Bulletin Terre de Rhedae N°12. Août 1998

Béra, comte de Barcelone et Razès et marquis de Gothie.

 

La controverse sur le comte Béra

L’existence du comté de Razès, dont la capitale était Rhedae, est attestée dans de nombreux documents couvrant la période allant du synode de Narbonne, tenu en 788, au traité de Corbeil signé entre Louis IX et Jacques I° d’Aragon en 1258. Cette entité politico-administrative était d’une étendue primitive considérable puisqu’elle comprenait l’actuel Razés, le Fenouillède, le Peyrapertusès, le Termenès, la Corbière de Sournia, le Pays de Sault, le Donnezan et le Capcir. Pour des raisons circonstancielles, ce comté ne reçut jamais d’évêque et fut, pour le spirituel, directement rattaché au métropolitain de Narbonne qui portait alors le titre d’Archiepiscopus Narbonensis et Rhedensis. Mais il eut un pôle religieux proche, l’abbaye bénédictine d’Alet, qui fut transformée en évêché en 1318.

S’il semble bien évident qu’à défaut d’évêque attitré il ne puisse y avoir de comté sans comte, ceux qui se sont succédés à Rhedae entre 788 et 870 sont mal connus. Une liste succincte en a été donnée par Louis Fédie dans son histoire du Razès, mais il est facile de voir qu’elle n’est autre que celle figurant dans les notes de l’Histoire Générale de Languedoc (HGL). La structure de cette lignée familiale est donc basée sur les écrits d’un bénédictin de Saint Maur, dom Vaissette, auteur fort connu du monumental ouvrage précité. Les archives de l’ancienne abbaye d’Alet ayant été détruites par les Calvinistes en 1578, notre savant bénédictin découvrit, par bonheur, une charte concernant ladite abbaye dans les archives de l’église de Narbonne, Dans ce fort intéressant document, Béra, deuxième comte de Razès, évoquait la mémoire de son père - .. génitore meo, Guillelmo comite, qui nuper fuit..,- passage à partir duquel dom Vaissette posa les bases hypothétiques de la lignée comtale du Razès de la façon suivante:

"  Béra fait mention, dans cette charte, du comte Guillaume, son père, décédé depuis peu, ce qui nous fait conjecturer que ce dernier est peut-être le même que Guillaume, duc de Toulouse, fondateur de Gellone, et que Béra était son fils d’un premier lit. "

Et, pour conserver toute sa cohérence à sa conjecture - Guillaume étant décédé en 812, et le document n’étant malheureusement pas daté,- dom Vaissette en conclut, par déduction, que celui-ci avait été rédigée vers 813.

La supposition de l’insoupçonnable bénédictin concernant cette filiation présumée, ajoutée au fait qu’il existait, alors, un second personnage portant le nom de Béra, a fait l’objet de nombreuses discussions entre certains des commentateurs de son ouvrage. Voici ce qu’en disait pour sa part, au siècle dernier, l’historien Auguste Molinier:

" Béra était comte de Razès en 813, lorsqu’il fonda dans son comté l’abbaye d’Alet. Il a souvent été confondu avec Béra, comte de Barcelone, qui vivait dans le même temps. On a même prétendu que le comte de Razès et celui de Barcelone ne faisait qu’un seul et même personnage. Mais Béra comte de Barcelone était goth d’origine, alors que le comte de Razès se dit fils de Guillaume. Le premier eut un fils nommé Willemond qui périt misérablement après s’être allié avec les Sarrazins dans le but d’expulser Bernard, fils de Guillaume, de la Marche d’Espagne. Béra, comte de Razés, eut un fils nommé Argila, et une fille nommée Rotrude. On ignore la date de la mort du comte Béra, et on ignore si c’est à lui, ou au comte de Barcelone, que fut adressée, en 812, l’ordonnance de Charlemagne en faveur des Espagnols réfugiés en Septimanie. "

