INTRODUCTION

 

 

 

 

Les phénomènes célestes sont, par excellence, ceux qui depuis des temps immémoriaux ont toujours frappé profondément l'imagination populaire. Cependant, depuis le Siècle des Lumières, les progrès de la science ont permis leur démythification en leur trouvant une explication rationnelle qui a fait disparaître l'aspect, quelquefois terrifique, de leur apparition. C'est pourquoi l'année 1986, celle du retour de la "Comète", a été une année faste pour une partie de la communauté scientifique internationale.

Le passage de la cométe de Halley est un phénomène cyclique de très longue haleine, puisque sa période correspond, à peu de chose près, à une durée de vie humaine, soit 76 ans. A titre purement anecdotique, ses passages ont quelquefois été utilisés pour la datation de certains évènements historiques remarquables. Ainsi, en 837, a-t-elle été un présage funeste pour Louis le Débonnaire, mort en 840. Et aussi, en 1066, pour le roi Harold qui devait être vaincu et tué, cette même année, à la bataille d'Hastings. A l'occasion de son passage de l'an 1301, le célèbre maître italien Giotto peignit une Adoration des Rois Mages où elle figure. Il pensait sans doute qu'elle avait guidé leurs pas vers Bethléem (1). Enfin, en 1456, elle fut le gigantesque feu d'artifice qui terrorisa l'Europe entière, trois ans après que les Turcs du sultan Méhmet II Fatih aient pris Constantinople.

Le lecteur ne va sans doute pas saisir immédiatement - car cela n'est pas évident,- la relation entre son apparition du printemps 1986 et cet ouvrage, consacré à l'énigme de Rennes le Château. Ce petit village de l'Aude est devenu relativement célèbre pour des raisons tout autres et, semble-t-il, totalement étrangères aux phénomènes célestes, fussent-ils cycliques ou spectaculaires! Ici, tout porte à croire que le mythe procèderait plutôt des puissances telluriques et des divinités chtoniennes!

Cette publication vient tout simplement commémorer un autre évènement historique important, omis à dessein dans la liste ci-dessus, et marqué par le vingt et unième passage de cet astre errant dans le proche voisinage de notre planète. Un rapide calcul va, en effet, nous ramener vers le milieu du cinquième siècle. En 451, toujours fidèle à elle-même, la cométe pénétrait dans la proche banlieue solaire et, fin juin, elle était à son périhélie. Selon toute probabilité , elle fut visible en Occident jusqu'à la fin du mois de juillet.

Cette même année, au solstice d'été, eut lieu l'une des plus célèbres - mais hélas trop méconnue - bataille des temps anciens: celle des Champs-Catalauniques. Les habitants de la Gaule, sous la conduite du patrice romain Aétius, réussirent à y stopper l'offensive d'Attila (2). Cet affrontement, que les chroniques qualifient de gigantesque, et qui fut vital pour la civilisation occidentale, vit donc la défaite du roi des Huns. Il marqua d'autant plus les contemporains qu'il fut suivi, quelques jours plus tard, d'un phénomène céleste merveilleux, imprévisible et inconnu, l'apparition d'une comète dans toute sa splendeur! Cela frappa tellement les esprits que, si l'on en croit le témoignage de l'évêque Isidore de Séville, les gens crurent que les combats continuaient dans les cieux. L'auteur allemand Richard Hennig rapporte que cet épilogue céleste de la bataille, dont le souvenir traversa les siècles, avait été célébré par le peintre Von Kaulbach, sous la forme d'une impressionnante fresque qui ornait le grand escalier du Musée de Berlin (3). Celle-ci fut malheureusement détruite pendant la deuxième guerre mondiale.

Le fer de lance des forces d'Occident, sur qui reposa le sort de cette lutte titanesque, était constitué par l'armée wisigothe conduite par le "roi de Toulouse", Théodoric - ou encore Théodorède,- accompagné de ses deux fils aînés. Le monarque trouva une mort glorieuse au cours du combat, et les habitants de la Gaule échappèrent au joug des hordes asiatiques. Partagés entre l'affliction et la joie de la victoire, les Wisigoths élirent alors son fils Thorismond pour lui succéder.

