superbes mosaïques. Mais aussi la rotonde Saint-Etienne, à Rome, qui fut bâtie vers la fin du cinquième siècle par le pape Simplice. Il existe aussi des édifices, de construction plus tardive, dont le plan se rapproche du plan circulaire et qui sont essentiellement situés à Ravenne. Il s'agit du tombeau de Théodoric le Grand, qui est de plan dodécagonal, mais de proportions relativement réduites, et qui fut érigé vers 525. Certains spécialistes pensent qu'il est l'oeuvre d'un architecte originaire du Moyen- Orient. Il y a aussi l'église Saint-Vital, de forme octogonale, qui fut élevée vers 550 et dont les mosaïques sont l'une des merveilles de l'art byzantin.

Enfin, dernier exemple mais non le moindre, dans la Toulouse wisigothique se trouvait l'église de la Daurade, de plan décagonal. Elle était couverte d'une voûte à oculus, comme le Panthéon de Rome, autre célèbre édifice circulaire. Cette église fut décorée, sous le règne des rois Wisigoths, de magnigiques mosaïques dorées qui lui valurent son appellation. Il est possible qu'à l'origine cette construction ait été un temple païen.

Les lieux de culte chrétiens sont en général "orientés", terme très significatif pour indiquer qu'ils sont dirigés vers l'est. Même les constructions des Lieux Saints décrites ci-dessus l'étaient, et l'axe passant par le centre de l'Anastasis et la chapelle Sainte-Hélène du Martyrium faisait un angle de 87° avec le nord géographique, soit une "erreur" de 3°. A ce sujet, il faut savoir que l'orientation des édifices cultuels a toujours posé quelques problèmes aux architectes de l'Antiquité et du Moyen-Age. En effet, pendant les cinq mille ans qui séparent les constructions des Grandes Pyramides des temps modernes, les hommes avaient complètement "perdu le nord", du fait du déplacement de l'axe de rotation de la terre sur la voûte céleste. La projection de cet axe, incliné de 23°27' sur le plan de l'écliptique - qui est pour nous le plan de mouvement apparent du soleil,- se déplace en effet sur un cercle, dit "cercle de précession des équinoxes", qu'elle parcourt en 25800 ans environ. Les deux seules étoiles situées exactement sur ce cercle sont Alpha du Dragon - appelée Thuban par les astronomes arabes,- qui marquait le nord quelques 3000 ans avant le début de l'ère chrétienne, et Alpha de la Petite Ourse - Polaris la bien nommée,- qui l'indique de nos jours. Les architectes et autres "méchanikos" byzantins ou orientaux devaient donc, pour déterminer la direction exacte du Septentrion, se livrer à des visées complexes sur les levers et couchers d'étoiles circumpolaires. Et ils furent sans doute les seuls, après les Grandes Invasions, à maîtriser convenablement ce genre d'exercice. Or la précision de l'orientation du "mausolée" de Rhedae est du même ordre de grandeur que celle des édifices sacrés de Jérusalem, sinon meilleure! Cet état de fait, ajouté à l'existence d'une géométrie de plan centré, vient donc conforter l'hypothèse que cet édifice est bien de parti constantinien, et pourrait avoir été l'oeuvre de méchanikos byzantins ou syriaques.

Ceci permet de définir des limites temporelles relativement précises pour sa période d'édification. La fourchette se situe entre le début du quatrième siècle - mausolées de Sainte-Hélène et Sainte-Constance à Rome,- et le début du sixième - tombeau de Théodoric le Grand à Ravenne édifié vers 526 et mausolée constantinien de Sigismund à Genève édifié vers 535.(x)

Au quatrième siècle, le pagus Rhedensis était sous domination romaine, puis il est passé sous domination wisigothique à partir de l'an 440 environ, et l'est demeuré jusqu' à l'an 725; d'abord sous la domination directe des rois dits "de Toulouse" jusqu'en 531, puis sous celle des rois de Tolède. Exprimée en termes de durée, la probabilité mathématique d'une origine romaine est donc à peu près égale à celle d'une origine wisigothique.