Comme le souligne l’auteur de cette citation, on ignore vraiment beaucoup de choses sur ce personnage et, en outre, on a du mal à établir une échelle de véracité entre la conjecture de dom Vaissette, qui en fait un fils de Guilhem de Gellone, et la prétention de certains à penser que le comte de Barcelone et celui de Razès ne faisaient qu’un seul et même personnage d’origine gothique. On distingue bien que tout cela est d’une incohérence flagrante, et va à l’encontre des règles de la logique dans son principe de non-contradiction. Pour résumer la situation, le nom d’une entité, indifférenciable à l’origine et vivant dans la Marche d’Espagne autour de l’an 800, figure dans au moins huit sources anciennes répertoriées(1). Parmi ces documents, quatre concernent un personnage dont on sait de façon certaine qu’il occupa la charge de comte de Barcelone après 801, et qu’il était wisigoth; les quatre autres ont trait à un notable portant le même nom, que dom Vaissette et Molinier disent avoir été comte de Razès à la même époque. Le problème est donc de savoir s’il aurait pu exister simultanément deux personnages, l’un étant Franc et l’autre Wisigoth, vivant à la même époque dans la Marche d’Espagne. Voici quelques éléments, pouvant sembler déterminants, pour alimenter le débat et essayer d’aboutir à une solution:

a) le duc Guillaume de Toulouse - appelé aussi Guilhem (v.752-812) était le cousin germain de Charlemagne; c’était donc un Franc de lignée royale. Aucune source historique connue n’indique qu’il ait eu un fils, légitime ou non, portant le nom de Béra. Dom Vaissette et Molinier savait très bien cela.

b) le patronyme Béra est d’origine gothique, comme le prouve l’existence d’un noble wisigoth portant ce nom en Septimanie, en 673, lors de la campagne du roi Wamba. Par ailleurs un fils du Béra présumé de Razès, portait le nom d’Argila. Ce patronyme est facilement identifiable par des spécialistes, puisqu’il comporte le diminutif "ila", typiquement gothique. En outre il existe un second fils nommé Guillemund - appelé Willemond par Molinier,- et on va voir que ce patronyme apparaît aussi dans le Razès. Or on peut reconnaître dans Guillemund (originel: Willmund), la forme wisigothique du francique Guilhem (originel: Willhelm). D’où un inévitable risques de confusion!

Donc, tout indique que le comte Béra présumé de Razès et ses enfants ne pouvaient être de filiation franque, comme l’avait conjecturé dom Vaissette. Si, à présent, on interprète de façon plus logique la charte d’Alet, en supposant que le mystérieux comte Guillelmo n’est pas Guilhem de Toulouse - qui d’ailleurs était duc,- mais un notable wisigoth septimanien provisoirement non identifié, on se place dans une situation beaucoup plus satisfaisante pour l’esprit. En effet, dans ce cas rien ne s’oppose à ce que Béra apparaisse comme un personnage unique et d’origine wisigothique, qui aurait pu cumuler successivement les charges de comte de Barcelone, de Razès, et même de Conflent.(2)

 

L’abbaye d’Alet et la bulle du pape Pascal II de 1116.

Il semble nécessaire, pour éclairer totalement le sujet, d’évoquer cette ancienne abbaye d’Alet dont la date de création est aussi l’objet d’une controverse. Cet état de fait résulte de l’intitulé, que dom Vaissette donna à la fameuse charte de dotation de cet établissement religieux:

" Le comte Béra soumet l’abbaye d’Alet, qu’il avoit fondée, au pape Léon III & à l’Eglise de Rome."

Après avoir noté, au passage, que l’auteur se complaît dans une certaine ambiguïté, puisqu’il ne dit pas "qu’il venoit de fonder", il est possible de dégager certains indices montrant que si le comte Béra a bien apporté une riche contribution à cette abbaye, vers l’an 812, il ne pouvait en être le fondateur. Tout d’abord il existe une document, annexée à l’Histoire des Ducs de Narbonne de l’historien carcassonnais Guillaume Besse (1645), qui prouve manifestement que la création d’un établissement religieux à Alet était antérieure à cette date. C’est un extrait d’acte authentique, qui porte la date de 796 et la signature d’un certain Ludovic Guiraud, lequel s’intitule lui même second Abbé d’Alet.(3) Ensuite, il est admis que l’abbaye de Saint-Polycarpe, qui dépendait de celle d’Alet, fut créée et dotée par un riche hispanus du nom d’Atala vers l’an 800; cette date semble très plausible puisque des chrétiens espagnols - appelés alors hispani - fuyant la contre-offensive de l’émir d’Abd er Rhâman sur l’Ebre, affluèrent dans le Roussilon et le Razés dès 781. Si Saint-Polycarpe avait été fondée avant Alet, la fille serait donc née avant la mère, ce qui est totalement absurde!