Les exploits passés de Théodoric et des siens se perdent aujourd'hui dans la nuit des temps! Une profonde zone d'ombre recouvre ce cinquiéme siècle, au cours duquel les monarques de ce peuple de guerriers semi-nomades et conquérants régnèrent, repliés sur leur communauté, sur une grande partie de la Gaule et de l'Espagne.

Mais c'est sans doute la Septimanie, dont certaines zones sont demeurées trois siècles sous leur domination (440-759), qui devrait recéler les traces les plus profondes de leur établissement, bien que jusqu'ici l'on n'ait pas retrouvé de vestiges très probants. Carcassonne est souvent qualifiée de wisigothe, entourée qu'elle est par de multiples bourgades aux toponymes en "ens" évocateurs de leur implantation; et une montagne, à peu de distance à l'est, porte même le nom de deux de leurs rois (4). La toponymie aidant, les historiens semblent persuadés que l'implantation gothique était limitée au couloir Bordeaux-Narbonne. Il est vrai que les Wisigoths venaient d'un pays d'immenses espaces plats, l'actuelle Ukraine, mais il est non moins évident qu'en Espagne, dans un intérêt stratégique évident, ils établirent leur capitale en pays montagneux, à Tolède. Lors de leur domination sur l'Aquitaine, les contreforts pyrénéens durent sans doute présenter pour eux un intérêt majeur, ne serait-ce que dans le cadre d'une éventuelle retraite consécutive à quelque revers militaire grave. Ils ne pouvaient donc échapper ni à leur contrôle, ni à leur étroite mainmise! Les Corbières pccidentales, en particulier, placées sur l'axe de pénétration vers l'Espagne par le col du Perthus, ont dû inévitablement recéler des installations guerrières plus importantes qu'il n'y paraît de prime abord.

Ceci semblait tellement dans l'ordre des choses, qu'à la fin du siècle dernier, un érudit audois nommé Louis Fédié, soutint la thèse - très controversée depuis,- de la création par les Goths d'une importante cité fortifiée dans la haute vallée de l'Aude. Elle se nommait Rhedae et, selon lui, aurait été située sur l'emplacement étendu de l'actuel village de Rennes le Château. Depuis lors, les évènements insolites qui se sont déroulés en ce lieu, dont l'acteur principal était un prêtre au comportement très peu orthodoxe et découvreur supposé d'un fabuleux trésor, laissent penser que le vieil adage populaire prétendant qu'il n'y a jamais de fumée sans feu, pourrait trouver ici une singulière illustration. Aux traditions orales présentées par Fédié à l'appui de sa thèse, insuffisantes aux yeux de certains pour "historiciser" le site, il convenait d'adjoindre le complément de preuves archéologiques, seules susceptibles d'en renforcer la crédibilité.

Le présent ouvrage va en un tel sens et apporte ces preuves. Toutefois, bien qu'il utilise un matériau de nature historique, il ne peut prétendre à une telle qualification. Il n'est pas autre chose qu'un essai de reconstitution d'une situation fort ancienne, dans lequel la logique et l'intuition ont joué - au moins pour certaines parties, - un rôle relativement important. Il trouve sa source dans une collecte d'indices et de vestiges archéologiques qui, pour être très peu apparents sur le terrain, n'en sont pas moins d'une évidente réalité. Ceux-ci ont été intégrés - pour autant que faire se pouvait,- dans les limites d'un cadre historique s'efforçant d'être à la fois logique et cohérent. Sa finalité n'est autre qu'une démonstration tendant à prouver que, selon toute probabilité, cet endroit a été le lieu privilégié d'évènements marquants de l'une des périodes les plus troublées et les moins connues de l'histoire de notre pays. Et aussi, qu'à travers les traditions et légendes, affleure souvent le substrat d'une ancienne réalité qui échappe presque toujours aux analyses conduites dans un cadre trop rigide.

Quant à la fameuse comète, dont le côté un peu merveilleux a servi de préambule au présent avant-propos, que le lecteur se rassure, il en appréciera l'exactitude du rendez-vous au fil des pages et le moment venu!