Cet édifice pourrait, éventuellement, avoir été un véritable martyrium. Mais, de par son importance - sa rotonde est une fois et demie plus grande que celle de l'Anastasis de Jérusalem,- on imagine mal qu'un saint puisse, à cette époque là, avoir été traité plus somptueusement que le Christ. D'une part cela se saurait et, d'autre part, le martyrologe chrétien ne permet pas d'identifier de postulant! A moins que l'on puisse accorder quelque crédit à l'une des multiples légendes qui ont accompagné le merveilleux chrétien au cours du Moyen-Age! En toute logique, il ne peut s'agir que d'un mausolée royal ou impérial.

A l'époque romaine, il existe potentiellement un haut personnage susceptible d'avoir trouvé là sa dernière demeure: c'est l'empereur Constant, fils de Constantin le Grand. Détrôné en février 350 par le général germain Magnence, il s'enfuyait vers l'Espagne, probablmenet par un trajet situé hors des sentiers battus, lorsqu'il fut rattrapé et assassiné non loin des Pyrénées, quelque part "dans la région d'Elne" selon l’historien byzantin Zosime. L’extrême proximité du village de Coustaussa, dont le nom latin était Villa que vocatur Constantianum, et la situation du site sur un trajet secondaire conduisant effectivement en Espagne, tendent fortement à accréditer la thèse que ce mausolée était bien celui de l’empereur Constant.

Par la suite on peut conjecturer qu’il fut agrandi et utilisé comme mausolée dynastique par les rois Balthes dits "de Toulouse" (419-508), dont aucune sépulture n'a jamais été retrouvée dans cette ville...ni ailleurs !

Les Wisigoths qui, au gré des circonstances politiques, ont subi pendant un bon quart de siècle un long exode méditerranéen avant de se fixer en Aquitaine, ne sont pas connus comme des bâtisseurs. Cependant, bien qu'il n'existe aucun type d'architecture que l'on puisse formellement leur attribuer, certains des édifices cultuels espagnols datant de leur domination sur la Péninsule se distinguent par une singularité, que l'on rencontre peu par ailleurs à cette époque, l'arc outrepassé dit aussi en "fer à cheval". Une seconde particularité réside dans le fait que cette forme outrepassée est également utilisée, chez eux, pour le tracé en plan des absides; forme que l'on retrouve quelquefois dans certaines absides paléo-chrétiennes antérieures comme celle de Montferrand. Or l'intersection des deux rotondes du mausolée de Rhedae détermine doublement cette forme. En outre, la rotonde secondaire est prolongée par une excroissance absidiale, dont l'analyse du cliché montre clairement qu'elle a aussi une forme en "fer à cheval", mais beaucoup plus allongée sous le diamètre.

On ne retrouve des formes de ce type qu'en Espagne, dans une basilique - hélas elle aussi disparue,- celle de Cabézo del Griégo. Elle était située à Ségobriga non loin de Cuenca. Heureusement, le plan avait pu en être relevé, en 1793, par un académicien espagnol nommé don José Cornide, et il se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale d'Espagne. Il s'agit d'un grand édifice de type basilical, agrémenté d'une abside dont le plan est en "fer à cheval". Elle a été datée grâce à des sarcophages datant du premier tiers du sixième siècle, période d'établissement définitif des Wisigoths en Espagne. Depuis, les historiens de l'art se sont perdus en conjectures sur ce type d'arc outrepassé, construit sur une ellipse et non un cercle, et certains, se référant sans doute à l'exemple d'un peintre tolédan célèbre, ont attribué cette bizarrerie à un défaut de vision du dessinateur. Le fait qu'une forme relativement approchante se rencontre dans le plan de l'abside occidentale de Rhedae, montre qu'il pourrait s'agir là de la signature wisigothique de l'édifice. Elle devrait, en outre, lever le doute sur l'astigmatisme supposé de la personne qui releva les plans originaux de la basilique de Cabézo del Griégo.