Mais pour aller plus avant, il est nécessaire de se pencher sur un document plus tardif, mais très important, car il va nous donner les éléments de compréhension nécessaires à la résolution de l’énigme de la filiation du comte Béra. Voici très précisément de quoi il s’agit. Au début du douzième siècle, les moines d’Alet présentèrent au Saint-Siège une requête, pour que restitution leur soit faite de l’abbaye de Saint-Polycarpe, sur laquelle l’envahissante abbaye de Lagrasse avait mis la main. A l’appui de leur demande, figurait une donation écrite par laquelle, du temps de l’empereur Charles, un certain comte Guillelmund avait délivré, aux abbés d’Alet, le droit de possession de Saint-Polycarpe.

Le pape Pascal II mit fin à ce différend par une Bulle, datée du 23 novembre 1116, dans laquelle il ordonnait à l’abbé de Lagrasse de restituer Saint-Polycarpe à Alet (4). En voici l’extrait significatif - et compréhensible,- qui reprend les termes de la demande des moines d’Alet:"….quibus scripta continebatur Guillelmundi comitis donation, quam Caroli imperatoris tempore eidem….." Or on a vu que le comte Béra avait un second fils, du nom de Guillemund, qu’aucune source connue ne présente comme comte, et qui trouva la mort lors d’une révolte contre le parti franc, en 827. La question est donc de savoir si la Bulle précitée pouvait concerner ce personnage? La réponse logique ne peut être que non! En effet, Béra lui-même, qui était plus jeune que Charlemagne d’une génération, n’est devenu comte de Razès que vers 812, alors que l’empereur est décédé en janvier 814. Il est donc temporellement impossible que son fils ait pu à la fois devenir comte et faire donation de Saint-Polycarpe à Alet, entre l’an 812 et janvier 814. Ce qui nous conduit à inférer que ce fameux Guillelmund n’était pas le fils de Béra mais, tout simplement, son père! Celui-là même qui est cité dans la charte de dotation d’Alet sous le nom de Guillelmo, terme qui est probablement la contraction de Guillelmon (phonétiquement: Guillelmoun). Si l’on retient cette hypothèse, il ne demeure plus qu’à déterminer la date possible de décès de ce Guillemund, qui était comte et, comme son nom l’indique, wisigoth. Pour cela il suffit simplement de frapper à la tête, si l’on ose dire, et de consulter les écrits d’Eginhard, historiographe de Charlemagne. Celui-ci rapporte qu’en l’an de grâce 811, l’empereur, pressentant sans doute une fin proche, décida de rédiger son testament; document que les évêques, abbés et comtes alors présents à la cour impériale furent invités à cosigner. Or, parmi les signatures figurent celle des évêques Theodulf et Leidrade et, chose plus surprenante, celle du comte Béra. Quelle avait bien pu être la raison de la venue du comte de Barcelone dans la lointaine Aix-la-Chapelle? Pour le comprendre, il suffit de savoir que l’affectation des charges comtales dépendait du bon vouloir de l’empereur et, qu’en pratique, nul ne pouvait posséder simultanément deux de ces charges; sauf sur les Marches de l’Empire si l’on suit dom Vaissette! Tout porte donc à croire que Guillemund, comte de Razès, étant décédé depuis peu, son fils Béra était venu à la cour de l’Empereur pour solliciter le bénéfice de la succession du domaine familial, dont la transmission semble, contrairement aux usages carolingiens, être demeurée héréditaire jusqu’en 870.

L’existence de la charte d’Alet, dans laquelle Béra officie en tant que nouveau comte des lieux, montre que Charlemagne répondit favorablement à sa demande. Cela permet également de penser que son vrai père, cet énigmatique comte Guillemund de Razès, avait été confirmé dans la possession de ses terres par Charlemagne après 781; il était donc contemporain de Bellon, premier comte carolingien de Carcassonne et fondateur de la famille de Barcelone. Guillemund est probablement décédé en 811, c’est à dire un an avant le fameux duc Guilhem de Toulouse, père putatif que dom Vaissette octroya à Béra. La proximité des dates et des patronymes, tributaire du seul hasard, peut expliquer la confusion du docte bénédictin qui, absorbé par la rédaction de son oeuvre monumentale, n’eut sans doute que très peu de temps à consacrer à l’étude de cette succession.

 

Le mystère de la charte de dotation de l’abbaye d’Alet

Cette fameuse charte de dotation, qui fut probablement rédigée en 811 ou 812, n’est autre qu’une supplique, revêtant la forme d’une donation symbolique, que le comte Béra et son épouse, la comtesse Romella, adressèrent au pape Léon III. Les commentateurs n’ont, semble-t-il, pas prêté une attention suffisante à l’incongruité de son contenu puisque, dans ce document, ils demandent au Saint-Père des faveurs que seuls de très grands princes de ce monde eussent pu obtenir. D’abord le droit, pour ce monastère, de dépendre directement du Saint-Siège moyennant le versement symbolique d’une livre d’argent tous les trois ans. Ensuite ils sollicitent, pour dédicacer l’église abbatiale, le don de reliques des Saints Apôtres ou, chose plus surprenante encore, "une petite parcelle de la Croix de notre Seigneur Jésus-Christ". Et le Souverain Pontife accéda à leur demande car, comme le prouvent certains documents plus tardifs, l’abbaye bénédictine d’Alet possédait bien un fragment de la Vraie Croix. L’importance ultérieure du lieu est aussi soulignée par le fait - rapporté par l’abbé Lasserre (6),- que "lorsque le pape Urbain II vint à Clermont pour prêcher la première croisade, en 1096, il se rendit à Alet pour visiter l’abbaye Sainte-Marie, placée sous la protection du Saint-Siège".

Pour comprendre l’importance du don du pape Léon III, il convient de savoir que son époque fut celle du culte des reliques des saints. La quête de ces restes nécessitait de longs voyages en Espagne, à Carthage, Constantinople ou encore Jérusalem, et se traduisaient parfois par des luttes acharnées et quelquefois par des vols: c’est ainsi qu’un moine osa même dérober à Rome, au profit de son abbaye, le crâne du pape Grégoire le Grand. L’arrivée de ces reliques donnait lieu à des translations solennelles, qui duraient plusieurs jours, et cela dans un grand débordement de liesse populaire. Toutes les grandes cathédrales, ou abbayes, possédaient alors des reliques de saints qui généraient d’importants pèlerinages et étaient l’objet d’une grande dévotion. Par contre, les lieux où l’on pouvait vénérer un morceau de la Vraie Croix étaient alors excessivement rares; ce qui ne fut, hélas, plus le cas à partir du Moyen-Age. Il fallait pour cela se rendre à Rome, en l’église Sainte-Croix de Jérusalem, ou entreprendre une très périlleuse pérégrination vers la lointaine Terre Sainte. L’octroi de cette relique insigne de la part du Souverain Pontife étaient alors si rare que, pour autant que l’on sache, seuls deux grands princes en bénéficièrent, et cela en des circonstances historiques ayant contribué à la grandeur et à l’universalité de l’Eglise Catholique. C’était donc la récompense suprême que le Saint-Siège accordait alors à ses plus éminents serviteurs.

Ainsi, en mai 589, le roi wisigoth d’Espagne, Récarède, converti secrètement depuis deux ans par l’évêque Léandre, abjura l’hérésie arienne et embrassa la foi de Nicée au cours du III° Concile de Tolède. Le pape Grégoire le Grand, qui était un familier de Léandre et de son frère, le très célèbre Isidore de Séville, en fut tellement enthousiasmé qu’il envoya, au nouveau roi très catholique, "un morceau de la Vraie Croix et les Clefs de Saint Pierre."(7)

Plus tard, en l’an 800, Charlemagne se trouvait à Rome où le pape, en le couronnant, allait faire de lui l’empereur des Romains et le précurseur du multiséculaire Saint Empire Romain Germanique. Un prêtre nommé Zacharie lui remit alors, au nom du Souverain Pontife, une relique insigne: "un morceau, long de trois pouces, du bois sacré de la Croix, déposé par Sainte-Hélène en l’église de Jérusalem." En 806, Charlemagne en fit don d’une partie à son cousin Guilhem, qui venait de fonder l’abbaye de Gellone où il devait mourir, en odeur de sainteté, six ans plus tard. Le pape n’avait donc pas fait preuve, à l’égard du célèbre duc de la Marche d’Espagne - pourtant petit-fils de Charles-Martel et grand pourfendeur de Maures,- des mêmes libéralités qu’envers l’un de ses subordonnés, le wisigoth Béra.

Au regard d’évènements aussi importants, ayant profondément marqué l’histoire politique et religieuse de l’Occident et impliquant de tels personnages, on est en droit de se demander que pouvait bien représenter, au yeux du successeur de Pierre, ce mystérieux comte Béra. Constatons simplement que, alors qu’il était déjà gouverneur de Barcelone depuis l’an 801, il ne reçut cette marque du Souverain Pontife qu’après avoir été nommé comte de Razès. Alors, le geste du pape était-il lié à l’homme ou aux lieux ? Ou aux deux à la fois !

L’explication réside-t-elle dans le fait que Rhedae fut probablement le dernier bastion demeuré chrétien pendant l’occupation musulmane de la Septimanie ? On sait que cette place forte aurait servi de refuge à l’archevêque de Narbonne, entre 720 et 759, et peut-être vu - comme permet de l’inférer l’interprétation de la Chronique mozarabe de 754,- une dernière tentative de restauration de la monarchie wisigothique en la personne d’un certain Ardobastus.

On peut aussi penser que, comme Récarède, Béra descendait de l’une de ces familles illustres qui, jusqu’à la conquête musulmane et avec l’appui de l’Eglise, avaient donné ses rois à l’Espagne. Cela apparaît en filigrane lors du siège de Barcelone, puisque le chroniqueur aquitain Ermold le Noir dit de lui qu’il était "le princeps de Goths de Septimanie". Mais ce titre paraît à ce moment là dérisoire, car les Wisigoths avaient militairement et politiquement perdu la partie depuis longtemps.

Ou alors, ultime hypothèses se situant à la frontière quelquefois ténue qui sépare la légende de l’Histoire, les ancêtres de Béra, seigneurs des hautes terres de Septimanie, auraient-ils pu avoir assuré, dans le passé, la garde de quelques objets liturgiques de grande valeur symbolique, objets dont on peut suivre la trace dans la proche région, si l’on en croit l’historien byzantin Procope, jusqu’en l’an 508.

En tout cas, les relations très insolites entre le pape Léon III et le comte Béra, qui s’inscrivaient forcément dans la sphère religieuse, posent les bases d’une véritable énigme. Mais ne devait-on pas dire, plutôt, un mystère ?

© Jean Alain SIPRA

 


Notes:

1) Les documents sources concernant Béra sont les suivants: 1) Annales Franques. 2) Vie de Louis-le-Pieux de l’Astronome. 3) Poème sur Louis-le-Pieux d’Ermold le Noir. 4) Vie de Charlemagne d’Eginhard. Ensuite Preuves de l’Histoire Générale de Languedoc: 5) Ordonnance de 812 aux comtes de la Marche. 6) Charte d’Alet. 7) et 8) Actes de vente de 844 et 846.

2) La thèse de l’unicité du personnage fut présentée par monsieur Pierre Ponsich, Conservateur des Antiquités des Pyrénées Orientales, lors d’un colloque tenu à Montpellier en 1980. Pour ce qui concerne la filiation, il avait tourné la difficulté de façon assez judicieuse en faisant de Béra le fils illégitime du duc Guilhem de Toulouse et d’une Wisigothe. Mais aucune des sources précitées ne le présente comme un Franc; ce qui aurait probablement été le cas s’il avait vraiment été l’arrière petit-fils – même illégitime,- de Charles-Martel.

3) Extrait d’acte authentique provenant des Archives du Roy de la Cité de Carcassonne, Armoire des titres d’Alet & Limoux, remis au sieur Guillaume Besse le 1° juin 1654 par Antoine Lauzière, Notaire Royal.

Contract de Bail, de la Construction des Murailles de la Ville d’Alet, ruinée par les Sarrasins, passé du temps de Tercin ou Torsin, Prince de Narbonne & de Tolose.

NB. Il semblerait que cet extrait comporte un erreur de transcription de date de la part du notaire royal, puisque le duc Chorson - nommé ici Torsin - fut destitué par Charlemagne lors de la Diète tenue à Worms en 790, et remplacé à Toulouse par Guilhem. La date à retenir devrait donc être plutôt le 10 février 786, et non 796.

4) Voir Histoire Générale de Languedoc: Preuve 458- CCCLXXII.

5) Voir Histoire Générale de Languedoc: Preuve 23 –XVII.

6) Abbé J. T. Lasserre : "Recherches historiques sur la ville d’Alet et son ancien diocèse" Carcassonne 1877.

7) F. Lot: "Les destinées de l’Empire en Occident" Paris. 1940, p 236 cité par P. Courcelle in "Histoire littéraire des Grandes Invasions Germaniques" Paris 1967. p. 257.



Documents annexés 

Extraits de l’
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC

Par Dom Devic et Dom Vaissette

Bénédictins de Saint-Maur

Editée chez Privat à Toulouse, en 1878, sous la direction d’Emile Roschach.

Commentaires d’Auguste Molinier, Professeur à l’Ecole des Chartes.

 

Preuves de l’Histoire de Languedoc

NB. Les passages nécessaires à la compréhension de l’article précédent sont en gras

23.- XVII

Le comte Béra soumet l’abbaye d’Alet, qu’il avoit fondée, au pape Léon II & à l’Eglise de Rome (1).

In Dei omnipotentis nomine. Ego Bera, gratia Dei comes, & uxor mea Romella comitissa, sani mente integroque consilio, humanae fragilitatis memores, ne, quod absit, repentina praeveniamur morte, hanc cartam doniatis fieri volumus, ut dum de rebus humanis ab hoc seculo discesserimus ipsique vitae nostrae reddiderimus tunc universa quae notamus vel notavimus firma & stabilita permaneant, atque statuentes decernimus, ut plenissiman obtineant roboris firmitatem. Primum quod animae christinae coelestia lucra quaerenda sunt, ideo placuit nobis Berano comiti & uxori mea Romellae comitissae, ut de rebus nostris donare debeamus propter remedium animarum nostrarum & parentum nostrarum, scilicet proprium nostrum, quod mihi Berano comiti advenit a domno & genitore meo Guillelmo comite, que nuper fuit, & domno imperatore meo seniore Carolo. Donamus ergo vicum nostrum dictum Electum & monasterium nostrum Sancta Mariae fundatum a nobis eisdem nostro Domino Deo omnipotenti, & domno Petro apostolorum principi urbis Romae, & inclyto papae Leoni Romano cunctisque successoribus ad bene peragendum & custodiendum : in tali vero conditione hoc facio, ut ab hodierno die & deinceps Romani pontifices sub propria ditione teneant, ne a se predictum locum abalienantes vel alias quaslibet subintroducentes personas. Et ut dedicatio ipsuis loci, quae futura est te, domne Leo pontifex, favente & praecipiente decentissime fiat, missis illuc sanctorum apostolorum reliquiis & columnam martyrum Christi, precamur insuper, ut ad honorem genitrix Dei & Domini nostri Jesu Christi aliquam portiunculam dominicae Crucis mittatis. Iterum rogo, ut illud monasterium ita liberum sub apostolica deffensione semper permaneat, ut nulla magna parvaque persona, neque dux, neque comes, neque marchio, vir vel femina, neque ulla clericalis vel laicalis phalangia potestatem habeat nec paratas, nec marchonaticos, nec teloneos, nec ullam redititionem, nec ullum censum vel judiciaria causa ibi requirat, nisi apostolica potestas ; & ut ita sit quod suprascripsimus, de tertio in tertio anno Romano pontifici vel suo legato locus Electi libram argenti persolvat. Tandem si ille pontifex bonus observator & custos, sicut suprascriptum est, in omnibus fuerit, haec omnia, sicut supra designatum est, cum dicta condonatione domino nostro apostolorum principi Petro, & Leoni papae, & successoribus ejus in perpetuum trado. Et est manifestum ut haec scriptura semper firma permaneat, manibus nostris subterfirmamus & ab his omnibus firmare rogamus.

Signum Recosindus. Signum Astremirus. Signum Prodisus. Signum Bera comes, qui hanc donationem fecit & testes firmare rogavit.

Dans la marge du texte figurent les annotations suivantes:

Ed. orig. t.1, col. 37

Vers 813.

  1. Archives de l’église de Narbonne.

 

 

458. - CCCLXXII

Bulle du pape Pascal II, en faveur de l’abbaye d’Alet (1)

Paschalis episcopus servus servorum Dei, dilecto filio Raimundo Electensis monasterii abbati salutem & apostolicam benedictionem. Frequens ad apostolicam sedem tua & fratrum vestrorum querela perlata est adversus Crassensis monasterii fratres pro Sancti Polycarpi ecclesia, quae cum anno praeterito apud Sanctum Egidium in concilio coram legati nostri praesentia tractaretur, legatus idem terminum utrique parti constituit ad nostram praesentia veniendi. Statuto igitur tempore fratres coenobii vestri ad conspectum nostrum & apostolicae sedis praesentiam pervenerunt; Crassenses autem monachi cum ultra terminum essent diutius exspectati, nec venerint nec excusationes aliquas transmiserint, tunc a fratribus vestris testium allegationem suscepimus jurejurando firmatam, quod reverendae mémoriae praedecessor noster papa Urbanus, Electensis abbatis querela & semel & iterum cognita, abbatem ipsum & Electense monasterium praeceperit de beati Polycarpi ecclesia revestiri, salva nimirum si qua esset Crassensis monasterii instancia. Nos etiam utrique parti pertractandae in conspectu nostro instanciae terminum praesignavimus. Affuerunt tantum coenobii vestri nuncii opportuna causae munimina praeferentes, porro ex Crassensis monasterio frater unus affuit, nullos testes, nulla munimina repraesentans. Cum vero etiam ultra terminum dies plurimos sustinuissemus, praeter eum nullus advenit. In tractatu igitur & discussione negotii ex ipsa adversarii relatione patuit dictam beati Polycarpi ecclesiam vetustis temporibus ab Electensis monasterio fuisse possessam, nec ecclesiastici veritate judicii sed potestatum saecularium violentia ab Electensis monasterii possessione subtractam. Exposita sunt in conspectu nostro coenobii vestri munimina, quibus scripta continebatur Guillelmundi comiti donatio, quam Caroli imperatoris tempore eidem Electensi monasterio de supradicta beati Polycarpi ecclesia fecerat, & item Raimundi comitis redditio sive donatio quam regnante Francorum rege Philippo ediderat. Sane Crassensis ille frater nudis tantum sermonibus nitebatur : illud inter utrumque constabat quod Ermengarda comitissa beati Polycarpi ecclesiam & Electensi monasterio confirmaverat & item Crassensi monasterio contradiderat. Sic veritate instanciae patefacta, fratrum nostrorum judicio supradictam beati Polycarpi ecclesiam vestris fratribus & Electensis coenobio restituimus & possidendam in perpetuum praesentis paginae autoritate firmamus, praecipientes & stabilitate perpetua decernentes, ut eadem beati Polycarpi ecclesia sub tua semper & successorum tuorum Electensium abbatum obedientia vel dispositione permaneat, nec ecclesiaticae cuilibet aut saeculari personae facultas sit cellam ipsam cum omnibus appenditis seu pertinentiis suis ab Electensis monasterii unitate ac possessiones subtrahere.

Ego Paschalis catholicae ecclesiae episcopus firmavi & suscripsi.

Ego Petrus Portuensis episcopus subscripsi.

Ego Cono Praenestinus episcopus subscripsi, &c.

Datum apud (Sancta Mariam) trans Tyberim, per manum Johannis sanctae Romanae Ecclesiae diaconi cardinalis ac bibliothecarii, IX kalendas decembris, indictione X, Incarnationis dominicae MCXVI, pontificatus autem domni Paschalis II papae anno XVIII.

Dans la marge du texte figurent les annotations suivantes :

An 1116. 23 novembre

Ed. orig. t. II. col. 398.

(1) Archives de l’Archevêché de Narbonne.